To infinity… and beyond

Préface

Le sujet de cette série d’article de l’été, avec pour point de lancement la pose de la quille du premier sous marin à propulsion nucléaire au monde: l’USS Nautilus le 14 juin 1952, le Service de Presse des Armée souhaite faire le liens entre histoire et actualité internationale (OTAN, Corée du Nord, Chine…) tout en vous faisant découvrir une partie peut être méconnue de l’Histoire maritime et militaire pour certains d’entre vous.
Aussi, nous avons besoin de cadrer le vaste sujet de l’Atome.
Le premier article, celui-ci, sera consacré à la propulsion atomique des batiments sous marins depuis l’USS Nautilus jusqu’aux batiments de la fin de la Guerre Froide.
Le second sera consacré aux batiments de surface avec un comparatif entre les nouveaux capital ships depuis la Seconde guerre mondiale: les porte avions, nucléaire ? ou pas ? avantages et inconvénients…
Enfin, les dernier article sera consacré aux armes nucléaires. Pourquoi ? Comment ? Qui ? Tactiques ? Emploi ? Systèmes de guidages et vecteurs ?

Bref, de la lecture et pour nous, et bien de l’écriture. Logique non ?
Aller ! Au boulot moussaillon ! Marin d’eau douce ! Moule a gaufres !

Introduction

L’autonomie d’un sous marin, alors plutôt considéré comme submersible, à toujours été conditionnée par celle de son emport en mazout lors des manœuvres en surface plus que celle de ses vivres. Et par celle de ses batteries lors de la plongée.
C’est pour palier à ces manques que plusieurs nations tentèrent d’innover dans le but d’augmenter l’autonomie des submersibles, le but étant de porter le fer lors des conflits dans les eaux où l’adversaire ne vous attendait pas. La chasse au commerce ennemi étant là la principale mission des submersibles, sauf pour certaines doctrines d’emploi comme celle du Japon mais nous ne nous étendrons pas là dessus ici.

Je ne vous présente plus le Typ VII, efficace jusqu'en 42 mais toujours à l'autonomie limitée.

Je ne vous présente plus le Typ VII, efficace jusqu’en 42 mais toujours à l’autonomie limitée.

L’Allemagne lors du second conflit entreprit de tester les théorie de l’ingénieur Walter. Les V80 puis les U-Boot typ XVII puis XVIII (non termimé) furent novateurs dans la propulsion en circuit fermé. Ces bâtiments furent parmi les précurseurs, car l’une des pistes pour obtenir cette allonge de l’autonomie des U-Boot était de recycler l’air des diesels par un filtrage de l’oxygène à l’aide de peroxyde d’hydrogène. Ce faisant, l’on employait une turbine dite, Turbine Walter. L’expérience tourna court devant la dangerosité du procédé: le peroxyde d’hydrogène étant par trop corrosif au contact de l’eau de mer, et son gaz mortel pour l’équipage ainsi que très difficile et couteux à produire pour un Troisième Reich exsangue.
On lui préféra une autre piste : les ElektroBoot, du Typ XXI où l’autonomie était améliorée, notamment, par de meilleures et plus nombreuses batteries. Ce choix fut très judicieux et ce modèle est sans contestes le meilleurs sous marin de la guerre, a tel point que ses lignes furent adaptées par les occidentaux et tout simplement copiées par les soviétiques pour leurs modèles de batiments « classiques » d’après guerre.

L’Union Soviétique fut elle aussi précurseur dans le domaine de la propulsion en circuit fermé. Le but était également d’améliorer l’autonomie mais pas seulement car l’URSS avait dans sa doctrine de développement militaire un penchant certain pour l’innovation : fusées, radio-goniométrie, blindages inclinés… malgré un retard technologique certain par rapport aux puissances de l’Ouest de l’Oural. Puissance que le Petit Père des Peuples avait à coeur de compenser par un développement technique et industriel.
A la même époque qu’est conçut le V80, le bureau de recherche du NKVD ordonne la mise sur cale du M-401. Lui aussi est le résultat de projets expérimentaux mais si le principes est globalement le même que celui de la Turbine Walter, ce n’est pas du peroxyde d’hydrogène qui est utilisé mais de la bonne vieille chaux afin d’emprisonner l’air vicier des échappements du diésel. Inapte aux opérations de guerre, il ne fut réceptionné qu’en 1946, soit bien après ses « concurrents » allemands du Typ XVIIA et B (1942).

Ces batiments sont les premiers de ce qu’on appelle pas encore une propulsion Air Independent Propulsion (AIP) posant là les pierres de la propulsion nucléaire pour sous marins puique dans les années 50, ces expériences sont considérées en Occident comme une impasse ou au mieux, un amusante expérimentation face à ce qu’à révélé le Projet Manhattan : l’Atome.

L’USS Nautilus : premier d’une féconde famille

Source : dissident-media.org

Source : dissident-media.org

Les images valent mieux qu’un long discours parait-il. Ce schéma nous sera fort utile pour la suite. Alors gravez le dans votre tête corne de bouc ! Hem pardon, je reprend.

Détenteur de nombreux records et de « premières », le SSN-751 USS Nautilus, baptisé ainsi selon l’œuvre de Jules Vernes que je vous conseil tant en littérature qu’en septième art, est lui aussi un précurseur dont les faits d’armes sur le plan Guinessiens des Records de l’époque est par trop long à lister.
Ce bâtiment est le fruit du Captain Rickover (puis Admiral) qui en instigua l’idée, les plans et la mise en service. Il en théorisa également l’utilisation. On peut quasiment écrire que ce navire est son fils. L’idée nous l’avons vu, est d’obtenir un bâtiment de guerre à l’autonomie quasiment illimitée. Désormais, seuls les vivres du bord sont le facteur limitant la portée du navire, le réacteur à eau pressurisée devant certes être purgé avec un nouveau liquide de refroidissement et/ou un combustible actif mais après un long périple en mer. Les données donnent pour l’équivalent soviétique du S2W qui équipe le Nautilus une autonomie de 22 000 nautiques à 80% de la puissance avant de devoir être rechargé en combustible.

A propos des soviétiques. Ils ne pouvaient pas rester de glace devant l’avancée, que dis-je, le bon technologique fait par les américains ! Ils mirent donc en chantier en 1955 le K-3 (projet 627), concurrent du SSN-751. Objectivement, il est moins novateur. Deux réacteurs plus petits à l’Est, un grand plus puissant à l’Ouest. Je vous laisse juge de la meilleure solution, sachez seulement que la technique et la puissance on convertit les soviétiques au réacteur unique une quinzaine d’année plus tard. Mais aussi, pour des raisons d’agencement du batiment.
L’Impérialiste a des systèmes de protection contre les rayons bien plus avancés. Des systèmes électroniques bien au dessus. Et des systèmes d’armes ultra modernes. Le Rouge à lui par contre une propulsion auxiliaire composé de diésels et batteries là où son adversaire est tout nucléaire : un dysfonctionnement, un arrêt du réacteur laisserait le navire sans énergie, avec quasiment aucune commande manuelle cela entrainerait la perte du bateau et c’est ce qui perdit vraisemblablement l’USS Sea Wolf… enfin, le Rouge a une dotation en armes bien plus conséquente. Ce qui, en matière d’autonomie, peut augmenter au détriment de l’américain celle-ci puise qu’avec le développement de l’aviation à long rayon d’action et des hélicoptères embarqué rend très dangereux tout ravitaillement à la mer.

Quels développements après ces deux prototypes Est Ouest ?

La propulsion atomique prit deux axes différents selon les technologies des deux grandes puissances. L’URSS nous l’avons vu axait ses sous marins sur une conception à deux réacteurs. L’un à l’avant, l’autre à l’arrière. Et toujours avec des moteurs auxiliaires de secours. Les USA optaient eux pour un unique réacteur sans mode de propulsion auxiliaire, ils revinrent à la raison rapidement, mais pas assez pour éviter des drames.
Aussi, différents modèles de réacteurs furent adoptés selon le pays.

Un projet 705. Ou class Alfa pour l'OTAN

Un projet 705. Ou class Alfa pour l’OTAN

Les américains se penchèrent sur un réacteur au sodium afin d’obtenir un réacteur à la fois puissant et compact. Le rayonnement n’était pas un problème, ils pratiquaient des études très poussées sur le cloisonnement thermique et rayonnant, mais curieusement les questions acoustiques étaient secondaires. En Union Soviétique, les questions acoustiques étaient primordiales… ils obtinrent par la suite les navires parmi les plus discrets. Cependant, le cloisonnement du bateau aux rayonnements se concentrait généralement aux seules tranches réacteurs. Ceux-ci tentèrent de maîtriser un réacteur « tout liquide », le liquide de refroidissement bien sûr, mais aussi le combustible à base de plomb-bismuth, le métal étant liquide. Très efficace (les sous marins de la classe Alfa (projet 705) purent naviguer à 40 nœuds, conjugué à leur coque en titane profilée permettant cet exploit) cette technologie eut néanmoins un revers, en fait deux car son coût était notablement plus important qu’un réacteur à combustible solide, c’est que maintenir le métal en fusion nécessitait un fonctionnement opérationnel constant du réacteur, ou des réacteurs. Or, quand ceux-ci étaient « au repos », une très importante logistique était nécessaire et seules quelques bases soviétiques étaient équipées de ce matériel. Matériel fort cher, qu’il fallut déployer à grand frais, et qu’il était impossible à déployer dans les bases amies. Ou reculées. Somme toute, cette technique si intéressante et performante soit elle, avant un coût bien trop important.
Le même constat fut fait avec les coques en titane des sous marines soviétiques : le K-3 coûtait sept fois moins cher qu’un Alfa ! hors coûts de fonctionnements…

La propulsion nucléaire servit aussi à la mise en service des lanceurs de missiles. En effet, les missiles qu’ils soient à charge conventionnelle, nucléaire, chimique ou biologique avaient besoin, et ont besoin, d’un vecteur. Ce vecteur devint le sous marin. Nucléaire quasi exclusivement pour l’Ouest. Pas seulement pour l’Est. Là aussi, je vous laisse seul juge, mais un batiment un propulsion nucléaire étant bien plus difficile et couteux a produire, tandis que de l’avis de votre auteur et de nombre d’experts, la technologie des diesels est très avantageuse dans les eaux resserrées que sont la Baltique par exemple. Un bâtiment à propulsion nucléaire ultra moderne serait facilement repérable là où un diésel/AIP même un peu vieux serait un vrai félin. Les USA ont eu bien tord d’oublier cette technologie. Mais je m’égare.

Les premiers sous marins lanceurs de missiles US furent nucléaires, afin que la Navy puisse avoir un atout que l’Air Force n’avait pas : la furtivité, avant l’heure et même un second atout, celui de placer ses fusées partout. Pas besoin de bases en Turquie. Les soviétiques eux utilisèrent d’abord des diesels comme lanceurs de missiles. Des navires déjà éprouvés, fiable. Une excellent idée, car leurs premières SSBN ne furent pas vraiment réussis. Ce n’est pas pour rien que le K-19 fut surnommé « Hiroshima », je vous conseille d’ailleurs le film.

Les réacteurs de ces bâtiments suivent un progrès constant en terme de puissance, de réduction de la taille et de l’automatisation ainsi qu’en terme de protection contre les rayonnement, il faut dire que les soviétiques ne pouvaient pas vraiment faire pire, mais également en terme de discrétion pour le sous marin. Et là, les américains eux ne pouvaient pas vraiment faire pire. Le Nautilus c’est un peu comme quand un scooter passe sous votre fenêtre. Version sous marin. Un scooter sous marin. Nucléaire. Avec des torpilles. Rien à voir avec mon histoire de jeune en scooter, bon reprenons, vous me faites encore m’égarer !

C'est beau non ? Sauf si ca nous pète sur le coin de la tronche... bien sûr

C’est beau non ? Sauf si ca nous pète sur le coin de la tronche… bien sûr

Croissance, excroissances et développements des sous marins Est Ouest : Lanceurs de missiles balistiques, aérodynamiques, tactiques et sous-marins spéciaux

Aaaaaaaa, rien que le titre ca fait saliver. De quoi modifier Das Boot pour en faire un monde de Sub. Des sub et rien que des sub. Je vois Wolfgang devenir fou. Je suis encore égaré.

L’invention et la mise en service la propulsion nucléaire permet de porter l’arme nucléaire dans les eaux adverses. Ces armes sont de différentes natures, avec différentes missions qui conditionneront là leur portée, leur charge et donc leur puissance, taille, etc… nous verrons cela dans le dernier numéro de cette série d’article.
Néanmoins, pour comprendre la suite, un petit avant goût doit être écrit. Nous ne ferons que mentionner que le premier sous marin nucléaire soviétique, le projet 627 que nous avons vu là haut, a été à la base conçu sur plan pour emporter une unique torpille nucléaire géante de vingt cinq mètre mètres de long pour plus d’un mètre cinquante de large destinée à détruire les ports adverses. Et tout ce qu’il y avait dedans, bien entendu. Les plans furent modifiés pour que le bateau sous, disons, moins innovant. Ou plus raisonnable. C’est selon.

Nous avons donc quatre grandes familles de sous marins, nucléaire évidement mais cela s’applique aussi aux diesels.
Les Sous marins Nucléaires d’Attaque (SNA, en anglais SSN) : emportant des torpilles, classiques, nucléaires, des mines le tout lancés par leurs tubes lances torpilles. Ces tubes servirent aussi (et servent encore) à lancer des leurres, des missiles de croisières et anti-aériens. Avant que des tubes verticaux ne fassent leur apparition a la fin de la Guerre Froide.
Les Sous marins Nucléaires Lanceurs d’Engin (SNLE, en anglais SSBN) : même chose que les SSN en ce qui concerne les armes vues ci-dessous à ceci prêt qu’elles servent pour la défense. Leur raison d’exister est leurs missiles balistiques, qui deviendront intercontinentaux.
Les Sous marins Nucléaires Lanceurs de Missiles Aérodynamiques (en anglais SSGN) : spécialité soviétique, puis russe et chinoise. Ils embarquent des missiles à charge nucléaire ou conventionnelle dont la mission, et celle du bâtiment tout entier, est la destruction des Task Force, ou Groupe aéronaval, ennemi. De préférence occidentaux.
Les Sous marins Nucléaires Spéciaux : de sauvetage, portes engins, d’essais etc… les soviétiques ont été très prolifiques dans cette catégorie. De là à dire que ces bâtiments ont été efficaces… ce furent de vieux navire reconvertis. Alors leurs possibilités, leur disponibilité et leur efficacité était somme toute assez réduite.

Cocorico ! Le premier SSBN français, Le Redoutable. Que je vous invite à visiter à Cherbourg.

