Bataille du château d’Itter

Introduction : 
La bataille du château d’Itter est l’une des dernières batailles de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi une des plus étranges. En effet,c’est la seule bataille où des Américains et des Allemands se sont battus côte à côte pour secourir des personnalités françaises des griffes d’une troupe de SS.


Le château d’Itter

Contexte :
Le château d’Itter est une fortification datant du XIIIe siècle qui surplombe le village éponyme. Ce bâtiment a été réquisitionné par les Allemands au début de la guerre pour plusieurs fonctions. En 1943, le château fut utilisé comme prison annexe du camp de concentration de Dachau. Les prisonniers étaient gardés par Sebastian Wimmer et des soldats de la SS. Ces prisonniers étaient spéciaux, se sont de grandes figures françaises comme d’anciens présidents du conseil, Édouard Daladier et Paul Reynaud, le syndicaliste Léon Jouhaux, le grand tennisman et ancien ministre des sport sous Vichy Jean Borotra, des généraux comme Maurice Gamblin et Maxime Weygand, le colonel François de la Rocque, la sœur de Charles de Gaulle, Marie-Agnès de Gaulle, le président Albert Lebrun et aussi Michel Clémenceau, politicien et fils du célèbre George Clémenceau. En plus, qui dit prisonniers de luxe dit conditions de vie de luxe. Les prisonniers avaient le droit à du vin, le libre accès à la cour et leurs chambres luxueuses n’étaient fermées à clé que la nuit. Il faut cependant savoir que les allégeances politiques étant variées au sein du groupe, certaines tensions existaient entre les différents prisonniers.

                                De gauche à droite: Paul Reynaud, Maurice Gamelin,  Edouard Daladier et Maxime Weygan.
Toujours de gauche à droite: Michel Clémenceau, François de la Rocque, Leon Jouhaux et Jean Borotra

La Bataille :
Le 30 avril 1945, Heinrich Himmler émet l’ordre de tuer tout homme agitant un drapeau blanc. Le chef des SS somme les Allemands de ne pas baisser pavillon et de continuer à résister. En même temps, le commandant de camps de Dachau, Édouard Weiter, arrive au château alors qu’il vient de faire exécuter 2 000 prisonniers.

Le 3 mai, un prisonnier yougoslave, qui servait d’électricien au château du nom de Zvonomir Cuckovic (que les prisonniers surnommaient André), réussit à s’enfuir en emportant avec lui un message en anglais qu’il délivrerait au premier soldat américain qu’il croiserait sur sa route. Il rencontre alors un petit groupe de soldats allemands dirigés par le major Josef Gangl. Ils restaient dans un village du nom de Wörg pour aider les habitants que les soldats SS menaçaient d’abattre si un drapeau blanc ou autrichien était hissé. Ces habitants avaient été mis à la tête d’un réseau de résistants autrichiens. Le major identifie la position de la 103e division d’infanterie américaine au yougoslave qui réussit à entrer en contact avec eux plus tard dans la soirée.


Josef Gangl

 

Édouard Weiter se donna la mort le 4 mai provoquant la fuite de la garnison SS. Les prisonniers sont restés sur place  et s’empare rapidement des rares armes encore présentes sur place. Pour sa part, le cuisinier tchèque de la prison, part vers la mi-journée en direction du village de Wörgl où il réussit à trouver la résistance autrichienne. Le major John Kramers, de la 103e division d’infanterie américaine, établit le contact avec l’officier de liaison français, Eric Lutten. Malheureusement, les renforts composés de M10, de jeeps,  d’un peloton de fantassins et de quelques partisans autrichiens qui les ont rejoint en route, se font arrêter sur la route par l’artillerie ennemie. Le major allemand Gangl a tôt fait de rejoindre un lieutenant du nom de Jack Lee à Kufstein. Il se présente à lui avec un drapeau blanc et lui explique la situation. Lee demande alors la permission de partir aider les prisonniers. Ce que son QG lui a accorde immédiatement. C’est ainsi que deux chars Sherman avec 8 membres d’équipage, environ une dizaine de fantassins ainsi que le major allemand et ses hommes partent aux secours des prisonniers français. Un char, avec trois fantassins à son bord, est  laissé en retrait sous le commandement du major Harry Basse pour défendre un pont donnant accès au château. Les prisonniers sont plutôt déçus de cette force de secours relativement petite. Malheureusement, les places dans les véhicules et l’âge avancé de certains prisonniers rend impossible une évacuation. Le château reprend donc sa fonction défensive. Les soldats allemands et américains se placent autour du château pour le défendre avec le char devant la porte principale. Malgré le fait que le lieutenant avait ordonné de rester à l’intérieur du château pour leur protection, Reynaud, Clémenceau, La Rocque et Borotra décident de mettre leurs différents de côté et prennent les armes pour aider les soldats. Pendant ce temps, une force SS restée dans les environs encercle le château. Les échanges de tirs commencent vers 23h et continuent pendant toute la nuit, bien que ce ne soit que pour tester les défenses.

