USS INDIANAPOLIS Des hommes et des requins

USS-INDIANAPOLIS

USS-INDIANAPOLIS

Les Sous-marins du Soleil Levant

…/…  A ce moment l’officier de navigation s’écria : «navire ennemi probable à 90° bâbord !» Je ramenai le périscope, montai sur la passerelle et regardai à la jumelle dans la direction signalée. Sans aucun doute, un point sombre s’apercevait à l’horizon, sous les rayons de la lune. «Alerte !» criai-je à mon tour.

     J‘étais déjà au périscope où je distinguai la tache noire. «Ouvrez les purges !» L’eau remplit les ballasts et nous nous enfonçâmes. Je collai mes yeux à l’oculaire pour ne pas perdre l’objet de vue. Nous atteignîmes bientôt l’immersion périscopique. Aussitôt le bateau disparu sous l’eau, je commandai : «un navire en vue. Préparer tous les tubes. Disposer les kaitens !» Il était 23h08. Nous abattîmes sur bâbord pour prendre la tache sombre par l’avant. L’ennemi supposé se rapprocha graduellement.. la tache commença à prendre l’apparence d’un grand navire de guerre et sa partie supérieure se partagea en deux. Il y avait un mat très haut à l’avant. «Nous le tenons !» pensai-je. Je pus estimer la hauteur du mât à 25 mètres environ. C’était donc un cuirassé ou un grand croiseur. La distance tomba à 4000 mètres – et l’angle – 45 degrés tribord. Un des hydrophones indiqua une vitesse assez élevée. J’acceptai tout d’abord cette indication mais l’observation au périscope ne la confirma pas et je la ramenai à 20 nœuds. J’étais tellement occupé par les torpilles ordinaires, que je n’avais donné aucun ordre pour préparer le lancement des kaitens et les pilotes de celles-ci vinrent m’en demander. Etant donné le clair de lune, elles n’avaient pas beaucoup de chance de réussir. Je décidai donc de les garder pour le cas où les torpilles ordinaires ne donneraient aucun résultat. La lune se trouvait derrière nous, de sorte que le navire ennemi était devenu bien visible. Il possédait deux tourelles à l’arrière et un grand mât militaire. Je le pris pour un cuirassé du type «Idaho». L’équipage attendait avec impatience l’ordre de lancer… Tout le monde conservait le calme le plus absolu. Je modifiai le réglage du conjugateur(1) : angle de lancement : 60 degrés tribord, distance : 1500 mètres, et manœuvrai pour attaquer. Enfin, j’ordonnai d’une voix ferme «Attention !… Feu !» les torpilles partirent à l’intervalle de deux secondes, puis on me prévint du poste avant : «Toutes les torpilles parties. Bon fonctionnement.» les six engins, déployés en éventail, couraient vers le navire ennemi. Je fis un rapide tour d’horizon mais il n’y avait rien d’autre en vue. Amenant notre bateau à une route parallèle à celle du but, nous attendîmes anxieusement. « Touché ! Touché ! » m’écriai-je à chaque impact tandis que mes hommes dansaient de joie…/…(2)

Charles B. McVay

Charles B. McVay

 

L’USS INDIANAPOLIS

     L‘USS Indianapolis est un croiseur lourd de classe Portland lancé en 1931. Intégré à la Task Force 11 dès le 16 décembre 1941, il participe à la campagne de Nouvelle-Guinée, puis à celle des îles Aléoutiennes. Il participe également aux batailles des îles Gilbert et Marshall. En 1944, à nouveau la Nouvelle-Guinée, les îles Marianne, la bataille de la Mer des Philippines.

     Après une refonte en 1945, l’Indianapolis sous les ordres du Capitaine de Vaisseau Charles B. McVay, rejoint, en février 1945, la Task Force 38. Endommagé près de l’île d’Okinawa, l’Indianapolis traverse le Pacifique pour rejoindre Mare Island, près de San Francisco où il est remis en état. Il reçoit alors l’ordre de rejoindre en urgence Tinian pour y livrer un chargement d’uranium 235 enrichi et divers éléments de la bombe Little Boy. Quittant San Francisco le 16 juillet 45 et faisant escale à Pearl Harbor le 19, il entre dans le port de Tinian le 26 juillet.

     Après sa livraison, l’Indianapolis rejoint Guam pour prendre ensuite la direction de Leyte. Le croiseur est toujours sans escorte et dans la nuit du 29 au 30 juillet, deux torpilles lancées par le sous-marin japonais I-58 atteignent l’Indianapolis. La deuxième torpille touche le navire à proximité d’une soute de combustible et de munitions. L’Indianapolis se coupe en deux. L’ordre est immédiatement donné de quitter le navire qui s’enfonce dans les flots, 12 minutes après les impacts, avec environ 300 des 1196 marins qui se trouvent à son bord.(3)

     Les messages envoyés par le croiseur en perdition semblent avoir été ignorés ou mal interprétés, du moins mal adressés. Les autorités navales américaines habituées à recevoir de faux messages envoyés par les japonais pour attirer les secours dans des secteurs dangereux, ne prirent pas au sérieux ces SOS. Bien que l’ordre de marche du navire américain ait été communiqué, son retard ne semble pas avoir inquiéter outre mesure les dites autorités. Bien que divers messages aient été captés à plusieurs endroits différents, l’absence de confirmation ne permit pas de lancer les recherches.