Cocorico ! Le premier SSBN français, Le Redoutable. Que je vous invite à visiter à Cherbourg.

Tout cela pour vous dire quoi ? Et bien assez simplement que quand les deux Blocs ont vu d’un côté les missiles nucléaires, avec le rôle de dissuasion/destruction et le sous marin à propulsion atomique, capable de se déplacer vite (enfin c’est relatif), discrètement, au large des côtes ennemies et qui peut effectuer la « frappe de riposte » lorsque que l’adversaire à détruit vos moyens terrestres et aériens de frappe nucléaire tout en pouvant se positionner n’importe où grâce à son autonomie… l’idée de combiner les deux à très vote fait son chemin.
D’abord obligé de tirer en surface ses missiles, le SSBN et le SSGN ont rapidement évolués.
Jetons un coup d’œil et comparons deux navires.

Comparons deux bâtiments soviétiques. Uniquement quelques données, disons, percutantes pour illustrer ce qu’on a très justement appeler la course aux armements.
Le projet 658 du début des années 60 et le 667 du début des années 80.
658 : 4 200 tonnes, en surface. Le 667, 12 000.
658 : immersion max = 300m, 650 pour le 667.
Vitesse, 25nds pour le 658 , 24 pour le 667.
Réacteurs : 2×70 MégaWatt pour le 658 , 2×90 MégaWatt pour le 667.
Armes :
658 = 4xTLT 533mm + 2xTLT 400mm
16 torpilles 533 + 6 de 400mm
3 missiles R-21 à 1 400 km de portée. Charge nucléaire unique. Tir en surface.
667 = 4xTLT 533mm et 16 torpilles
8 missiles anti aériens
16 missiles R-29 à 6 500 km de portée. Charge nucléaire unique, trois ou sept têtes. Tir à 55 d’immersion. Nota : plus il y a de charges, moins la charge est puissante à cause du poids de celle ci.

Nous pouvons le voir, en vingt ans l’URSS sensée être sous développée industriellement et à la traîne technologiquement à mis au point un navire qui emporte cinq fois plus d’armes balistiques, meilleures à tous points de vue. Tant les armes que le bateau. Les USA connurent une progression similaire. Les britanniques, les français aussi, nous en avons pas parlé ici car il fallait un cadre. La Chine communiste également.

Conclusion

La propulsion nucléaire a permis au sous marin de gravir une nouvelle marche de son histoire. Décidément très important, le XXe siècle vit le sous marin être une machine dangereuse plus mortelle pour ses équipages que ses ennemis au début de ce siècle, cantonné aux côtes et peu armé comparé aux cuirassés voguant alors sur les flots. Il gagne en autonomie avec l‘abandon du charbon au bénéfice du moteur diésel au cours des années dix.
Les années quarante font de lui un bateau tout électrique, ou quasiment, permettant encore de gagner en autonomie et dix ans plus tard, l’on obtient un bon supplémentaire avec la propulsion nucléaire.

John Philip Holland. Sans E, donc rien avoir un homonyme malheureux. Pionnier des sous marins du début du XXe siècle. Oui, à cette époque un sous marinier peut avoir un chapeau melon.

John Philip Holland. Sans E, donc rien avoir un homonyme malheureux. Pionnier des sous marins du début du XXe siècle. Oui, à cette époque un sous marinier peut avoir un chapeau melon.

Elle permet au sous marin de transporter toujours plus de torpilles, de mines, de missiles balistiques, aérodynamiques, de croisières, mais aussi d’hommes grenouilles, de sous marins nains, de sauvetage, d’espions, de dispositifs d’espionnage et d’écoute passive comme active, de récupération partout, en tous temps. A des profondeurs jamais explorées comme sous la banquise. Sans le nucléaire pour sa propulsion qui toujours repousse les limites qui existent, cela ne saurait être possible.

Après tout, c’est bien parce que les sous marins ont eu un réacteur repoussant les limites de l’autonomie vers l’infini que l’Homme eut l’idée de créer des navires de surface équipés de cette propulsion (c’est notre prochain numéro). Mais aussi des avions : Tupolev 95 LAL et Convair NB36H. Prototypes qui n’eurent pas de descendance opérationnelles. Il faut dire que l’équipage du Tupolev de survécut pas longtemps à son entrée dans la grande Histoire. Irradié par son propre avion.
Sans oublier la propulsion nucléaire spatiale développé par les USA, qui peut équiper une fusée dès les années 80 pour un vol avec un minimum de risques tant pour l’équipage pour pour le Monde. Une fusée à l’autonomie quasi infinie. Une fusée à destination de Mars ?

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Hampton Road

Page de couverture des bleu d la marine illustant la bataille d'Hampton Road

Page de couverture des bleu d la marine illustant la bataille d’Hampton Road

8 mars 1862, nous sommes sur le pont du Congress en compagnie du caporal Blutch, militaire plus que célèbre.

Au loin, nous apercevons le CSS Virginia accompagné de quelques navires armés en toute hâte qui entrent dans Hampton Road pour lever le blocus de l’Union. Face à lui, les plus puissants navires américains. Mais avant toute autre chose, revenons un peu en arrière pour mieux comprendre le contexte…

Nous sommes en 1861. Les États-Unis sont déchirés par la question de l’esclavage. Un nouveau président, Abraham Lincoln, fait son entrée à la Maison-Blanche. Sa politique, et il ne s’en cache pas, est d’en finir avec l’esclavage. Cependant, cette « ressource » est considérée comme vitale par les grands cultivateurs de coton du Sud. Pour eux, le « nègre » est avant tout une marchandise ou, dans le meilleur des cas, un sous-homme. À l’opposé, la réalité est tout autre pour les états du Nord dont les industries fonctionnent avec des hommes libres. L’esclavage n’est donc pas une nécessité à l’économie. Dans le reste du monde, cette dualité est également présente et est toujours l’objet de plusieurs confrontations idéologiques et sociales.  L’Angleterre a d’ailleurs mis fin à l’esclavage 20 ans plus tôt, mais la France, sous l’égide de Napoléon III, la pratiquera jusqu’en 1848.

Comme nouveau président, Lincoln ne fait pas l’unanimité. Il doit d’ailleurs son élection aux nombreux déchirements internes du parti démocrate. Ce qui n’aide pas au niveau de ses appuis. À peine élu, Lincoln voit rapidement sept états du Sud faire sécession et plusieurs autres états menacent de faire de même s’il ne fait pas le nécessaire pour faire rentrer au bercail les états délinquants. Par la force, s’il s’en faut…

Plusieurs incidents vont faire dégénérer le conflit politico-économique en véritable guerre. Les autres états vont rapidement se positionner. Quatre d’entre eux (Virginie, Caroline du nord, du sud et Tennessee) vont rejoindre les sécessionnistes tandis que les autres vont former ce que l’on appellera l’Union. Des deux côtés, la mobilisation bat son plein. Au Nord, une puissante industrie permet d’armer et d’entretenir facilement plusieurs milliers d’hommes. Au Sud, les confédérés n’ont que très peu de moyens. En effet, ces états prospèrent surtout par la culture du coton et l’industrialisation est faible. Cependant, ce qui devait être une victoire facile et rapide de l’Union à Bull Run devient très vite une débâcle, permettant ainsi d’asseoir la domination des insurrectionnels sur le Sud.

Une guerre d’usure se profile donc à l’horizon et le seul moyen trouvé par l’Union pour en finir est l’asphyxie du Sud. Comment ? C’est en fait très simple. Toute l’économie des confédérés dépend de l’exportation du coton. La solution consiste donc à mettre en place un blocus. (Cette tactique fit des miracles et je pense à titre personnel qu’elle permit la victoire de l’Union.)

Mais revenons-en aux faits : l’Union est à la limite de l’implosion sur terre. Il faut attendre la bataille de Gettysburg pour que l’espoir renaisse. Sur mer par contre, l’Union dispose de l’entièreté de la flotte américaine récemment construite. Les sudistes, quant à eux, sans le sou et sans marine, doivent faire avec les moyens du bord. Leur plus puissant navire, le CSS Virginia par exemple, est en fait le USS Merrimack. Une frégate à vapeur qui accumula les problèmes. Surtout ceux liés à la propulsion à vapeur. Quand les confédérés prennent Norfolk cette même année, ils retrouvent alors la frégate coulée dans le port. Le malheureux navire avait été incendié par l’Union qui se repliait. Par contre, ayant sombré précipitamment, le feu n’avait pas pu finir sa besogne. Remis à flot, réparé tant bien que mal, il fut alors converti en cuirassé. Malheureusement, les déboires du navire se poursuivent. Sa proue, trop légère et non blindée, doit être alourdie pour passer sous l’eau. Son éperon, quant à lui, se révèle mal fixé. Pire encore, par manque de moyens industriels, on lui laisse sa machine à vapeur d’origine, pourtant défectueuse. Pour l’aider dans sa tentative de contrer le blocus de l’Union, on lui adjoint un vapeur fluvial armé et deux petits vapeurs armés d’un à trois canons (la présence d’armement sur le 2e vapeur n’est pas avérée par toutes les sources).

USS-Merrimack sous pavillon de l'union

USS-Merrimack sous pavillon de l’union

CSS Virginia ex Merrimack après sa transformation

CSS Virginia ex Merrimack après sa transformation

En face de lui, six navires, dont les plus puissants de la marine loyaliste telle que la frégate à vapeur Congress et ses 50 canons. Tous ces navires, bien que puissants, sont des voiliers qui peuvent compter sur une chaudière à vapeur au besoin. Maintenant que nous avons mis les choses en contexte, nous voici de retour sur le pont du Congress en ce 8 mars 1862…

Notre navire décide de prendre à parti le monstre d’acier qui rend coup pour coup. Très vite mis à mal, notre 50 canons peut compter sur l’aide du Cumberland pour se sortir d’affaire. Son soutien va cependant lui être fatal. Le CSS Virginia fonce alors à toute vapeur et éperonne ce dernier sans peine et le regarde sombrer lentement.

-« Je ne sais pas pour vous, mais je crois que je vais raconter la suite depuis la terre. Ça commence à chauffer ici ».

C'est déjà la fin pour le fleuron de l'US NAVY. Le Cumberland vit ses derniers moments

C’est déjà la fin pour le fleuron de l’US Navy. Le Cumberland vit ses derniers moments

Le monstre flottant qu’est le CSS Virginia y perd tout de même son éperon. Cela ne l’empêche pas de se retourner ensuite vers le Congress. Le cuirassé, tirant « à boulets rouges » (comme dans l’ancien temps!), réussit à mettre le feu à notre frégate. En peu de temps et sans trop de mal, il met rapidement hors d’état de nuire deux navires. Sa prochaine victime, c’était du moins l’intention, était la frégate Minnesota. Par chance pour elle, la marée se retirant, le navire sudiste doit faire demi-tour pour éviter de s’échouer. Le Minnesota s’en tire donc de peu. En une seule sortie, le CSS Virginia réussit néanmoins à mettre hors de combat la moitié de l’escadre ennemie. La situation devenait désespérée pour les voiliers restants.

-« La question que vous vous posez sûrement est: que font les amiraux de l’Union ? Attendez un peu. Une surprise était en préparation« …

 

Ce que les sudistes ignorent, c’est qu’un autre cuirassé, le Ericsson Folly, (son vrai nom est le USS Monitor, mais le surnom en dit long sur ce que l’on pensait à l’époque des navires sans voiles), était en route pour renforcer l’escadre.

Coupe de l'USS monitor à sa sortie du chantier naval

Coupe de l’USS monitor à sa sortie du chantier naval

Drôle de navire en effet. Déjà le CSS Virginia tenait déjà plus du monstre marin que du bateau, mais ici on atteint des sommets. Au contraire de son homologue qui doit sa présence à un rafistolage par manque de moyens, l’USS Monitor a été construit intégralement de cette manière. Une quille totalement en fer, blindée de la proue à la poupe et disposant d’une drôle de cheminée. Totalement cylindrique, elle peut grâce à un système ingénieux d’anneaux de cuivre, faire un mouvement de rotation complet sur elle-même tout en restant étanche. De plus, elle dispose de deux embrasures desquelles sort la seule chose normale sur ce navire : des canons! La première tourelle navale était née. Bien plus petit que le CSS Virginia, il n’embarque que deux canons. L’avantage par contre, c’est qu’avec une telle tourelle, il peut pointer tous azimuts.

Le voilà donc parti pour rejoindre Hampton Road. Cependant, très vite il montre de piètres qualités de navigation. Malgré la faible houle du moment, il semble se placer rapidement dans une position précaire. Pourtant, malgré les constatations, les deux états en guerre ne cesseront d’en construire et formeront ce que l’on appellera la classe des cuirassés fluviaux.

a première bataille de cuirassés allait commencer

La première bataille de cuirassés allait commencer

Le lendemain, le 9 mars 1862, le CSS Virginia lève l’ancre de bonne heure avec l’intention de finir ce qu’il avait commencé la veille. Le premier navire en vue est la frégate Minnesota. Son capitaine ne semble pas trop savoir d’ailleurs s’il doit engager ou plutôt fuir. Son opposant, lui, ne se pose pas de questions et envoi rapidement une première salve. Peu de temps après cette première canonnade, la providence fait qu’un autre navire de l’Union vient au secours de la malheureuse frégate. Il s’agit du cuirassé nordiste USS Monitor qui engage aussitôt le combat. Peu après, les voiliers des deux camps gardent leur distance et laissent les deux géants de fer se donner en spectacle. Seuls le Ronaoke et les batteries côtières maintiennent un feu d’appui. Tirant plus que de raison et sans vraiment viser, il est fort probable d’ailleurs que les canons des deux camps touchent les deux cuirassés sans distinction aucune.

