La Bataille de la Baie de Manille.

La bataille de la baie de Manille opposa le 1er mai 1898, les flottes américaines et espagnoles dans le Pacifique seulement 6 jours après le déclenchement de la guerre Hispano-américaine.

Pour avoir quelques éléments concernant ce conflit, il faut se pencher sur l’histoire de Cuba. Bien que les Etats-Unis aient à plusieurs reprises affirmé ne pas avoir d’intention colonialiste, le pays va vite prendre fait et cause pour les indépendantistes cubains. Cuba, un des plus anciens comptoirs espagnols, tenta de trouver son indépendance une première fois lors de la « Guerre des Dix Ans » (1868 à 1878) qui se solda, dans un bain de sang, par le maintien de la souveraineté espagnole. Puis la situation économique de Cuba empira, le prix du sucre, principale source de revenus de l’île, chuta, notamment en raison de la concurrence du sucre de betterave et des taxes douanières exorbitantes. En découla de nombreuses souffrances sociales qu’un peuple vivant déjà dans la misère ne put supporter. Ajouté à cela le mécontentement latent de la domination espagnole, la situation du cubain devint intolérable. C’est en toute logique que débute en 1895 la Guerre d’Indépendance Cubaine, cruellement réprimée par les espagnols. Les indépendantistes cubains se livrèrent également à nombre d’exactions envers les partisans du régime hispanique. Tous ces actes furent abondamment relatés dans la Presse américaine, et bien que les américains aient pris le parti des révoltés cubains, le gouvernement restera peu enclin à  se lancer dans une aventure guerrière contre l’Espagne. Le gouvernement envoya en rade de La Havane, le cuirassé USS Maine, aux fins de rapatriement des ressortissants américains. Le 15 février, le vieux cuirassé explose pour des raisons encore controversées aujourd’hui, mais les USA imputeronnt cet acte aux espagnols et la guerre entre les deux pays éclate le 24 avril 1898.

L'USS Maine dans la rade La Havane peu avant son explosion.

L’USS Maine dans la rade La Havane peu avant son explosion.

Revenons à notre bataille de la Baie de Manille.

Alors que les américains préparent une opération de débarquement à Cuba sous les ordres du futur président Théodore Roosevelt qui a démissionné de son poste de sous-secrétaire d’état la Marine, les préparatifs vont bon train dans le Pacifique. Le commodore George Dewey se trouve à Hong Kong avec 3 croiseurs et 1 canonnière pour les soumettre à un entrainement intensif lorsqu’il apprend l’entrée en guerre des Etats-Unis. Ses moyens sont faibles, surtout les munitions qui lui font cruellement défaut. Il obtient de l’US Navy l’attribution de la canonnière USS Concord, le renfort d’un croiseur, l’USS Raleigh et un côtre, l’USS Hugh Mc Cullogh. Comprenant l’intéret d’agir rapidement, l’US navy charge deux navires de transport (USS Nashan et USS Zafiro) de charbon qu’ils expédient à Dewey. Ce dernier parviendra même a garder ces deux transports sans les armer pour continuer à s’approvisionner dans les ports neutres du Pacifique. Dewey avisé de la présence de la flotte espagnole dans la baie de Manille n’a aucune idée de l’état des fortifications dans ce secteur. C’est en interrogeant les marchands de Hong-Kong qu’il obtiendra ces precieux renseignements. L’escadre américaine prend la route des Philippines, direction la Baie de Manille.

Commodore George Dewey

Commodore George Dewey

Depuis le début des tensions, les espagnols ont tenté d’améliorer leur flotte et pris des mesures de défense. L’optique de l’Amiral Montojo est que Manille ne doit pas être bombardée. cela porterait un coup au moral des équipages dont les familles vivent en ville. La baie de Manille sera défendue d’une part par les batteries côtières déjà en place et d’autre part par le minage des chenaux d’accès et l’échouage de petits navires pour les obstruer. La flotte quant à elle, ira se positionner dans la baie de Subic, à l’ouest. De petites dimensions, elle peut, une fois fortifiée, constituer un piège mortel pour une flotte assaillante prise sous les feux des batteries  côtières et de l’artillerie des navires. Cette opinion est d’ailleurs partagée par le commodore Dewey, qui estime lui aussi qu’il s’agit là de la meilleure position de défense (il enverra d’ailleur les USS Boston et Concord en reconnaissance dans la baie). Durant le mois d’avril les travaux de minage et de fortifications suivent leur cours dans les chenaux d’accès de la baie de Manille. Le 25 avril, la flotte espagnole fait donc route vers la baie de Subic. Malheureusement les travaux de fortifications restent à l’état de projet, les espagnols ne pensant pas être aussi rapidement inquiétés par les américains (les canons de 150mm sont encore sur la plage et les mines ne sont pas posées). Ce qui obligera l’Amiral Montojo à ordonner le retour de la flotte dans la baie de Manille lorsqu’il apprend le 28 avril que la flotte américaine se dirige vers les Philippines

