La bataille d’Helgoland, 28 Aout 1914 : massacre au sommet.

Ce récit romancé va vous raconter la bataille courte mais intense qui se déroula en Mer du Nord ce 28 Aout 1914.
La Royal Navy interceptant là une légère escadre allemande, la Flotte de Haute Mer nommée Hochseeflotte.
La première Bataille d’Helgoland permit aux deux flottes d’enfin croiser le fer dans les eaux européennes après les Falklands et Coronel.
Mais trêve de blabla, place aux canons !

Pièce de 105mm allemande, armement principal de la plupart des croiseurs légers de ladite nation. Moins puissante et à la portée moindre que le 152 anglais. Source : Navweaps

 S.M.S. Köln, en patrouille dans la Baie d’Helgoland.

28/08/1914. 06h00.

[NdA : Suivant les sources, Köln peut s’écrire avec un C, l’auteur choisit le K car sa principale source le mentionne ainsi]

L’amiral MAAS est encore au lit alors que je vient de terminer mon petit déjeuner, frugal en ces temps de guerre. « Bonjour Lieutenant ! » siffle l’officier de quart qui peine à rester éveiller.

Je relève le brave homme qui file droit vers les quartiers des officiers sans demander son reste.

Encore une nuit plate. Pas si sûr…

« Herr Lieutenant. Une transmission TSF codée de l’Amirauté.

– Lisez enseigne.

– Torpedoboot G194 a subit attaque à la torpille près de l’île d’Helgoland. Pas de dommage. Soyez prudent. 5 eme Division dépêchée surplace.

– Merci, rendez compte au commandant et à l’amiral dès leur réveil.

– Jawol ! »

 7h05.

Le commandant et l’amiral passaient en revue l’installation des 105, le soleil montait lentement dans le ciel brumeux. Encore une journée à chasser les petits chalutiers anglais. Quelle idée parfaite d’avoir choisit la Marine et non l’Armée mon cher Ernst ! Se faire charcuter, trouer, démolir dans les plaines belges et françaises, non merci. Nos fières coques sont bien plus sûres, achso… la seconde marine du monde ! La première dès que la perfide Albion…

« Herr Lieutenant, nouvelle transmission.

– Lisez Müller, et calmez vous.

– Du G194, cinq navires anglais dont un croiseur, sa position…

Seconde transmission de l’Amirauté : appareillez immédiatement. Rejoignez Stettin et Frauenlob.

S.M.S. Frauenlob, littéralement « Louange féminine ». Charmant n’est il pas ? Source : vdb-briefmarken.de

 

S’approchant des vitres de la passerelle, je n’eus qu’un seul réflexe : un sourire. Enfin de l’action !

« Allez chercher le commandant et l’amiral, vite. On va pouvoir décrasser ces canons.»

Rapidement, je me fis moins enthousiaste.

Le G196 repérait des fumées alors que le V187 dénombrait pas moins que quatre croiseurs !

Tous britanniques, évidemment.

Le commandant et l’amiral MAAS étaient arrivés alors que l’appareillage prenait trop de temps, le navire était en train de charbonner.

Le Stettin et le Frauenlob avaient fait le plein de charbon, eux, et avaient d’ors et déjà appareillé.

Les grosses unités des Forces d’éclairage, les croiseurs de bataille Moltke, Von der Tann, Seydlitz (A) et le croiseur cuirassé Blucher étaient eux retardés par la marée basse.

 8h00.

« Commandant, message du V1, il a été touché deux fois par les anglais et est en difficulté »

Le commandant bouillait de rage, l’amiral de son côté tentait de rameuter le plus de navires possible. Le Strassburg répondit à l’appel et rejoint le combat.

Le Köln quittait enfin la rade et les chauffeurs faisaient l’impossible pour donner toute la vitesse au navire afin de porter secours aux torpilleurs se mesurant à plus fort qu’eux, ainsi qu’au Stettin qui venait de sauver la 5 eme Division par son feu.