Pendant des heures, le combat se poursuit. Pendant des heures les obus ricochent. Rien de bien étonnant là-dessus, chacun, comme de coutume, a laissé les obus en forme d’ogive (obus « perforants ») à l’arsenal pour embarquer un maximum d’obus explosifs et de boulets pleins sous-calibrés (boulets chauffé pour tirer à « boulets » rouges) bien plus efficaces contre les navires en bois. Cependant, ils étaient d’une bien piètre efficacité contre le blindage d’un pouce du USS Monitor et de deux pouces inclinés du CSS Virginia. Faute de pouvoir perforer, ils tentent à plusieurs reprises de s’éperonner mutuellement, mais sans succès. Quelque peu ulcéré, il va sans dire, le commandant du USS Virginia (qui était en fait le second, le commandant ayant été blessé et débarqué le jour précédent) ordonne de viser sur la timonerie adverse. Un obus fait mouche et un éclat blesse son commandant. Aveuglé momentanément, ce dernier doit battre en retraite. L’officier en relève du CSS Virginia doit également s’y résoudre. En effet, après plusieurs heures de combat acharné, la marée devient de toute façon dangereusement basse. Les « lourdauds » comme le USS Virginia n’ont donc guère le choix  et doivent regagner leur mouillage sans attendre. Le USS Monitor par contre, plus petit, revient en scène peu de temps après. Son tirant d’eau plus faible lui permet en effet de continuer à naviguer même à marée descendante. On constate alors que l’ennemi fuit. Les deux camps croient donc avoir mis le cuirassé de l’autre en déroute. Chacun s’octroie donc la victoire…

En réalité, on constate que le manque réel de capacité offensive des deux navires, résultant du blindage de fer, a conduit à une égalité manifeste. Si on prend en compte les deux jours, les confédérés obtiennent une victoire tactique de premier ordre : la moitié de l’escadre ennemie a été coulée et le Ronaoke a été endommagé. On parle donc ici de quatre navires sur les six de départ coulés. De leur côté, on n’essuie aucune perte. N’en déplaise aux sécessionnistes, la victoire stratégique appartient tout de même à l’Union. Pourquoi ? Malgré de lourdes pertes, leur blocus pourra être maintenu tout au long de la guerre avec les conséquences que l’on connaît…

Cette bataille permet donc de voir apparaître un nouveau type de navire et surtout amènera les stratèges à revoir et développer de nouvelles tactiques navales. Les voiliers avaient fait leur temps et la place de roi des mers allait revenir au fer et à la vapeur. L’âge d’or des cuirassés venait de commencer. Seule entorse à la modernité, le maintien de l’éperon. Ultime vestige des premiers navires de guerre, il perdurera jusqu’à la Première Guerre mondiale et fera parler de lui une dernière fois à la bataille de Lissa.

Sources :
http://www.britannica.com/
http://www.dailypress.com/
http://civil-war-uniforms.over-blog.com/
https://fr.wikipedia.org
http://www.civilwar.org/

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23 mars 1944 : le jour où Peugeot a tenu tête aux SS

La situation des usines Peugeot à Sochaux deviendrait-elle incontrôlable ? Maîtres des lieux depuis près d’un an, le 27 mars 1943 où les Allemands scellent « la réunion Peugeot-Volkswagen », le général von Guillaume et les responsables de la VW-werke redoutent une insurrection ouvrière tant ils ne maîtrisent plus rien. Ils viennent surtout mesurer les conséquences catastrophiques de la répression qu’ils ont conduite.

Tout bascule le 13 mars 1944, lorsque les autorités allemandes exigent la venue immédiate de la Hilfspolizei (Hipo) au sein des ateliers. Pourquoi cette décision ? Pour endiguer des sabotages qui se multiplient. Près de quinze en trois mois. Les machines ne sont jamais touchées directement : ce sont des transformateurs, des circuits hydrauliques, des compresseurs qui sautent. Un peu comme si « on protégeait l’usine ». Si les Allemands rejettent la responsabilité sur la direction de Peugeot, celle-ci est d’abord accusée de ne pas être capable d’organiser convenablement son service de gardiennage. Selon les occupants, les coupables sont des agents étrangers. Dans cette logique, les bâtiments seront protégés par une police efficace : ce sera la Hipo, dont la réputation s’est forgée dans toute l’Europe occupée.

Le 13 mars, une centaine d’hommes de la Hipo entrent dans les usines Peugeot. D’un seul coup, l’atmosphère devient insoutenable, les ouvriers se trouvant nez à nez avec des miliciens en armes, tous très nerveux. « On risque sa peau dans l’usine », constate le patron de Sochaux, Robert Godard, qui va tenter tout ce qui lui semble possible. Il demande immédiatement à rencontrer les hommes de von Guillaume pour apaiser les tensions. Il essaie aussi de prévenir par téléphone l’administration française à Paris, espérant pousser François Lehideux, directeur du Comité d’organisation de l’automobile, à engager un recours auprès des autorités allemandes. La présence  de soldats en armes est en effet une violation des accords de Wiesbaden qui scellent la collaboration économique entre l’Allemagne vainqueur et la France vaincue.

Jean-Pierre Peugeot reste cependant très sceptique sur la démarche, « je crains que nous devions nous débrouiller tout seul ». La Hipo emménage les 14 et 15 mars à Sochaux, réquisitionnant l’Hôtel n°1 qui servait avant-guerre à loger les ouvriers. Elle est ainsi tout près de la Fonderie jouxtant les cités ouvrières. Le 17 mars, elle est opérationnelle et s’attelle à des opérations déjà plus larges que prévues. Elle ne surveille pas seulement les mouvements de personnel ; elle traque ceux qui pourraient sembler peu productif. Sa méthode reste celle de sa réputation, la terreur, capable selon ses dirigeants, d’empêcher de nouveaux actes de sabotage. « Arbeit und Sicherheit » se félicite le Chef de la Waffen-SS affecté à l’usine, le capitaine Meurer, qui annonce « pouvoir honorer le programme Focke Wulf » commandé en urgence par la Luftwaffe. Pour réussir cette production, Peugeot a été autorisé à faire venir de La Garenne une presse Schuler de grande puissance. Des soldats ont escorté cet outil depuis la région parisienne jusqu’à Sochaux puis ont surveillé sa mise au point. Un périmètre de sécurité a même été instauré tout autour. Le 21 mars, aux premières lueurs du matin, une violente explosion retentit. On sait déjà que l’activité va être très comprise ce jour-là. Le rapport du directeur de l’usine est clair : « La presse qui vient d’être installée a été fortement endommagée à la suite d’un attentat effectué au moyen d’une bombe explosive. » A la barbe de la Hipo ! Pour les autorités allemandes, la colère est à son comble. Et le doute, longtemps caressé, grandit : « Nous pensons qu’il y a des complicités au plus haut niveau de l’entreprise. »

Atelier d’emboutissage et finition de la Peugeot 402

Atelier d’emboutissage et finition de la Peugeot 402

Au matin du 22 mars, des incidents se produisent à l’Emboutissage et à la Forge. Les troupes de la Hipo sont à cran, encadrées, vu les circonstances, par des « miliciens français et des sentinelles venues d’Afrique du Nord totalement incontrôlables ». Les cartes d’identités des ouvriers sont exigées entre les vestiaires et les ateliers, ce qui provoque des tensions puisque nombre d’employés laissent leurs papiers dans leur casier. Les méthodes font frémir. « J’étais au poste des Waffen-SS à la Forge, sous l’horloge. Il était sept heures. Il m’a crié « Ta carte ou je te brûle », le canon de son arme sur le ventre. » Les ouvriers qui râlent sont mis à l’écart. Le ton monte au point que l’on craint une bagarre. Auguste Bonal, le directeur de la Forge, intervient pour éviter un bain de sang. Les mêmes incidents surviennent à l’Emboutissage. Robert Godard sépare des hommes prêts à en découdre. Le travail est suspendu de 7h à 9h. Godard refuse de parler de grève : « L’usine est perturbée », déclare-t-il officiellement. Il convoque une réunion. Entouré de plusieurs de ses directeurs (Bonal, Margaine, Pasteur, Vincent), il fait venir Meurer qui arrive avec son chef de détachement. Durant la discussion particulièrement tendue, « un câble allemand annonce que l’usine de Mécanique est en grève ». Godard et Margaine s’y rendent. C’est une fausse alerte. Ils font venir Meurer et le mettent au courant : « Un Waffen-SS a constaté qu’une vingtaine d’ouvriers discutaient dans les vestiaires. Il a annoncé à tort qu’il s’agissait d’une grève. » Meurer évoque des « comploteurs » et exige de réunir la maîtrise : « Vous devez expliquer la situation. »

La réunion se tient à 11h30. Quelques minutes plus tard, on apprend que les Waffen-SS viennent d’arrêter une dizaine d’ouvriers à la Mécanique. La tension monte encore. « Des cris hostiles aux Allemands s’échappent de plusieurs lieux à la fois. Des coups de feu éclatent. » Godard, Bonal et Margaine se précipitent chez Meurer pour demander la libération de leurs ouvriers. « Vous mesurez les conséquences que peuvent avoir ces arrestations ? Vous voulez des incidents graves à la reprise à 13h ? »

Les hommes de la Waffen-SS imposent une nouvelle réunion à 14h, qui établira le plan de bataille. Les usines s’arrêtent, plus de la moitié des ouvriers refusant la reprise du travail. Meurer ne parle que de fermeté, soutenu par le chef des SS, Helwing. Il ordonne que le chef de la police, Hulf, aille s’entretenir avec les ouvriers. Meurer s’enferme avec les directeurs de Sochaux. De cette réunion à huis clos, il affirme que ses interlocuteurs « se sont opposés aux directives allemandes ». Il les accuse directement : « Vous n’avez pas apporté d’améliorations entre le personnel et les autorités allemandes, vous n’avez pas amélioré les conditions sociales, notamment les salaires, vous n’avez pas voulu arrêter les grèves. D’ailleurs, vous dirigez les grèves. »

Pendant qu’Hulf part s’adresser aux ouvriers, dans chacune des cinq usines (Forge, Fonderie, Mécanique, Carrosserie et Montage), et ce toujours accompagné d’un impressionnant service d’ordre, la Gestapo arrête Robert Godard, directeur des usines, Auguste Bonal, directeur de l’Emboutissage, et Louis Margaine, ingénieur de liaison et les usines de Sochaux et VW, et les envoie aussitôt à la prison de Dijon. Mais le coup de filet ne s’arrête pas là. Emile Fabrizio, sous-directeur et chef des services outillages des Forges et Fonderies, et Raoul Delattre, directeur des approvisionnements et des magasins, sont arrêtés à leur tour. A 17h, Madame Mattern appelle l’usine, son mari, l’ancien directeur, en retraite depuis le 1er janvier 1944, vient d’être transféré à Dijon. Au même moment, à Paris, la Gestapo arrête Jean Henry, l’ingénieur interprète.

 

Auguste Bonal

Auguste Bonal

Le 23 mars 1944, la direction de Peugeot est décimée. La Résistance aussi, puisque la plupart de ces hommes sont membres ou proches du réseau Stockbroker dirigé par l’agent anglais Harry Rée. Les usines sont stoppées. Une affiche signée d’un comité inconnu voit le jour, invitant à cesser  le travail. Sans ses directeurs résistants qui parvenaient à canaliser les soubresauts de la population, le personnel de Peugeot semble « livré à lui-même, peut-être prêt à en découdre ». Le capitaine Meurer contacte Besançon : « Nous ne contrôlons plus la situation… ».

Samedi 25 mars 1944 : réunion Peugeot-Porsche
Le 23 mars 1944, la Gestapo a arrêté plusieurs directeurs de l’usine de Sochaux. Les Allemands considèrent que Peugeot ne tient pas son usine, et couvre probablement des Résistants. Ne maîtrisant plus la situation depuis l’interpellation des dirigeants français, elle redoute par ailleurs une insurrection. Dans l’urgence, elle convoque les responsables de la Volkswagenwerke (VWW), l’entreprise qui patronne Peugeot depuis mars 1943.

Ferdinand+Porsche

Ferdinand Porshe

Le 24 mars au matin, le Professeur Ferdinand Porsche et son gendre, le Docteur Anton Piëch, sont à Sochaux, accompagnés de membres de la Gestapo. Ils ont été informés des incidents de la veille et de l’état actuel des choses. A 11h, une réunion les rassemble autour de ceux qui ont récupéré la direction de l’usine, Marty et Richoux. Le débat ressemble à un long monologue des Allemands. Piëch est soucieux, il commence par rappeler qu’Auguste Bonal, a déjà été détenu en 1943. La Gestapo rajoute alors que sa libération, due à l’intervention du Professeur Porsche, n’avait été accepté qu’à condition que la direction de Peugeot prenne toutes les mesures pour éviter le retour des sabotages. Or, le 22 mars, la presse Schuler a été sabotée.
Marty se risque, expliquant qu’il été impossible d’avoir un gardien derrière chaque machine. Le chef de la Gestapo réplique alors : « Les actes de sabotage montrent qu’ils émanent de la tête de l’entreprise. Ce sont toujours les machines nécessaires à l’exécution es nouveaux programmes qui sautent ! Ce n’est pas un hasard. Qui connaît les programmes demandés par la VWW, sinon la direction ? » « L’intérêt de la VWW, coupe Piëch, réside uniquement dans les questions d’exécution du programme de production. Or, il est impossible de travailler dans cette usine. » Porsche prend la parole : « J’étais ici il y a cinq semaines. J’ai constaté qu’il était impossible de faire garder l’usine. Les ouvriers doivent eux-mêmes se protéger. Je n’ai jamais vu d’usine où l’on est obligé de circuler avec un revolver. C’est un drame ! »
Piëch tente de déplacer la conversation. Il précise que la VWW a uniquement « pour rôle de diriger Peugeot pour tout ce qui concerne l’exécution des commandes. On ne doit pas compter sur nous pour contribuer à la surveillance chez Peugeot ». L’homme de la Gestapo ne partage pas cet avis : « La direction de Peugeot ne fait pas son travail. Mais le calme doit régner avec la VWW, donc avec son aide. Et si ce n’est pas le cas, la Gestapo interviendra. VWW et Peugeot perdront la direction de l’usine, ce qui signifiera pour VWW et Peugeot un grand discrédit. » « C’est moi, coupe Porsche, qui suis intervenu pour que la VWW devienne « parraine » de Peugeot. Il me serait personnellement très pénible, et ce serait une grande humiliation pour la VWW, si je devais, après neuf mois, déclarer au ministre Speer que nous ne pouvons rien entreprendre avec Peugeot. » « Mais que fait Monsieur Peugeot ? interroge l’homme de la Gestapo, nous avons l’impression qu’il suit la politique de l’autruche. Il faut établir une confiance mutuelle entre lui et la VWW. C’est pourquoi nous avons absolument besoin de voir Monsieur Peugeot. »

 

Anton_Piech

Anton_Piech

« Mais il est à Paris », explique Marty. Porsche renchérit : « La direction de Paris devrait être à Sochaux et essayer d’empêcher que de tels faits se produisent. » L’homme de la Gestapo insiste : « La VWW doit rencontrer Monsieur Peugeot au plus vite. » Marty appelle Paris et obtient un rendez-vous : « Demain à 9h, rue de Berry. » Ferdinand Porsche et Anton Piëch partent en trombe.
La rencontre du 25 mars est une étonnante leçon de supercherie. Porsche annonce habilement que « les sabotages qui frappent l’usine de Sochaux sont fomentés par l’étranger. Mais il y a des ouvriers complices, et il est impossible de mettre un gardien derrière chaque ouvrier. Le personnel a peur de faire des dénonciations : il craint d’être descendu. » « Avec des soldats en armes dans toutes les allées de l’usine, la peur d’être descendu existe en effet », répond le secrétaire général Maurice Jordan. Jean-Pierre Peugeot acquiesce : « Nous ne sommes pas des policiers. » « Monsieur Peugeot, coupe Piëch, la Gestapo explique la tension dans les usines par vos salaires maintenus intentionnellement bas. C’est une façon de créer et d’entretenir une atmosphère de mécontentement. Changez dans les quatorze jours votre système de rémunération de manière à ce que le calme revienne dans vos ateliers. La Gestapo est convaincue que Peugeot est une industrie mal dirigée. » « Nous payons les tarifs que nous devons, répond Jordan. Conformément à la loi. Et nous faisons tous les efforts sociaux : salaire journalier, ravitaillement, cantine, ressemelage de chaussures… » « Ne parlons pas de ça, coupe Piëch. Il faut instaurer le salaire aux pièces, ce qui le rendrait plus avantageux. » Porsche renchérit : « La Gestapo pense que nous pouvons ramener le calme en changeant la système des salaires. » Jean-Pierre Peugeot prend la parole et, sans se démonter, raconte : « A Sochaux, avant la guerre, tout le monde était payé à l’heure. Il n’y a jamais eu de paiement aux pièces ou au rendement ici. Un ouvrier devait seulement faire un certain nombre de pièces dans l’heure. » Piëch, énervé, réplique : « Quand je vous dis que la Gestapo parle d’une entreprise mal dirigée. En plus, elle pense qu’avec ce que gagnent vos ouvriers, ils ne peuvent même pas faire leurs achats au marché noir. » « Nous nous écartons du sujet, reprend Porsche qui en vient enfin à ses suspicions. Il faut calmer l’usine et nous nous demandons si la plus haute direction de Peugeot le souhaite vraiment de son côté. » « Docteur Porsche, interroge Jean-Pierre Peugeot, pensez-vous qu’un industriel puisse se réjouir de voir ses plus belles machines détruites ? » «Eh bien allez parler à votre personnel », lâche Piëch.