Amiral Patricio Montojo

Amiral Patricio Montojo

A la lecture du rapport de reconnaissance de la baie de Subic confirmant l’absence de navire espagnol, le Commodore déclarera à ses hommes :  » Now we have them! ». L’escadre fait désormais route vers la baie de Manille. A bord des navires, ordre est donné de jeter par dessus bord tous les objets en bois non indispensables (les risques d’incendies en cours de bataille étaient redoutés à l’époque sur ces navires). Le 30 avril dans la journée, Montojo est prévenu par télégramme de la reconnaissance de la baie de Subic par la flotte américaine qui se dirige maintenant vers Manille. A 23h00, l’escadre d’Asie pénètre dans l’entrée du chenal de Boca Grande. Dewey, bien qu’ayant été informé du minage de celui-ci n’y croit pas. Il estime la tâche irréalisable sous ces latitudes… Il a tort, le chenal est miné, mais la chance est avec lui cette nuit-là, pas un navire ne touche les mines. Le 1er Mai, à 01h30 du matin, le Hugh Mc Cullogh, seul navire de l’escadre approvisionné en charbon australien de moindre qualité laisse échapper des flammèches de ses cheminée et est repéré par les batteries côtières de l’île d’el Fraile qui ouvrent le feu. Les obus tombent entre l’USS Raleigh et le Petrel sans les toucher. L’escadre riposte et réduit la batterie au silence. Toutefois les tirs ont été entendus a Manille.  A 2h00 l’Amiral Montejo reçoit un télégramme de confirmation, l’US navy traverse Boca Grande en direction de Manille. A 04h45 l’escadre d’Asie arrive en vue du port de Manille ou Dewey espère trouver la flotte espagnole à l’ancre, la logique voulant qu’elle soit abritée près des forts qui couvrent la ville. Après avoir constaté l’absence de la flotte espagnole et essuyé un tir imprécis des batteries du port, les américains se dirigent vers Cavite.

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A 05h00 l’amiral Montojo dont la flotte est amarrée dans la baie de Canacao, à coté de Cavite, décide de passer à l’action. Il fait mouvement, mais pour éviter toutes collisions il ordonne de faire exploser les quelques mines qui pourraient gêner sa propre flotte.
A 05h15 les américains, guidés par le bruit des explosions découvrent les espagnols qui appareillent. Le carnage commence. Les navires espagnols sont peu ou pas blindés, ont infiniment moins de marge de manœuvre que ceux du Commodore Dewey, les batteries de Sangley Point et de Cavite ne peuvent intervenir que de façon restreinte. Pendant 7 heures l’escadre d’Asie va accomplir pas moins de 5 « tours » avec à chaque passage son lot de coups au buts (171 tirs au but contre 15 reçus).

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L’Espagne perdit en 7 heures et 5 minutes exactement la totalité de ses navires dans le Pacifique. L’amiral Montojo dans son rapport donne le chiffre de 381 marins tués. L’US Navy ne subit aucune perte matérielle, ses pertes humaines consistèrent en un mort, le chef de chauffe du MC Cullogh mort d’une crise cardiaque lors du passage du chenal et 8 blessés.

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La guerre Hispano Américaine venait de commencer. L’Espagne avait refusé l’indépendance cubaine et s’est laissée entraîner dans ce conflit espérant le soutien des autres nations européennes qui elles ne souhaitaient pas compromettre des relations diplomatiques et commerciales avec le géant américain naissant. Seule, peu préparée et mal équipée, l’Espagne capitulera au bout de 10 semaines, reconnaissant finalement l’indépendance de Cuba mais cédant également les Philippines, Porto Rico et Guam aux États-Unis en échange d’un versement de 20 millions de dollars américains. L’année suivante, ils acquirent une partie de l’archipel du Samoa. Ainsi, le territoire américain s’est soudainement accru de plusieurs territoires au-delà de l’Amérique du Nord. La guerre de 1898 a incontestablement constitué un tournant dans l’histoire américaine. Les États-Unis prenaient place dans le cercle étroit des grandes puissances de la planète.

Pour sa victoire de la baie de Manille, Dewey obtint le grade d’ « Admiral of the Navy », grade suprême des forces navales américaines qui n’avait jamais été attribué auparavant et qui ne l’a plus jamais été depuis.

Note : Recherches effectuées par Nathanael Gardner que nous remercions pour sa contribution. J’espère ne pas avoir trop « écorché » le texte d’origine.

Sources :

http://www.spanamwar.com/.

OFFICIAL REPORT OF THE BATTLE OF MANILA BAY.
By ADMIRAL DEWEY, U. S. Navy.
No. 240 D.] U. S. NAVAL FORCE ON ASIATIC STATION,
Flagship Olympia, Cavite, Philippine Islands, May 4, 1898.

Dewey, George, Autobiography of George Dewey
(Annapolis: Naval Institute Press, 1987, originally published in 1913 by Charles Scribner’s Sons, New York)
ISBN 0-87021-028-9. p. 266 – 272.

The Battle of Manila Bay (Cavite)
May 1, 1898
by Patrick McSherry

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