La bataille de Koh Chang (16-17 janvier 1941)

En 1933, un coup d’état au Siam chasse la dynastie royale et la remplace par un régime militaire. Le général Phibun Songgram arrive au pouvoir en 1938 et installe une politique ultra-nationaliste. A la fin des années 1930, un rapprochement avec le Japon est opéré et aboutira par la suite à une alliance entre les deux pays. En 1939, le pays revendique la possession de tous les territoires où vit une population de langue thaïe. Cette politique est appelée la « panthaïe ». Le pays change de nom et se nomme désormais la Thaïlande. Cette politique vise particulièrement les territoires du Laos et du Cambodge qui sont des protectorats français.
En 1939, la France et la Thaïlande préparent un traité de non-agression, qui sera signé le 12 juin 1940. Néanmoins, la défaite française de 1940 conduit le gouvernement thaïlandais à n’accepter ce traité que si la France cède le Cambodge et une partie du Laos. En septembre 1940, la France et la Thaïlande rompent les discussions et la propagande thaïlandaise se déchaîne contre la France.

Après la défaite française, le Japon exerce une forte pression pour que cesse le ravitaillement des troupes chinoises, alors en plein combat, par la route du Yunan. Le gouverneur de la colonie, le général Catroux, accepte la demande japonaise car il ne pense pas pouvoir être en mesure de s’y opposer militairement. Cette décision déplaît fortement au gouvernement du maréchal Pétain qui le relève de ses fonctions le 25 juin 1940.
Dès le début du mois d’août, le Japon exige d’avoir accès à cinq aérodromes et de pouvoir déployer 30 000 hommes dans la province française. Un accord sera trouvé par les autorités françaises locales qui accepteront de mettre à disposition trois aérodromes ainsi que le déploiement de 6 000 soldats. Cet accord ne satisfait pas le Japon qui attaquera la citadelle de Lang le 22 septembre. Vichy et Tokyo négocieront alors directement après ces opérations militaires japonaises et la France acceptera finalement l’ensemble des exigences nippones.

Les forces en présence :
France :
50 000 hommes pour toute l’Indochine disposant d’un armement dépassé datant de 1914-1918 avec peu de stock , 80 avions vétustes, un croiseur léger classe Duguay Trouin, le Lamotte-Picquet, 2 avisos coloniaux classe Dumont d’Urville, 2 avisos anciens et un sous-marin.

Le Lamotte-Picquet quitte Saigon, janvier 1937

Source: www.croiseur-lamotte-picquet.fr

Thaïlande :
60 000 hommes (et 300 000 mobilisables) disposant de matériel récent (principalement d’origine américaine), 150 appareils, 2 garde-côtes cuirassés construits au Japon, 2 canonnières cuirassées, 9 torpilleurs classes Puket, 2 patrouilleurs classe Kantan, 2 avisos et 4 sous-marins.

Source: www.netmarine.net

Source: www.netmarine.net

Le rapport de force est clairement en faveur des troupes siamoises, dont les forces terrestres sont mieux équipées et mieux ravitaillées que les troupes françaises qui sont constituées principalement d’hommes recrutés dans l’ensemble des provinces. De plus, l’aviation française est incapable de s’opposer efficacement à celle thaïlandaises : ses appareils sont périmés et manquent cruellement de pièces de rechange. Seule la marine française semble être capable de défendre réellement les intérêts de la métropole. Toutefois, constituée de navires d’origine japonaise ou italienne, la marine thaïlandaise est moderne et n’est pas à négliger.

Les premiers incidents de frontière commencent dès la rupture diplomatique entre les deux pays en septembre 1940. Le commandement français va, en octobre 1940, procéder au déplacement de troupes du Tonkin vers le Cambodge grâce à des camions civils ou même des cyclo-pousses. L’aviation thaïlandaise va, en même temps, effectuer des vols réguliers de la région, et bombarde dès la fin novembre Vientiane, Thaket et Saravanne. L’aviation française réagira en bombardant de nuit le territoire siamois, mais le manque de ravitaillement ne lui permet pas de faire mieux.
Au début du mois de janvier 1941, l’armée française est prête, sa concentration en hommes est terminée. Elle est composée de 23 bataillons d’infanterie et de 5 groupes d’artilleries. Elle est opposée aux 41 bataillons d’infanterie, 10 groupes d’artillerie et de 2 bataillons de chars qui forme l’armée siamoise.
L’Etat-Major française met des plans d’offensives au point ; ils prévoient des percées dans les secteurs de Yang Dang Kum et de Phum Preav. Toutefois, les Thaïlandais seront mis au courant de ces plans et mettront au point d’importantes contre-offensives.

