Opération Ten-Go

Bienvenue ! Bienvenue mes ami(e)s, dans les Anecdotes.

« Bakayarô ! » (« Bande d’imbéciles ! »)

C’est par ce cri du cœur que le capitaine Atsushi Ōi commenta le plan de l’opération Ten-Go quand il lui fut présenté. Cela ne présageait que du bon ! Cela commença quelques mois plus tôt, en mars 1945. Lors d’une réunion au sommet, l’Empereur se voyait exposé les contre-mesures prévues par le Mikado pour empêcher l’invasion imminente d’Okinawa. Hirohito aurait alors demandé où se trouvait la Marine dans tout ce plan. « N’avons-nous plus un seul navire disponible ? » aurait-il demandé. Par cette simple remarque, le sort du cuirassé géant Yamato était scellé. Réduite à peau de chagrin, la Marine ne pouvait plus compter que sur quelques vaisseaux opérationnels, rassemblés à Kure, et quelques centaines d’avions, pilotés par des novices, la plupart destinés à suivre la voix du Vent Divin, si vous voyez ce que je veux dire. Une opération fut alors montée en vitesse, de type « kamikaze manquante », impliquant… dix navires. Le but était simple mais démentiel : pendant que la « Flotte » composée du Yamato, d’un croiseur de classe Agano et huit destroyers attirerait l’attention des navires protégeant la force d’invasion, 115 avions-suicide en profiteraient pour attaquer la flotte assiégeant l’île. Facile ! Une fois un chemin taillé dans le dispositif ennemi, le Yamato et ses comparses doivent aller s’échouer dans le lagon d’Okinawa et servir de batteries côtières jusqu’à annihilation. Une fois sans navire, les équipages iront rejoindre la terre ferme pour renforcer la garnison. Le Japon en 1945 messieurs-dames !

Comme l’a si poétiquement illustré le capitaine Ōi, le plan, conçu par le commandant-en-chef de la Flotte Combinée (Rengo Kantai), l’amiral Toyoda Soemu, reçut dès les premières heures les plus vives critiques. L’homme chargé d’exécuter ce plan, le vice-amiral Seichii Ito, fut parmi les plus critiques, arguant qu’en de telles circonstances, ce ne serait qu’un gâchis de ressources et de carburant, pour un résultat condamné à être quasi-nul. De plus, l’absence totale de couverture aérienne, à une époque où les avions US règnent en maîtres dans le ciel, leur assurait d’être découverts et surveillés en permanence. Et surtout, on envoyait 10 navires contre 60 ! Dont un sacré paquet de porte-avions, est-il besoin de le préciser. Enfin, Ito défendait l’option d’une attaque de nuit, manœuvre à laquelle les japonais étaient doués, mais rien à faire. De nombreux commandants de la Marine se rangèrent à son avis. Ce fut en s’entendant dire que cet assaut naval visait à préserver « les traditions et la fierté de la Marine Impériale » que le capitaine Ōi poussa sa beuglante.

Pourtant, après un briefing au plus haut niveau, après avoir été informés que l’attaque permettrait à la centaine de kamikazes de frapper un coup décisif sur la flotte d’invasion, et après s’être entendu dire que l’Empereur attendait d’eux qu’ils fassent le maximum pour sauver Okinawa, les commandants de la Flotte Combinée fléchirent, et l’opération Ten-Go fut lancée.

Il convient maintenant de dire un mot de l’opération Kikusui. Lancée elle aussi le 6 avril, il s’agit d’un plan d’envergure sensé affaiblir considérablement la force d’invasion américaine, et à la réalisation assez simple : entre le 6 avril et le 22 juin, par dix vagues successives, ce sont pas moins de 1400 avions-suicide qui se jetèrent sur les forces américaines ! Considérant l’état général du Mikado au début de la défense d’Okinawa, imaginez après sa chute. La défense du sol impérial était si vitale pour l’idéologie militaire que tout, littéralement tout, lui fut sacrifié. Cela dit, pour en revenir à notre sujet, ne nous méprenons pas : Ten-Go (ou Ten’ishi-go) n’est pas une composante de Kikusui. Au mieux, Ten-Go rend service à Kikusui, mais sans plus. Car si tel était le cas, la Seconde Flotte n’aurait eu qu’à se retirer une fois les éléments américains éloignés d’Okinawa. Non, Ten-Go est un suicide naval massif avant tout, dans le pur esprit de l’époque.

