SC-7

ou le Triomphe de la Rudeltaktik

 

L’Europe est sous la domination nazie, seule l’Angleterre résiste mais ne peut subvenir seule à ses besoins en temps de guerre. Bientôt des convois, venant des colonies britanniques mais surtout des Etats-Unis viennent soutenir le Royaume-Uni dans le bras de fer qu’ont engagé Churchill et Hitler. L’enjeu de la bataille de l’Atlantique est important. D’un côté, les anglais ne peuvent compter que sur un approvisionnement maritime et de l’autre, l’Allemagne tente d’établir un blocus des îles britanniques pour affaiblir et vaincre son dernier adversaire à l’Ouest en tentant de détruire les navires alliés plus rapidement qu’ils ne pouvaient être construits.

Les Convois en 1939-1940

Au début du conflit, les convois sont composés de navires hétéroclites, les plus vieux tournent encore au charbon et les plus récents au fioul. Ce qui imposera rapidement de devoir distinguer les convois « rapides » (10 nœuds env.) et les convois « lents » (5 à 7 nœuds). Il y a en moyenne un convoi lent et 4 convois rapides organisés par semaine de part et d’autre de l’Atlantique. En définitive, 6 à 8 convois se trouvent toujours en mer. Des ports de « concentration » sont désignés. Des navires de toutes nationalités y convergent et c’est de ces ports que la traversée commence.

Un convoi en 1942

Un convoi en 1942

Les navires marchands commencent à être armés mais souvent de vieux matériels tirés des arsenaux. L’Amirauté britannique tentera de parer au plus vite au manque criant d’escorteurs. Les destroyers s’avèrent rapidement inadaptés de par leur faible rayon d’action et leur arment disproportionnés aux besoins que représentent les U-boote. Les corvettes, frégates escortent donc le plus souvent les convois. L’organisation des convois n’atteint pas encore le niveau optimal des années suivantes. Il fut vite constaté que les U-boote attaquaient les flancs des convois. Une formation en rectangle fut donc instaurée, les navires étant positionnés en colonnes de 4 à 5 navires. Ce qui explique les convois en forme de rectangle bien plus large que profond.

Chaque colonne est espacée de 3 encablures le jour (550 mètres) et 5 la nuit (900 mètres). Les cargos étant espacés eux-même de 3 ou 4 encablures. Cliquez sur l’image pour agrandir.

Les U-Boote

En face, les allemands alignent principalement dans l’Atlantique des sous-marins de type VIIc ou IXd2, d’une grande autonomie, développant des vitesses de 17 à 19 nœuds en surface et pouvant capter, même à très grande distance les émissions radio des puissants émetteurs installés en France. Dès juin 1940, Dönitz instaure la « Rudeltaktik » (tactique en meutes). Les résultats seront immédiats. Lorsqu’un sous-marin repérait un convoi, il doit maintenir le contact tout en envoyant le plus d’informations possibles sur le convoi (composition, vitesse, itinéraire etc…). Les informations étaient envoyées aux U-boote croisant dans le secteur qui se regroupaient avant de passer à l’attaque.

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Le SC-7

 Au début du conflit, avant que de vrais groupes d’escorte ne soient constitués, les convois ne bénéficiaient que des navires disponibles sur le moment. C’est ainsi que le 5 octobre 1940, le convoi SC-7 (35 cargos) quitte Sydney en Nouvelle-Ecosse pour rejoindre les ports de l’Angleterre. Il est escorté du yacht armé HMCS Elk jusqu’au 7 octobre, et du sloop HMS Scarborough. Le 18 octobre, le convoi est rejoint par les sloops HMS Leith et Fowey ainsi que les corvettes HMS Bluebell et Heartsease(1). Le SC-7 est commandé par le vice-amiral de L.D.I Mackinnon, retraité de la Navy qui se réengage en Septembre 39. Son navire de commandement est un des cargos du convoi, le SS Assyrian, il dirige le convoi mais l’escorte ne se trouve pas sous son commandement.

 

La Composition du convoi

Bien que la vitesse prévue était de 8 noeuds, le convoi fut plus lent, nombre des cargos ne pouvant soutenir cette vitesse. Certains datant de la fin du XIXe. Il est essentiellement constitué de navires anglais, mais aussi de navires norvégiens, grecs, canadien, suédois ou encore hollandais.

