La bataille du Solent (18 et 19 juillet 1545)

Crédits: Erwin Schütze

Certaines batailles navales mériteraient d’être bien plus connues. L’une d’elles s’est déroulée les 18 et 19 juillet 1545 devant la ville de Portsmouth.
La famille Tudor règne sur l’Angleterre et le Pays de Galles entre 1485 et 1603. Elle arrive au pouvoir lorsqu’en Henri VII gagne la bataille de Bosworth face à Richard III, le 22 août 1485.
En 1534 le roi Henry VIII se sépare de l’église catholique. Le pape, qui n’accepte pas son divorce avec Catherine d’Aragon et son remariage avec Anne Boleyn, l’excommunie le 23 mars. Mais pourquoi le roi d’Angleterre souhaite-t-il divorcer ?
Henri épouse la princesse espagnole le 11 juin 1509. Une fois reine d’Angleterre, elle ne réussit à donner à la dynastie régnante aucun héritier mâle, seulement une héritière, Marie (la future Marie Tudor, reine d’Angleterre de 1554 à 1558). L’absence d’héritier inquiète fortement le roi. Il imagine alors un stratagème pour divorcer de la reine, stratagème renforcé par sa passion pour Anne Boleyn. En 1527, Henri VIII demande au pape d’annuler son mariage du fait que la reine a été mariée à son frère, Arthur Tudor (mariage le 14 novembre 1501 jusqu’à sa mort le 02 avril 1502). Le roi Henri VIII se voit déjà marié avec Anne Boleyn. Toutefois, le pape Clément VII, qui ne souhaite pas mécontenter l’empereur Charles Quint, neveu de Catherine, refuse d’accorder la dissolution du mariage. La procédure de divorce n’ayant pu aboutir, Henri VIII exerce des pressions de plus en plus importantes sur Rome. Malgré ces pressions, le Saint-Siège ne cède pas et Henri VIII décide de rompre avec la Papauté. En 1533, il fait prononcer le divorce par un tribunal présidé par l’archevêque de Canterbury. Le 25 janvier, Henri VIII épouse en secret Anne Boleyn. En septembre, Anne Boleyn donne naissance à une fille, la future Elisabeth Ire.

Roi Henri VIII suivi de Sir Anthony Browne et de Sir Charles Brandon 1er Duc de Suffolk.
Source: http://www.myoldmap.com/dominic/maryrose/

En 1534, le royaume d’Angleterre se sépare donc de l’Église catholique. Rome demande alors aux rois catholiques François Ier et Charles V d’Espagne (Charles Quint) d’envahir l’Angleterre pour détrôner Henri VIII. Toutefois, le scénario ne se déroule pas tout à fait comme le Papauté l’a imaginé ! En 1544, Charles Quint se met d’accord avec le roi anglais et attaque la France. Après avoir capturé Boulogne, le roi d’Espagne fait la paix avec la France.
Aussi, le 3 janvier 1545, François Ier annonce son intention d’envahir l’Angleterre afin « de libérer les anglais de la tyrannie protestante imposée par Henri VIII ». Le roi de France profite aussi du fait que les armées anglaises sont occupées en Ecosse et en Irlande. L’objectif du roi de France est Portsmouth, la base navale d’Henri VIII.
En mai, l’imposante flotte française est rassemblée dans l’estuaire de la Seine. Le 16 juillet, commandée par l’amiral Claude d’Annebault, la flotte appareille vers les côtes anglaises.
Le 18 juillet, la flotte française arrive en vue du port anglais. Composée de 150 navires de guerre, 25 galères et d’environ 30 000 hommes, elle entre dans le Solent sans réelle opposition de la part des anglais, qui alignent 80 navires dont le navire amiral Mary Rose et le Great Harry. La flotte anglaise étant en très forte infériorité numérique, elle s’abrite dans le port, fortement défendu.

Bataille du Solent le 19 Juillet 1545. Gravure de Cowdray.

Sous l’œil d’Henri VIII depuis le château de Southsea, l’armée française engage le combat. Les 25 galères françaises s’avancent dans le port, chacune étant équipée d’un seul gros canon à l’avant. Toutefois, cette première attaque est un échec, les français se retirent en ayant infligé assez peu de dégâts.
Pendant la journée du 19 juillet, l’attaque se poursuit. Les Français continuent à utiliser leurs galères, bien plus maniables que les vaisseaux anglais. Le seul incident notable est le naufrage du Mary Rose. Sur les 400 membres d’équipage, seuls 35 réussissent à s’échapper.

