Wacht am Rhein, le dernier coup de dés d’Hitler

     Août 44, le front de Normandie s’est écroulé, les allemands reculent sur tous les fronts.  Dès septembre, Hitler charge un état-major restreint sous la direction de Jodl de préparer une offensive dans les Ardennes, dans le but de reprendre Anvers, un nouveau Dunkerque.

    Préparée dans le plus grand secret et contre l’avis de ses généraux qui prévoyaient plutôt un plan de moindre envergure visant à repousser les alliés au-delà la Meuse, l’opération, nommée « Wacht am Rhein » puis « Battle of the Bulge » par les américains, en référence à la forme de saillant qu’avait pris le front au début des opérations, est lancée le 16 décembre.

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     Les conditions météorologiques limitent les sorties aériennes alliées, le front s’est très étendu tout comme les lignes de ravitaillement.  Les lignes des troupes allemandes, inversement, se sont raccourcies, facilitant l’approvisionnement et permettant même d’envisager la constitution de troupes de réserve pour l’offensive.

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     Mais rapidement la progression des allemands ralentit…

 

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     Les 18 et 19 décembre, la situation s’envenime, la colonne Peiper a pris Stavelot mais est arrêtée par la 82e Division aéroportée devant Stoumont. Au centre, Saint- Vith, isolée, résiste toujours, tenue fermement par la 7e DB US. A Diekirch, les rescapés de la 28e Div.US parviennent à s’exfiltrer vers Bastogne où la 101e aéroportée vient de prendre position. Au Sud, les allemands piétinent, tenus en échec par le 109e régiment de la 28e DB.

     1000 fallschirmjäger (paras allemands) devaient être parachutés dans les environs de Malmédy, le manque d’expérimentation des aviateurs allemands en cette fin de conflit, la météo exécrable et la nuit contrarieront fortement cette opération qui s’avérera finalement peu efficace. Pas plus que les commandos de Skorzeny, parlant anglais et revêtus d’uniforme américains, coupant les lignes téléphoniques et semant la pagaille derrière la ligne de front n’auront l’effet escompté.

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     Dans les jours qui suivent, Peiper, au Nord, après de violents combats, est contraint de se replier sur La Gleize et Stavelot est reprise par les américains. Au centre, les allemands ont pris Saint-Vith mais la remarquable défense américaine a permis d’une part d’endiguer la marée allemande et d’autre part de réorganiser les défenses américaines au Nord. Bastogne est totalement encerclée. McAuliffe et ses hommes tiendront jusqu’à l’arrivée des renforts et la reprise des opérations aéroportées. Nuts! (des nèfles! ou des clous!) sera la réponse de McAuliffe à la demande allemande de reddition. Au Sud, la Panzer Lehr Division qui a contourné Bastogne, s’empare de Saint-Hubert. Le 23 décembre, le temps s’éclaircit, et 5000 sorties aériennes sont enregistrées contre 1000 allemandes. Peiper abandonne ses prisonniers, ses blessés et fait sauter ses chars, faute de carburant, c’est la fin de la 1e SS Panzer Division. Au centre Bastogne résiste toujours grâce aux 100 tonnes de ravitaillement parachutées quotidiennement. Les allemands ont tout de même pris Celles et la Meuse est en vue.

Général Anthony Mc Auliffe

Général Anthony Mc Auliffe

     La dernière semaine de l’année sonne la fin des prétentions de l’opérations Wacht am Rhein. Sans carburant, exténués, les allemands ne peuvent plus avancer. Les alliés se regroupent, au Nord, douze divisions alliées sont en ligne, le 30e corps britannique peut intervenir à bref délai et la 6e division aéroportée britannique est arrivée à Dinant. Au Centre, Bastogne, toujours encerclée reçoit de plus en plus de ravitaillement par les airs et le 27, les premiers renforts parviennent à se frayer un chemin entre les lignes allemandes et viennent soutenir la ville. A Celles, La 2e Panzer Div, encerclée par la 2e DB US abandonnent prisonniers et véhicules.

     Ce n’est que le 28 qu’Hitler finira par admettre qu’Anvers ne peut plus être atteinte. Les objectifs sont modifiés. Le but est maintenant de tenter de détruire les forces américaines dans les Ardennes.