Si cet assaut désespéré porte décidément la marque du Japon impérialiste, quelques détails en font une mission peu ordinaire. Premièrement, la veille du départ, on débarque 80 membres d’équipage de la flotte, les vieux, les malades et les novices. Ensuite, dans ses mémoires le marin Kazuhiro Fukumoto cite un étrange état d’esprit à bord : il remarque un comportement inhabituel chez les officiers, qui fraternisent curieusement avec l’équipage, aident à faire les corvées, discutent librement. Ces événements à bord du Yamato se passent le 5 avril au soir, à l’ancrage de Mitajiri, à l’occasion d’un ultime banquet avant l’assaut, après avoir quitté le port de Kure trois jours plus tôt. Enfin, on a donné à qui le souhaiterait la possibilité de quitter le bord. Nul ne le fit certes, mais c’est à noter. Sachant que les pilotes kamikazes eux n’avaient pour ainsi dire pas le choix (certaines sources affirment qu’on soudait le cockpit pour empêcher les « volontaires » de s’éjecter), c’est un élément remarquable, sans doute à associer aux réticences des officiers de la flotte. Le 6 avril au matin, la Seconde Flotte lève l’ancre, et après une escale de dix heures au dépôt de carburant de Tokuyama, à 15h20 c’est le grand départ.
Il convient ici de dresser un état des lieux des forces en présence.

Coté japonais : le Yamato, qu’on ne présente plus. Son escorte se compose du croiseur léger Yahagi (classe Agano) et huit destroyers. Huit ? Ah non excusez, sept, puisque le 7 avril au matin le Asashimo connut des avaries moteurs et fut contraint de rebrousser chemin.

Coté américain : 11 porte-avions, six cuirassés, 11 croiseurs et plus d’une trentaine de destroyers.

Cherchez l’erreur. L’erreur, c’est Yamamoto qui la révéla le premier : on ne réveille PAS le géant industriel américain ! On lui ouvre la gorge dans son sommeil, mais une fois réveillé et furieux, c’est le fameux « rouleau-compresseur » qui se met en marche.

La suite est connue des livres d’histoire (et des pages Wikipedia) : moins de trois heures après le départ, la vigie de l’Isokaze (classe Kagero) signala un sous-marin américain en surface, l’USS Threadfin (SS-410). Ce dernier ne manqua pas, vers 21h45, d’envoyer un rapport détaillé sur la flotte japonaise, imité quelques temps plus tard par l’USS Hackleback (SS-295), mais les deux sous-marins n’ont pas l’opportunité d’attaquer.
Le lendemain à 6h30, six chasseurs A6M « Zeke » rejoignent le groupe pour fournir une couverture aérienne. Pour les trois heures et demi suivantes, un total de 14 chasseurs viendront remplir ce rôle par petits groupes. Quatorze… De toute façon ils n’eurent aucun rôle. A 8h30 un Hellcat de l’USS Essex (CV-9) repère le groupe. Dix minutes plus tard, le groupe repère à son tour brièvement sept Hellcat, contrairement aux Zekes d’escorte qui eux ne voient rien. A 10h14 ce sont deux PBM Mariner qui sont aperçus. A 11h07, le radar aérien du Yamato signale un important groupe d’appareils à 63 miles au Sud, se dirigeant droit vers eux. Dès lors la flotte japonaise accélère jusqu’à 25 nœuds et ne cessera de manœuvrer pour tenter d’échapper à cette menace implacable venue du ciel. Ce qu’ils ignorent, c’est que depuis 10h, c’est près de 400 avions qui sont en train de décoller depuis huit porte-avions de la Task Force 58 !

A 12h32, les vigies du Yamato repèrent la première vague, 25 degrés à babord : 132 chasseurs, 50 bombardiers et 98 bombardiers-torpilleurs ! Au même moment, le Asashimo isolé est coulé par les appareils du porte-avion San Jacinto. Pour la Seconde Flotte, le carnage commence.

