[Musée] Le sous-marin Espadon à Saint-Nazaire

Crédits: Erwin Schütze

Si vous avez l’occasion d’aller à Saint-Nazaire, n’hésitez pas à découvrir la base sous-marine. Elle a servi pendant la seconde guerre mondiale de port d’attache aux 6e et 7e flottilles de sous-marins allemands.

La base sous-marine de Saint-Nazaire.
Crédits: Renzo Capriotti

C’est dans ce cadre impressionnant que, depuis 1987, il est possible de visiter le navire-musée Espadon.

Ce sous-marin de la classe Narval est amarré dans l’écluse fortifiée. La classe Narval, inspirée des sous-marins allemands de type XXI, était composée de 6 sous-marins d’attaque à propulsion classique.

L’Espadon a été construit par les Chantiers Augustin Normand du Havre et a été admis au service actif en 1960.

Long de 78 m, il pouvait plonger pendant 5 à 6 jours. Ses moteurs électriques lui assuraient une vitesse maximale de 16 nœuds en surface et 18 nœuds en plongée.

Il a navigué pendant 25 ans sous toutes les mers du globe. Par ailleurs, il est le premier sous-marin français à avoir fait surface au-delà du cercle polaire. Au cours de sa carrière, ce sous-marin a passé 2 561 jours en mer dont 33 796 heures en plongée et a parcouru 360 547 milles marins. Il n’a toutefois jamais été engagé dans un conflit militaire, même si celui-ci a été un témoin de la guerre froide.

Le sous-marin Espadon dans sa forme.
Crédits: Renzo Capriotti

Mais venons-en à la visite.

Celle-ci s’effectue avec l’aide d’un audio-guide. Ce dernier permet notamment d’écouter les sons du sous-marin. À cela s’ajoutent des éléments sonores et visuels qui rendent la visite encore plus immersive. Il est ainsi possible d’écouter baleines et dauphins dans le sonar.

Ceux qui n’ont jamais visité de sous-marin ne manqueront pas d’être surpris par l’étroitesse du bâtiment. Au fur et à mesure de la visite à l’intérieur du sous-marin, vous pourrez découvrir comment 65 hommes d’équipage pouvaient cohabiter dans si peu de place. Vous ne pourrez qu’être admiratifs de la vie de ces sous-mariniers.

La visite débute par l’arrière du bâtiment et vous permettra de voir l’ensemble du sous-marin, en passant par le central opération et son emblématique périscope, les espaces de vie de l’équipage, pour terminer par l’impressionnant poste des torpilles.

Crédits: Renzo Capriotti
Crédits: Renzo Capriotti
Crédits: Renzo Capriotti
Crédits: Renzo Capriotti

Infos pratiques:

Adresse: Avenue de la Forme-Ecluse, 44600 Saint-Nazaire

Horaire:

En principe de 10h à 13h et de 14h à 18h sauf Juillet-Août, 10h-20h.

Un calendrier des jours d’ouverture et fermeture est disponible sur le site: https://www.saint-nazaire-tourisme.com/

Tarifs: 5€ pour les enfants et 10€ par adulte

Renzo Capriotti

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[IRL] Das Boot Tour: CA Charente 2019

L’été s’en est venu et avec lui aussi le Conseil d’Administration de l’association Das Boot Création. C’est dans le magnifique département de la Charente-Maritime que l’équipe a pris ses quartiers le temps d’un weekend entre le 5 et le 7 juillet 2019. L’occasion d’un coup d’œil dans le rétroviseur du premier semestre et l’occasion aussi d’affûter notre plan de travail du week-end. En effet, ce genre de rencontres IRL est très important pour le groupe sur le plan humain bien sûr, mais aussi pour l’avancée des discussions et du travail. Elles sont toujours l’occasion d’échanges poussés, où chacun peut apporter ses réflexions, ses questions, sa pierre à l’édifice et où un consensus peut être trouvé plus facilement que par l’écrit du forum ou les réunions bimensuelles que nous tenons sur Skype. En bref, les choses avancent toujours beaucoup plus en « vrai ».

Et le programme du week-end était, comme toujours, bien rempli. La migration PhP et la nouvelle carte du Pacifique pour ce qui concerne la version actuelle du jeu, mais aussi les Cahiers des Charges Cases et Cartes ainsi que le Cahier des Charges Unités – Ports pour la V.2.0.

Migration PhP

Comme vous le savez, puisque vous nous suivez régulièrement sur le forum, le langage PhP est à l’informatique ce que le français et l’anglais sont à la littérature : incontournable. Or votre jeu préféré fonctionnait jusqu’à il y a peu encore sous la version 5.4. du PhP, version qui arrivait en fin de vie. Nous devions donc mettre à jour cette version jusqu’à la 7.0. – tout en passant au préalable par toutes les versions intermédiaires – pour éviter d’être pris au dépourvu. Une première tentative de mise à jour avait été avortée pendant la trêve hivernale suite à quelques soucis techniques récalcitrants, mais le 23 juin 2019 le miracle se déroula. 

