La carrière des porte-avions

Introduction

Le premier article de cette série a été consacré aux submersibles. Cependant, Bien d’autres navires ont utilisé et utilise toujours la propulsion nucléaire. La classe la plus emblématique est bien sûr celle des porte-avions. Le premier essai de décollages d’un navire date de 1910. Pendant la guerre 40, les Etats-Unis et le Japon vont montrer tout leur savoir-faire dans la construction de navires toujours plus puissant et toujours plus grand. Citons notamment le Kaga ou l’Essex. Tous ces monstres sont pourtant de conception « standard ». Embarquant entre 80 et 90 avions, utilisant le fuel, capable d’atteindre des vitesses d’une trentaine de nœuds et de 270 mètres de long (pour l’Essex).

Le Kaga nippon. Ah, ce midi c'est barbecue ! Source: ibiblio.org

Le Kaga nippon. Ah, ce midi c’est barbecue ! Source: ibiblio.org

La guerre, moteur de l’innovation : la Guerre Froide réchauffe le cerveau des inventeurs

Le Japon vaincu, la majorité des autres pays exsangue après l’effort de guerre, seul deux nations avaient encore les moyens de rechercher de nouveaux porte-avions. Bien qu’il y ait eu quelques projets, l’URSS abandonna très vite l’idée du porte-avion nucléaire. En effet, elle n’avait aucune expérience sur modèle traditionnel. Alors en plus se lancer dans un navire nucléaire aurait été des plus hasardeux. De plus, l’URSS avait beau être une grande puissance, le financement d’un tel projet auraient couté entre 1 et 2 milliards de dollars (de l’époque). Dépense que ne pouvait absolument pas se permettre l’Armée Rouge. A la place, elle dû se contenter de la classe Moskva. Des croiseurs porte-hélicoptères. Leur dernière tentative fut le projet Orel devant aboutir à la construction de l’Oulianovsk et de son jumeau. Le projet était tout de même ambitieux. Le navire aurait pu embarquer une cinquantaine d’avion et une vingtaine d’hélicoptère notamment des hélicoptères de lutte anti sous-marines. Son système de défense était également bien plus important que celui de ses homologues américains. Composé de missiles Granit de l’excellent système de défenses aérienne Kashtan et de 8 canons AK630 (le Phalanx russe) Cependant, l’effondrement du bloc soviétique mi définitivement un terme au projet de porte-avion nucléaire soviétique.

Les USA, par contre, fort de leur expérience, savaient pertinemment que la suprématie sur mer ne pourrait s’obtenir que par l’utilisation de groupes aéronaval. Le projet de super porte-avion commença très tôt : en 1949, les premiers projets furent mis en route. Ces nouveaux navires devaient devenir la quintessence en la matière. Les débuts furent cependant bien malheureux. Entre les dissentions internes, le coût des travaux toujours plus important et l’implémentations de technologie toujours plus moderne, il fallut attendre dix ans pour que le premier de ces nouveaux navires voit le jour avec une propulsion nucléaire. Ce fût le USS Enterprise. D’une conception tout à fait traditionnelle hormis sa propulsion par ses 8 réacteurs, il faisant 341m pour un déplacement de 85.000to et transportait 85 appareils. Devant les évolutions de l’armement, il faut aussi noter la présence de missiles de type Sparrow, de deux Phalanx et de lanceurs RAM comme défenses aérienne en plus des canons de 20mm.

Cependant, la marine américaine ne comptait pas en rester là. L’Enterprise était un bon navire mais la marine attendait plus. Il fallait un porte-avion toujours plus grand, toujours plus puissant et bien sûr, toujours plus sophistiqué. La célèbre classe Nimitz était née. D’une longueur de 333m pour 88.000 tonnes, c’est le plus grands et le plus puissant porte-avion moderne. Sa motorisation changea également. Il y avait 8 réacteur sur l’Enterprise pour seulement 2 sur le Nimitz. Bien mieux comprise à notre époque, la propulsion avait en effet gagné en puissance et, chose non négligeable, en fiabilité. Aucun navire américain ne fut d’ailleurs perdu à cause d’une défaillance directe de la propulsion nucléaire. On ne peut pas en dire autant des navires produits à l’est…

L'USS Nimitz en plein buuuuuuurn ! Et sans effets spéciaux, quelque chose à ajouter Fast and Furious ? Source: freewebs.com

L’USS Nimitz en plein buuuuuuurn ! Et sans effets spéciaux, quelque chose à ajouter Fast and Furious ? Source: freewebs.com