Jean-Pierre Peugeot tente de monnayer son élocution contre une libération de ses directeurs. Avec cynisme et mépris, il se fait rabrouer : « Vous les Français, vous imaginez que l’industrie allemande, les autorités allemandes et la police allemande sont une seule et même chose. Et quand quelque chose arrive, vous pensez que nous pouvons immédiatement obtenir une libération. Ce n’est pas le cas. »
Jean-Pierre Peugeot ira à Sochaux et lira un discours d’apaisement imposé par les Allemands, discours controversé après-guerre, mais qui ne change en rien les liens tissés avec la Résistance depuis 1943 : la maison Peugeot motorise les réseaux, ravitaille en vires et vêtements les maquisards, héberge au Cercle Hôtel des clandestins, avance 2,5 millions de francs pour régler les soldes des FFI. Dès qu’elle a découvert les plans des fusées V-1, elle les a transmis à Londres. Un vide de l’ombre qui se partage avec le personnel de l’usine.

Sources:

Musée de l’aventure Peugeot
http://www.vorkriegs-peugeot.de
L’Aventure Peugeot, éditions E/P/A
Les Peugeot, Deux siècles d’aventure, Alain Frerejean, Flammarion

Publié dans Non classé | Commentaires fermés sur 23 mars 1944 : le jour où Peugeot a tenu tête aux SS

La bataille de Komandorski

Bienvenue. Bienvenue dans les eaux glaciales du Pacifique Nord. Bienvenue dans les Aléoutiennes, le « pont » entre l’Asie et l’Alaska. Dans des eaux battues par les tempêtes polaires, où le brouillard presque constant rend la tâche des avions presque impossible, où le moindre accident tourne au désastre, l’ennemi le plus meurtrier ici, c’est le champ de bataille lui-même. En effet, durant ce qu’on appelle la campagne des iles Aléoutiennes, les accidents mortels coûtèrent plus de vies aux Américains que les Japonais eux-mêmes, de loin. La tentative d’invasion de Dutch Harbour, le 3 juin 1942, dans le cadre de la fameuse diversion orchestrée par Yamamoto en vue de soumettre Midway, s’était soldée par un échec total vus les très faibles résultats des bombardements sensés préparer le débarquement, justement en raison d’une météo exécrable. Faute de mieux, la force d’invasion occupa les 6 et 7 juin Kiska puis Attu, les plus à l’Ouest des Aléoutiennes, sans rencontrer la moindre résistance(1). Puisque les Américains tenaient une position de leur coté, les Japonais se devaient d’avoir la leur, qu’ils renforceront de leur mieux jusqu’à ce jour de mars 1943, où une bataille stratégiquement mineure et tactiquement brouillonne décidera du destin de ce front oublié. Bienvenue dans le dernier duel d’artillerie pur de l’Histoire. Bienvenue à la bataille des îles Komandorski.

KomandorskiMap1

27 mars 1943, 180 miles à l’Ouest d’Attu :

À l’aube de ce jour, le Rear Admiral Charles Horatio « Socrates » McMorris est penché sur ses cartes avec son état-major. Sous ses yeux s’étale l’immensité de l’océan, aplatie sur une grande feuille de papier. On y distingue, tracée au crayon, sa division, la Task Force 16.6, cap au 020. Le Richmond (CL-9), de classe Omaha, où il a hissé sa marque, ouvre la marche, suivi par le Salt Lake City (CA-25), classe Pensacola, et les quatre destroyers du Squadron 14, commandés par le capitaine Ralph Riggs, les Coghlan et Bailey, classe Benson, et Dale et Monaghan, classe Farragut. Sa mission est simple : intercepter un convoi japonais en route pour Attu ou Kiska. Les services de renseignement ont évalué la puissance de l’escorte à un croiseur lourd et un croiseur léger. Ses ordres sont de stopper le convoi, tout en évitant le combat contre des forces supérieures. Il verra vite que ces ordres sont plus contradictoires qu’il n’y paraît. En effet, là-bas derrière la ligne rose de l’horizon, l’ennemi avance.

À 07h30, presque simultanément, les radars des Coghlan et Richmond signalent des contacts au Nord, cap au 080. Au même instant, dans les premières lueurs de l’aube, deux yeux sous une casquette brune repèrent les silhouettes des navires américains. Le convoi est en vue.

A bord de son navire-amiral, le vice-amiral Boshiro Hosogaya reçoit l’information quelques secondes plus tard : « Navires en vue au Sud-Sud-Est ! ». Quelques minutes plus tard, les navires inconnus tournent leur proue vers eux et accélèrent. Le vice-amiral Hosogaya contemple son ordonnance placée sur la carte les marqueurs plaçant l’ennemi (c’est forcément lui) en vue des navires les plus au Sud de son groupe, deux précieux transports et les destroyers de classe Akatsuki Ikazuchi et Inazuma. Fermant les yeux quelques secondes, il se redresse finalement et ordonne le décollage de l’appareil de reconnaissance embarqué. A 07h55, il ordonne à la flotte de prendre un cap au Nord et aux navires de l’arrière-garde d’accélérer pour former un groupe compact. Les transports, protégés par quelques destroyers, se placèrent derrière la protection de la 5eme Flotte. Hosogaya sourit : les dieux sont avec lui, il a largement de quoi écraser l’ennemi.

À 08h20, sur le Richmond, « Soc » McMorris apprend que la partie sera plus compliquée que prévue : quatre navires ennemis, en plus des cinq précédents et identifiés comme deux transports, deux croiseurs légers et deux destroyers, viennent d’apparaître. Quinze minutes plus tard, des vigies les identifient à leurs mats : deux croiseurs lourds et deux destroyers ! Il sera difficile d’obéir aux deux ordres en même temps à présent. Mais le vice-amiral McMorris n’a pas volé son surnom de « Socrate », gagné à l’école navale. Il fait mettre cap à l’Ouest, espérant se donner du temps et peut-être contourner la flotte ennemie et atteindre les transports, qui se replient vers le Nord-Ouest. La distance entre les deux flottes, qui ont toutes les deux accéléré, se réduit très rapidement.

(Source : wikimedia.org )

(Source : wikimedia.org )

Sur le Nachi, le vice-amiral Hosogaya, malgré sa supériorité écrasante, n’est pas rassuré. Sa flotte a été renforcée peu avant son départ et compte à présent deux croiseurs lourds, son Nachi et le Maya, respectivement de classe Myoko et Takao, deux croiseurs légers, les Tama et Abukuma (classe Kuma et Nagara) ainsi que les destroyers Wakaba et Hatsushimode, classe Hatsuharu, sans compter les Ikazuchi et Inazuma précédemment cités. Un cinquième destroyer, le Usugumo (classe Fubuki) restera à l’écart pour protéger le convoi. Malgré la puissance de feu et le nombre en sa faveur, Hosogaya est inquiet. Il est persuadé que dès à présent, une flotte aérienne américaine est en route, et qu’à la faveur du temps particulièrement beau de ce 27 mars, il sera écrasé s’il s’attarde dans la zone. Les deux flottes sont à présent à portée de tir, et c’est le Nachi qui ouvre le bal. A 08h40, le canon gronde sur les eaux du Pacifique Nord.

De leur coté, les Américains sont en ordre de bataille : le Richmond suivi du Salt Lake City, avec en tête et en queue de convoi deux destroyers. A bord du navire-amiral US, un message radio tombe : les renforts aériens mettront au moins six heures à arriver. Alors que les deux flottes vont se croiser, le navire-amiral ennemi ouvre le feu, à 18 000 mètres de distance. Les marins US sentent alors des sueurs froides leur courir sur l’échine : en seulement deux salves, le Nachi vient d’encadrer le Richmond. Durant tout le combat, l’excellence des artilleurs nippons fera frémir leurs adversaires. A 08h41, le Richmond riposte, et encadre à son tour le Nachi à la troisième salve. Immédiatement, le Salt Lake City ouvre le feu à son tour, imité par les destroyers de tête. Afin de maintenir la distance, « Soc » McMorris fait virer encore un peu à bâbord. A courte distance il se ferait broyer, et il sait qu’il n’a aucune chance de semer les croiseurs modernes de l’ennemi. Alors il préfère garder sa distance, espérant par son artillerie briser la ligne ennemie. L’ennemi vire tribord, leurs deux flottes suivent à présent une route parallèle vers l’Ouest.

A 08h45, Hosogaya ordonne au Nachi de tirer ses 8 torpilles, mais toutes manquent leur cible. Alors qu’il étouffe un juron et contemple les tirs qui fusent autour du Richmond, dangereusement encadré, à 08h50 un souffle brûlant le jette au bas de son siège. Un obus de 150mm tiré par le Richmond vient d’exploser sur le flanc tribord de la passerelle, tuant 11 hommes et en blessant 21. L’amiral et son état-major sont indemnes, mais un début d’incendie se déclare. A bord du navire américain on exulte, la victoire leur semble acquise. Les fous ! Pourtant, deux minutes plus tard, un nouveau coup au but perfore le compartiment à torpille du Nachi, toujours tiré par le Richmond, et un autre frappe la salle de contrôle, tuant deux hommes et en blessant 5. Ce coup heureux prive le croiseur lourd de la puissance électrique nécessaire au fonctionnement des tourelles et des monte-charge. La rage au cœur, Hosogaya ordonne au Nachi de se replier et de céder sa place au Maya, commandé par le capitaine Matsumoto et impatient d’en découdre. Dix minutes après cela, l’ennemi manœuvrait à son tour.

Sur le Salt Lake City, le capitaine Rodgers est aux commandes. L’instant d’avant, lui et ses hommes ont cru que la partie était gagnée. Ce coup heureux et ce début d’incendie sur le navire-amiral ennemi était une aubaine. Peut-être le commandant japonais était-il mort, peut-être la victoire était dans leur camp. Mais alors ils virent les canons japonais se tourner vers eux. Tout en zigzagant pour permettre à toutes leurs tourelles de faire feu, les croiseurs japonais concentrent leurs tirs sur eux, même si la manœuvre leur coûte leur vitesse. Sur le croiseur US, de nombreuses paires de fesses se crispent : les artilleurs japonais se débrouillent beaucoup trop bien ! A 09h10, un obus du Maya de 200mm tombe sur la catapulte tribord. L’appareil qui s’y trouve prend feu et doit être jeté par-dessus bord. Le capitaine Rodgers est occupé à un jeu fantastique : deviner où l’ennemi pense qu’il va se trouver, et faire barrer à l’opposé. Malgré un franc succès à ce jeu de dupe, le vieux croiseur est durement malmené. Dix minutes après le premier, un autre obus de 200mm explose près du centre du navire, tuant deux hommes. A 09h45, le Tama se rapproche dangereusement. Rodgers fait tirer une salve complète pour le contraindre à s’écarter. Après plus d’une demi-heure d’engagement, le vieux « Swayback Maru »(2) commence à montrer des signes de faiblesse : les tirs reçus et les vibrations détraquent les instruments, et le gouvernail répond mal : il tire sur tribord, et bloque au bout de 10 degrés d’un côté ou de l’autre. Le premier rideau japonais, composé du Tama en tête, puis du Nachi et Maya, en profitent pour pousser l’avantage. A 10h10, un choc immense ébranle le croiseur US : un nouvel obus du Maya vient de perforer le pont principal, traverser le puit à chaînes et ressortir de l’autre coté, sous la ligne de flottaison à tribord. La voie d’eau est peu importante, et ne menace pas la vitesse du navire, mais la proue s’enfonce légèrement. Mc Morris cherche maintenant à rompre l’engagement qui tourne lentement mais sûrement en sa défaveur, et déporte sa flotte vers le Sud-Ouest. Il ordonne aux destroyers de tête Bailey et Coghlan de déployer un écran de fumée devant le croiseur blessé, qui ne cesse pas pour autant le tir, dès qu’une trouée se présente. L’ennemi en faisait autant, et après avoir reçu un autre tir de 200mm à 10h59, à 11h03 un choc puis une explosion ébranlèrent le croiseur. Un obus venait de perforer la proue à tribord sous la ligne de flottaison, et après avoir traversé une cuve à mazout était allé exploser dans une autre. Un trou béant déversait alors des tonnes d’eau de mer à bord, le géant d’acier donnait déjà de la gîte à bâbord, et sa vitesse diminuait. Mais par des efforts surhumains, les équipes de sécurité parvinrent à aveugler la voie d’eau, pataugeant dans l’eau glacée et le mazout, avant que les machines ne soient noyées, et à redresser le navire. Pendant ce temps, la situation s’aggravait malgré tout. Les tourelles arrière du Salt Lake City, les plus sollicitées, avaient épuisées presque toutes leurs munitions, malgré un réapprovisionnement à mains d’hommes depuis la soute avant. A court d’obus perforants, on commença à utiliser des munitions explosives.

