Hampton Road

Page de couverture des bleu d la marine illustant la bataille d'Hampton Road

Page de couverture des bleu d la marine illustant la bataille d’Hampton Road

8 mars 1862, nous sommes sur le pont du Congress en compagnie du caporal Blutch, militaire plus que célèbre.

Au loin, nous apercevons le CSS Virginia accompagné de quelques navires armés en toute hâte qui entrent dans Hampton Road pour lever le blocus de l’Union. Face à lui, les plus puissants navires américains. Mais avant toute autre chose, revenons un peu en arrière pour mieux comprendre le contexte…

Nous sommes en 1861. Les États-Unis sont déchirés par la question de l’esclavage. Un nouveau président, Abraham Lincoln, fait son entrée à la Maison-Blanche. Sa politique, et il ne s’en cache pas, est d’en finir avec l’esclavage. Cependant, cette « ressource » est considérée comme vitale par les grands cultivateurs de coton du Sud. Pour eux, le « nègre » est avant tout une marchandise ou, dans le meilleur des cas, un sous-homme. À l’opposé, la réalité est tout autre pour les états du Nord dont les industries fonctionnent avec des hommes libres. L’esclavage n’est donc pas une nécessité à l’économie. Dans le reste du monde, cette dualité est également présente et est toujours l’objet de plusieurs confrontations idéologiques et sociales.  L’Angleterre a d’ailleurs mis fin à l’esclavage 20 ans plus tôt, mais la France, sous l’égide de Napoléon III, la pratiquera jusqu’en 1848.

Comme nouveau président, Lincoln ne fait pas l’unanimité. Il doit d’ailleurs son élection aux nombreux déchirements internes du parti démocrate. Ce qui n’aide pas au niveau de ses appuis. À peine élu, Lincoln voit rapidement sept états du Sud faire sécession et plusieurs autres états menacent de faire de même s’il ne fait pas le nécessaire pour faire rentrer au bercail les états délinquants. Par la force, s’il s’en faut…

Plusieurs incidents vont faire dégénérer le conflit politico-économique en véritable guerre. Les autres états vont rapidement se positionner. Quatre d’entre eux (Virginie, Caroline du nord, du sud et Tennessee) vont rejoindre les sécessionnistes tandis que les autres vont former ce que l’on appellera l’Union. Des deux côtés, la mobilisation bat son plein. Au Nord, une puissante industrie permet d’armer et d’entretenir facilement plusieurs milliers d’hommes. Au Sud, les confédérés n’ont que très peu de moyens. En effet, ces états prospèrent surtout par la culture du coton et l’industrialisation est faible. Cependant, ce qui devait être une victoire facile et rapide de l’Union à Bull Run devient très vite une débâcle, permettant ainsi d’asseoir la domination des insurrectionnels sur le Sud.

Une guerre d’usure se profile donc à l’horizon et le seul moyen trouvé par l’Union pour en finir est l’asphyxie du Sud. Comment ? C’est en fait très simple. Toute l’économie des confédérés dépend de l’exportation du coton. La solution consiste donc à mettre en place un blocus. (Cette tactique fit des miracles et je pense à titre personnel qu’elle permit la victoire de l’Union.)

Mais revenons-en aux faits : l’Union est à la limite de l’implosion sur terre. Il faut attendre la bataille de Gettysburg pour que l’espoir renaisse. Sur mer par contre, l’Union dispose de l’entièreté de la flotte américaine récemment construite. Les sudistes, quant à eux, sans le sou et sans marine, doivent faire avec les moyens du bord. Leur plus puissant navire, le CSS Virginia par exemple, est en fait le USS Merrimack. Une frégate à vapeur qui accumula les problèmes. Surtout ceux liés à la propulsion à vapeur. Quand les confédérés prennent Norfolk cette même année, ils retrouvent alors la frégate coulée dans le port. Le malheureux navire avait été incendié par l’Union qui se repliait. Par contre, ayant sombré précipitamment, le feu n’avait pas pu finir sa besogne. Remis à flot, réparé tant bien que mal, il fut alors converti en cuirassé. Malheureusement, les déboires du navire se poursuivent. Sa proue, trop légère et non blindée, doit être alourdie pour passer sous l’eau. Son éperon, quant à lui, se révèle mal fixé. Pire encore, par manque de moyens industriels, on lui laisse sa machine à vapeur d’origine, pourtant défectueuse. Pour l’aider dans sa tentative de contrer le blocus de l’Union, on lui adjoint un vapeur fluvial armé et deux petits vapeurs armés d’un à trois canons (la présence d’armement sur le 2e vapeur n’est pas avérée par toutes les sources).