Comme on le voit, la Seconde Flotte n'est pas allé bien loin. (source : battleshipyamato.info)

Comme on le voit, la Seconde Flotte n’est pas allé bien loin. (source : battleshipyamato.info)

 

Le plus drôle, c’est que cela n’aurait même pas dû se passer comme ça. Tôt dans la journée, l’amiral Raymond Spruance, commandant la 5eme flotte US, avait ordonné à la Task Force 54 de l’amiral Morton Deyo d’intercepter le groupe japonais. Or, Deyo commande une flotte de cuirassés ! C’est le vice-amiral Mitscher, à la tête de la TF 58, qui sans attendre d’ordre ordonna le lancement d’un assaut aérien massif depuis ses porte-avions, n’en informant Spruance qu’une fois tous ses appareils en l’air. Si le plan originel de Spruance avait été appliqué, nous aurions alors vu le Yamato s’engager dans le combat pour lequel il avait été conçu : pouvoir affronter simultanément plusieurs cuirassés américains. La force de Deyo se compose des cuirassés Massaschussets, Indiana, Missouri, New Jersey, South Dakota et Wisconsin, (donc trois classe Iowa et trois classe South Dakota) ainsi que de sept croiseurs dont les croiseurs de bataille Alaska et Guam, accompagnés par 21 destroyers. Dans les faits, le Yamato et son escorte étaient perdus d’avance, la présence US dans le secteur était bien trop écrasante, d’autant que la Navy n’avait rien d’autre à se mettre sous la dent. Et seul contre six cuirassés, Dieu seul sait combien de temps le super-cuirassé aurait tenu. Mais quel combat cela aurait été !
Hélas, la suite on la connaît. Informé de l’initiative de Mitscher, Spruance accepte le plan, et place Deyo pour intercepter quiconque survivrait à l’attaque aérienne.

Face aux 280 appareils en approche, le Yamato et son escorte ouvrent le feu avec tout ce qu’ils ont. Même les énormes 460mm sont de la partie. Ils ont chargé des Sanshikidan, un type d’obus particulier, contenant 900 tubes incendiaires et 600 plaquettes d’acier. Un mélange de munition incendiaire et de shrapnels en somme. Équipés d’un détonateur réglable, l’obus explosait à l’altitude voulue en dispersant son contenu sur un angle de 20 degrés vers l’avant, effet garanti. Ou pas, car leur comportement en vol était assez mauvais, de plus le souffle du départ perturbait le tir des canons anti-aériens plus petits. Encore une fois, avoir les plus gros canons embarqués du monde s’accompagne de petits tracas.

Un Sanshikidan de 460mm

Un Sanshikidan de 460mm

son explosion particulière

et son explosion particulière

 

Imaginez maintenant les 9 canons de 460mm, les 24 de 127mm, et les plus de 150 canons de 25mm tirant tous à la fois vers le ciel. Dans ses mémoires, l’ancien officier Naoyoshi Ishida raconte : « Les mitrailleuses tiraient partout. C’était comme un filet de balles, ce n’était pas si facile pour les avions de nous bombarder. J’avais envie de leur lancer des pierres, ils étaient tellement proches. […] J’esquivais les balles qui rebondissaient sur le métal. Des gens tombaient sur le pont, frappés par les shrapnels. »

Dans ce combat, l’absence totale de soutien aérien permettra aux pilotes US de préparer tranquillement leurs attaques à haute altitude, loin des canons de DCA japonais. Huit minutes après le début de l’engagement, le Yamato est frappé par deux bombes à l’arrière du mat principal, l’une dans les quartiers de l’équipage, l’autre entre le magasin à obus de 155mm et le magasin à poudre de la tourelle principale numéro 3 : le système de contrôle de tir arrière et son radar aérien sont hors service. A partir de cet instant et jusqu’à la toute fin, un incendie fera rage dans ce secteur. La flotte vire à l’Est-Sud-Est, full speed.
A 12h43, cinq Avengers torpilleurs attaquent à bâbord, et une torpille frappe au niveau de la soute aux chaînes où se trouvent le guindeau. 2350 tonnes d’eau de mer s’y engouffrent, compensées au mieux par 604 autres tonnes d’eau à tribord. Pendant ce temps, des Corsairs arrosent le pont à la mitrailleuse et à la roquette.

Un Helldiver au-dessus du Yamato, en pleine bataille. On aperçoit un destroyer à droite.

Un Helldiver au-dessus du Yamato, en pleine bataille. On aperçoit un destroyer à droite.