Sur le Nachi, Hosogaya ne prenait toujours pas le parti de se rapprocher résolument, ou d’entamer une action à la torpille avec ses destroyers. Soudainement, une immense explosion arracha à l’océan une gerbe d’eau pulvérisée à quelques distances du croiseur nippon. « Attaque aérienne !! » hurla-t-on immédiatement. Maya et Nachi déclenchèrent aussitôt la puissance de leurs armes antiaériennes, arrosant le ciel parsemé de fumée à l’aveuglette. Cependant, Hosogaya, malgré cette menace, qu’il ne pouvait confirmer car dépourvu de radar, continua le combat. A 11h52, au milieu des torrents de fumée déployés par les destroyers ennemis, on distingua nettement un nouveau coup au but. « L’ennemi perd de la vitesse ! » cria un enseigne une minute après. Cette fois, Hosogaya allait pouvoir frapper le coup décisif.

(Source : wikimedia.org )

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En effet, le Salt Lake City perdait rapidement de la vitesse, mais les Japonais n’y étaient pour rien. Alors qu’ils compensaient la gîte en inondant des réservoirs vides, un des marins avait accidentellement manœuvré la mauvaise valve, envoyant dans les moteurs le contenu d’un réservoir plein d’eau de mer. A 11h53, les feux du Salt Lake City s’éteignent. Sur la passerelle, le capitaine Rodgers et ses officiers pensent la fin venue. Ce dernier se fit apporter une tasse de café, arguant que s’il fallait prendre un bain glacé, autant avaler quelque chose de chaud avant. Mais pas avant de se battre jusqu’au bout ! Jouant sur son erre, Rodgers fait placer son navire par le travers, pour offrir à l’ennemi toute la puissance de sa batterie. Mais c’était sans compter sur « Soc » McMorris, qui déploya immédiatement ses unités pour une action agressive de la dernière chance. Alors que le Richmond et le Dale déployaient un écran de fumée et se préparaient à récupérer l’équipage du croiseur immobilisé, le Bailey sortait de la fumée à toute vapeur pour lancer une attaque à la torpille sur les croiseurs ennemis, suivi par les Coghlan et Monaghan.

Sur le Bailey, commandé par le lieutenant Atkeson, leader de la 14eme division, on serrait nerveusement mâchoires et postérieurs. Toute la puissance de feu des croiseurs ennemis était braquée sur eux : les obus pleuvaient. Alors que Atkeson se demandait s’il était heureux que sa vie finisse ainsi, en suicide glorieux pour permettre à un croiseur blessé de survivre, un immense choc ébranla le destroyer : un obus de 200mm venait d’exploser sur tribord, tuant 5 hommes et en blessant gravement 6. Sans faiblir, il garda ses yeux braqués sur ses cibles, et arrivé à une distance de 9000m, il envoya ses torpilles. Immédiatement, les croiseurs japonais entamèrent leurs manœuvres d’évitement, compliquant très sérieusement les attaques des destroyers suivants, qui préférèrent renoncer à tirer les leurs. Coghlan reçut un coup au but lui aussi, et Bailey un autre, qui rebondit sur une cloison sans exploser, et qui fut finalement poussé à la mer par l’équipage.

(Source : ussbaileydd492.org )

(Source : ussbaileydd492.org )

(Source : navsource.org )

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Sur le Nachi, l’on serrait nerveusement les dents. Cette horde de destroyers se jetant courageusement sur eux ne pouvait signifier qu’une chose : les torpilles allaient voler bas. Pendant ce temps, l’officier radio en second essayait vainement de contacter l’avion de reconnaissance qui tournoyait au-dessus du croiseur ennemi blessé. Le destroyer de tête, méprisant le danger, lâcha sa salve, qui fut évitée sans difficulté. Alors que le barreur s’apprêtait à redresser la barre, Hosogaya se leva et l’en empêcha d’un geste. L’incompréhension brilla dans les yeux du sous-officier, et ce n’est qu’une seconde plus tard qu’il comprit : le vice-amiral rompait le combat. Déçus, mais obéissants, les hommes transmirent les ordres et continuant leur manœuvre vers le Nord, la flotte japonaise se retira. A 12h30, tout était fini.

(Source : wikimedia.org )

(Source : wikimedia.org )

McMorris et ses officiers contemplaient sans y croire ce qui se produisait : ils étaient en vie. Les machines du Salt Lake City avaient été redémarrées quelques minutes seulement après le début du raid des destroyers, aussi l’ordre fut-il donné de mettre immédiatement cap sur Dutch Harbour. Sacré baptême du Grand Nord pour les marins du Salt Lake City, fraîchement arrivés d’Hawaï. Malgré quatre heures d’engagement, les dégâts étaient plutôt légers, on déplorait seulement 20 blessés, sept tués, deux destroyers quelque peu malmenés et un croiseur lourd lourdement endommagé. Le Salt Lake City avait tiré la totalité de ses obus perforants durant la bataille, soit plus de 800. Drôle de bataille, drôle de finale, drôles de conséquences.

De retour au Japon, le résultat de cette bataille fut incroyablement disproportionné par rapport à l’engagement en lui-même. Il coûta premièrement sa place au vice-amiral Hosogaya, à qui on reprocha son manque d’agressivité. A la décharge de ce dernier, son équipage avait capté la demande de soutien aérien des Américains, et il s’attendait à voir arriver une flotte aérienne puissante à tout moment, sentiment confirmé par la méprise causée par les obus explosifs américains. Ensuite sa flotte avait consommé beaucoup de munitions et de carburant, plus que ce que les consignes de l’Amirauté recommandaient de conserver en dernier recours. Cela étant dit, son adversaire était dans un état bien plus misérable, tant en munitions qu’en dégât reçu, mais cela, il ne sut pas l’évaluer correctement car en définitive, sa flotte n’eut que 26 blessés, 14 tués et ses deux croiseurs lourds légèrement endommagés.

On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une victoire américaine, loin de là. Pourtant, sur le plan stratégique, les Japonais allaient en payer le prix fort. On cessa d’approvisionner Kiska et Attu par cargo. Uniquement par sous-marins. Ce qui réduisit grandement les capacités défensives de ces places, qui seront enlevées par les américains et les canadiens, et défendues avec l’acharnement coutumier des Japonais, jusqu’à la presque traditionnelle charge-suicide du 29 mai sur Attu. Kiska quand à elle fut évacuée par l’occupant nippon avant l’arrivée des alliés, qui perdirent tout de même plus de 300 hommes pour reprendre une île vide, du fait de pièges ou de tirs amis. Encore une fois, le champ de bataille lui-même prélevait son dû. On trouve toujours aujourd’hui sur Kiska une grande quantité de matériel japonais abandonné. Ainsi, les Américains gagnaient la campagne des iles Aléoutiennes, mettant le Nord du Japon sous la menace direct des bombardements, contraignant le Mikado à maintenir une forte présence militaire dans les îles Kouriles et au Nord de l’archipel, dont les différentes unités auront beaucoup à souffrir des éléments et de l’abandon progressif par leur hiérarchie, focalisée sur le Pacifique Sud. Mais c’est encore une autre histoire. A noter également pour l’anecdote que c’est durant cette campagne qu’un chasseur Mitsubishi Zero en bon état, tombé dans un marais, fut capturé par les Américains, permettant ainsi son étude. Que d’événements dans ce théâtre oublié.

La bataille des îles Komandorski reste à bien des titres très étrange. Dernière bataille du genre, où tout se régla par un bon vieux combat d’artillerie (l’avion de reconnaissance du Nachi n’ayant pas ou presque eu d’impact), marquée par les erreurs humaines, officiers et marins confondus (3). Ridicule par l’ampleur, mais massive par les conséquences sur un champ de bataille franchement hostile. Tout ça pour contrôler des cailloux arides battus par les vents et noyés par le brouillard. Bref, l’ironie de la guerre dans toute sa splendeur.

En espérant que la lecture du présent article vous ait divertis, n’hésitez pas à donner votre avis sur la forme autant que sur le fond. Le SPA est avide de vos retours. Et il vous aime. Beaucoup…

Cordialement, Jed.

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Légende : Soldats japonais sur Attu
(Source : petitehistoiredelagrandehistoire.wordpress.com )

(1) Effectivement les autorités américaines avaient évacué l’île, notamment par manque de confiance envers les populations locales d’origine asiatique et soupçonnées de sympathie pour l’ennemi. La majorité des habitants de Kiska et Attu passera toute la durée de la guerre dans des camps de travail.

(2) Surnom donné au Salt Lake City en raison de sa ligne de flottaison extrêmement basse, à cause de sa construction et de son chargement supplémentaire en temps de guerre. Son pont était de fait perpétuellement balayé par les vagues, d’où ce nom qu’on pourrait approximativement traduire dans le contexte par « Reins creusés » ou « Dos tordu ».

(3) En effet, si une erreur humaine a failli coûter la vie aux 650 marins du Salt Lake City, une autre a sauvé celles des 450 marins du Richmond. Lors des premiers tirs du Nachi, alors que celui-ci encadrait de très près le Richmond, un marin nippon aurait par mégarde coupé l’approvisionnement électrique des tourelles principales. Ce problème mineur, corrigé en moins d’une minute, n’en fit pas moins manquer au Nachi une occasion en or de sceller le sort de la bataille au bout de quelques minutes.

SOURCES :

-Micheal Morgan, Battle of the Komandorski Islands, Close Call in the Aleutians During World War II, in historynet.com
-Patrick Clancey, The Aleutians Campaign, chapter 9, in ibiblio.org
-United States Army Center of Military History (CMH Pub 72-6), in explorenorth.com
-Wikipedia.org

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Il y a 75 ans… les U-boats remontaient le Saint-Laurent

Dans le sillage de leurs torpilles, les sous-marins allemands, les fameux U-boats, ont causé leur lot de destructions et de morts dans le fleuve Saint-Laurent. Nombre de rumeurs en ont été engendrées : non seulement les sous-mariniers allemands y auraient remporté une grande victoire militaire mais ils accostaient au premier village côtier venu afin de glaner des renseignements ou de boire un verre. Considérée par certains comme une humiliation pour le Canada, cette bataille est, pour d’autres, le prix payé par la Marine royale du Canada pour avoir combattu l’ennemi loin de chez elle.bbc26829941d4dcc5cd43c1e984cb80c

 

«Torpedo los!»
En cet été 1942, les sous-marins nazis règnent en maître sur l’Atlantique. Opérant en meutes, ils harcèlent les convois alliés qui doivent rallier le Royaume-Uni, l’URSS et l’Afrique du Nord. En raison de l’importance du port d’Halifax, ils rôdent au large de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve. Leurs incursions dans les eaux canadiennes en mai 1942 engendrent alors une bataille mal connue, la bataille du Saint-Laurent. Tout commence le 10 mai 1942 lorsque le U-553 coule deux cargos au large des côtes gaspésiennes. Cette attaque soulève l’émoi autant chez les militaires que dans la population civile qui ne s’attendait pas à voir l’ennemi si près de ses côtes. Elle n’est pourtant en rien le résultat d’un plan établi par la marine allemande; à la suite d’ennuis de machines, le U-boat est entré dans le Golfe du Saint-Laurent afin d’effectuer des réparations et de trouver des cibles faciles.
Les Alliés et les Allemands considèrent le Fleuve comme un objectif secondaire. Même s’ils savent que la Marine royale du Canada (MRC) affecte ses navires à la protection des convois de l’Atlantique et qu’elle ne peut que déployer qu’une demi-douzaine de navires dans le Saint-Laurent, les Allemands n’échafaudent pas de plan précis. Quant aux Alliés, ils doivent se fixer des priorités en fonction de leurs ressources limitées. La protection des convois accaparant de nombreux navires d’escorte, des routes commerciales situées le long de la côte est américaine, dans le golfe du Mexique et dans les Antilles sont dépourvues de toute protection. Soucieuse d’honorer les demandes de la Royal Navy, la MRC néglige la protection du Fleuve au profit du golfe du Mexique et de la Méditerranée. Les cinq corvettes dépêchées dans le Fleuve ne peuvent ainsi empêcher le torpillage de quatre cargos par le U-132 en juillet 1942. Pour ajouter aux difficultés de la MRC, les navires de guerre ont du mal à détecter les submersibles dans les eaux du Saint-Laurent car la rencontre de l’eau salée et de l’eau douce nuit à leur sonar. Malgré les patrouilles aériennes menées entre autres depuis Gaspé (Qc), les U-boats mènent le bal. Forts de leurs attaques contre des ports du Labrador et de Terre-Neuve et contre un convoi dans le détroit de Belle-Isle, les U-513, 517 et 165 s’engagent à leur tour dans le Fleuve. À lui seul, le U-517 coule neuf navires dont la corvette NCSM CHARLOTTETOWN. Le yacht armé RACCOON est coulé corps et biens par le U-165 au large de Sainte-Anne-des-Monts.

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Fermeture du Fleuve
Dépité par ces pertes – pourtant loin d’être lourdes de conséquences – le gouvernement canadien ordonne le 9 septembre la fermeture du Saint-Laurent à la circulation transatlantique. Si cette décision laisse penser que le Canada a perdu la bataille, elle n’apporte aucun gain stratégique aux Allemands puisque l’acheminement de ravitaillement et de matériel n’est absolument pas interrompu. Les marchandises transportées par mer de Québec et Montréal à Halifax le sont dorénavant par chemin de fer. Non seulement les risques de pertes de vie et de navires sont réduits au minimum mais les convois de New York et d’Halifax n’ont plus à attendre ceux de Québec et de Montréal pour appareiller. Malheureusement, en octobre suivant, le traversier SS CARIBOU, pourtant escorté par le dragueur NCSM GRAND-MÈRE, est coulé par le U-69 qui le croise par hasard dans le détroit de Cabot. Les flots se referment sur 131 des 237 passagers. En novembre, le U-518 coule deux cargos et en endommage un autre dans la baie de Conception, à Terre-Neuve. En 1943, découragée par l’importance des patrouilles aériennes menées entre autres depuis Mont-Joli, le commandement de la Marine allemande interdit toute attaque dans le Fleuve.

 

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Espions et station météo
Si les U-Boote ne font jamais escale dans les villages côtiers et si les sous-mariniers n’y font jamais danser les filles, ils débarquent en revanche deux espions dont le lieutenant M.A. Langbein dans la baie de Fundy (N-B) le 14 mai 1942. Le 5 novembre suivant, le U-518 dépose l’agent Werner von Janowski à New Carlisle, en Gaspésie. Si ce dernier est rapidement épinglé par la GRC, le Lieutenant Langbein se constitue prisonnier en novembre 1944. Par ailleurs, en septembre 1943, une tentative d’évasion digne d’un bon film se solde par un échec. Des sous-mariniers allemands prisonniers à Bowanville (Ontario) devaient s’évader et être récupérés par le U-536 dans la Baie des Chaleurs. Piégé par la MRC, le U-boat réussit à s’échapper de justesse sans avoir accompli sa mission. De son côté, le U-537 installe au Labrador une minuscule station météo automatisée constituée d’une antenne et de batteries. Ce genre de station est semblable à celles que les Allemands ont secrètement montées au Groenland dans des petites îles de l’Atlantique Nord.