  Janvier 45 bénéficie d’une météo épouvantable, cependant les troupes britanniques lancent une contre-offensive ayant pour but de faire la jonction avec les américains de Patton à Houffalize. La progression est lente, dûe au temps et au renforcement des positions allemandes. Les allemands perdent définitivement Saint-Vith le 27 et le 30, sont repoussés au-delà de leur position de départ.

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    En conclusion,  cette offensive voulue par Hitler était probablement trop ambitieuse. Les moyens engagés, à première vue, semblent proportionnés aux forces alliées présente dans le secteur. Examinons tout cela de plus près :

    Le lieu et le moment sont bien choisis, les alliés ne sont pas encore sur le territoire allemand, les conditions météorologiques sont propices, ils ne peuvent pas bénéficier de leur soutien aérien. Le front italien et surtout celui de l’Est se sont stabilisés, depuis près de trois mois, les russes observent un répit. Quelques semaines après l’échec de l’opération Market Garden, le front de l’Ouest s’est lui-même posé, s’étendant des Pays-Bas à la Suisse en suivant approximativement la frontière du Reich.

   Bien que le port d’Anvers soit libéré depuis début septembre, les alliés ne peuvent l’utiliser. Effectivement, les allemands contrôlent toujours l’estuaire de l’Escaut et surtout l’île de Walcheren qui en permet l’accès.  Le ravitaillement allié passe toujours par les ports français et doit parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant d’arriver dans la gamelle du soldat allié sur le front. Hitler ne veut surtout pas que le port d’Anvers puisse être utilisé par les alliés. D’ailleurs les V1, depuis septembre, puis les V2 depuis novembre s’abattent régulièrement sur la ville.

   Sur le papier, les forces sont équivalentes. Alliés = 69 divisions. Allemands = 74 divisions. Les troupes en elles-même : Côté allié, la fatigue se fait sentir, depuis le 6 juin, la ruée des libérateurs à travers la France n’a pas été de tout repos. La perspective de terminer la guerre avant la fin de l’année est bien loin. L’effet de surprise aura également un impact certain et les alliés mettront 4 à 5 jours (sans aviation rappelons le), avant de pouvoir organiser la défense et contre-attaquer. Côté allemand, 5 années de guerre ont décimé la Wehrmacht, des soldats de la première heure, il n’en reste plus guère. Les hommes de 16 à 60 ans sont mobilisés et viennent combler les effectifs et bien que mus par l’idée de défendre la patrie,  la majorité des hommes sont inexpérimentés et l’encadrement est défaillant. Ainsi les 1000 paras allemands n’atteindront pas les objectifs désignés ou alors sans leur matériel; les pilotes n’ayant pu voler jusqu’aux points prévus. 200 000 soldats allemands vont tout de même participer à la Bataille des Ardennes, inexpérimentés ou harassés par les combats précédents, cela présentait tout de même un avantage sérieux, en considération des troupes alliées présentes dans le secteur des opérations.

   Côté matériel, les allemands présentent près de 1600 canons d’assaut et 600 chars, notamment des Tigres Royaux et des Panthers.

    Au vu de tous ces éléments, le coup de poker de Hitler aurait pu réussir. Deux éléments ont considérablement contrarié le bon déroulement des plans du führer. En premier lieu, le carburant. Hitler avait compté sur l’avance rapide de ses troupes et la capture des dépôts alliés, ce ne fut pas le cas. En partie à cause de leur destruction par les américains lors de leur repli ou par les effectifs de l’armée belge (par exemple à Stavelot). La pénurie de carburant fut un problème omniprésent durant toute l’opération qui ne devait durer que quelques jours. En second lieu, la formidable combativité et l’immense courage des troupes américaines sur tout le saillant,  à Bastogne mais surtout à Saint-Vith qui ne sera cédée qu’au prix de durs combats et à un moment ou tout espoir de réussite pour les allemands n’était plus envisageable.

Note : La source principale est Wikipédia.

Ayant des origines d’outre-quiévrain, la bataille des Ardennes est un sujet qui m’a toujours beaucoup plu. Aux personnes que le sujet intéresse et qui seraient de passage dans cette région, je conseille vivement la visite du 101st Airborne museum au détriment même du Bastogne War Museum, plus cher, présentant trop de texte et qui, pour une personne vous accompagnant, va vite paraître ennuyeuse.

Quelques photos du musée :

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