LA TRAGÉDIE DU LANCASTRIA

Lancastria-1936

Le Lancastria en 1936

 

   La compagnie maritime Cunard Line fait sortir des chantiers navals William Beardmore de Glasgow un paquebot de 168 mètres de long : Le RMS Tyrrhenia. RMS pour Royal Mail Ship (1), il s’agît d’un navire associant le transport des passagers (immigrants mais aussi vacanciers) au transport du courrier de la poste britannique vers l’étranger. Renommé RMS Lancastria dès février 1924, il assurera la liaison Londres New-York jusque 1932. Il subit dès lors quelques transformations, le RMS Lancastria, désormais paquebot de luxe effectue des croisières en Méditerranée et dans les fjords norvégiens.

   1939, le monde s’embrase et l’Amirauté britannique, en 1940, réquisitionne le Lancastria pour en faire un transport de troupes. Repeint, armé et modifié, le paquebot devenu HMT Lancastria est employé dans l’Atlantique Nord et contribue à l’évacuation des troupes stationnées en Norvège (Harstad, Namsos). Le 4 juin, le Lancastria se trouve à Liverpool en cale sèche pour une ultime révision. L’équipage en permission est rappelé en urgence, devant l’avancée « éclair » des troupe allemandes en France, tous les navires disponibles sont réquisitionnés. Le Lancastria quitte Liverpool pour Plymouth où il arrive le 16.

   Dirigé sur Brest en compagnie d’un autre paquebot, le Franconia, il est au large du port français. De hautes colonnes de fumées provenant des réservoirs d’essence brestois détruits incitent les deux transatlantiques à continuer leur route vers le sud. Attaqués par des appareils de la Luftwaffe, les deux navires mouillent dans la baie de Quiberon. Endommagé, le Franconia doit subir des réparations et c’est seul, que le Lancastria reprendra la mer en direction de l’estuaire de la Loire, de Saint-Nazaire. Le navire mouille dans la rade de Saint-Nazaire à environ 4 milles du rivages en compagnie de plusieurs navires militaires et civils prêts à embarquer les troupes évacuant. Personne ne sait que les allemands ne sont qu’à 25 milles du port. D’innombrables navires de petit tonnage effectuent des aller-retours du port aux navires pour tenter d’embarquer le plus de monde possible.

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Le Highlander effectuant la navette entre Saint-Nazaire et le Lancastria

   Après Dynamo (Dunkerque), Cycle (Le Havre), l’opération Ariel (ou Aerial) constitue la dernière opération d’évacuations des troupes alliées (principalement britanniques il est vrai) depuis les ports de l’Ouest de la France. L’essentiel de la troupe fut embarqué à Brest sans grande difficulté mais un grand nombre d’unités de soutien et de la logistique de l’armée britannique, des personnels de la RAF, des Belges, des Tchèques et les troupes polonaises ainsi que des civils britanniques attendaient à Saint-Nazaire. Le 17 juin, à St-Nazaire, les Lancastria, Georgic, Duchess Of York ou Oronsay furent vite surchargés. Le chiffre de 9000 passagers est souvent avancé pour le Lancastria. Il ne peut plus accueillir personne à son bord et s’apprête à larguer les amarres quand plusieurs avions ennemis apparaissent.

   L‘Oronsay est endommagé, et à son tour, le Lancastria devient la cible d’un bombardier allemand qui largue à 15H48 quatre bombes sur le Lancastria. Une bombe explose dans une cale où se trouve 800 soldats de la RAF. Le feu et la fumée les empêchera de sortir… Une deuxième bombe frappe le navire près de la cheminée tandis que la troisième éventre une soute libérant 1400 tonnes de fuel. La dernière bombe explose près du navire mais assez prêt pour créer un trou béant sur le côté. Les canots sont libérés et les gilets disponibles sont distribués… Le transport commence à gîter sur bâbord, dans une tentative désespérée tous les hommes se déplacent à tribord. Le Lancastria vit ses dernières minutes, il sombre rapidement, l’hélice est maintenant apparente et le navire s’enfonce dans les flots emmenant avec lui des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants avec lui. Les passagers qui ont pu se jeter à l’eau tentent de se débattre dans une mer d’huile qui leur colle aux vêtements, cheveux, leur pique les yeux, ce qui en avalent ne peuvent plus respirer…

Des rescapés du Lancastria secourus

Des rescapés du Lancastria secourus

Un autre avion allemand lâchera des bombes incendiaires qui heureusement, en raison de la faible altitude, n’exploseront pas. Bilan d’un drame qui n’aura pas duré plus de 24 minutes, il y eut entre 3000 et 5800 victimes selon les estimations.

Le naufrage du Lancastria

Le naufrage du Lancastria

   La tragédie qui fit probablement plus de 4 fois plus de victimes que le Titanic fut passée sous silence sur ordre de Churchill afin de ne pas démoraliser plus encore ses concitoyens. Ce naufrage ne sera évoqué que 5 semaines plus tard dans le New York Times (2) ainsi que dans un journal écossais. (2) Tous les documents officiels britanniques concernant le Lancastria sont classés « Secret Défense » pour 100 ans, soit jusqu’en 2040. Depuis 2006, la zone est considérée comme un « cimetière marin » et est marquée par une balise commémorative. Les villes de Saint-Nazaire et de Moutiers-en-Retz ont construit un mémorial dans leur commune en souvenirs des victimes du Lancastria. De même, en Angleterre un vitrail commémoratif est visible dans l’église St Katharine Cree, à Londres.

 

Pour les personnes qui souhaiteraient en savoir plus sur cette tragédie, je vous conseille vivement le site en relatant l’histoire. Très bien écrit, plaisant, documenté, présentant nombre de photographies et de récits de témoins, c’est un formidable témoignage de l’histoire.  http://www.lelancastria.com/index.php/fr/

Notes :
(1) Pour la signification du sigle RMS (https://fr.wikipedia.org/wiki/Royal_Mail_Ship)
Wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/RMS_Lancastria#Naufrage).

(2)  Editions du 26 juillet 1940 du « New York Times » et de « The Scotsman ».

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