Erwin Rommel et l’Afrika Korps

A travers des extraits de ses carnets publiés sous le titre « La Guerre sans Haine » et de son abondante correspondance avec ses proches, voici un bref historique de l’Afrika Korps sous la direction du « Renard du Désert » comme le surnommeront ses adversaires.

I. Rommel à la tête de l’Afrika Korps

«J’ai choisi Rommel parce qu’il sait, comme Dietl à Narvik, mobiliser ses troupes. C’est une qualité essentielle pour qui commande une armée qui se bat dans les pays aux conditions climatiques très dures, comme l’Arctique ou l’Afrique du Nord.» (Propos d’A.Hitler)

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«Le 6 février le maréchal von Brauchitsch me fait part de ma nouvelle mission. Pour remédier à la situation critique de nos alliés italiens en Afrique du Nord, deux divisions, une motorisée et une blindée, doivent partir pour la Libye italienne où elles leur prêteront main-forte. On me charge d’assumer le commandement des deux unités, et je suis invité à me rendre en Libye dans les délais les plus brefs, afin de reconnaître les diverses possibilités d’utilisation de nos forces. L’arrivée des premiers contingents est prévue dans près d’une semaine, et celle des derniers de la 5e division légère motorisée pour mi-avril. À la fin mai, les derniers éléments de la 15e Panzerdivision seront à pied d’œuvre. Il est aussi prévu que certaines unités italiennes d’Afrique seront placées sous mes ordres. Dans l’après-midi, je me suis rendu auprès du Führer, qui a tenu à me décrire la situation militaire en Afrique.» (4 février 41)

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II. Les conditions de vie en Afrique du Nord

«Chaleur vraiment atroce, même pendant la nuit. Au lit, je me suis tourné et retourné, ruisselant de sueur. Les nouvelles des victoires remportées en Russie ont fait plaisir à entendre. Ici, tout est calme pour le moment. Je passe ordinairement une bonne partie de mon temps à circuler. Avant-hier, je suis resté sur les routes pendant huit heures. Vous imaginez sans peine la soif qui m’étreint après une telle randonnée. J’ai été heureux d’apprendre que Manfred se distingue maintenant en mathématiques. C’est uniquement une affaire de méthode. Je suis aussi très satisfait des autres succès à l’école. La chaleur reste toujours aussi effroyable. J’ai pu tuer quatre punaises. Mon lit repose désormais sur des boîtes remplies d’eau, et je pense qu’à partir de maintenant les nuits seront un peu plus reposantes. D’autres soldats ont des ennuis de puces. Elles m’ont laissé tranquille jusqu’à présent. Je suis allé chasser avec deux brillants officiers, le major Mellenthin et le lieutenant Schmidt. Ce fut vraiment passionnant. J’ai tiré une gazelle à la course, de la voiture. Nous avons mangé le foie au dîner. L’eau de mer est trop chaude pour rafraîchir.» (30 août 41)

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III. Le temps des offensives : 1942

« Hier violents combats, qui ont bien tourné pour nous, leur nouvelle tactique pour nous acculer à la mer et nous encercler a échoué. Je suis de retour au QG de l’armée. Les officiers Kesserling et Gambara doivent venir aujourd’hui. Ils n’ont aucune idée des difficultés que rencontrent nos troupes en Afrique du Nord. Ils ne s’occupent que de leurs petites affaires ou de leurs plaisirs. Il pleut et les nuits sont terriblement froides et venteuses. Je demeure en parfaite santé, dormant autant que possible. Vous comprenez assurément que je ne peux partir d’ici en ce moment. Aujourd’hui, dernier jour de cette année de guerre, mes pensées sont plus que jamais pour vous deux, qui êtes pour moi tout le bonheur sur la terre. Mes très vaillantes troupes, allemandes et italiennes, viennent d’accomplir des efforts surhumains. Au cours des trois derniers jours, où nous avons contre-attaqué, l’ennemi a perdu 136 blindés. C’est une belle conclusion pour l’année 1941 et cela donne de l’espoir pour 1942. Un jeune coq et une poule se sont gentiment adaptés à cette existence difficile et circulent librement autour de ma voiture. Le 27, la 22e brigade blindée britannique, reconstituée à son plein effectif, avança vite par Hel-Haseiat, tandis que d’autres éléments avaient lancé une attaque frontale contre nos positions d’Agedabia. Ce fut le commencement de cette fameuse et terrible bataille de trois jours entre chars, où l’ennemi fut enveloppé, contraint ainsi à devoir combattre à front renversé. Il fut cerné et, si une trentaine de ses blindés purent s’échapper vers l’Est, notre manque de carburant empêcha de rendre notre succès plus complet. Les éléments du groupe de soutien de la brigade de la Garde, lancés dans l’attaque frontale, se replièrent aussi vers le Nord-Est à la suite de cette défaite. Tout danger immédiat pour notre position d’Agedabia se trouve alors écarté. Mes meilleurs vœux. » (31 décembre 41)