Enfin miracle, pas vraiment puisqu’un énorme travail préparatoire avait été fait en amont avec la création d’un fichier pour les différents tests à effectuer ainsi qu’une simulation de migration sur le serveur de test. Ceci à permis de passer une migration sereine (surtout pour les codeurs) avec un nombre de bugs très restreint : moins d’une dizaine, principalement dûs à l’encodage entre le jeu et les tables de la BDD. Ainsi radio, carte générale, page statistiques, encyclopédie, partie administration et chargement des calibres moyens retrouvèrent très vite leur état habituel.

Une expérience très positive pour nous en tous cas. L’occasion, lors du weekend, de faire le point sur ces bugs, d’en corriger les derniers qui trainaient mais aussi de prévoir un « petit » ajout au niveau des reconnaissances aériennes, un secteur que nous n’avons pas touché depuis sa mise en place. Mais nous vous reparlerons de cet ajout sur le forum.


Rien que pour les changements «mysql» (une partie seulement des changements à effectuer), 252 fichiers doivent être modifiés avec un total de 4765 occurrences de ce type.

Nouvelle carte Pacifique – version « BATAAN »

Cela fait maintenant près d’un an, depuis le CA de Lyon 2018, que l’équipe travaille sur une nouvelle version de la carte du front Pacifique. Une carte remaniée et concentrant l’aire de jeu afin de la rendre plus « nerveuse et regroupée », plus attractive aussi pour le PvP (joueurs contre joueurs). 

C’est armé de notre « check-list » que nous parcourons les 22 points d’attention de ce projet. 
— Quid des fanions ? « Ils n’auront plus court pour grande partie, enlevons-les et profitons-en pour faire le ménage dans les anciens. » (Lucette);
— Quid des lignes de convois PNJ ? « C’est en cours de retrait, les joueurs ont été prévenus le 5 juin. Il reste 30 lignes à traiter à l’approche de la mise en place » (MERCo) ;
— Quid des ports ? « J’ai fini le tableau Excel avec les infos, faut juste encore vérifier les zones de reniflages et de patrouilles. » (Eliott).  « Ok on fera ça tout de suite. » « Et les descriptions des nouveaux ports ? Demandons aux joueurs de nous aider là-dessus, ok ? » (Isidore)
— Quid des ports d’attache ? « On fera une moulinette pour renvoyer tous les joueurs avec leurs navires dans les ports de départ des nouveaux joueurs » « Ok, donc il faut les infos : IF PJ UK Pacifique, THEN = port de Menado et ainsi de suite. »
— Quid des limites de carte ? « Eliott les a mis sur le tableau Excel. » « Une moulinette pour mettre une double rangée de cases terre fera l’affaire. » (Kojak)

Et ainsi se passa la matinée du samedi en petits groupes de travail sur chacun des points, mais toujours reliés à l’ensemble pour avancer. Et puis viens la question de la communication et des phases d’information auprès des joueurs.
Pour les plus anciens d’entre vous qui nous suivent depuis des années, vous vous souvenez peut-être de l’entrée en fonction des différentes versions du jeu Das Boot. Après la « Béta » fin 2007, nous avons eu la version « VIIa » en 2008 et l‘année suivante la version « IXc Nach Tokyo » pour l’ouverture du front Pacifique. Il nous semblait donc opportun, avec l’introduction d’une nouvelle carte Pacifique justement, de trouver un nouveau nom de version pour marquer le coup. Au vu des choix de l’aire de jeu et de la répartition des ports – dictée par l’histoire en 1941, mais aussi par le gameplay – nous cherchions un nom symbolique de cette période trouble. « BATAAN », du nom de la bataille qui, avec celle de Corregidor, marque la fin de la conquête des Philippines par l’empire du Japon, nous parut dès lors fort à propos. Ainsi la nouvelle version du jeu Das Boot (dont nous évaluons pour le moment la mise en place pour la mi-septembre 2019) portera-t-elle ce nom chargé d’histoire.

Préparation, sur Google Maps, de la distribution des ports et des lignes de convois de la nouvelle carte Pacifique « BATAAN »

Cahiers des Charges Cases & Cartes – Unité Ports

Deuxième « brique » importante de la V.2.0. la carte ou le plateau de jeu sur lequel évolueront les joueurs. La carte en elle-même n’est que la somme d’un certain nombre de cases de types différents, agencées de façon à créer un espace de jeu où se mêlent cases navigables ou non, cases de terres, ports, artefacts divers,…  Avant de pouvoir créer une carte jouable il nous fallait donc définir les mécanismes de fonctionnements et d’interactions souhaités pour le futur. L’articulation des différentes options retenues devait elle aussi faire l’objet d’une description la plus exhaustive possible, formalisée dans un document type, un Cahier des Charges.
Ce Cahier, une fois terminé et validé par l’équipe, servira de base afin de transformer la carte « Boite à Savon », présenté lors de l’AG de Paris 2018*, en plateau de jeu via la création de plusieurs tables BDD appréhendables par le jeu.