Carte représentant les positions des flottes anglaises et françaises.
Source: http://www.myoldmap.com/dominic/maryrose/

Toutefois, à part le naufrage du vaisseau amiral anglais, les français étant incapables de vaincre sur mer, passent à l’attaque sur terre et envahissent l’île de Wight.
Claude d’Annebault décide d’attaquer en trois endroits de l’île, à St Helens, Bonchurch et Sandown. Le fort de St Helens a bombardé la flotte française mais est assez facilement capturé. Le second débarquement français, à Bonchurch, ne rencontre pas de réelle opposition et avance rapidement à l’intérieur des terres. En effet, si les forces anglaises réussissent dans un premier temps à repousser les soldats français, en infériorité numérique, elles finissent par fuir la bataille. Selon la légende, le capitaine anglais Robert Fischer, ayant trop d’embonpoint pour courir aurait crié en offrant 100£ de récompense à quiconque lui donnerait un cheval. Il se dit que ces mots ont peut-être inspiré William Shakespeare dans sa pièce Richard III, où ce dernier crie : « Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! »

Southsea Castle Cannon.
Source: www.hampshire-history.com

La troisième attaque française se déroule à Sandown. Dans un premier temps, les soldats débarquent facilement sur la plage, mais aussitôt les forces locales se précipitent sur eux. Autour des falaises, surplombée par le château, une féroce bataille éclate. Les chefs français blessés, l’armée d’invasion se retire. L’évènement est commémoré par une plaque indiquant :

« Lors de la dernière invasion de ce pays, des centaines de soldats français ont débarqué ici. Cette armée fut vaincue et repoussée dans le sang par la milice locale le 21 juillet 1545. »

Intéressons-nous de plus près au naufrage du Mary Rose. D’après l’un des rares témoins oculaires, le Mary Rose avait tiré tous ses canons d’un côté et virait de bord quand elle a été prise sous une forte rafale de vent. Cependant, s’il semble avéré que le vaisseau virait bel et bien, d’autres explications peuvent être prises en compte.
Tout d’abord, l’erreur humaine. Cette bataille est en effet la première du commandant Sir George Carrew. Il se dit qu’il ne connaissait pas parfaitement son navire et qu’il aurait ordonné une manœuvre mettant en danger le navire (le navire aurait viré de bord avec les sabords encore ouverts). Une autre possibilité est le manque de qualification de l’équipage, incapable de comprendre ou d’exécuter les ordres. Cependant, les historiens mettent en doute cette dernière possibilité : il semble en effet peu probable que le vaisseau amiral d’Henri VIII ait été composé d’un équipage indiscipliné ou peu expérimenté.
La seconde théorie est liée à la météo.  Est-ce une rafale de vent qui a frappé les voiles à un moment crucial, comme l’a raconté ce témoin, et rendant momentanément le navire instable ? En effet, avec les sabords ouverts, le navire a pu être inondé et faire rapidement naufrage. Cette explication est renforcée par le poids du navire qui a été alourdi après une refonte récente due à l’augmentation de sa capacité de feu.