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IV. Le temps des offensives : 1943

« Rapidité de jugement, capacité de créer des situations nouvelles et des surprises, plus vite que l’ennemi ne peut réagir. Absence de dispositions arrêtées à l’avance, telles sont les bases de la tactique dans le désert. Le mérite et la valeur du soldat s’y mesurent par sa résistance physique et son intelligence, sa mobilité et son sang-froid, sa ténacité, son audace, son stoïcisme. Chez un officier, il faut les mêmes qualités à un degré supérieur, et il doit aussi posséder une inflexibilité exceptionnelle, ainsi que communier avec ses hommes, juger instinctivement du terrain de l’ennemi, réagir et penser avec rapidité. Au niveau du matériel, on redouta pendant assez longtemps le char Matilda britannique, parce que son épais blindage le rendait fort difficile à détruire. Mais il est lent et possède un canon d’un calibre insuffisant. Nos Panzer III (avec le nouveau canon de 50 mm) et IV demeurent supérieurs à tous les modèles ennemis par la portée et le calibre des pièces et, jusqu’à un certain point, par la mobilité. Les chars italiens M13/40 se sont révélés capables d’affronter les chars légers britanniques, comme les Crusader, mais ont été vite dépassés contre les blindés plus lourds. Une arme à longue portée est décisive dans la guerre du désert. Dans ce domaine, nos 88 mm, bien utilisés en antichars, ont contribué dans une large mesure à nos succès. L’infanterie de ligne n’a pas joué de rôle décisif, sauf lors de la guerre de siège devant la solide place-forte de Tobrouk. Les soldats britanniques, dont surtout les Australiens, se sont très bien battus dans le désert mais n’atteignent pas tout à fait, lors de l’attaque, les qualités des soldats du Reich. Les Néo-Zélandais, ainsi que les Sud-Africains, se sont révélés de redoutables guerriers. Les soldats italiens se sont battus avec un courage et un esprit de sacrifice extraordinaires. Cela est d’autant plus digne d’être remarqué que leur armement lourd est souvent médiocre et insuffisant. Le ravitaillement est un facteur décisif dans la victoire. » (Correspondance entre Rommel et Hitler, janvier 42)

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V. Le temps de la retraite : fin 42

«La bataille tourne mal. Nous sommes tout simplement écrasés par le poids de l’ennemi. J’ai fait une tentative pour sauver au moins une partie de l’armée, et je me demande même si elle réussira. Je cherche nuit et jour un moyen de tirer de là nos troupes. Nous allons vers des jours difficiles, les plus difficiles, peut-être, qu’un homme puisse traverser. Les morts sont heureux, pour eux tout est fini. L’ordre du Führer exige l’impossible car une bombe peut tuer même le soldat le plus résolu. Il est évident qu’Hitler n’a rien compris à notre situation en Égypte.» (3 novembre 42)

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«Nous faisons appel aux ultimes ressources de notre imagination afin de présenter aux Britanniques les attrape-nigauds les plus originaux, pour inciter les avant-gardes à la circonspection. Notre commandant du Génie, le général Bülowius, un des meilleurs sapeurs de l’armée, accomplit de véritables merveilles dans ce domaine. Il devient évident que l’ennemi tente de nous déborder par tous les moyens. Je suis hélas persuadé que la Libye est perdue.» (15 novembre 42)

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«La résistance des Italiens fut magnifique, et elle mérite les plus grands éloges. Une contre-attaque du régiment blindé de la Centauro a enfin réussi à refouler les Anglais, qui laissèrent sur le terrain 22 chars et 2 automitrailleuses.» (mi-décembre 42)

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Groupe de Semovente italiens lors de la bataille d’El Alamein

«Le maréchal Ugo Cavallero m’a fait parvenir un long télégramme rédigé sur ordre de Mussolini, dans lequel il est dit que ma décision de faire évacuer la ligne de Tarhounah et d’installer l’armée dans le secteur d’Azizia, pour y attendre l’attaque principale, est contraire à ses instructions. L’arrivée d’un tel message me fait bondir de rage. Une position débordée ou enfoncée n’a de valeur que si l’on dispose d’assez de forces mobiles pour repousser les forces enveloppantes ennemies. Le meilleur des plans stratégiques n’a plus aucun sens s’il ne correspond plus à nos possibilités tactiques.» (janvier 43)