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Le vent tourne
À partir de 1943, face à la puissance navale, aérienne et technologique des Alliés, les sous-marins nazis subissent de lourdes pertes. Ils affrontent aussi une marine canadienne qui s’est muée en une redoutable machine de guerre. Entrée en guerre en 1939 avec une poignée de navires et 2000 hommes, elle a vu ses effectifs multipliés par 50. Les équipages reçoivent un meilleur entraînement et les navires sont dotés de moyens de détection et d’armement plus performants. Escortant 48% des convois, les Canadiens rendent coup pour coup aux U-Boats. Le fleuve étant rouvert en avril 1944, les submersibles ennemis y recherchent des proies faciles. Si le U-1223 endommage en octobre la frégate MAGOG au large de Pointe-des-Monts (Qc) et coule un cargo près de Matane (Qc), le U-1228 torpille en novembre suivant dans le détroit de Cabot la corvette SHAWINIGAN qui sombre corps et biens. Le tout dernier acte de la bataille du Saint-Laurent se joue en mai 1945, lors de la capitulation de l’Allemagne nazie, alors que les U-889 et U-190 se rendent à la MRC, l’un à Shelburne (NÉ) et l’autre à Bay-Bulls (T-N).

Le fleuve Saint-Laurent n’a donc jamais représenté une cible prioritaire pour les Allemands. Les U-boats y ont mené des attaques sporadiques parce qu’ils savaient que les convois y étaient mal protégés. Sur les 2500 navires coulés au cours de la bataille de l’Atlantique, 23 seulement l’ont été en deux ans par une demi-douzaine de U-boats dans le Saint-Laurent. Cette bataille du Saint-Laurent s’est gagnée dans l’Atlantique, où les équipages canadiens se sont largement illustrés. La MRC a effectué près de 26 000 traversées et acheminé 165 millions de tonnes de denrées et matériel. Ses navires ont détruit à eux seuls ou avec l’aide de navires alliés une cinquantaine de sous-marins allemands et italiens. À la fin de la guerre, forte de 90 000 hommes et femmes et de plus de 400 navires, la Marine royale du Canada était la troisième puissance navale du monde.

 

sources:

http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/bataille-du-saint-laurent
www.batailledusaintlaurent.com
La bataille du Saint-Laurent de Jacques Castonguay

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Léningrad, l’îlot de la faim

27 Janvier 1944 : Fin du siège de Léningrad

Ce siège, levé par l’Armée Rouge le 27 Janvier 1944 aura finalement duré 872 jours, et coûté la vie à 1 800 000 personnes. La ville de Léningrad, peuplée par 2.5 millions d’âmes avant la guerre, avait été encerclée par la Wehrmacht ainsi que son allié finlandais le 8 septembre 1941. Parmi les 1 800 000 morts, un million étaient des civils tués non par les combats, mais par la lente souffrance qu’est la faim.


Léningrad, l’ancienne capitale tsariste du nom de Petrograd, désormais connue sous le nom de Saint-Pétersbourg, avait été le foyer de la Révolution d’Octobre. En 1941, elle était devenue la ville de Lénine, en hommage au père de la Révolution mort en 1924.

Une semaine après le début de l’opération Barbarossa, l’évacuation de la ville est déjà entamée. Mais en l’absence de plan préparé, le tout se déroule de façon totalement désorganisée. En effet, les Russes estimaient que les probabilités pour les Allemands d’atteindre la ville étaient bien minces.

– « On verra d’ici quelques lignes que l’erreur a coûté très cher ! »

Dès septembre, la ville est encerclée. Justement à cause de la mauvaise organisation de l’évacuation, à peine 500 000 habitants ont pu être évacués sur l’ensemble de la population de la ville.  C’est sans compter le grand nombre de réfugiés ayant fui l’avancée allemande qui ont convergé vers la capitale. On estime donc à plus de trois millions de civils qui y sont piégés et qui sont considérés comme étant des bouches inutiles à nourrir par le haut-commandement russe. Pour cette raison, contrairement à ce qui sera pourtant évoqué plus tard par les autorités soviétiques, l’évacuation continuera pendant le siège pour limiter cet enjeu déterminant.

Le 12 septembre, un décompte des vivres est fait et il est clair que Léningrad ne tiendra pas longtemps sans ravitaillement :

-blé et farine : stock pour 35 jours (éléments essentiels qui sont venus à manquer très rapidement vu le nombre de bouches à nourrir)
-céréales et pâtes : stock pour 30 jours
-viande ainsi que bétail sur pieds : : stock pour 33 jours
-matières grasses : stock pour 45 jours
-sucre et conserves : stock pour 300 jours (ce qui a sauvé bien des vies)the-leningrad-blockade-diet-works-because-its-sta-2-24681-1422387818-5_dblbig

La ration quotidienne d’un soldat était de 300 grammes de pain, celle des ouvriers et du personnel spécialisé (employés des usines d’armement, policiers, etc.) de 225 grammes, et celle des enfants et autres «bouches inutiles», de 150 grammes. L’hiver russe frappe fort. Le citoyen, déjà affaibli par le froid, doit souffrir en plus d’une famine extrême.

De novembre 1941 à février 1942, la seule nourriture disponible pour ces «bouches inutiles» diminue  à 125 grammes de pain par jour. Pain dont la composition était constituée de sciures et autres adjuvants non comestibles à la hauteur de 50 à 60%. Le tout, par surcroît, distribué avec parcimonie par le biais de cartes de rationnement.

Le 13 décembre, un communiqué rapporte un premier cas de cannibalisme. On considère pourtant que ce n’est qu’à partir de janvier que la famine sévit plus durement. On estime que durant cette période, 3 500 à 4 000 civils meurent de faim quotidiennement. Du côté allemand, pas du tout préparé à l’hiver russe, le froid cause aussi de très mauvaises surprises. Nombreux seront les récipiendaires de «l’Ordre de la viande gelée» (nom tourné en dérision de la médaille accordée aux survivants de l’hiver 1941-42).

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Dès novembre 1941, le lac Ladoga gèle et forme ainsi ce qui sera ensuite appelé «La route de la vie», constituant la seule voie d’accès à la ville de Léningrad. L’été, des bateaux circulent sur le lac pour évacuer civils, blessés, équipement et ravitailler la ville.  L’hiver, des convois entiers de camions poursuivent l’évacuation et le ravitaillement permettant ainsi de nourrir, ne serait-ce qu’un peu, cet îlot affamé. La glace fragile, les tirs incessants de l’artillerie allemande ainsi que les raids de la Luftwaffe font du lac Ladoga la tombe de bien des Soviétiques. Selon Dimitri Likhachev, cette route de la vie est davantage une «route de la mort» au vu du nombre de  victimes englouties à tout jamais dans ces profondeurs.

Lors de l’été 1942, un oléoduc posé au fond du lac permet d’approvisionner en électricité une ville assiégée de toute part, gagnant par le fait même le surnom «d’Artère de la vie». En hiver 1942, deuxième hiver du siège, les Soviétiques posent des rails sur le lac gelé pouvant ainsi évacuer encore plus de civils. Le nombre de non-combattants diminue alors, laissant bientôt dans la ville uniquement les combattants et travailleurs faisant de Léningrad une ville de front. Cela aura pour impact d’améliorer la situation du siège qui tourne alors rapidement à l’avantage des forces russes.

3

Le 9 août 1942, la Symphonie n° 7 «Leningrad», de Dimitri Chostakovitch, est jouée par l’orchestre de la radio de Léningrad sous la direction de Carl Eliasberg. La partition de l’œuvre avait préalablement franchi les lignes allemandes par avion, une nuit de mars 1942. Le concert fut retransmis sur des haut-parleurs disposés dans toute la ville et également braqués vers les lignes ennemies. L’artillerie allemande, essayant de faire taire ces mêmes hauts parleurs, fut réduite au silence par un tir de contre-barrage de l’artillerie soviétique. À la plus grande joie des Léningradois. Cette date, initialement choisie par Hitler pour célébrer la prise de Léningrad, symbolise le renversement de la dynamique du siège en faveur des Soviétiques.

L’Armée Rouge lance un contre-offensive en janvier 1943, créant une brèche dans l’encerclement de la ville et améliorant encore un peu la situation des assiégés. Mais la ville reste très exposée et est régulièrement bombardée jusqu’à un assaut soviétique faisant jonction avec les armées du front de Léningrad le 27 janvier 1944.  Léningrad est alors enfin libérée de ce siège si meurtrier.

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Le désordre total qui règne dans la ville rend le recensement des victimes extrêmement difficile. Situation qui n’aide pas, les familles de défunts, très souvent, ne signalent pas le décès de leurs proches afin de pouvoir continuer à réclamer leurs rations. D’ailleurs, les morts sont si nombreux qu’il ne reste pratiquement plus personne pour rapporter les décès. Les estimations au niveau des pertes se situent entre 690 000 et 2 millions de morts. Les banlieues de la ville ont aussi souffert, surtout au niveau du patrimoine historique et architectural qui a été pillé par les troupes allemandes. Mais dans la logique soviétique, qu’importent ces pertes, qu’elles soient humaines ou matérielles, Léningrad avait tenu…

 

Sources: « The Second World War » d’Antony Beevor
http://www.circe.paris-sorbonne.fr/villes/leningrad/les900jours.html
wikipedia: Siège de Leningrade

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Copacabana

Patch des FEB

Le Brésil. Pays de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques en cette année 2016. Ce jour, nous allons plutôt nous intéresser à son entrée en guerre aux côtés des alliés le 22 août 1942.
Parce qu’il faut avouer que ce vert pays n’a pas eut beaucoup de place dans nos papiers, au SPA, n’est-il pas ? Pas que nous ayons une dent contre lui, mais que sa contribution à l’effort de guerre n’a pas été aussi spectaculaire que les grandes nations du conflit.
Mais le pays du football, avant d’être celui du ballon rond, a contribuer de manière significative à la chute de l’Axe.
 
Commençons, si vous le voulez bien, par le début.
C’est mieux !
Ce qui entraîna ce grand pays dans les tourments de la guerre furent les U-Boot. Comme nombre de nations neutres, tant lors de Première que la Seconde Guerre mondiale, même si le cas des USA pendant la WWI est à part car les U-Boot du Kaiser ne servirent que de prétexte au Président Wilson. On me glisse dans l’oreillette que je m’égare. Pardonnez un vieux gâteux.
 

U-534, Type IXC/40

 On peut donc mettre sur le dos du U-507 l’acte de déclaration de guerre du Brésil envers le IIIe Reich et le Régime de Mussolini… mais point le Japon.
En effet, le-dit submersible type IXC, le même modèle que l’U-534 ci-dessus, torpilla en moins de 48h cinq marchands brésiliens. On dénombra plus de six cent victimes donc près de la moitié sur le Baependy.
 
C’est donc en Europe, que le Brésil allait porter le fer pour laver cet affront. Équipée à l’américaine, entraînée par les américains, la Force Expéditionnaire Brésilienne allait compter 25 000 hommes sous commandement… devinez ? Américain ! Oui ! C’est gagné ! A que je l’aime ce jeu !
 
Leurs forces terrestres seront engagées en Italie, ainsi que leur maigre aviation. Pour de fort bons résultats, il faut être honnête.
 
Sur le plan naval, la contribution brésilienne se « limita » au rôle ingrat quoique essentiel d’escorte de convois. Ses quatre destroyers et ses deux croiseurs ne pouvaient pas vraiment affronter de force navale en haute mer, ni même ses deux cuirassés périmés.

Servants de DCA brésiliens. A part les hommes, tout est Made in USA

Le principal rôle du Brésil dans le conflit tient à l’aspect économique. Oui, car figurez vous, que les navires ne sont plus les mêmes que durant la Bataille de Salamine. Quoi que… si c’était le cas, le pays dont nous parlons aurait de grosses ressources à vendre vu tout le bois qu’il a autour du ventre. Pardon ? On me glisse a nouveau dans l’oreillette que je m’égare, et que cela explique pourquoi MERCo me donne des coups de pieds. C’est bon, c’est bon, je reprendre le fil d’Ariane… de l’histoire, de l’histoire.
 
L’économie donc, en effet le Brésil et l’Allemagne avaient de très très grand liens commerciaux dans les années trente. Multipliés par 4,5 entre 1933 et 1937, leurs échanges comprenaient de nombreux bien bruts comme le fer, le café, le coton, le caoutchouc naturel au départ des Amériques contre des produits manufacturés venant d’Europe. Notamment des produits chimiques nécessaire à la petite industrie locale, colorants, éléments de synthèse, etc., mais aussi des armes.
Il ne faut pas oublier que l’importante communauté germanique du pays contraint le président Getúlio Vargas à ménager celle-ci, tant par sa richesse, que par sa qualité en terme de main d’oeuvre (deutch kalitat?).
 
Cependant. Devant le blocus mis en place par les Alliés, le pays qui nous intéresse aujourd’hui n’entra pas en guerre aux côtés de l’Axe pour plusieurs raisons.
Techniques : son armée était loin d’être prête à cela.
Stratégique : le Brésil était très loin d’éventuels futurs alliés pouvant lui prêter main forte.
Diplomatique : Les autres pays d’Amérique Latine étant devant le même dilemme, ne profiteraient ils pas de l’occasion ?
Commercial : et c’est sans nuls doutes là le principal facteur.
Observons les chiffres.
 
 
Le commerce (en tonnes) du Brésil avec : 1939
USA : Imp : 678 K, Exp 868 K
GER : Imp : 585 K, Exp 420 K
UK : Imp : 230 K, Exp : 278 K
 
1940
USA : Imp : 1 352 K, Exp 932 K
GER : Imp : 80 K, Exp 104 K
UK : Imp : 264 K, Exp : 540 K
 
Nul besoin de grandes explications. Le commerce avec l’Allemagne étant en train de littéralement se casser la figure, les USA devenant le premier partenaire sans aucun doutes du Brésil, il faut là appliquer ce que l’on appelle en 2016, la RealPolitic.
 
C’est ce à quoi va s’appliquer à construire le gouvernement brésilien, jusqu’en août 42.
Par exemple, en mars 41 : les USA et le Brésil signent un accord dans lequel les USA s’engagent à fournir du matériel militaire et des conseillés à la défense en vu de remettre les forces brésilienne « à niveau ». En échange, le Brésil s’engage à fournir les ressources vitales à l’effort de guerre américain. Notez qu’à cette date, les USA ne sont pas encore en guerre.
Vient ensuite l’autorisation pour les Etats Unis d’utiliser les bases de Natal et Belem. Puis Recife.
Enfin, le Brésil sera intégrer au célèbre programme Pret-Bail.
 