1. Aenos             2. Assyrian           3. Beatus            4. Blairspey           5. Boekelo

6. Botusk           7. Carsbreck         8. Clintonia       9. Convallaria     10. Corinthic

11. Creekirk     12. Dioni               13. Eaglescliffe   14. E. Brigade      15. E. Miniver

16. Fiscus         17. Flynderborg   18. Gunborg       19.  Havorn           20. I. Elisabeth

21. Karlander  22. Languedoc     23. M. Head       24. Niritos             25. Scoresby

26. Sedgepool  27. Shekatika       28. Snefjeld        29. Sneland I        30. Soesterberg

31. Somersby  32. Thalia              33. Thoroy          34. Trevisa            35. Trident

36. Valparaiso 37. Winona

La Nuit des U-Boote

05 oct. 1940 – Dès le premier jour, le SS Winona, victime de problèmes de moteur est tenu de faire retour vers Sydney. Le convoi est très insuffisamment escorté, le Scarborough seul navire prévu pour toute la durée de la traversée. Les capitaines des cargos auraient préféré tenter seul leurs chances plutôt que naviguer en convoi lentement sans escorte. La discipline ne semblait pas d’ailleurs être le point fort de ces marins pour la plupart issus de la marine marchande, jetés dans la guerre. Le capitaine du Scarborough rapportera d’ailleurs avoir été sidéré de voir un cargo grec naviguant de nuit en plein milieu du convoi tout feux allumés.

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07 Oct. 1940 – Le HMS Elk fait demi tour comme prévu et laisse le convoi sous la seule protection du Scarborough.

08 Oct. 1940 – Le temps se dégrade, le convoi est en pleine tempête et cela va durer plusieurs jours.

11 Oct. 1940 – Les conditions météo sont toujours mauvaises, le convoi s’est quelque peu dispersé et plusieurs bâtiments naviguent seuls.

16 Oct. 1940 – Lle SS Trevisa, un cargo canadien, chargé de bois de construction, distancé est la première cible des U-boote. Il est coulé par le U-124.

17 Oct. 1940 – L’U-38 repère le convoi et coule le SS Aenos, Ses survivants seront secourus par un autre cargo, le SS Eaglescliffe Hall qui rejoindra le port de Rothesay en Ecosse le 19. Entrant dans le rectangle des Western Approaches, le convoi est rejoint par deux nouveaux navires d’escorte, les Fowey et Bluebell. Ce même jour, l’U-38 coule le pétrolier MV Languedoc et le cargo Scoresby. Le HMS Scarborough donne vainement la chasse au sous-marin allemand. Il s’éloigne tant qu’il ne pourra plus rejoindre le convoi. Ce même jour, deux nouveaux navires rejoignent l’escorte, les HMS Heartsease et Leith. C’est ce dernier qui prend le commandement de l’escorte en l’absence du Scarborough. Le Carsbreck est endommagé, toujours le 17, par le U-48 qui est immédiatement pris en chasse par le Leith alors que le Heartsease escorte le cargo touché. Une fois encore le convoi reste avec une protection inadaptée.

18 et 19 Oct. 1940 – L’enfer se déclenche. L’U-100 torpille le Creekirk, ses soutes pleines de minerai de fer, il coulera comme une pierre emmenant avec lui 36 membres d’équipage. Dans la nuit du 18 au 19, six U-Boote organisés, les U-46, U-99, U-100, U-101 et U-123 vont couler 16 navires en 6 heures !! Les victimes : les cargos anglais Beatus, Empire Miniver, Empire Brigade, Shekatika, Sedgepool, Assyrian, Clintonia et Fiscus. Les cargos grecs Niritos et Thalia. Les Suédois Convallaria et Gunborg. les néerlandais Boekelo et Soesterberg. Le cargo norvégien Snejfeld. Le Blairspey, touché par le U-101 est abandonné, puis torpillé à nouveau par le U-100. Il « refusera » de couler et restera à flots. Il sera plus tard remis en service. Le Fowey parviendra à réunir 8 cargos qui ensemble rejoindront les ports britanniques. Le Scarborough, retardataire, ne trouvera aucun survivant parmi les épaves flottantes.

Suite et… fin

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Le SC-7 fut le convoi qui subit le plus de pertes lors de la bataille de l’Atlantique. 20 navires furent envoyés par le fond pour un tonnage total de 79,592 tonnes. La tactique des meutes était une totale réussite et l’escorte du convoi SC-7 fut un désastre. Les navires d’escorte totalement inefficaces et sans coordination, ne réalisèrent jamais que les U-Boote attaquaient de l’intérieur du convoi et en surface. Ils ne parvinrent jamais à contrarier les allemands et passèrent la plupart de leur temps à secourir les naufragés.
A l’issue de l’attaque du SC-7, 3 U-boote regagnèrent leurs bases, faute de torpille. Mais les U-38, U-46, U-48 et U-100 rejoignirent le U-47 de Gunther Prien qui venait de repérer le convoi HX-79 non loin du SC-7. Entre le 19 et le 20 Octobre, 12 navires de ce convoi coulèrent et deux autres furent sévèrement endommagés. (Plus de 79,000 tonnes)

Ce furent les pires jours de la bataille de l’Atlantique.

 

Sources : Wikipedia, U-Boot.net, U-Boote.fr, convoyweb, wrecksite, warsailors.com

Pour le rapport d’un survivant du Fiscus (en anglais) : ICI

Pour le rapport officiel du HMS Leith (en anglais) : ICI

(1) Autre lien : http://www.wrecksite.eu/wreck.aspx?211828

 

 

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