Peinture du Mary Rose par Anthony Roll.
Source: Wikimedia.com

Enfin, il est bien entendu possible que le Mary Rose ait été coulé par les canons de la flotte française. En effet, un boulet de canon en granit, semblable à ceux utilisés par la marine française a été retrouvé dans la soute du navire. Toutefois, il était dans un casier de tir ce qui peut indiquer qu’il s’agit en réalité d’un boulet anglais.
Après le naufrage du Mary Rose le vent tombe, laissant la flotte anglaise incapable d’engager les Français. Néanmoins, le commandant Lord Lisle, depuis le Great Harry, parvient, en utilisant à bon escient les courants et marées, à maintenir la position de la flotte anglaise, empêchant ainsi Claude d’Annebault de positionner les grands navires français. Les Anglais étant à domicile, le ravitaillement est par conséquent assuré. Pour tenter de prendre l’avantage, l’armée française tente de trouver un avantage par la mer. Malheureusement, à chaque fois, elle est contrecarrée par la météo, la géographie locale, et selon les anglais, par les compétences de leur commandant. L’invasion terrestre de l’île de Wight ne se déroule pas selon les plans français. En effet, ceux-ci, ayant pourtant réussi à se déployer en plusieurs points, ne se sont, pour une raison encore inconnue aujourd’hui, pas regroupés à l’intérieur des terres.
Si l’offensive de Bonchurch parvient, elle à avancer, l’assaut de Sandown donne lieu à une retraite des Français après la mort des capitaines, et une embuscade anglaise provoque la panique dans les forces françaises.
L’armée française se trouve face à un dilemme. Doit-elle maintenir les positions, en exposant la flotte aux possibles attaques anglaises ainsi qu’aux éléments météorologiques, et soutenir les troupes d’invasion sur l’île de Wight, ou bien se retirer ? Les commandants français estiment que pour tenir l’île de Wight, il faut construire trois forts, soit au moins trois longs mois de travaux sur un territoire hostile et en présence de forces ennemies.
Claude d’Annebault expose également les soucis de la flotte. Le ravitaillement est mal assuré, et son vaisseau amiral, la Maistresse, prend l’eau à la suite d’une mauvaise manœuvre en sortant du Havre. Après avoir perdu son autre navire principal, le Philippe, détruit par le feu avant même de quitter le port, l’amiral français ne souhaite pas risquer de perdre un autre navire principal.
Il est donc décidé de rappeler les troupes d’invasion de l’île de Wight. La flotte d’invasion lève l’ancre le 22 juillet, soit trois jours après le naufrage du Mary Rose.
Toutefois, l’armée française attaque la ville de Seaford, à 40 miles plus à l’Est le lendemain. Cette attaque a plus pour objectif le pillage que l’invasion de l’Angleterre, et après une féroce défense de la part des milices locales, les 1 500 soldats français rembarquent pour la France.

Quatre siècles après, en 1965, l’opération de récupération du Mary Rose commence. En utilisant des analyses sonar, l’équipe d’Alexander McKee découvre une forme étrange sur le fond marin. Entre 1968 et 1971, une équipe de plongeurs bénévoles explore cette région. En utilisant des dragueurs, jets d’eau et ponts aériens, l’équipe commence à excaver et est encouragée par l’apparition de morceaux de bois.
Le 5 mai 1971, le plongeur Percy Ackland découvre trois cadres portuaires du Mary Rose.
Cadres, madriers, et poutres de ponts sont vus par les plongeurs, et une série de fouilles à l’extérieur du navire sont effectuées entre 1971 et 1978. Lors de cette même année, l’équipe découvre que deux ponts ont résisté au naufrage. Elle décide alors de fouiller le navire dans son intégralité, et, en 1979, le Mary Rose Trust est fondé avec SAR le Prince Charles en tant que président.
En mars 1979, le navire de sauvetage Sleipner est amarré sur place. Grâce à ce navire, le programme de plongée peut être accéléré. Le projet, à l’origine bénévole, devient professionnel, avec des archéologues à plein temps, des restaurateurs et du personnel administratif. Les objets retrouvés dans l’épave sont ensuite stockés dans un environnement contrôlé ; les coffres, encore intacts, sont levés fermés hors de l’eau, pour être ensuite soigneusement étudiés.
En 1982, un comité s’organise afin d’étudier les différents moyens pour sortir l’épave hors de l’eau.

Épave du Mary Rose au musée de Portsmouth.

Mary Rose Museum:
Adresse: Main Road, Portsmouth P01 3PY
Prix des billets: adulte 17£ (19 €), enfant (5-15 ans): 8£ (9€), …
Horaires d’ouverture: Novembre – Mars : 10h-17h; Avril – Octobre 10h-17h30 ; fermé du 24 à 26 décembre.
www.maryrose.org

Louis Aronde

Sources et bibliographies:

www.universalis.fr/encyclopedie/bataille-de-bosworth/
www.herodote.net/22_aout_1485-evenement-14850822.php
www.universalis.fr/encyclopedie/catherine-d-aragon/
www.herodote.net/Henri_VIII_Tudor_1509_1547_-synthese-196.php
www.universalis.fr/encyclopedie/anne-boleyn/
www.historic-uk.com/HistoryUK/HistoryofEngland/The-Great-French-Armada-of-1545-The-Battle-of-The-Solent/
www.hampshire-history.com/southsea-castle-and-the-battle-of-the-solent
www.britannica.com/event/Battle-of-the-Solent
www.pastscape.org.uk/hob.aspx?hob_id=1582057
www.historyextra.com/period/tudor/mary-rose-facts-henry-viii-flagship-portsmouth-solent-when-sink/
www.bbc.com/news/uk-england-hampshire-22639505
On this day in 1545 – French troops invaded the Isle of Wight
https://maryrose.org
www.hampshire-history.com/building-the-mary-rose/
www.myoldmap.com/dominic/maryrose/

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