Ce n’est donc pas l’engagement de ses forces au combat, même si ce point fut important, qui fut le plus capital. Mais bien l’apport de ses ressources à l’effort de guerre Alliés qui donne sa place à part entière au Brésil dans la Seconde Guerre Mondiale.

Plantation de caoutchouc

Oublions les chiffres.
Mais simplement le fait que la perte de la Malaisie, début 42, coupa les Alliés de leurs principales sources d’approvisionnement en caoutchouc naturel. L’Indochine française étant elle aussi occupée, les USA et la Grande Bretagne se tournèrent (l’URSS dans une moindre mesure) vers l’Amérique Latine parmi et donc, le Brésil.
Son coton devient aussi un apport capital à l’effort de guerre. Le café également, dans les longues heures de la nuit à guetter un U-Boot en patrouille… LA !! ALAAAAAAAAAARME !!
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[IRL] Das Boot Tour: CA Brest 2016

CA Brest 2016, entre fête maritime et fêtes aux bugs.

En longeant le port, nous tombons nez à nez avec un énorme homard en acier de 13m de long, sculpture de Marc Morvan installée au rond point Melville à l’occasion de la fête maritime de Brest 2016 [1]. Oui, cette année c’est au bout du monde ou presque que l’association Das Boot Création se réunit début juillet pour son Conseil d’Administration (CA), en d’autres termes pour sa réunion de travail in situ. Ces réunions ont vocation à se retrouver entre administrateurs pour faire le point du premier semestre de l’année sur nos avancées et réalisations projetées pendant l’AG de fin d’année précédente (Paris 2015). Elles ont aussi vocation à pouvoir échanger sur des sujets d’actualité liés au jeu et au final à faire avancer le jeu dans la direction souhaitée tout en renforçant la cohésion de l’équipe et le côté humain de notre aventure.

"Le Homard Géant" de Marc Morvan -  http://www.cotebrest.fr/

« Le Homard Géant » de Marc Morvan – http://www.cotebrest.fr/

Ne laissant aucun répit à nos voyageurs du jour, MERCo embraye dans l’heure (juste le temps d’un rafraîchissement salutaire) sur une rétrospective du semestre écoulé et un tour de table de l’équipe sur les projets en cours ainsi que les attentes et perspectives de chacun. Quatre thèmes principaux y seront abordés :
1. L’équipe, avec l’intégration de Thémis qui depuis février 2016 donne entière satisfaction et que nous impliquerons davantage par la suite. Ne le lui dites pas encore mais sa masse de travail va augmenter.
2. La V1 Das Boot et sa Réforme Soutien actuellement au point mort (manque de temps IRL pour du codage) ainsi que la Réforme Mines mise en place en mai 2016 et qui s’achèvera une fois la liste de bugs à corriger bien élaguée. C’est à cet instant que Kojak a ouvert la liste des bugs et comment dire… pressé par l’ampleur de la tâche qui l’attendait (certains médisant ont pu écrire de façon erronée qu’il avait surtout peur des coups de fouets) s’y attela avec le concours d’Indiana (alias Dark) et Nadge.
3. Les réalisations, visibles par les joueurs, du premier semestre, à savoir : Bug gain d’UT PNJ (janvier 2016) ; Concours RP (janvier 2016) ; Réforme scénario (février 2016) ; Quotas navires permissionnaires longue durée (mars 2016) ; Modification temps de construction (mars 2016) ; Réforme mines et débug et wiki (mai-juin 2016) ; Cour martial (juin 2016) ;
4. La V.2.0. pour laquelle nous avons fait un gros travail de conceptualisation des différents modules lors de nos réunions bimensuelles, bien qu’il reste quelques points importants à finaliser. Ces concepts serviront de base à la rédaction de Cahiers des Charges, documents indispensables à la mise en route de la phase de codage. Nous nous sommes cependant rendus compte que tout ce travail était passé sous silence car nous ne communiquions que de façon parcimonieuse à ce propos. Il a donc été décidé de créer un « bulletin » qui permettra aux joueurs de suivre l’évolution de nos travaux de façon régulière. Nous avons également décidé de mettre au calendrier du deuxième semestre et ce conformément à nos prévisions de l’AG 2015, l’écriture d’un Cahier des Charges « User » pour détailler la conception et la programmation et, avant la fin de l’année avoir un premier module du jeu en phase de codage.

Samedi 9 juillet 2016 :

Ce n’est pas moins de 16 bugs différents que l’équipe Kojak, Nadge et Indiana vaincront ce week-end. Le forum a crépité, les claviers ont chauffé, les doigts ont rougi pour venir à bout de ces maudits bugs qui vous et nous pourrissaient la vie depuis parfois plusieurs semaines.
Et si cela ne suffisait pas, voilà que l’équipe vous propose aussi quatre petites nouveautés ergonomiques pour vous faciliter la vie : 1. Le bouton « en avant toute » passera désormais au rouge lorsqu’une avarie sera détectée (un véritable plus pour les distraits et joueurs sur « tablettes »), 2. un tri des navires en page « contrôle de tir » (une aubaine pour le salut de la molette de vos souris et autres mulots), 3. une mise en lumière des tableaux IG pour éviter le ton sur ton et préserver vos yeux d’un effort supplémentaire et enfin, 4. une meilleure redirection vers votre rechargement d’armes au port.

En parallèle, nous prenons connaissance des chiffres des quotas joueurs, nations et carrières préparés à notre intention par Baudolino. Nous devons constater que pour la période 2015-2016 nous sommes dans une courbe ascendante du nombre de joueurs. C’est un phénomène cyclique qui peut s’expliquer par plusieurs forces qui agissent sur la population de joueurs : débats houleux sur le forum ou au sein des camps, désintéressement de joueurs plus « anciens » ayant fait le tour, période critique à l’automne 2015 au niveau des bugs, lassitude sur le non traitement de ces bugs, difficultés à produire des nouveautés sur la V.1, manque d’informations concernant le future de DB…
Il nous apparaît important de souligner que si les administrateurs peuvent influer plus ou moins directement sur une partie de ces causes, il relève d’une responsabilité commune d’appliquer et de promouvoir une ambiance communautaire propice à la réflexion et au respect des idées de chacun. A ce titre citons à nouveau cette phrase d’un fondateur de Das Boot : « … On a le jeu que l’on en fait. » (2015, LMF)[2].

Sur les coups de midi nous allons prendre l’air sous un magnifique soleil sur les bords de l’Aber Wrac’h et des forces dans une crêperie du coté de Lannilis. Das Boot n’est jamais loin dans les conversations et nous savons que la suite du programme sera délicat quant à la complexité de la matière à traiter. En effet, nous avons pris le parti de nous pencher sur un des modules « touchy » (sensible) que sont l’équilibre du gameplay ASM vs. Sub et l’ogre triangulation qui sont intimement liés.

Malgré nos craintes (justifiées par les précédentes tentatives) nous avons laissé l’initiative aux joueurs depuis mai 2016 d’échanger autour de la triangulation. Ces discussions ont amené une trentaine de points et propositions différentes. Aussi après avoir fait un rapide tour de table des administrateurs nous avons passé en revue les principes mêmes de la triangulation et ses différentes variantes. Nous avons également listé les avantages du système à flèches et ses inconvénients, ceci afin de bien pointer les éléments problématiques. Nous citons à ce propos la phrase pleine de bon sens d’un joueur sur le sujet forum :

L’équilibre, c’est que les subs en supériorité numérique et tactique aient l’avantage, et que les asm avec ces mêmes supériorités aient l’avantage à leur tour. Et qu’à force égale, les meilleurs/plus coordonnés l’emportent à l’issu d’un affrontement intéressant. (Vassilii Crow Kroupkov)

Quatre catégories de propositions ayant été dégagées des discussions forum, nous nous attelons à celles-ci, principalement les paragraphes A et D, le lendemain étant dédié à la suite:
A. Qui influe la méthode ou la technique de triangulation ;
B. Qui ajoute des éléments, artefact, modules,… de nouveaux développements ;
C. Qui influe le Gameplay Sub vs. ASM ;
D. Autres ;

Ne s’agissant ici que d’un premier débroussaillage des idées, il serait superflu d’entrer dans le détail des discussions point par point. Ceux-ci pouvant avec le temps être amendés, augmentés ou s’avérer à la lumière d’autres développements hors propos. De manière plus globale disons simplement qu’il est dans notre intention de casser la systématique d’utilisation au profit d’autres techniques de chasse et l’adjonction de nouveaux artefacts et choix à faire par les joueurs lors de ces phases. Il est aussi dans nos intentions de rééquilibrer le gameplay Sub vs. ASM. Certains points discutés pourraient éventuellement encore être testé lors de la V.1. mais sans garantie puisque nous nous consacrerons en priorité à la V.2.0.

Le soir c’est soirée pizza et V.2.0. jusque tard dans la nuit. Ceux qui nous suivent régulièrement sur le Blog de l’association connaissent notre métaphore de la plaque Lego qui illustre [3] notre vision à ce sujet :

La V.2.0. est une copie techniquement propre, souple et évolutive (au niveau du code et de sa structure) permettant une nouvelle jeunesse du jeu pour pouvoir se remettre à développer par la suite des améliorations. [4]

Réalisation de Szczepan Grzeszczyk

Réalisation de Szczepan Grzeszczyk

Nos objectifs en la matière pour le deuxième semestre sont clairs puisque nous souhaitons finaliser les concepts de base du jeu afin de passer à la phase de conception technique via les premiers Cahiers des Charges structurés et la mise en application de ceux-ci sur les modules « Inscription », « Connexion » au jeu et à notre back-office (interface administrateur) ainsi que « Utilisateurs ».

En vue de ces premiers pas de la V.2.0. nous ouvrirons soit dans le courant soit vers la fin de l’été une zone « atelier » sur le forum afin de lancer un appel aux joueurs volontaires codeurs sous la forme d’une « Université d’été des codeurs ». Il s’agira ici de guider des volontaires via des lectures et des exercices ainsi qu’une session Question – Réponses vers des travaux pratique pour la V.2.0. Indiana (alias Dark) vous en reparlera dès que les détails pratiques auront été réglé.

Dimanche 10 juillet 2016 :

Nous nous levons tôt (enfin tout est relatif bien sûr) dimanche matin car nous avons invité un joueur à nous rejoindre. Ancien sous-marinier à l’île Longue (rade de Brest), toujours actif dans la marine et passionné d’histoire sous-marine de la seconde guerre mondiale il nous apparaissait tout à fait opportun de s’adjoindre une vision historique et « du cru » pour traiter du gameplay Sub vs. ASM et des paragraphes B et C (voir plus haut). Appuyé par plusieurs livres, tableaux et croquis mais aussi quelques sons d’une autre époque et d’une autre dimension, nous parlons technologie radar (Métox et Naxos) et radiogoniométrie, de torpilles « FAT » (système de guidage) et de leurre « BOLD » (génère une grande quantité de bulles brouillant le sonar), de l’impact de la profondeur (souvent sous-estimée), de la différence de propagation du son suivants les saisons : en hiver les sons ont tendance à plonger, avantage acoustique aux sous-marins et inversement en été où les sons ont tendance à remonter, avantage acoustique à l’ASM donc. On y parle de la différence de fonctionnement et de dégâts occasionnés entre les grenadeurs sur rails, les K-gun et le « Hérisson » ainsi que de l’impact non négligeable de l’aviation dans la détection et la chasse ASM à l’époque : 278 victimes (d’après un tableau issu du Musée-mémorial consacré à la bataille de l’Atlantique à la pointe de Pen Hir)[5] que notre invité détaillera par type d’avion.

Pertes de Sous-marins - Mémorial Pen Hir

Pertes de Sous-marins – Mémorial Pen Hir

Nous profitons de l’occasion pour remercier David (nom d’emprunt.. ou pas) de son passage et de sa participation au CA, de ses recherches à cette occasion qui nous ont permis d’élargir le spectre des possibilités ouverte pour le jeu. Même si nous ne le faisons qu’avec parcimonie (afin de pouvoir concentrer nos efforts dans un temps imparti, hélas toujours trop court – c’est une des limites du bénévolat) nous aimons prolonger la participation communautaire du forum lors de nos réunions (CA, réunions de travail, de tests, AG,…) avec des invités / joueurs et garder le contact.

Et comme dans Astérix, nous finissons notre aventure du week-end autour d’une bonne table avec chacun une montagne de travail et de projets. Mais pour l’heure chacun repart à ses vacances, son travail ou sur la route. Nous nous retrouverons bien vite pour écrire de nouvelles pages de l’aventure Das Boot.

En vous souhaitant bon jeu,

Et en bonus, nous vous faisons profiter des sons « d’une autre époque et d’une autre dimension » : Lien de la vidéo (attention, volume sonore important!)

Notes :
[1]
http://www.letelegramme.fr/brest-2016/brest-2016-le-homard-geant-de-marc-morvan-arrive-ce-mardi-06-06-2016-11096943.php
[2]
Août 2015, http://blog.das-boot.fr/?p=706
[3]
Réalisation Szczepan Grzeszczyk.
[4]
Compte rendu de l’AG de novembre 2015, Paris.
http://blog.das-boot.fr/?p=1058
[5]
Musée entretenu par des bénévoles dans les blockhaus de la falaise de Kerbonn. Depuis Camaret-sur-mer, suivez la direction de la pointe de Pen Hir, le musée est à droite le long de la route, parking de l’autre coté de la route. Le monument aux Bretons de la France libre, dite Croix de Pen-Hir, se trouve plus loin sur la route (visible depuis le mémorial).
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USS INDIANAPOLIS Des hommes et des requins

USS-INDIANAPOLIS

USS-INDIANAPOLIS

Les Sous-marins du Soleil Levant

…/…  A ce moment l’officier de navigation s’écria : «navire ennemi probable à 90° bâbord !» Je ramenai le périscope, montai sur la passerelle et regardai à la jumelle dans la direction signalée. Sans aucun doute, un point sombre s’apercevait à l’horizon, sous les rayons de la lune. «Alerte !» criai-je à mon tour.

