France ô ma France : Verdun ma Belle.

Verdun, secteur de la Côte du Poivre, 16/12/1916.

Chef… Chef !
– Ta gueule Talent ! Tu vas nous faire voir.
– Vas te faire enculer chez les grecs Dissolier. Le breton est mort.
– Ramasse sa plaque et ses munitions, et laisse le. Si il a une lettre, prend.

Huit survivants. HUIT PUTAINS DE SURVIVANTS. Sur tout le groupe de chasseurs à pieds que l’état major avait envoyé sonder les lignes Boches.
Quel succès ! On était arrivés à quoi, cinq mètres ? Trois cent hommes flingués pour des prunes. Nan parce que maintenant, qu’on savait où étaient leurs Maxim à la con, c’était de rentrer.
Sous une avalanche d’obus. De merde. De balles. MERCI NIVELLE.
Le maréchal des logis chef Raynal était le seul galonné qui avait survécut à cet enfer. On l’appelait Chef. Par son grade… mais aussi parce que lui, il pouvait faire fermer sa gueule au capitaine, incompétent notoire. Il paraît que c’était le neveu du commandant du Fort de Vaux, tombé en début d’année. Putain, ils avaient dégusté à Vaux. Obus, balles, mines, gaz, ils avaient tout prit sur la tronche et ne s’étaient rendus qu’à bout de munition.

Fort de Vaux en 2014

Fort de Vaux en 2014

Messieurs.
– Oui Chef.
– La nuit est bien installée. On va avancer en rampant. Si vous croisez quelqu’un qui n’est pas du groupe : immobilisez, identifiez et éventrez si ca ne porte pas le bleu.
– A vos ordres.

Les frisés envoyaient des patrouilles de reconnaissance de nuit. Nous aussi. On étaient partis hier, a onze heures. Et ca faisait une journée qu’on était là à se geler les couilles dans la merde. QUELLE CHIER CETTE GUERRE.
Dissolier partit devant, je le suivit et les autres nous emboîtèrent le pas.

Pas dix mètres de parcourus et de cadavres retournés qu’on tomba sur deux boches, qui rampaient eux aussi. On les a vite reconnus grâce à leurs casques. Eux ils ont pas fait le liens, du moins pas assez vite. Deux gosses, qui ont été égorgés en silence. Quatre grenades chacun qu’ils avaient ! HOP ! Dans la besace. On a put gagner notre tranchée en trois heures.

Champs de bataille de la Butte de Vauquois, 2014

Champs de bataille de la Butte de Vauquois, 2014

Franchement, j’étais décu : on a eu que deux fridolins.

Te plaint pas Fourlas, tu es en vie.
– Oui Chef.

Il me donne la chaire de poule ce type. Mais il a raison.

Chef ?
– Humm ?
– On nous envoi pour reconstitution… c’est à dire ?
– Que notre Corps franc va être remis à neuf. Le Pitaine veut nous avoir frais & dispo pour former les jeunes.
– Nous ?!
– Oui mon gars ! T’as peut être 24 ans mais après quatre mois sur Verdun, et surtout, avoir survécut à ces quatre mois en première ligne, tu es un vrai vétéran. Je te le dis, je t’ai recommandé pour la Croix de Guerre.

Mannequins, Ouvrage de La Falouse (Idem ci dessous)

Mannequins, Ouvrage de La Falouse (Idem ci dessous)

Oh putain. OH PUTAIN. Je me sentais comme si j’avais des ailes. Comme les aviateurs dans leurs aéroplanes qui survolaient les tranchées chaque jour. JE POUVAIS ALLER BOTTER LE CUL DE BISMARCK. LA. TOUT DE SUITE.
Il nous a fallut deux jours pour être envoyer à La Falouse. Un des derniers forts encore debout. En même temps, il n’était pas sur la ligne de front, et servait de lieu de repos dans le premier arrière du front.

Le rata était dégueulasse. Ca puait. Pas de nichons. Des totos. Mais un pieu ! Du singe tous les jours & les tartines au secs. Ah ca, je crois que c’était le truc qu’on savourait le plus.
En bonus : de quoi écrire pour envoyer à la famille : « Je suis pas crevé ». En gros.
Summum de la bonté : le commandant était pas con. Chose rare ! Un type bien.