 

L’escorte n’est pas en reste en terme de malheurs, le Hamakaze voit son arbre d’hélice tribord détruit par une explosion d’obus le long de son flanc, et deux minutes plus tard une torpille frappe en plein milieu de sa coque, lui brisant l’échine, et il sombrera quelques temps après. Le Suzutsuki reçoit une bombe à tribord et s’enflamme. Peu après, une torpille l’atteint tout à l’avant et pulvérise la proue. Le Fuyutsuki encaisse deux roquettes dans sa superstructure. Le croiseur Yahagi a lui reçut une torpille droit dans la salle des machines, tuant tout le personnel, le laissant à la dérive à la merci des coups suivants. Le Isokaze, tentant de venir à son secours, fut durement touché. Mais soudain le calme retombe, la première vague US se retire. Abandonnant le Yahagi, les survivants prennent un cap plein Sud, à 22 nœuds. Avec seulement deux bombes et une torpille reçues, le Yamato a esquivé le plus dur. Dix minutes plus tard, la seconde vagues est repérée par le dernier radar opérationnel.

Le Yamato full speed sous le feu ennemi. On distingue l'incendie à l'arrière de la superstructure.

Le Yamato full speed sous le feu ennemi. On distingue l’incendie à l’arrière de la superstructure.

 

Cinquante appareils des porte-avions Essex et Baatan attaquent, rejoints dix minutes plus tard par une troisième vague de 110 appareils des Yorktown, Intrepid et Langley. Tous les assauts se concentrent cette fois sur le Yamato. Vingt Avengers attaquent à bâbord, trois torpilles frappent au milieu de la coque, et le gouvernail auxiliaire se bloque en position bâbord toute. La situation s’aggrave, c’est à présent 3000 tonnes d’eau qui font dangereusement gîter le géant. La salle de contrôle des dégâts ayant été détruite par une nouvelle bombe, les équipes de sécurité sont incapables d’inonder les ballasts spéciaux à la proue et à la poupe pour compenser. En désespoir de cause, c’est toute la salle des machines et la chaufferie tribord qui sont inondées, et ce sans que le personnel ne soit prévenu, entraînant la noyade de plus d’une centaine de machinistes. Avec ce poids et la moitié de ses machines hors service, le Yamato ralentit jusqu’à 10 ou 12 nœuds. Pour couronner le tout, la centrale de contrôle de tir a elle aussi été frappée par une bombe, obligeant chaque canon à être guidé et manœuvré à la main, ce qui diminue grandement l’efficacité du tir. Durant la seconde et troisième vague, ce sont au moins 15 bombes et huit torpilles qui frappèrent le Yamato. A 14h02, la gîte est de 15 degrés à bâbord. L’officier Nomura Jiro informe le capitaine Aruga que la totalité de l’équipe de sécurité est décédée et que le naufrage est inévitable. Les ordres d’annulation de la mission, d’abandon du navire et de sauvetage des naufragés sont donnés et transmis à la flotte par pavillons, la radio étant elle aussi détruite. Cependant le capitaine Aruga et le vice-amiral Ito refusent de quitter le navire. Le portrait de l’Empereur est décroché de sa cloison.

Le Yamato toujours en feu et gîtant dangereusement sur bâbord.

Le Yamato toujours en feu et gîtant dangereusement sur bâbord.

 

A 14h05, le géant immobile commence à chavirer et se retourne complètement quinze minutes plus tard, non sans avoir reçu de nouvelles torpilles à tribord. A 14h23, une immense explosion déchire le cuirassé, une explosion si intense qu’elle fut observée à Kagoshima, à 200 km de là, et son champignon s’éleva à plus de 6 km de hauteur ! D’après le survivant Yoshida Mitsuru, le souffle aurait abattu plusieurs avions US qui assistaient aux derniers instants du Yamato. Concernant la cause de l’explosion, elle est due selon les sources à l’explosion du magasin principal des suites de l’incendie, ou tout simplement à la chute des obus de leurs râteliers ce qui les fit détoner. Quoi qu’il en soit, à cet instant la flotte japonaise impériale cessait d’exister.

 

Quelques instants après l'explosion. On y voit les trois derniers destroyers encore opérationnels.

Quelques instants après l’explosion. On y voit les trois derniers destroyers encore opérationnels.

Je sais que j’étais supposé ne pas beaucoup parler du Yamato, mais c’était trop tentant. Parlons de l’escorte plutôt. Car là aussi, les anecdotes ne manquent pas.