Construit à dix exemplaires et présent dans toute les flottes américaines (ou presque), ce navire peut transporter jusqu’à 90 appareils mais actuellement ils ne dépassent que très rarement 70. Composé de Grumman E-2 Hawkeye pour le contrôle aérien, de F18 Hornet et F18 Super Hornet, ils embarquent aussi quelques avions de luttes électroniques, et des hélicoptères Sea Hawk de recherche en mer et de lutte anti sous-marine. A noter que sa dotation de départ était composée d’avions célèbres mais maintenant dépassés tel que des F14 Tomcat, A6 Intruder de chez Gruman ou le Vought A-7 Corsair II largement utilisés au Vietnam. C’est également généralement cet avion et le Tomcat qui figurent dans tous les films de guerre de cet époque. Les F18 devant en théorie être à terme remplacé par des F35 si tant est que leur constructeur arrive enfin à pallier aux problèmes incessants de fiabilité de l’avion nécessitant que ce dernier passe plus de temps en maintenance qu’en vol. Ce genre de problème ne pouvant être toléré dans l’aéronavale, le remplacement est mis en pause pour le moment. Le F35 est également handicapé par le coût exorbitant du programme : plus de 1000 milliard de dollars !

Son armement défensif a également été revu à la hausse : en plus des Phalanx et des missiles Sea Sparrow présents en plus grand nombre on lui a ajouté le système RIM-116 Rolling Airframe Missile plus connu sous sa dénomination générique de RAM. Bien que portant le même nom, c’est une version moderne qui diffère assez bien de son homologue du USS Enterprise même si le principe reste le même. Il dispose aussi d’un système anti-torpille CAT. Ce système est en fait une mini torpille qui doit soit intercepter la torpille assaillante, soit la dévier en emportant un leurre avec elle.  L’un dans l’autre, c’est sans conteste un des navires les mieux protégé et surement le plus dangereux ennemi qu’on puisse trouver sur mer. Difficile à couler et pouvant embarquer un total de 90 appareils, cet aéroport flottant est le roi des océans. Bien sûr, et ceci est commun à tous les porte-avions, ancien ou moderne, il ne voyage jamais seul. Ravitailleur(s), escorteurs de tout type et sous-marin(s) d’attaque (nucléaire aussi) ne font que renforcer sa puissance. Il reste cependant un point qui peut paraitre anachronique le concernant : malgré son armement des plus moderne, il dispose en plus de quelques mitrailleuses de calibres 50. La fameuse Browning M2. Ayant passé les deux guerres mondiales, elle est toujours bien là et continue à équiper nombres de navires et véhicules moderne. Pour la petite histoire, cette mitrailleuse, bien qu’inventée par un américain, est maintenant un produit belge. En effet, la firme Browning a été racheté par la FN Herstal plus connue sous le nom de fabrique nationale belge qui a également inventée une autre mitrailleuse célèbre : la minimi vendue sous licence aux USA sous la dénomination M249. Mais on s’éloigne un peu de nos navires nucléaires.

COCORICO BORDEL !

Même si l’URSS a dû abandonner ses projets dans le domaine, une autre nation tenta l’aventure mais avec beaucoup moins de succès. Cette nation n’est autre que la France. Vous l’aurez compris, nous ne pouvions oublier de parler du Charles de Gaulle (CDG). Commençons si vous le voulez bien par le tour du propriétaire. Notre vedette nationale qui est le seul porte-avion nucléaire non américain au monde, fait 261m de long pour 42.500 tonnes à pleine charge. Soit moitié moins que les Nimitz. Il croise à une vitesse maximum de 27 nœuds contre une trentaine toujours pour la classe Nimitz (32 pour le PA non nucléaire Clémenceau). Il peut transporter jusqu’à 40 appareils dont 4 hélicoptères de recherches et de lutte anti sous-marine, 30 Rafales (un des meilleurs avions moderne) et quelques Super Etendards qui devrait avoir totalement disparus au profit de Rafales supplémentaire en 2018. (Soit 30 à 36 avions embarqués en tout). Et enfin, son armement qui reste tout à fait dans les standards des navires modernes est composé de missiles Aster (équivalent national des Sparrow), de missiles Mistrals qui seraient inutile de vous présenter et de 8 canons de 20mm.