Au loin, grâce à mes jumelles, je pouvais voir la 3 ème Division elle aussi malmenée. S’était sans compter sur le soutien du Frauenlob. Le croiseur léger envoya salves sur salves.

L’anglais, le croiseur léger Arethusa, encaissa rapidement une vingtaine de coups au but. Le duel se termina par un match nul lorsque l’allemand reçu un coup bien placé à la citadelle, mais les torpilleurs avaient put se replier, ce qui était l’essentiel.

Les deux parties se retirèrent. Ou plutôt se regroupèrent en vue du second round, comme disent les américains.

Quelques torpilleurs avaient souffert, mais dans l’ensemble nos forces étaient encore bien valides. L’Anglais devaient avoir de nombreux dommages sur son croiseur Arethusa.

 

Torpilleur à l’attaque ! Source : 3.bp.blogspot.com

10h50.

Le Strassburg tente une reconnaissance pour évaluer le nombre, le type et la position des britanniques. Cinq minutes plus tard, nous voyons des départs de ses pièces. Il a trouvé l’Anglais !

Il fit plusieurs fois cette manœuvre.

Alors que j’observe le Strassburg jouer avec les anglais, un enseigne hurle qu’un des nôtres est touché !

Le Mainz qui arrivait pour se joindre à la bataille est en effet durement touché.

Plusieurs destroyers ennemis le canardent. Nous ouvrons le feu avec notre conserve, l’Ariadne, mais le Mainz fait des cercles devant l’adversaire. Grand Dieu ! Sa barre doit être bloquée.

Il cogne, déverse un déluge de feu et d’acier sur ces perfides et nombreux adversaires qui tentent un à un de se placer en position pour lui donner le coup de grâce. Il brûle comme une torche, ses pièces se taisent les unes après les autres, puis reprennent un tir toujours précis. Voilà comment illustrer la vaillance allemande.

Dix minutes plus tard, il a chèrement vendu sa peau en touchant trois adversaires, mais une torpille anglaise le foudroie en son milieu. Une colonne d’eau le fait tressaillir et il stoppe.

Adieu audacieux camarade.

S.M.S. Mainz sombrant, le H.M.S. Lucher vient récupérer son vaillant équipage. Source : Wikimédia

Il va chavirer, mais un destroyer ennemi viendra récupérer les preux qui ont survécut au triste et cruel duel.

C’est alors qu’un message tombe.

« Herr amiral… le Mainz nous informe que…

– Parlez !!!!!

– Des grands bâtiments approchent. Cuirassés ou croiseurs de bataille. »

L’amiral, le commandant, les enseignes et lieutenants, tout le monde se dévisage dans un silence que seul rompt le bruit sourd de nos pièces de 105mm qui envoient toujours coups sur coups leurs obus trop légers sur des destroyers trop lourds face à nos torpilleurs trop frêles.

L’amiral avale là sa salive et donne l’ordre de repli sur les grosses unités… qui n’ont pas prit la mer !

« Tirons nous de là avant de finir que le Mainz, messieurs, il n’y pas d’honneur à mourir face à des forces surdimensionnée. »

 

H.M.S. Princess Royal appareillant du Cylde. Ce croiseur de bataille était de la même classe que la Queen Mary qui sauta en quelques coups au Jutland. Source : Forummarine

Il n’en faut pas plus de quelques minutes pour que les Lion, Queen Mary, Princess Royal, Invincible et New Zealand du contre Admiral BEATTY trouvent et pilonnent le Köln.

343 et 305mm contre 105mm. Le duel est joué d’avance.

Mais lui et l’Ariadne ripostent !

« Destroyer dans le 340 lieutenant.

– Ordonnez aux pièces de tirer sans se soucier des munitions. Donnez tout ce qu’on a ! »

Mais contre les destroyers, qui esquivent les coups des deux croiseurs légers teutons, plus occupés à tenter d’esquiver les coups anglais qu’à placer les leurs, rien ne porte. De toute façon, même si les croiseurs de bataille anglais étaient à portée, placer un coup de 105 là dedans ne ferait qu’égratigner leur peinture, et encore.