«Sur le plan physique, je ne vais pas très bien : de violents maux de tête et les nerfs à bout, sans parler des troubles de la circulation. Cela ne me laisse alors aucun repos. Le professeur Horster m’a donné quelques somnifères pour me remettre. À vrai dire, avec une telle situation sur le front russe, tout ce qu’on peut souhaiter c’est de rester en Afrique. Le maréchal Ettore Bastico doit bientôt retourner en Italie ; des divergences sont apparues entre nous. Mais elles étaient la conséquence des directives de Mussolini. Bastico est un excellent officier.» (Lettre du 28 janvier 43)

Maréchal Ettore Bastico

Maréchal Ettore Bastico

«J’accueille cette nouvelle avec un sentiment mitigé. D’un côté, je ne suis pas du tout fâché de penser que j’aurais une plus grande influence sur le sort de mes soldats. Le général von Arnim n’aura qu’à suivre mes directives. De l’autre, la perspective de jouer le bouc émissaire d’une éventuelle défaite en Afrique ne me plaît guère. Je suis cependant ravi de notre éclatante victoire à Kasserine et j’espère être vite en mesure de porter des coups aussi sévères aux Alliés. Mais tout dépend, comme à chaque fois, du ravitaillement. Ma santé s’est maintenue jusqu’ici. Mais le cœur, le système nerveux et les rhumatismes me causent toujours une foule d’ennuis.» (Lettre de fin février 43)

«Les conditions ne semblent pas du tout réunies pour une victoire rapide sur le front tunisien. Nos moyens fondent à vue d’œil. Nos réserves sont insuffisantes. Comme toujours, le ravitaillement n’arrive qu’en trop petites quantités. La marine italienne fait tout ce qu’elle peut pour nous fournir le matériel nécessaire, mais l’absence de radar et de porte-avions se fait durement sentir. Je me creuse jour et nuit le cerveau pour essayer de trouver une bonne solution, mais je bute toujours sur les mêmes problèmes. Malgré de très lourdes pertes causées aux unités alliées, le rapport de force n’est pas modifié. La supériorité matérielle des Alliés est toujours écrasante : vingt contre un pour les blindés ! » (Lettre du 26 février 43)

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VI. Le retour à Berlin…

«Je me rendis au commandement suprême des forces armées italiennes, où j’eus alors un entretien avec le général Ambrosio. Je compris bientôt que les Italiens ne s’attendaient nullement à me voir retourner en Afrique et qu’ils étaient convaincus que le Führer allait vite m’envoyer en convalescence. C’était loin d’être mon intention. J’espérais encore faire accepter mes plans et conserver quelque temps le poste de commandement de tout le groupe d’armées. Puis je me rendis chez le Duce, en compagnie d’Ambrosio et de Westphal. L’entretien dura près d’une demi-heure. Je dis à Mussolini rapidement et nettement tout ce que je pensais de la situation, puis je lui exposai les conclusions à en tirer. Mais lui aussi semblait, tout comme Hitler, manquer de tout sens de la réalité dans l’adversité. L’un de ses principaux soucis était la crainte du choc considérable que la perte de la Tunisie produirait alors en Italie. Il refusait de voir les choses en face.» (9 mars 43)

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«Hitler se montra totalement fermé à tous mes arguments, qu’il élimina les uns après les autres, persuadé alors que je m’étais laissé envahir par le doute et le pessimisme. Je déclarai qu’il était indispensable de rééquiper les divisions d’Afrique en Italie et de les placer en défense sur les côtes de l’Europe du Sud.» (10 mars 43)

Erwin Rommel, Adolf Hitler

 

 

VII. …Fin de l’Afrika korps et désaveu des élites nazies.

Après avoir passé quelque temps en famille, Erwin Rommel est hospitalisé dans l’hôpital de Semmering en avril. Durant son séjour à l’hôpital, il apprend les mauvaises nouvelles en provenance de Tunisie, où les combats sont de plus en plus inégaux. Ces nouvelles renforcent dans son esprit le rejet des élites nazies en lesquelles il ne croit plus, en particulier en Hermann Göring :

«Quant à ce gros lard, la situation tragique de nos armées ne semblait pas du tout le troubler. Il faisait alors la roue et se rengorgeait sous les grossières flatteries de tous les imbéciles qui composent sa cour, ne parlant que de bijoux et de tableaux. Une telle attitude m’aurait peut-être amusé à un autre moment, mais alors elle ne cessa de m’exaspérer. Göring était possédé d’une ambition absolument démesurée. Sa vanité et son orgueil ne connaissaient aucune limite.» (mars 43)

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« C’est Göring qui fut mon ennemi le plus acharné au cours de toute cette période. Il désirait mon rappel… afin de pouvoir réaliser en Afrique ses propres intentions.  » (La guerre sans haine p 347).

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Sources : Wikipédia, reprenant  des passages de l’ouvrage : « La Guerre sans haine », recueil des notes d’Erwin Rommel prises lors de ses différentes campagnes.

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