     J‘étais déjà au périscope où je distinguai la tache noire. «Ouvrez les purges !» L’eau remplit les ballasts et nous nous enfonçâmes. Je collai mes yeux à l’oculaire pour ne pas perdre l’objet de vue. Nous atteignîmes bientôt l’immersion périscopique. Aussitôt le bateau disparu sous l’eau, je commandai : «un navire en vue. Préparer tous les tubes. Disposer les kaitens !» Il était 23h08. Nous abattîmes sur bâbord pour prendre la tache sombre par l’avant. L’ennemi supposé se rapprocha graduellement.. la tache commença à prendre l’apparence d’un grand navire de guerre et sa partie supérieure se partagea en deux. Il y avait un mat très haut à l’avant. «Nous le tenons !» pensai-je. Je pus estimer la hauteur du mât à 25 mètres environ. C’était donc un cuirassé ou un grand croiseur. La distance tomba à 4000 mètres – et l’angle – 45 degrés tribord. Un des hydrophones indiqua une vitesse assez élevée. J’acceptai tout d’abord cette indication mais l’observation au périscope ne la confirma pas et je la ramenai à 20 nœuds. J’étais tellement occupé par les torpilles ordinaires, que je n’avais donné aucun ordre pour préparer le lancement des kaitens et les pilotes de celles-ci vinrent m’en demander. Etant donné le clair de lune, elles n’avaient pas beaucoup de chance de réussir. Je décidai donc de les garder pour le cas où les torpilles ordinaires ne donneraient aucun résultat. La lune se trouvait derrière nous, de sorte que le navire ennemi était devenu bien visible. Il possédait deux tourelles à l’arrière et un grand mât militaire. Je le pris pour un cuirassé du type «Idaho». L’équipage attendait avec impatience l’ordre de lancer… Tout le monde conservait le calme le plus absolu. Je modifiai le réglage du conjugateur(1) : angle de lancement : 60 degrés tribord, distance : 1500 mètres, et manœuvrai pour attaquer. Enfin, j’ordonnai d’une voix ferme «Attention !… Feu !» les torpilles partirent à l’intervalle de deux secondes, puis on me prévint du poste avant : «Toutes les torpilles parties. Bon fonctionnement.» les six engins, déployés en éventail, couraient vers le navire ennemi. Je fis un rapide tour d’horizon mais il n’y avait rien d’autre en vue. Amenant notre bateau à une route parallèle à celle du but, nous attendîmes anxieusement. « Touché ! Touché ! » m’écriai-je à chaque impact tandis que mes hommes dansaient de joie…/…(2)

Charles B. McVay

Charles B. McVay

 

L’USS INDIANAPOLIS

     L‘USS Indianapolis est un croiseur lourd de classe Portland lancé en 1931. Intégré à la Task Force 11 dès le 16 décembre 1941, il participe à la campagne de Nouvelle-Guinée, puis à celle des îles Aléoutiennes. Il participe également aux batailles des îles Gilbert et Marshall. En 1944, à nouveau la Nouvelle-Guinée, les îles Marianne, la bataille de la Mer des Philippines.

     Après une refonte en 1945, l’Indianapolis sous les ordres du Capitaine de Vaisseau Charles B. McVay, rejoint, en février 1945, la Task Force 38. Endommagé près de l’île d’Okinawa, l’Indianapolis traverse le Pacifique pour rejoindre Mare Island, près de San Francisco où il est remis en état. Il reçoit alors l’ordre de rejoindre en urgence Tinian pour y livrer un chargement d’uranium 235 enrichi et divers éléments de la bombe Little Boy. Quittant San Francisco le 16 juillet 45 et faisant escale à Pearl Harbor le 19, il entre dans le port de Tinian le 26 juillet.

     Après sa livraison, l’Indianapolis rejoint Guam pour prendre ensuite la direction de Leyte. Le croiseur est toujours sans escorte et dans la nuit du 29 au 30 juillet, deux torpilles lancées par le sous-marin japonais I-58 atteignent l’Indianapolis. La deuxième torpille touche le navire à proximité d’une soute de combustible et de munitions. L’Indianapolis se coupe en deux. L’ordre est immédiatement donné de quitter le navire qui s’enfonce dans les flots, 12 minutes après les impacts, avec environ 300 des 1196 marins qui se trouvent à son bord.(3)

     Les messages envoyés par le croiseur en perdition semblent avoir été ignorés ou mal interprétés, du moins mal adressés. Les autorités navales américaines habituées à recevoir de faux messages envoyés par les japonais pour attirer les secours dans des secteurs dangereux, ne prirent pas au sérieux ces SOS. Bien que l’ordre de marche du navire américain ait été communiqué, son retard ne semble pas avoir inquiéter outre mesure les dites autorités. Bien que divers messages aient été captés à plusieurs endroits différents, l’absence de confirmation ne permit pas de lancer les recherches.

     Perdus au milieu du Pacifique, plusieurs centaines de marins tentent de survivre, attendant des secours, ignorant que personne n’a pris ou reçu leurs messages de détresse. Les hommes n’ont pas d’eau, pas de nourriture, la chaleur est accablante la journée. Dès la fin de la première journée, les premiers requins apparaissent mais ne semblent pas s’intéresser aux hommes qui tentent de former des groupes pour éviter que certains d’entre eux ne se trouvent isolés. Les requins pourtant attaquent en premier lieu les corps des hommes morts qui continuent à flotter, équipés de leur gilet en kapok. L’épuisement, l’hypothermie viennent à bout de ces malheureux qui luttent pour leur survie. Certains, victimes d’insolation, perdent la raison. Les journées sont interminables, les naufragés scrutent désespérément l’horizon dans l’attente d’une aide qui ne vient pas. Et soudain un homme est happé et parfois dévoré sous les yeux de ses camarades. Certains commencent à délirer, victimes du soleil.

Temoin

      Le 2 août, 4 jours après le naufrage, un hydravion en mission de reconnaissance repérera de nombreux hommes à la mer. Un Catalina se portera sur place hissant tant bien que mal des naufragés à son bord allant jusqu’à attacher des hommes aux ailes de l’avion quand il n’y a plus de place à bord. Le destroyer Cecil J Doyle(4) arrivera sur place et recueillera 321 hommes, 4 mourront de leurs blessures. Des 1196 marins de l’Indianapolis, seuls 317 ont survécu.

Conclusion : 

     Ce naufrage, qui reste à ce jour, le plus meurtrier de l’histoire de l’US Navy amènera les autorités américaines à trouver un bouc émissaire en la personne du Capitaine McVay et à le traduire en cour martiale.malgré les réticences de plusieurs amiraux tels que Chester Nimitz ou Raymond Spruance. Les charges retenues contre le capitaine de l’Indianapolis se résument entre une «mise en danger de son navire en omettant de zigzaguer» et «échec à donner l’ordre d’abandonner le navire dans un temps approprié». Les autorités américaines évitent de mettre en évidence les délais mis par les secours pour se rendre sur les lieux tout comme les demandes d’escorte non exaucées du capitaine McVay. La défense appellera même à la barre le commandant du I-58, Mochitsura Hashimoto qui déclare qu’il aurait inévitablement coulé le croiseur même si celui avait manœuvré en zigzaguant. Un commandant de sous-marin américain, Glynn R. Donaho, témoignera également en ce sens. Embarrassée, la cour américaine le reconnaîtra tout de même coupable de ce chef d’accusation. McVay ne se remettra jamais de ce verdict et se suicidera en 1968. Les survivants mèneront une campagne de réhabilitation dans les années qui suivirent qui mènera à une résolution du Congrès américain en 2000 lavant McVay de tous soupçon dans son commandement de l’Indianapolis.

 Sans titre 3

     En conclusion, je reprendrai des mots cités dans un article trouvé sur le net (5) laissant à penser, que les vrais bouc-émissaires de ce procès furent sans doute les requins ! Des 500 marins qui périrent après le naufrage, les requins furent loin d’être la cause principale. Effectivement, à peu près 80 hommes moururent de leur fait. Les autres causes étant principalement la noyade et l’hypothermie. L’importance portée aux requins et la pseudo responsabilité du capitaine McVay n’occulte t’elle pas le fait que la Marine américaine ait oublié ses marins pendant 4 jours ?

Notes :

(1) Conjugateur ? = Tel quel dans le texte.   (2) Texte intégral tiré des mémoires de Mochitsura Hashimoto « Les sous-marins du Soleil levant » Press Pocket 1955.   (3) 1197 selon certains sites.    (4)  Une autre source (Combined Fleet) ne mentionne pas le destroyer Cecil J Doyle mais les USS RINGNESS et REGISTER. (5) Voir Sources, site Sharktueries.

Sources :

http://sharkuterie.blogspirit.com/archive/2006/11/17/comment-les-requins-ont-ils-attaque-les-marins-de-l%E2%80%99uss-indi.html

http://www.dark-stories.com/uss_indianapolis.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/USS_Indianapolis_(CA-35)

http://www.combinedfleet.com/I-58.htm

http://www.eyewitnesstohistory.com/indianapolis.htm (en anglais)

Vidéo : Dans le film, Les Dents de la Mer, le capitaine Quint interprété par Robert Shaw, raconte le naufrage de l’Indianapolis, avec quelques libertés dans le texte =

https://www.youtube.com/watch?v=9Fb8jLTm3VE

 

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LA TRAGÉDIE DU LANCASTRIA

Lancastria-1936

Le Lancastria en 1936

 

   La compagnie maritime Cunard Line fait sortir des chantiers navals William Beardmore de Glasgow un paquebot de 168 mètres de long : Le RMS Tyrrhenia. RMS pour Royal Mail Ship (1), il s’agît d’un navire associant le transport des passagers (immigrants mais aussi vacanciers) au transport du courrier de la poste britannique vers l’étranger. Renommé RMS Lancastria dès février 1924, il assurera la liaison Londres New-York jusque 1932. Il subit dès lors quelques transformations, le RMS Lancastria, désormais paquebot de luxe effectue des croisières en Méditerranée et dans les fjords norvégiens.

   1939, le monde s’embrase et l’Amirauté britannique, en 1940, réquisitionne le Lancastria pour en faire un transport de troupes. Repeint, armé et modifié, le paquebot devenu HMT Lancastria est employé dans l’Atlantique Nord et contribue à l’évacuation des troupes stationnées en Norvège (Harstad, Namsos). Le 4 juin, le Lancastria se trouve à Liverpool en cale sèche pour une ultime révision. L’équipage en permission est rappelé en urgence, devant l’avancée « éclair » des troupe allemandes en France, tous les navires disponibles sont réquisitionnés. Le Lancastria quitte Liverpool pour Plymouth où il arrive le 16.

   Dirigé sur Brest en compagnie d’un autre paquebot, le Franconia, il est au large du port français. De hautes colonnes de fumées provenant des réservoirs d’essence brestois détruits incitent les deux transatlantiques à continuer leur route vers le sud. Attaqués par des appareils de la Luftwaffe, les deux navires mouillent dans la baie de Quiberon. Endommagé, le Franconia doit subir des réparations et c’est seul, que le Lancastria reprendra la mer en direction de l’estuaire de la Loire, de Saint-Nazaire. Le navire mouille dans la rade de Saint-Nazaire à environ 4 milles du rivages en compagnie de plusieurs navires militaires et civils prêts à embarquer les troupes évacuant. Personne ne sait que les allemands ne sont qu’à 25 milles du port. D’innombrables navires de petit tonnage effectuent des aller-retours du port aux navires pour tenter d’embarquer le plus de monde possible.

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Le Highlander effectuant la navette entre Saint-Nazaire et le Lancastria

   Après Dynamo (Dunkerque), Cycle (Le Havre), l’opération Ariel (ou Aerial) constitue la dernière opération d’évacuations des troupes alliées (principalement britanniques il est vrai) depuis les ports de l’Ouest de la France. L’essentiel de la troupe fut embarqué à Brest sans grande difficulté mais un grand nombre d’unités de soutien et de la logistique de l’armée britannique, des personnels de la RAF, des Belges, des Tchèques et les troupes polonaises ainsi que des civils britanniques attendaient à Saint-Nazaire. Le 17 juin, à St-Nazaire, les Lancastria, Georgic, Duchess Of York ou Oronsay furent vite surchargés. Le chiffre de 9000 passagers est souvent avancé pour le Lancastria. Il ne peut plus accueillir personne à son bord et s’apprête à larguer les amarres quand plusieurs avions ennemis apparaissent.

   L‘Oronsay est endommagé, et à son tour, le Lancastria devient la cible d’un bombardier allemand qui largue à 15H48 quatre bombes sur le Lancastria. Une bombe explose dans une cale où se trouve 800 soldats de la RAF. Le feu et la fumée les empêchera de sortir… Une deuxième bombe frappe le navire près de la cheminée tandis que la troisième éventre une soute libérant 1400 tonnes de fuel. La dernière bombe explose près du navire mais assez prêt pour créer un trou béant sur le côté. Les canots sont libérés et les gilets disponibles sont distribués… Le transport commence à gîter sur bâbord, dans une tentative désespérée tous les hommes se déplacent à tribord. Le Lancastria vit ses dernières minutes, il sombre rapidement, l’hélice est maintenant apparente et le navire s’enfonce dans les flots emmenant avec lui des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants avec lui. Les passagers qui ont pu se jeter à l’eau tentent de se débattre dans une mer d’huile qui leur colle aux vêtements, cheveux, leur pique les yeux, ce qui en avalent ne peuvent plus respirer…

Des rescapés du Lancastria secourus

Des rescapés du Lancastria secourus

Un autre avion allemand lâchera des bombes incendiaires qui heureusement, en raison de la faible altitude, n’exploseront pas. Bilan d’un drame qui n’aura pas duré plus de 24 minutes, il y eut entre 3000 et 5800 victimes selon les estimations.

Le naufrage du Lancastria

Le naufrage du Lancastria

   La tragédie qui fit probablement plus de 4 fois plus de victimes que le Titanic fut passée sous silence sur ordre de Churchill afin de ne pas démoraliser plus encore ses concitoyens. Ce naufrage ne sera évoqué que 5 semaines plus tard dans le New York Times (2) ainsi que dans un journal écossais. (2) Tous les documents officiels britanniques concernant le Lancastria sont classés « Secret Défense » pour 100 ans, soit jusqu’en 2040. Depuis 2006, la zone est considérée comme un « cimetière marin » et est marquée par une balise commémorative. Les villes de Saint-Nazaire et de Moutiers-en-Retz ont construit un mémorial dans leur commune en souvenirs des victimes du Lancastria. De même, en Angleterre un vitrail commémoratif est visible dans l’église St Katharine Cree, à Londres.

 

Pour les personnes qui souhaiteraient en savoir plus sur cette tragédie, je vous conseille vivement le site en relatant l’histoire. Très bien écrit, plaisant, documenté, présentant nombre de photographies et de récits de témoins, c’est un formidable témoignage de l’histoire.  http://www.lelancastria.com/index.php/fr/

Notes :
(1) Pour la signification du sigle RMS (https://fr.wikipedia.org/wiki/Royal_Mail_Ship)
Wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/RMS_Lancastria#Naufrage).

(2)  Editions du 26 juillet 1940 du « New York Times » et de « The Scotsman ».

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