Mais cela n’empêcha en rien les deux croiseurs allemands de donner absolument tout ce qu’ils avaient. TOUT. Canons, torpilles. Les 105 aboyaient, auxquels répondaient les lourds 13,5 et 12 pouces anglais. Un duel courut d’avance. Symbole du courage de sa Majesté.

Les coups au but et à toucher, near miss dans la langue de Shakespeare, ravagent le Köln. L’Ariadne tentent bravement, courageusement… et inutilement de s’interposer. Il est démoli par l’Anglais.

Son épave fumante, ravagée par les flammes finira de se consumer après 15h.

Mais revenons au Köln. L’intervention du fier Ariadne permet au navire de s’éclipser grâce au chaos de la bataille, et à la brume, la fumée des dommages et des chaudières au charbon.

Je regarde l’état de ce qui était il y a dix heures un des plus puissant navire léger de la Flotte.

Lamentable. Des trous béants dans la coquerie, les cheminées une et deux sont couchées, les pièces artillerie sont ravagées. Les chaudières sont crevées. Mais lister les dommages serait trop long.

Je suis au poste de contrôle des avaries arrière, le principal ayant été démoli, lui aussi…, lorsqu’un matelot vient me trouver.

« Lieutenant, le médecin vient vous transmettre le message du commandant. Vous prenez le commandement, l’amiral et le commandant sont…

– M……. non. Très bien, je…… allez aider au contrôle des avaries.

– Jawol. »

 

Le S.M.S. Köln dans son état original. Source : Kaiserliche-marine

Une fois au local des barres arrières, je pu donner l’ordre de mettre le cap sur la Jade [NdA : nom de la rade de Wilhemshaven] à la vitesse incroyable de quatre nœuds. Cet adjectif n’est en rien amusant, le terme est bien choisi car aux vues de l’état du Köln, le fait qu’il flotte encore et qu’il puisse donner ne serait ce qu’un seul nœud relevait déjà du miracle !

Le bilan humain me donna la nausée, plusieurs centaines de morts et blessés, la moitié de l’équipage au moins. Un massacre, une tragédie.

La vue du poste de la barre sur les pièces arrières suffisait à lui même. Les artilleurs ne faisaient plus qu’un avec leur pièce. Morceaux de bras et de torse se mêlaient avec le métal, on le parvenait plus à différencier un canon de 105 des braves hommes qui l’avait servit. Et l’odeur !

Les servant de la Maxim numéro trois n’avaient put s’échapper à temps, leur arme étant là inutile. Eux aussi se confondaient avec leur mitrailleuse, ainsi qu’avec un projecteur.

Le navire sentait le brûlé et le cadavre cramé… en un mot : la mort.

Après deux heures à lutter pour sauver ce qui pouvait l’être, les anglais nous retrouvèrent et achevèrent le valeureux esquif à coups de gros calibre.

Le croiseur fut brisé et deux, je dus être éjecté et mes hommes, enfin ceux qui restait après que le feu continua de prélever son lot d’âmes damnées dans cet enfer de flammes et fer, engloutis avec le S.M.S. Köln puisque à l’heure où j’écris ces lignes, je suis le seul et unique survivant de mon navire.

Lieutenant Zimmerman.

 

Seule la personne du lieutenant est une invention, ainsi que les dialogues, pour illustrer cette bataille. Le reste est authentique. La source, que je vous recommande très vivement, est (sauf images) Le corps de bataille de la Marine allemande Tome 1.

Il est à noter que le seul survivant du Köln permit de retracer le destin du croiseur.
Bilan de cette bataille d’Hel(i)goland :
Grande Bretagne :
Aucun navire
36 morts, 55 blessés

IIème Reich :
Trois croiseurs légers et un torpilleur
712 tués, 149 blessés, 381 prisonniers

La conclusion s’impose de par ces chiffres.

Vous êtes toujours très nombreux à suivre le blog et le SPA vous en remercie.

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