Le Vent Divin

I Onishi, l’instigateur

   Il semblerait que ce soit le capitaine Motoharu Okamura qui, en évoquant le cas de crashes  spontanés de pilotes en situation de non retour, proposa officiellement au vice-amiral Takijiro Onishi la formation d’unités composées d’avions suicides. Onishi, déjà en charge de différents projets militaires de l’aéronavale (notamment les Okha(1)) obtient le 19 Octobre 44, peu avant le commencement de la bataille de Leyte, l’autorisation de constituer de telles unités, à la condition que les pilotes soient tous volontaires. Les kamikazes (en japonais Tokubetsu kogeki-tai, Vent Divin) étaient nés et immédiatement, les premiers volontaires se désignèrent.

 II La voie du Paradis où les premières missions.

Yoshiyasu Kuno

Yoshiyasu Kuno

  • Le 21 octobre à 16H25, à Cebu, dans les Philippines, deux zero chargés d’une bombe de 250 kilos et un autre les escortant décollent pour leur ultime mission. L’escorte et un des kamikazes reviendront faute de cible. Le Lieutenant Yoshiyasu Kuno, lui ne reviendra pas. Il est le premier kamikaze disparu du conflit.
  • Le 23, une autre mission est organisée, deux zero y participeront et seront portés disparus à leur tour.
  • Le 25 octobre fera date dans l’histoire des Kamikazes. 4 des 5 avions japonais qui tenteront de s’abattre sur les navires américains toucheront leur cible. L’A6M5 Modèle 52 «Zero» du lieutenant Yukio Seki percuta le pont du porte-avion USS St.Lo qui sombrera quelques minutes plus tard. Ce succès fera la propagande des kamikazes auprès des autorités qui voyant le projet Okha prendre du retard, encouragèrent ces missions suicides.
  • C’est à Okinawa, en avril 45, que les plus importantes missions kamikazes eurent lieu. Les japonais lancèrent lors des opérations « Kikusui (Paradis), des centaines d’avions-suicides, ainsi que plusieurs Okha et Shinyo(2) sur les navires américains enregistrant plusieurs succès.

III Bushido, Kamikaze et Seppuku

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  Les japonais ne disposaient plus de flotte ou d’aviation suffisante pour endiguer l’invasion du territoire qui devenait de plus en plus inévitable. Les premières attaques de Kamikazes ont enregistré de réels succès, bien plus importants que les attaques conventionnelles et surtout moins coûteuses. Les zéro employés pour ces attaques suicides étaient souvent réformés, armés uniquement d’une importante charge d’explosif, la quantité de carburant embarquée ne permettait pas de retour et les pilotes, de plus en plus jeunes, ne suivaient qu’un entrainement succinct de quelques semaines.

   On peut se poser la question sur le degré de motivation de ces jeunes volontaires. Âgés de 17 à 35 ans, les premiers volontaires furent des pilotes déjà aguerris, mais bientôt le recrutement s’est porté sur les jeunes recrues des écoles militaires. Les dernières lettres des kamikazes sont très intéressantes mais mettent en lumière le côté très stéréotypé de leur contenu. En effet, mis à part quelques lettres transmises de manière non officielle, elle sont courtes et semblent être toutes sur le même modèle : reconnaissance de la famille, combat pour le pays et l’Empereur. Les services de l’administration japonaise se sont d’ailleurs souvent chargés des courriers aux familles annonçant la disparition du pilote, parfois même avant qu’il ne soit officiellement déclaré mort ou disparu.(3)

   Les kamikazes étaient conditionnés socialement et politiquement. Le Japon et l’empereur déifié passaient avant tout autre concept. Selon les préceptes du code d’honneur des samurais, le Bushido, enseigné dans les écoles militaires, se rendre, capituler n’était pas envisageable. Donner sa vie à bord d’un avion, d’un Okha ou d’un sous-marin kaiten(4), s’apparenta bien vite à l’idée de Seppuku (suicide rituel). Les témoignages relatent tous la quiétude avec laquelle les pilotes participaient à la cérémonie d’adieu, récitant un tanka (poème), buvant le dernier verre de saké avant de s’envoler vers leur destinée. Ce qui pouvait passer chez les occidentaux pour du fanatisme relevait chez le soldat nippon, du patriotisme traditionnel.

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IV Pour conclure.

   Les succès obtenus par les kamikazes peuvent paraître peu satisfaisants. Il est difficile d’être exact, mais on peut raisonnablement avancer que plus de 4000 kamikazes se sacrifièrent en tentant de jeter leur appareil sur l’ennemi.  Le théâtre d’opérations d’Okinawa à lui seul, vit la perte de plus de 1000 avions japonais dont plusieurs centaines de kamikazes. Iwo Jima, Luçon, Leyte, Kyushu, Lingayen, entre autres verront l’intervention de kamikazes. 34 navires alliés seront coulés et plus d’une centaine endommagés à des niveaux divers. Les kamikazes n’ont pas changé le cours de la guerre, mais furent, à coup sur, une cause de l’affaiblissement du moral des troupes américaines dans le Pacifique. Iwo Jima et Okinawa laissaient présager une lente et coûteuse avancée des alliés sur le territoire nippon. Tout comme l’acharnement des japonais à défendre leur sol ou comme l’obstination des dirigeants japonais a continuer le combat, les avions du Vent Divin ont probablement dû plaider en faveur de l’utilisation de l’arme atomique.

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Dernière lettre du lieutenant kamikaze Ryoji Uehara

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Notes :
(1)Okha : Missile piloté, largué par un bombardier à proximité de sa cible. 80 unités seront utilisées à Okinawa, n’enregistrant qu’un seul succès.
(2)Shin’yo : VLT équipées de charges explosives. Plusieurs centaines furent équipées en VLT suicides. Plusieurs dizaines opérèrent à Okinawa.
(3)Kenichiro Onuki : L’avion de ce kamikaze s’écrasera sur une île proche d’Okinawa, touché par un bombardier américain. Il ne retrouva sa famille qu’après la fin de la guerre. Quelle ne furent pas leur surprise de retrouver un fils plusieurs mois après que l’administration japonaise l’ait déclaré mort.
(4)Kaiten : Sous-marins suicides, un ou deux membres d’équipage. A leur crédit, deux pétroliers alliés détruits.

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Sites consultés :

Wikipedia, lemairesoft,
aerostories.free.fr/kamikaze/
www.clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article65
www.j-aircraft.com/research/rdunn/hms_aust/first_kam.htm
www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Histoire/His0014-HistoireKamikaze.html
www.wtj.com/articles/kamikaze/
www.bbc.com/news/magazine-26256048

 

 

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