USS-Merrimack sous pavillon de l'union

USS-Merrimack sous pavillon de l’union

CSS Virginia ex Merrimack après sa transformation

CSS Virginia ex Merrimack après sa transformation

En face de lui, six navires, dont les plus puissants de la marine loyaliste telle que la frégate à vapeur Congress et ses 50 canons. Tous ces navires, bien que puissants, sont des voiliers qui peuvent compter sur une chaudière à vapeur au besoin. Maintenant que nous avons mis les choses en contexte, nous voici de retour sur le pont du Congress en ce 8 mars 1862…

Notre navire décide de prendre à parti le monstre d’acier qui rend coup pour coup. Très vite mis à mal, notre 50 canons peut compter sur l’aide du Cumberland pour se sortir d’affaire. Son soutien va cependant lui être fatal. Le CSS Virginia fonce alors à toute vapeur et éperonne ce dernier sans peine et le regarde sombrer lentement.

-« Je ne sais pas pour vous, mais je crois que je vais raconter la suite depuis la terre. Ça commence à chauffer ici ».

C'est déjà la fin pour le fleuron de l'US NAVY. Le Cumberland vit ses derniers moments

C’est déjà la fin pour le fleuron de l’US Navy. Le Cumberland vit ses derniers moments

Le monstre flottant qu’est le CSS Virginia y perd tout de même son éperon. Cela ne l’empêche pas de se retourner ensuite vers le Congress. Le cuirassé, tirant « à boulets rouges » (comme dans l’ancien temps!), réussit à mettre le feu à notre frégate. En peu de temps et sans trop de mal, il met rapidement hors d’état de nuire deux navires. Sa prochaine victime, c’était du moins l’intention, était la frégate Minnesota. Par chance pour elle, la marée se retirant, le navire sudiste doit faire demi-tour pour éviter de s’échouer. Le Minnesota s’en tire donc de peu. En une seule sortie, le CSS Virginia réussit néanmoins à mettre hors de combat la moitié de l’escadre ennemie. La situation devenait désespérée pour les voiliers restants.

-« La question que vous vous posez sûrement est: que font les amiraux de l’Union ? Attendez un peu. Une surprise était en préparation« …

 

Ce que les sudistes ignorent, c’est qu’un autre cuirassé, le Ericsson Folly, (son vrai nom est le USS Monitor, mais le surnom en dit long sur ce que l’on pensait à l’époque des navires sans voiles), était en route pour renforcer l’escadre.

Coupe de l'USS monitor à sa sortie du chantier naval

Coupe de l’USS monitor à sa sortie du chantier naval

Drôle de navire en effet. Déjà le CSS Virginia tenait déjà plus du monstre marin que du bateau, mais ici on atteint des sommets. Au contraire de son homologue qui doit sa présence à un rafistolage par manque de moyens, l’USS Monitor a été construit intégralement de cette manière. Une quille totalement en fer, blindée de la proue à la poupe et disposant d’une drôle de cheminée. Totalement cylindrique, elle peut grâce à un système ingénieux d’anneaux de cuivre, faire un mouvement de rotation complet sur elle-même tout en restant étanche. De plus, elle dispose de deux embrasures desquelles sort la seule chose normale sur ce navire : des canons! La première tourelle navale était née. Bien plus petit que le CSS Virginia, il n’embarque que deux canons. L’avantage par contre, c’est qu’avec une telle tourelle, il peut pointer tous azimuts.