     Perdus au milieu du Pacifique, plusieurs centaines de marins tentent de survivre, attendant des secours, ignorant que personne n’a pris ou reçu leurs messages de détresse. Les hommes n’ont pas d’eau, pas de nourriture, la chaleur est accablante la journée. Dès la fin de la première journée, les premiers requins apparaissent mais ne semblent pas s’intéresser aux hommes qui tentent de former des groupes pour éviter que certains d’entre eux ne se trouvent isolés. Les requins pourtant attaquent en premier lieu les corps des hommes morts qui continuent à flotter, équipés de leur gilet en kapok. L’épuisement, l’hypothermie viennent à bout de ces malheureux qui luttent pour leur survie. Certains, victimes d’insolation, perdent la raison. Les journées sont interminables, les naufragés scrutent désespérément l’horizon dans l’attente d’une aide qui ne vient pas. Et soudain un homme est happé et parfois dévoré sous les yeux de ses camarades. Certains commencent à délirer, victimes du soleil.

Temoin

      Le 2 août, 4 jours après le naufrage, un hydravion en mission de reconnaissance repérera de nombreux hommes à la mer. Un Catalina se portera sur place hissant tant bien que mal des naufragés à son bord allant jusqu’à attacher des hommes aux ailes de l’avion quand il n’y a plus de place à bord. Le destroyer Cecil J Doyle(4) arrivera sur place et recueillera 321 hommes, 4 mourront de leurs blessures. Des 1196 marins de l’Indianapolis, seuls 317 ont survécu.

Conclusion : 

     Ce naufrage, qui reste à ce jour, le plus meurtrier de l’histoire de l’US Navy amènera les autorités américaines à trouver un bouc émissaire en la personne du Capitaine McVay et à le traduire en cour martiale.malgré les réticences de plusieurs amiraux tels que Chester Nimitz ou Raymond Spruance. Les charges retenues contre le capitaine de l’Indianapolis se résument entre une «mise en danger de son navire en omettant de zigzaguer» et «échec à donner l’ordre d’abandonner le navire dans un temps approprié». Les autorités américaines évitent de mettre en évidence les délais mis par les secours pour se rendre sur les lieux tout comme les demandes d’escorte non exaucées du capitaine McVay. La défense appellera même à la barre le commandant du I-58, Mochitsura Hashimoto qui déclare qu’il aurait inévitablement coulé le croiseur même si celui avait manœuvré en zigzaguant. Un commandant de sous-marin américain, Glynn R. Donaho, témoignera également en ce sens. Embarrassée, la cour américaine le reconnaîtra tout de même coupable de ce chef d’accusation. McVay ne se remettra jamais de ce verdict et se suicidera en 1968. Les survivants mèneront une campagne de réhabilitation dans les années qui suivirent qui mènera à une résolution du Congrès américain en 2000 lavant McVay de tous soupçon dans son commandement de l’Indianapolis.

 Sans titre 3

     En conclusion, je reprendrai des mots cités dans un article trouvé sur le net (5) laissant à penser, que les vrais bouc-émissaires de ce procès furent sans doute les requins ! Des 500 marins qui périrent après le naufrage, les requins furent loin d’être la cause principale. Effectivement, à peu près 80 hommes moururent de leur fait. Les autres causes étant principalement la noyade et l’hypothermie. L’importance portée aux requins et la pseudo responsabilité du capitaine McVay n’occulte t’elle pas le fait que la Marine américaine ait oublié ses marins pendant 4 jours ?

Notes :

(1) Conjugateur ? = Tel quel dans le texte.   (2) Texte intégral tiré des mémoires de Mochitsura Hashimoto « Les sous-marins du Soleil levant » Press Pocket 1955.   (3) 1197 selon certains sites.    (4)  Une autre source (Combined Fleet) ne mentionne pas le destroyer Cecil J Doyle mais les USS RINGNESS et REGISTER. (5) Voir Sources, site Sharktueries.

Sources :

http://sharkuterie.blogspirit.com/archive/2006/11/17/comment-les-requins-ont-ils-attaque-les-marins-de-l%E2%80%99uss-indi.html

http://www.dark-stories.com/uss_indianapolis.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/USS_Indianapolis_(CA-35)

http://www.combinedfleet.com/I-58.htm

http://www.eyewitnesstohistory.com/indianapolis.htm (en anglais)

Vidéo : Dans le film, Les Dents de la Mer, le capitaine Quint interprété par Robert Shaw, raconte le naufrage de l’Indianapolis, avec quelques libertés dans le texte =

https://www.youtube.com/watch?v=9Fb8jLTm3VE

 

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