Aller les gars, soufflez, profitez du peu de repos qu’on nous accorde. Vous l’avez mérité.
– Hourra pour le Chef !

-

On pouvait ronfler comme des locos.
On allait pas se priver non ?
Et cette nuit là, je fit un rêve merveilleux…

ILS SONT LAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !
ON QUITTERA NOTRE TERRE DE FRANCE QUE LES PIEDS DEVANT !
– DEVAAAAAAAAAAAAAAAAAANT !

Je retire la sécurité de mon Lebel, j’épaule par l’embrasure et je dégomme un schleu. Et d’un ! Mais il y en a combien ?! La Hotchkiss & la St Etienne crachent, les claquements de nos fusils en couchent pas mal aussi. Un deuxième. Ils avancent encore. Et de trois. Plus que six mètres, ils passent sur les cadavres de leurs potes ! Quatrième : 4/4 joli score mon bon Daniel.
Mais voilà qu’un couillon de prussien entre dans notre tranchée par le Nord. Lui, Le Golan le laissera pas le temps de poser le pied chez nous.
Trop tard. La vague est sur nous.

5/5, il passait notre dernier rideau de barbelé. Dommage. Amitiés à Von Spee.

 ILS NE PASSERONT PAS !
– ON NE PAAAAAAAAAAAAASSE PAAAAAAAAAAAAAAAAAS !

On hurle tous comme si notre vie tenait qu’à cela.

Une tranchée dans son jus, 2014

Une tranchée dans son jus, 2014

Un en face, dans le couloir de terre, je peux pas le louper. BOUM. Je tire la culasse, l’étui s’éjecte, je réarme et je place un nouveau coup dans le fumier qui était en train de m’épauler. Je tire cette foutue culasse… au moment de la pousser, elle coince.

 MERDE ! SALOPE !

L’autre crie un truc incompréhensible.

 TA GUEULE ! TA GUEULE ! SALOPE !

Putain je l’embroche comme un cochon de lait. Ma Rosalie lui entre dans les entrailles dans un bruit bien dégueulasse pour un gamin, mais pour moi qui voit mon ennemi rouler des yeux devant moi : quel spectacle ! Délectable. J’enfonce ma baïonnette le plus profondément possible dans ce salopard et je sent me cracher ses tripes sur moi.

 GARDE CA SALOPE !

Je le pousse d’un coup de pied dans les parties et saisi le Lebel d’un camarade, au sol, couvert de boyaux. Il n’en aura plus besoin : en faite, c’était de la cervelle, je suis pas charcutier traiteur moi, pour faire la différence faudra attendre encore un peu : le pauvre bougre a en effet la moitié de la tête en morceaux.

Je recharge. L’étui vide s’éjecte. Je tire sur le schleu qui reste dans notre tranchée, le dernier ! RIEN !

MERDE ! Mais avant qu’il ne m’épaule, il s’effondre. Dissolier apparaît derrière lui alors que le boche tombe.

 Toi ! Si je pouvais t’embrasser, je le ferai.
– Ca va pas non ? Je mange pas de ce pain là !
– A charge de revanche alors !
– J’y compte bien !

Je jette un coup d’oeil au dessus du parapet, plus un fridolin. On les a tous crevés. Je suis couvert de tripes de porc allemand, mais je suis heureux.

Et je me réveille. Le coq gueule. Il s’appelle Ovin. Ca c’est marrant !

75 mle 1897 français, Musée des Blindés, Saumur

75 mle 1897 français, Musée des Blindés, Saumur

Article commémoratif de la Bataille de Verdun qui eut bien pour but de percer les défenses françaises pour prendre Paris, et non de saigner notre armée comme la faussement prétendu l’Etat Major allemand pour justifier sa défaite. Bataille de Verdun : 21/2/16 -> 19/12/16
306.000 tués, disparus
406.000 blessés
53.000.000 d’obus tirés
soit 100.000 en moyenne pour la seule artillerie française
pendant 300 jours & 300 nuits
9 villages anéantis dont 8 inhabités depuis.
NB : Les chiffres comprennent les pertes des deux camps, volonté de l’auteur.

305mm de marine français, et l'auteur pour apprécier la taille de la pièce

305mm de marine français, et l’auteur pour apprécier la taille de la pièce

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