Le voilà donc parti pour rejoindre Hampton Road. Cependant, très vite il montre de piètres qualités de navigation. Malgré la faible houle du moment, il semble se placer rapidement dans une position précaire. Pourtant, malgré les constatations, les deux états en guerre ne cesseront d’en construire et formeront ce que l’on appellera la classe des cuirassés fluviaux.

a première bataille de cuirassés allait commencer

La première bataille de cuirassés allait commencer

Le lendemain, le 9 mars 1862, le CSS Virginia lève l’ancre de bonne heure avec l’intention de finir ce qu’il avait commencé la veille. Le premier navire en vue est la frégate Minnesota. Son capitaine ne semble pas trop savoir d’ailleurs s’il doit engager ou plutôt fuir. Son opposant, lui, ne se pose pas de questions et envoi rapidement une première salve. Peu de temps après cette première canonnade, la providence fait qu’un autre navire de l’Union vient au secours de la malheureuse frégate. Il s’agit du cuirassé nordiste USS Monitor qui engage aussitôt le combat. Peu après, les voiliers des deux camps gardent leur distance et laissent les deux géants de fer se donner en spectacle. Seuls le Ronaoke et les batteries côtières maintiennent un feu d’appui. Tirant plus que de raison et sans vraiment viser, il est fort probable d’ailleurs que les canons des deux camps touchent les deux cuirassés sans distinction aucune.

Pendant des heures, le combat se poursuit. Pendant des heures les obus ricochent. Rien de bien étonnant là-dessus, chacun, comme de coutume, a laissé les obus en forme d’ogive (obus « perforants ») à l’arsenal pour embarquer un maximum d’obus explosifs et de boulets pleins sous-calibrés (boulets chauffé pour tirer à « boulets » rouges) bien plus efficaces contre les navires en bois. Cependant, ils étaient d’une bien piètre efficacité contre le blindage d’un pouce du USS Monitor et de deux pouces inclinés du CSS Virginia. Faute de pouvoir perforer, ils tentent à plusieurs reprises de s’éperonner mutuellement, mais sans succès. Quelque peu ulcéré, il va sans dire, le commandant du USS Virginia (qui était en fait le second, le commandant ayant été blessé et débarqué le jour précédent) ordonne de viser sur la timonerie adverse. Un obus fait mouche et un éclat blesse son commandant. Aveuglé momentanément, ce dernier doit battre en retraite. L’officier en relève du CSS Virginia doit également s’y résoudre. En effet, après plusieurs heures de combat acharné, la marée devient de toute façon dangereusement basse. Les « lourdauds » comme le USS Virginia n’ont donc guère le choix  et doivent regagner leur mouillage sans attendre. Le USS Monitor par contre, plus petit, revient en scène peu de temps après. Son tirant d’eau plus faible lui permet en effet de continuer à naviguer même à marée descendante. On constate alors que l’ennemi fuit. Les deux camps croient donc avoir mis le cuirassé de l’autre en déroute. Chacun s’octroie donc la victoire…

En réalité, on constate que le manque réel de capacité offensive des deux navires, résultant du blindage de fer, a conduit à une égalité manifeste. Si on prend en compte les deux jours, les confédérés obtiennent une victoire tactique de premier ordre : la moitié de l’escadre ennemie a été coulée et le Ronaoke a été endommagé. On parle donc ici de quatre navires sur les six de départ coulés. De leur côté, on n’essuie aucune perte. N’en déplaise aux sécessionnistes, la victoire stratégique appartient tout de même à l’Union. Pourquoi ? Malgré de lourdes pertes, leur blocus pourra être maintenu tout au long de la guerre avec les conséquences que l’on connaît…

Cette bataille permet donc de voir apparaître un nouveau type de navire et surtout amènera les stratèges à revoir et développer de nouvelles tactiques navales. Les voiliers avaient fait leur temps et la place de roi des mers allait revenir au fer et à la vapeur. L’âge d’or des cuirassés venait de commencer. Seule entorse à la modernité, le maintien de l’éperon. Ultime vestige des premiers navires de guerre, il perdurera jusqu’à la Première Guerre mondiale et fera parler de lui une dernière fois à la bataille de Lissa.

Sources :
http://www.britannica.com/
http://www.dailypress.com/
http://civil-war-uniforms.over-blog.com/
https://fr.wikipedia.org
http://www.civilwar.org/

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