Source: www.netmarine.net

Source: www.netmarine.net

Le 16 janvier 1941, une reconnaissance aérienne menée par deux hydravions de type Loire 130 permet de situer une partie importante de la flotte ennemie, dans les parages de l’île de Koh Chang. Les deux hydravions français repèrent 1 garde-côtes cuirassé, et 3 torpilleurs.
Le 17 janvier à 6h05, un hydravion français repère 2 gardes-côtes et 3 torpilleurs dans cette zone. Il tente de les attaquer, mais la DCA thaïlandaise le refoule. A 6h14, la flotte siamoise repère les navires français et ouvre le feu à 9 000 mètres de distance. A 6h20, le Lamotte-Picquet lance trois torpilles sur un navire ennemi. A 6h30, la flotte française observe un coup au but d’une des trois torpilles. Le garde-côtes Sri Ayuthia est fortement endommagé et s’éventre sur la barrière de récifs de la rivière Chantaboum. Les avisos français engagent deux torpilleurs tandis que le croiseur Lamotte-Picquet ouvre le feu sur un troisième à 6h38 avec un duel d’artillerie à 10 000 mètres de distance. A 6h55, les avisos achèvent et coulent deux torpilleurs ennemis. Ils apportent ensuite leur soutien d’artillerie au Lamotte-Picquet à 7h15, toujours engagé dans son duel avec le garde-côtes Dhonburi. A 7h48, les navires français perdent le contact avec le navire siamois en flamme et qui a pris une forte gîte.  L’escadre française rompt le combat à 8h00 et retourne à Saigon. Entre 8h48 et 9h40, elle subira plusieurs attaques aériennes mais grâce à la puissance de la DCA ne subira pas de dégât.
Le bilan de la bataille de Koh Chang est clairement en faveur de la marine française. Elle n’aura aucune perte, tant en vie humaine, qu’en navire. La marine siamoise va perdre trois torpilleurs (Songhkla, Chonburi et Trad, ce dernier sera relevé et réparé et sera en service jusqu’en 1976), deux gardes-côtes cuirassés (Dhonburi et Sri Ayuthia qui, échoué, sera réparé au Japon pour reprendre du service à la fin de l’année 1941). Les pertes humaines sont très importantes, on peut estimer à 82 survivants sur l’ensemble des équipages, soient 550 hommes.

Au total, c’est plus du tiers de la flotte thaïlandaise qui sera détruit au cours de cette bataille.

Lettre du commandant Bérenger. Source: www.netmarine.net

Lettre du commandant Bérenger.
Source: www.netmarine.net

La victoire française lors de la bataille de Koh Change répond aux victoires terrestres thaïlandaises. Alors qu’aucun des deux belligérants n’a pris l’avantage, le Japon décide de mettre fin aux hostilités, et envoie une note le 22 janvier 1941 pour imposer des négociations.
Une trêve de deux semaines est signée à Saigon le 31 janvier à Saigon, à bord du croiseur japonais Natori ainsi qu’un retrait de dix kilomètres des troupes terrestres. Le 7 février s’ouvre à Tokyo une conférence présidée par le ministre japonais des affaires étrangères Matsuoka afin de régler le problème de manière définitive. La délégation française est dirigée par René Robin, le gouverneur général, tandis que le prince Varanarn dirige la délégation thaïlandaise. Jusqu’au 2 mars, les français rejettent l’ensemble des revendications thaïlandaises, et ce malgré les pressions exercées par le Japon. La nomination de Darlan au gouvernement de Vichy, le 25 février, semble modifier la donne, la délégation française ne recevant les directives que le 3 mars.

Le 11 mars 1941, un accord est signé entre les différentes parties. La Thaïlande obtient les provinces cambodgiennes de Battambang, de Siem Réap,  de Kompong-Thom et de Stung Treng, soient plus de 50 000 km2, et plus de 420 000 habitants. Le Laos doit en outre céder les territoires de la rive droite du Mékong.
Les territoires que la Thaïlande va annexer grâce à ce traité du 11 mars 1941 ne seront rendus à la France qu’en 1947.

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