Le Charles de Gaulle. Source: forummarine.net

Le Charles de Gaulle. Source: forummarine.net

Conçu entièrement par la France, on peut presque parler « d’un navire tout confort ». Il dispose également de tous les avantages des navires à propulsion nucléaire : vitesse, autonomie, … Cependant, il souffre de nombres de défauts. Sa capacité d’emport en fait plus un porte-avion d’escorte qu’un porte-avion d’escadre. Pourtant, c’est bien le rôle pour lequel il a été construit. De plus, même si sa vitesse est suffisante face à une escadre non nucléaire, il se retrouverait vite à la traîne en comparaison de ses « grand frère américains ». S’il bénéficie des avantages du nucléaire, il en hérite également les inconvénients et notamment son coût. Que ce soit à la construction ou à l’entretien, ce navire est extrêmement coûteux. Trop par rapport à sa capacité d’emport. Car après tout, le premier but de ce type de navire reste de transporter des avions (qui l’eut cru). De l’aveu même de l’amirauté française, le CDG est une demi victoire ou un demi échec, c’est selon.  Tant et si bien que le prochain porte-avion français ne devrait pas être nucléaire. Le coût de maintenance pouvant se justifier dans le cas de navires comme le Nimitz mais étant très difficilement justifiable pour un navire n’ayant que la moitié de sa capacité d’emport. L’ancien ministre de la défense Jean-Yves Le Drian ayant annoncé que son entretien de 2013 avait coûté la bagatelle de 1.3 milliards d’euro. On dit souvent que quand on aime, on ne compte pas mais vu les sommes, il y a de quoi y réfléchir à deux fois…

Oui mais

Merci Lothar pour ce descriptif. Surtout compte tenu de l’état du budget de la Défense française, il est en effet très très improbable qu’un second porte-avions français soit mis en service tant que le R91 est en service. Qui plus est nucléaire. J’ajouterai un point a son crédit à notre PA national, je pense qu’il est plus un PA léger que d’escorte, compte tenu de sa vitesse comme tu le soulignes. En effet, on peut le comparer à l’Independance américain de la WW2, peu d’avions mais rapide.

Le CVL-22 USS Independence américain. Source: maritimequest.com

Le CVL-22 USS Independence américain. Source: maritimequest.com

 Je serai plus critique quant à la domination navale de ce bâtiment. Si comme pour les sous marins, l’Est et l’Ouest ont au cours de la Guerre Froide eut des concepts de développement assez différents : à l’Ouest, rien de nouveau à savoir une base aérienne qui flotte là où l’Est à tenté audacieusement de créer un navire polyvalent avec la classe Kiev qui emportait entre huit et douze missiles balistiques ou aérodynamiques P-500 capables d’atteindre des objectifs terrestres comme navals, on a vu là une résurgence du concept des années vingt où un porte avions devait se défendre tout seul : armes anti navires de première catégorie, anti sous marines et anti aériennes. Bon, le concept a fait long feu car le bâtiment voyait sa capacité d’emport en aéronefs et en équipements fortement limités… les missiles étant stockés en silos verticaux sous le pont d’envol ! Une refonte a gommé ces attributs à la fois originaux et dépassés.

Il était le Maître incontesté et incontestable des mers au XXe siècle. Je pense que le XXIe siècle a changé cela. Tout d’abord son cout. L’USS Gerald Ford, dernier né du genre Made in USA. A propulsion nucléaire, naturellement, a coûté la modique somme de 12.5 milliard de dollars. Rajouté à cela son groupe aérien, ses bâtiments d’escorte… on peut au moins doubler cette somme. Et je ne vous parle pas de l’entretien. Risquer ce qui va coûter facilement jusqu’à 30 milliards de dollars près des côtes ennemies est un risque qu’un état major ne peut pas courir. Sans compter l’impact psychologique d’une telle perte.

Parce qu’un porte-avions, et sa Task Force, sont loin d’être invincibles. Deux ennemis très dangereux : les sous marins et l’aviation.

Le premier peut s’infiltrer dans la défense ennemie pour l’envoyer par le fond, à coup de torpilles et de missiles, nucléaires ou non. Les soviétiques et les américains dans une moindre mesure puis les chinois et indiens s’y sont entraînés durant plus d’un demi siècles. La technique et les moyens sont connus, la technologie aussi. Et elle évolue.

L’avion, même constat et noyer l’adversaire sous une pluie de missile aura forcément de bons résultats, pour des coûts infiniment moindres que votre gros cul de plusieurs dizaines de milliers de tonnes. Quitte à perdre des appareils. A votre avis, pourquoi le Chine a la première aviation du monde ?

Enfin, les forces asymétriques, mines, missiles tirés depuis la côte et autres engins du type canot bourré d’explosif. Ce sont les tactiques des iraniens, en eaux resserrées. Où avec quelques moyens, peu coûteux, ils peuvent interdire l’accès à une super flotte US.

Money Money Money !! Je croyais que ça ne se chantait qu’en Suède

C’est pour cela que je pense que le porte avions est lui aussi destiné à disparaître. C’est un instrument de puissance, de puissance de riche. Des moyens plus efficaces, moins sensibles et surtout, bien moins chers unitairement parlant ont cours en 2017 : le sous-marins, l’avion, le drone, la cyber guerre.