Jack Lee

Le 5 au matin, le major allemand téléphone à Alois Mayr, le chef de la résistance autrichienne à Wörgl, pour demander des renforts. Ce n’est cependant que deux soldats allemands qui se présentent, accompagnés par un adolescent membre de la résistance, Hans Walt.  Peu de temps après,  pendant que le lieutenant américain essaie de contacter son unité, les SS lancent l’assaut. C’est entre 100 et 150 hommes qui se précipitent pour capturer le château et ses prisonniers. Tandis que les défenseurs se replient à l’intérieur du château, un canon de 88mm tire un premier coup qui fait voler en éclat la chambre vide de Gamelin. Le second tir touche le char. Fort heureusement, ses occupants ont le temps d’évacuer sans blessure avant que ne se fasse entendre une forte détonation due à l’explosion du carburant. Même si les hommes sont sauvés, il n’y a alors  maintenant quasiment plus aucuns moyens de contacter l’extérieur. Les défenseurs, tirent depuis le haut des murs pendant que le major Kramer, accompagné du lieutenant Luten, du photographe français Eric Schwab et du correspondant de guerre américain Meyer Levin, arrive avec des renforts. Cependant, se trouvant maintenant trop loin du champ d’opération de sa division, car en effet ce secteur relevait de la 36e Division, Kramer, furieux, doit y laisser tous ces hommes et ses chars. Même si depuis sa position, il peut voir la bataille faire rage. Le groupe décide tout de même, malgré tout,  de continuer en jeep. Ces derniers sont alors rejoints par les hommes du second bataillon du 142e régiment d’infanterie. Kramer tente de contacter Lee par radio, mais échoue dans sa tentative puisque le char est détruit. Il rejoint alors la mairie de la ville grâce à l’aide d’un partisan autrichien où il peut téléphoner au château. Lee l’informe aussitôt que la pression des SS augmente tandis que le niveau des munitions des défenseurs, lui,  baisse dangereusement. Kramer lui réplique que de l’aide était en route. Les quatre hommes quittent et rejoignent les effectifs du 142e qui montent momentanément au château. Lee et Gangl cherchent à repérer les positions ennemie et celle du 88mm quand Gangl se prend un tir de sniper qui le touche mortellement. Vers midi, le tennisman demande la permission pour sortir du château pour guider les forces de secours.Ce qu’on lui accorde. Après avoir échappé aux SS dans les bois, il court dans la direction des secours. Le niveau de pression des SS augmentant et celui des munitions baissant, la situation devenait de plus en plus critique. C’est alors que Lee ordonne le replie des défenseurs et des anciens prisonniers dans le donjon pour gagner du temps. Vers 15h, les SS se préparent à faire sauter la porte principale à l’aide de lance-roquettes quand se font tout à coup entendre des tirs d’armes à feu à l’autre bout du village. On peut entendre peu après le cri strident d’un soldat SS :  « Amerikanische panzer ! » Immédiatement, les soldats SS prennent la fuite. Au final, le groupe est secouru à temps par les renforts et une centaine de soldats SS sont faits prisonniers.

Dégâts causés au château par le 88mm

 

Conclusion :
Les personnalités françaises sont ramenées en toute sécurité à Paris le 10 mai. Lee et ses hommes reçoivent une permission et, en plus, Jack Lee et Harry Basse sont récompensés pour leurs actions. Le premier reçoit en effet la Distinguished Service Cross et le grade de capitaine, et le deuxième la Silver Star. De leur côté, les soldats allemands ont été accompagnés à un camp de prisonniers et le major Josef Gangl fut reçut un peu plus tard comme un héros national. Même une rue de Wörgl porte aujourd’hui son nom. Une chose est sûre, c’est que cette bataille restera dans les mémoires pour être la seule ou des Américains et Allemands se sont battus ensemble. C’est sans oublier que les hommes politiques impliqués dans l’affaire ont réussi à faire abstraction de leurs allégeances pour faire front commun dans l’adversité. La vie politique d’après-guerre aurait était bien différente sans eux…

Paul Reynaud, Marie-Renée-Joséphine Weygand, Maurice Gamelin, Edouard Daladier et Maxime Weygand autour du général McAuliffe, de la 103e Division d’infanterie

 

Source :
http://www.ulyces.co/servan-le-janne/la-bataille-du-chateau-ditter-le-jour-ou-la-realite-a-depasse-tarantino/
https://www.strategietotale.com/forums/topic/la-bataille-du-chateau ditterhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_ch%C3%A2teau_d%27Itter
https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_for_Castle_Itter
http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t14588-itter-ou-la-bataille-la-plus-etrange
http://www.historynet.com/the-battle-for-castle-itter.html
http://boowiki.info/art/batailles-de-la-seconde-guerre-mondiale-impliquant-les-etats-unis-d-amerique/bataille-pour-le-chateau-itter.html

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