[Anecdote] La triste mésaventure du « Barbarigo »…

Crédits: Grim

… le sous-marin Italien qui crut couler un cuirassé Américain.

Extrait du journal « Figaro » du 23-24 mai 1942. Source : Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France.

Extrait du journal « Figaro » du 23-24 mai 1942.
Source : Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France.

Le 25 avril 1942, le sous-marin « Barbarigo » quitte, sous le commandement d’Enzo Grossi,  La Pallice (Bordeaux) pour sa dixième mission en direction des côtes Brésiliennes (sa première mission dans ces eaux) pour une opération conjointe entre Betasom et BdU (Befehlshaber der Unterseeboote). Il arrive le 17 mai sur zone et attaque, sans le couler [1], le lendemain le navire marchand Brésilien « Comandante Lyra » (5.052 T.).

Juin 1942 – « Barbarigo » de retour d’une patrouille en Atlantique. Source : http://www.sommergibili.com

Juin 1942 – « Barbarigo » de retour d’une patrouille en Atlantique.
Source : http://www.sommergibili.com

Spécifications techniques du « Barbarigo » [2]:

Classe Marcelo
Lancement : 13/06/1938
Constructeur : CRDA (Cantieri Riuniti dell’Adriatico), Monfalcone
Déplacement : 1.043 T. / 1290 T.
Longueur : 73m
Largeur : 7,19m
Hauteur : 5,10m
Equipage : 57

Propulsion :
2 moteurs diesel CRDA (Cantieri Riuniti dell’Adriatico)
2 moteurs électrique de type CRDA (Cantieri Riuniti dell’Adriatico)
Vitesse en surface : 17,4 nœuds
Vitesse en plongée : 8 nœuds
Plongée max. : 100m

Armement :
8 torpilles de 533mm (4 tubes à l’avant et 4 à l’arrière)
2 canons de 100mm
2×2 mitrailleuses de 13,2mm

Le 19 au soir il est survolé par un aéronef de la Task Force 23 (prévenu par le Lyra) mais non détecté. Le 20 mai 1942, vers une heure du matin (heure de Rome), est établi le contact avec le croiseur Omaha de la « Task Force 23 ». Le temps de se mettre en position, il fait armer deux tubes avant et deux tubes arrière à 2h45 et se rend sur la « baignoire ». De la il aperçoit, selon ces écris dans le journal de bord, un cuirassé américain et deux destroyers en escorte. A 2h50 il ordonne le tir des tubes 5 et 6 puis, toujours en surface, se détourne du danger tout en entendant les impacts de ces torpilles. L’observateur et lui-même sont persuadés de voir couler le navire et s’éloigne de la scène en s’étonnant que l’escorte ne réagisse point. Aussitôt, le commandant Grossi informe la Betasom avoir coulé un cuirassé de classe Maryland ou Colorado et malgré la demande de précision du haut commandement à Bordeaux, confirme catégoriquement le naufrage. Après avoir utilisé tout le fuel, le « Barbarigo » rentre à Bordeaux.

Oui, mais voilà, en fait de cuirassé il s’agissait du croiseur USS Milwaukee, escorter par les destroyers USS Moffett (DD-362), l’USS McDougal (DD-358) et l’USS Omaha (CL-4) et si l’escorte n’a pas donnée la chasse, c’est tout simplement qu’aucune attaque n’a été répertorié par la Task Force 23 ce jour la…

A gauche : USS Maryland (BB46) en 1945. Source : www.history.navy.mil (Référence 19-N-86953) A droite: USS Milwaukee (CL-5), en 1943. Source: www.history.navy.mil (Référence 19-N-51513)

A gauche : USS Maryland (BB46) en 1945.
Source : www.history.navy.mil (Référence 19-N-86953)
A droite: USS Milwaukee (CL-5), en 1943.
Source: www.history.navy.mil (Référence 19-N-51513)

Portée en triomphe par le régime de Mussolini – qui s’empresseront de communiquer cette nouvelle erronée (Cf. l’extrait du Figaro du 23 mai 1942) – Le commandant Grossi est promu « Capitano du Fregata » et honoré de la médaille d’or de la valeur militaire. Il n’en reste pas moins que des doutes subsistes [3] et après la guerre deux enquêtes seront menées pour faire la lumière sur cette affaire. La première en 1948 jugeras que le commandant Grossi avait tout simplement fabulé cet attaque et ce naufrage et de fait ces décorations furent révoqués. Cependant, en 1962 une deuxième enquête sera ouverte, sous la pression de l’opinion médiatique qui s’appuya sur deux faits :

1. Le vice de procédure dont était entachée la première enquête qui n’avait pas tenu compte lors de l’établissement des faits des différences de fuseau horaire pour comparer les données.
2. L’on soupçonnait de manigances politiques la première commission d’enquête, car Enzo Grossi avait, à la fin de la guerre, rejoins les rangs de la République Socialiste Italienne.[4]

Après réexamens des faits et recherches dans les archives Alliées, la commission jugea le commandant Grossi de bonne foi (plusieurs hommes d’équipage ayant aussi entendu les détonations) pour l’attaque, mais que vu le non-résultat de celle-ci, le retrait des médailles seraient maintenus.

A gauche : Enzo Grossi reçu par Mussolini au Palazzo Venezia (Rome) Source : https://it.wikipedia.org/wiki/Enzo_Grossi A droite : Medaglia d'oro al valor militare (Médaille de la valeur Militaire) Source : http://www.assoaeronauticatrapani.it

A gauche : Enzo Grossi reçu par Mussolini au Palazzo Venezia (Rome)
Source : https://it.wikipedia.org/wiki/Enzo_Grossi
A droite : Medaglia d’oro al valor militare (Médaille de la valeur Militaire)
Source : http://www.assoaeronauticatrapani.it

Notes et Bibliographie :

[1] Le commandant prétendra avoir coulé ce navire jaugeant, selon lui 11.000 T.
[2] http://www.navypedia.org
[3] Dès l’annonce de la nouvelle, le commandant en chef de la Betasom, Romolo Polacchini, jugeras douteuses ces affirmations.
[4] « République » dirigé par Mussolini et toujours fidèle aux idées fascistes.

Cristiano D’Adamo (1996-2017), « R.Smg. Barbarigo » in Regia marina Italiana. En ligne http://www.regiamarina.net/detail_text_with_list.asp?nid=84&lid=1&cid=9 . Consulté le 21/08/2017.

Film propagande à propos du Barbarigo daté du 09/10/1942.
https://www.youtube.com/watch?v=aAnJBU4L9g4

NDLR: Le Service de Presse des Armées remercie l’auteur de l’article (qui à souhaité resté anonyme) pour sa contribution.
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