Diable ! Quel est cet étrange oiseau ?! Non, c'est un drône. Source : dailygeekshow.com

Diable ! Quel est cet étrange oiseau ?! Non, c’est un drone. Source : dailygeekshow.com

Imaginez, et c’est assez facile de le faire. Votre beau porte avion bourré d’électronique qui vous a coûte 12.5 milliards… immobilisé voire détruit par UN avion ou UNE bombe placée là, parce que tout son système électronique a été piraté et mis hors circuit par l’adversaire. Oui ils sont protégés. Mais existe-t-il des systèmes informatiques inviolables ? il suffit de quelques minutes… quelques secondes. Regardez la bataille de Midway, les appareils seraient arrivés quelques minutes plus tard et peut être que le cours de la guerre du Pacifique aurait été différent.

La propulsion nucléaire a permis de rendre les porte avions notablement plus résistant également, les conduits de cheminés étant absents sur ces navires, cette zone non compartimentée est alors gommée. Avantage non négligeable quand on sait que c’est une des causes de la perte de l’Ark Royal par exemple. Bien que cela complique la logistique de ce type de navire, en cas d’avarie, il ne peut pas y avoir de fuite de mazout, d’explosion de collecteur de vapeur blessant ou tuant les équipes machines, la vitesse reste constante à moins de toucher un endroit très précis (ce que les armes modernes permettent) et l’espace ainsi que le poids de l’ensemble propulsif est réduit par rapport à une propulsion conventionnelle.

Les croiseurs Kirov soviétiques et le Long Beach à la classe Virginia US par exemple suivirent ce schéma. Augmentation de l’autonomie évidement, mais aussi de la protection et du tonnage déplacé par l’adoption de la propulsion atomique. Mais encore une fois, cela coute beaucoup plus cher à construire, faire fonctionner et entretenir. Et notre monde ne regarde que par là, aujourd’hui. Après tout, ce n’est pas pour rien que l’Allemagne compte sur les autres pour sa défense. Le pays qui eut une des plus belle armée du XIXe jusqu’à la moitié du XXe siècle… aujourd’hui, vous vous rendez compte ! une armée ça coûte des sous ! MON DIEU ! DES SOUS ! Laissons les autres dépenser les leurs pour nous protéger. L’OTAN est là pour ca non ?

Conclusion

En 2017, un porte avions ce n’est plus une « simple » base aérienne qui flotte. C’est un vecteur beaucoup plus complet, qui explique en grande partie les coûts démentiels engagés dans l’étude, la production, la mise en œuvre et l’entretien de ces géants des mers. Et, à mon humble avis, ce qui dans le contexte de réduction des budgets des armées quoi qu’on en dise sauf quelques armées : Chine, Inde par exemple, va entraîner leur disparition. Le PA moderne est tout à la fois base aérienne mobile (quand même !) et force de frappe ou de riposte nucléaire, engin de diplomatie massive (nous le voyons en Corée, en Syrie, en Iran, en Mer de Chine en ce moment) là où assez curieusement la Diplomatie de la canonnière du XIXe siècle qui est un des facteurs de la Première Guerre Mondiale (Crise d’Agadir) trouve racine, c’est aussi un appareil de prestige que seules certaines puissances peuvent s’offrir, hormis son coût direct et indirect, la formation de l’équipage et des spécialistes pour un engin si particulier requiert de l’expérience qui est longue et difficile a acquérir.

C’est pour cela que la Chine et l’Inde, aussi puissantes qu’elles puissent être, ne pourront se targuer d’avoir des navires opérationnelles avant plusieurs années car elles doivent inventer ou copier les doctrines d’emploi des navires et de l’escadre aéronavale que peu de pays possèdent. Le porte avions c’est aussi un engin de guerre électronique, domaine en plein boom l’actualité le démontre. Mais aussi un centre de commandement mobile, ou encore un hopital. Les français ont créé les BPC, sur ce concept mais les premiers BPC (hors la capacité de transport d’engins amphibie) étaient d’anciens PA de la seconde guerre mondiale lors de la Guerre du Vietnam.

Enfin, le porte avions sert aussi de démonstrateur de technologie puisqu’il est sensé être le navire amiral d’une ou de flottes. Mais aussi VRP d’un pays : rappelons nous que les russes ont vendus deux « porte avions casinos » aux chinois, un inachevé aux indiens et un aux chinois. Ces deux pays les ont terminés et ont là deux bâtiments opérationnels. De transition certes… mais sans le Kuztnetsov, les russes auraient ils vendu et équipés ces engins ? Et les BPC ex-russes égyptiens ? Sans le Charles de Gaulle, la France aurait elle vendu le Foch au Brésil ? Probablement non. Et d’autres exemples existent…

Un porte avions en string ? l'ex Foch, Sao Polo

Un porte avions en string ? l’ex Foch, Sao Polo

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