[Portrait] Le boucher de Varsovie

J’ai couvert plusieurs événements lors de cette guerre. De l’installation de l’escadrille Normandie-Niémen en Sainte mère de Russie à l’opération Overlord, puis à la bataille de Normandie. En passant par l’opération Catapult et Ironclad tout en faisant même un petit détour par la guerre du Pacifique en me rendant à Midway. Mon arme n’était pas un fusil, pas une mitraillette, non… Mon arme était pacifique, mais montrait les violences de la guerre. Équipé de ma fidèle Afga B2 Speedex, j’ai parcouru le monde. Mais ce que je vis en ce moment, et ce que je vais vivre dans les mois à venir, s’annonce comme les heures les plus dures à supporter. La guerre est finie, mais une autre commence : la guerre politique. Elle est, croyez-le bien, plus profonde qu’une guerre militaire.

Je me trouve aujourd’hui dans la ville de Nuremberg occupée par les États-Unis d’Amérique. Sous l’autorité des forces victorieuses de l’Allemagne Nazie (États-Unis, Royaume-Uni, URSS et la France), se termine le procès de Nuremberg jugeant 24 hommes politiques du IIIe Reich. Les chefs d’inculpation sont les suivants : complots, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Dans les rangs des 24 personnes se trouve le Bourreau de Pologne, de son vrai nom, Hans Franck. Au moment où j’écris ces lignes, soit le 16 octobre 1946, cela fait 2 heures que le Bourreau a perdu la vie pendu au bout sa corde. Rappelons qui était cet homme infâme…

Franck est né en 1900 et a perdu son frère lors de la Première Guerre mondiale. Son premier fait d’armes arrive en 1919 alors qu’il est encore étudiant. Il entre dans un groupe antisémite d’extrême droite et il participe au renversement de la République des Conseils de Bavière apparentée à l’extrême gauche.

C’est en 1923 qu’il entre au sein du NSPAD. Un peu plus tard, en 1933, il participe au putsch raté d’Hitler. Avocat et docteur en droit, il défend alors ses camarades nazis et en particulier Adolf Hitler lui-même.  Ce qui va créer un lien étroit entre eux. Il ira même à faire des recherches pour l’arbre généalogique d’Hitler soi-disant aryen –important pour la fin de cet article -. C’est vraiment cette année-là que débute véritablement sa carrière. Peu après, fin 1933, Hitler devient légalement chancelier du Reich et Hans Franck est nommé ministre de la Justice de la Bavière. Il se fait connaître alors comme un homme lunatique pouvant changer drastiquement de comportement sans qu’on ne puisse trop comprendre pourquoi.

Les choses sérieuses commencent en 1939. Hitler –dont il dépendra directement- le nomme gouverneur de la Pologne occupée. Il fera d’ailleurs main basse sur les œuvres d’art de la Pologne et se les appropriera pour ses demeures luxueuses où il vit avec sa nombreuse suite. Il suivra aussi trois missions qui joueront un rôle important entre 1939 et 1945 : la programmation de l’extermination des juifs, l’utilisation des ressources naturelles et économiques pour servir l’effort du Reich et enfin l’élimination des « élites polonaises ». Il fermera les universités de Pologne, commandera des milliers d’attentats contre les « élites », déportera des centaines de milliers de juifs, interdira toute culture, et chassera les résistants polonais.

Hans Franck poussera l’idée de gazage devant le nombre important de Juifs dans le Reich. Emmener les juifs en URSS étant impossible, les laisser mourir de faim dans les ghettos (initié par les lois anti juif de Hans Franck lui-même) n’était pas assez rapide. Il fallait un moyen plus radical et rapide servant à plus grande échelle. Partisan de la solution finale, il fera sortir les camps d’extermination de Majdanek, Treblinka, Sobibor et Belzec.

Petit à petit, Himmler prend le dessus sur ce personnage, pourtant second du Parti nazi d’Hitler. En 1942, il est délaissé et mis sur la touche. Il est démis de toutes ses fonctions au sein du parti. Hiltler refuse néanmoins sa démission en tant que gouverneur de la Pologne occupée. Franck tombe alors dans la religion, dernier rempart de sa chute. Il dira même que c’était grâce à Dieu que l’attentat sur Hitler avait échoué.

En 1945, il quitte ses différents châteaux occupés au nez et à la barbe des Polonais et se replie petit à petit vers l’Allemagne. Les alliés américains le feront tout de même prisonnier en mai. Il tentera d’ailleurs de se suicider. Ce vil homme ira même jusqu’à écrire ses mémoires en prison où on apprendra notamment qu’Hitler avait des origines juives.

Aujourd’hui, après s’être repenti en public – le seul des 24 hommes jugés -, le sol sous ses pieds est tombé, et sa nuque s’est brisée. C’est pour moi autant un moment de bonheur que de supplices. Encore un mort de cette guerre ! Mais que faire d’un homme, que dis-je, d’un monstre comme lui? Finalement, c’eut été peut-être une mort trop rapide pour un homme qui avait fait tuer des centaines de milliers de Juifs. Il mérite donc pleinement son sinistre sobriquet : Le bourreau de Pologne. Je crois que je vais m’arrêter ici. Je suis resté neutre jusqu’à maintenant, mais je sens la rage monter et y succomber serait contre-productif. Les générations futures ne devront jamais oublier ce personnage. Non!  Que dis-je ? Je dois me rétracter… Autrement, cela équivaudrait alors à donner raison à ce monstre !

Gabriel Auphan, reporter de guerre, espérons-le bientôt au chômage.

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