Alors que le Yamato vivait ses derniers instants à l’endroit, le Yahagi sombrait, frappé en tout par sept torpilles et douze bombes. Étonnante résistance pour un croiseur qui dérivait depuis les premières heures du combat. Le Isokaze, qui avait tout tenté pour sauver le leader de l’escorte, sera sabordé quelques heures après la bataille par son équipage, de même que le Kasumi.
De fait, il n’y eu que quatre survivants au sein de la Seconde Flotte. Le Fuyutsuki s’en sortit bien, de même que les Isokaze et Hatsushimo. A eux trois, ces navires sauveront des eaux et du mazout 276 marins du Yamato (sur un équipage entre 2750 et 3300 hommes selon les sources), 550 du Yahagi sur un équipage d’environ mille personnes, et 800 autres des Isokaze, Kasumi et Hamakaze. Sur le Asashimo, coulé à l’écart de la flotte, il n’y aura aucun survivant parmi les 326 membres d’équipage. Anecdote mortuaire : le capitaine Aruga reçut une rarissime double promotion posthume jusqu’au grade de vice-amiral par l’amiral Toyoda. Le commandant de l’expédition, le vice-amiral Ito, fut lui aussi promut.

 

Le Yahagi en train de passer un très mauvais moment. On note l'absence de sillage montrant que le croiseur était à l'arrêt, « dead in the water » comme disent les ricains.

Le Yahagi en train de passer un très mauvais moment. On note l’absence de sillage montrant que le croiseur était à l’arrêt, « dead in the water » comme disent les ricains.

La note du boucher donne entre 3700 et 4250 tués pour la Rengo Kantai, et pour l’US Navy… douze aviateurs et dix avions.

Le pire, c’est que tout cela ne servit pour ainsi dire à rien. Pendant ce temps, n’oublions pas que l’opération Kikusui numéro 1 suivait son cours, et que 115 avions, principalement des kamikazes, attaquaient la flotte d’invasion. Aucun navire US ne coula ce jour-là, le porte-avion Hancock et le cuirassé Maryland furent faiblement touchés, et le destroyer Bennet plus durement, tous par des kamikazes, pour un total de 85 tués et 122 blessés. De leur coté les japonais perdirent une centaine d’appareils et leurs équipages. En tout, l’opération Kikusui causa la perte d’une trentaine de navires US de diverses tailles et environ 5000 morts.
Oh, et pour l’anecdote, Kikusui signifie « Chrysanthème flottant », et fait référence à l’emblème d’un guerrier légendaire, Kusunoki Masahige, qui à la bataille de Minatogawa en 1336 mena une résistance désespérée, et inutile, avant de se donner la mort pour éviter le déshonneur de la capture. Tout un programme.
On pourrait également dire que l’opération Ten-Go a eu par la suite un grand impact dans l’imaginaire collectif japonais. Par la grandeur suicidaire de sa fin, le dévouement jusqu’à l’absurde qui caractérisa cette époque, la fin du Yamato (autre nom pour le Pays du Soleil Levant, rappelons-le) symbolise la fin de l’Empire japonais.

Et après me direz-vous ? Après, c’est l’invasion d’Okinawa, terminée le 21 juin, c’est le feu nucléaire, mais ça c’est une autre histoire.
Le Hatsushimo donna sur une mine larguée par avion près de Maizuru, et fut le 129eme et dernier destroyer perdu par la Marine pendant la guerre, le 30 juillet. Réparé, le Fuyuzuki sauta sur une mine le 20 août, et termina à la ferraille. Seul le Yukikaze survécut à la guerre pratiquement intact.

Et le quatrième survivant me direz-vous ? Qu’en est-il du Suzutsuki ? Aaah, mon anecdote préférée. Ce classe Akizuki, dont le nom signifie « Lune claire d’automne », a en effet connu un très sale moment. Incendié comme une torche, la proue arrachée, 57 morts et 34 blessés, il réussit malgré tout à rallier Sasebo, où il ne fut jamais réparé. Mais en raison de l’immense voie d’eau à l’avant, il parcourut les 200km qui le séparaient du salut… en marche arrière.

 

Le Suzutsuki, ou ce qu'il en reste, peu après la fin de la guerre. On voit le trou béant laissé par la bombe et l'incendie qui suivit. (source : lex-for-lexington.tumblr.com)

Le Suzutsuki, ou ce qu’il en reste, peu après la fin de la guerre. On voit le trou béant laissé par la bombe et l’incendie qui suivit. (source : lex-for-lexington.tumblr.com)

Voila camarades, c’était la première Anecdote, sur l’opération Ten-Go et beaucoup de diverses choses qui tournent autour. J’espère que vous aurez apprit des choses et prit du plaisir à la lecture de ce billet peu orthodoxe. Le SPA et moi-même vous souhaitons une excellente fin d’été, et bon jeu !

Sources :

 

Les images non créditées proviennent toutes de Wikimedia Commons.

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