Élément très important du plateau de jeu, les ports ont aussi fait l’objet d’une étude sous forme de Cahier des Charges. Le port peut s’entendre comme deux éléments différents. Il est à la fois un type de case (et cela rejoint le propos ci-dessus sur le CdC Cases et Cartes) et en même temps un artefact de type « Unité » qui interagit avec les joueurs en fonction de leurs relations propres (port de sa nation, de son camp, adverse ou neutre). Cette étude qui se poursuivra dans les semaines à venir, dois également permettre d’y intégrer des concepts tels que le « Bon de Commande » (le ravitaillement des stocks de ports), les « Attaques de port » ou encore le « Commandant de port » qui devrait permettre aux États-Majors d’avoir la main sur certains aspect de gestion des ports sous leur autorité. Vaste sujet, donc.

Arborescence User & Perso et exemple appliqué au
« Unités » de type« Port »

Naufrages des nouveaux joueurs

Nous vous en parlions à l’occasion du compte rendu de l’Assemblée Générale tenue à Paris en décembre 2018, nous avons été sensibilisés aux réflexions d’un certains nombre de joueurs à propos du naufrage des nouveaux arrivants par des joueurs plus aguerris. Je rappelle brièvement qu’il est projeté, sous certaines conditions, de ne plus pénaliser les nouveaux joueurs (Premières sorties en Mer et baptêmes du feu) par les règles actuelles de perte de points de prestige lors d’un naufrage, et au contraire de faire payer en points de prestige un écot aux joueurs d’expérience qui prendraient l’initiative d’une telle action. Le document de travail à été validé et réunion bimensuelle du 29 avril 2019 et nous avons profité du CA pour discuter des modalités pratiques et du volet technique de la mise en place. Mise en place que nous évaluons actuellement à octobre-novembre 2019.

Nous clôturons ce weekend studieux par un petit tour le dimanche midi à Rochefort-sur-mer, où la frégate Hermione ce weekend la faisait relâche, juste à coté du bassin qui l’a vu naître, face à la Corderie Royale et à l’Hôtel de Cheusses qui abrite le Musée nationale de la Marine.

La frégate l’Hermione à Rochefort-sur-mer.
Crédits: Kojak

Nous repartons alors chacun dans nos régions et départements avec dans la besace de longues listes de travaux à faire, une jauge de motivation remise au maximum et d’excellents souvenirs.

En vous souhaitant,

http://blog.das-boot.fr/?p=1980

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La mission Marchand ou la Crise de Fachoda.

Quand l’Angleterre défie la France.

Crédits: Erwin Schütze
Illustration représentant la mission Marchand.

En 1898 la crise de Fachoda est l’un des derniers sujets de discorde entre la France et l’Angleterre. Depuis 1882, l’Angleterre occupe l’Egypte. Elle rêve de constituer un axe nord-sud à travers le continent africain, du Caire jusqu’au Cap. De son côté la France souhaite rallier ses possessions occidentales de Dakar jusqu’à l’Océan Indien à Djibouti en suivant un axe est-ouest. En 1898, la crise de Fachoda constitue le point culminant de l’affrontement entre ces deux puissances colonialistes.


Carte des colonies européennes en Afrique à la fin du XIXème siècle.

En cette fin du XIXème siècle, le continent africain, principal champ de l’expansion coloniale, est le théâtre d’une féroce concurrence entre les pays européens. Le premier ministre britannique, Robert Salisbury, veut sécuriser l’Egypte en soumettant les régions du Haut-Nil. En mars 1886, le général Kitchener reçoit la mission de conquérir le Soudan. En 1896 la France lance une nouvelle mission d’exploration sous les ordres du capitaine Jean-Baptiste Marchand. Cette mission, baptisé « Congo-Nil » a pour objectif de devancer les Britanniques sur les régions du Haut-Nil (actuel Soudan) afin d’y implanter un nouveau protectorat français et de contester la domination anglaise sur le fleuve afin de contraindre le gouvernement de Lord Salisbury de rouvrir les négociations à propos de l’Egypte et du canal de Suez.


Officiers de la mission Marchand.

La mission d’exploration du capitaine Marchand est constituée de huit officiers et sous-officiers, d’environ deux cent cinquante tirailleurs sénégalais et de plusieurs milliers de porteurs. D’un point de vue logistique, la mission Marchand nécessite en outre plus de six cents tonnes de matériel, dont 70 000 mètres de textile et seize tonnes de perles vénitiennes afin de séduire les chefs africains ainsi que quantités d’alcools et foie gras pour les besoins des gradés. Elle est constituée du capitaine Marchand, du capitaine Germain (commandant en second), des capitaines Baratier et Mangin, du docteur Emily, du lieutenant Fouque, de l’enseigne de vaisseau Dyé, et des sergents Bernard, Dat et Venail. La mission Marchand part le 24 juillet 1896 de Loango, un poste français situé sur les côtes atlantiques au nord de l’estuaire du Congo. Elle va d’abord remonter ce fleuve, puis le Bahr-el-Ghazal avant de déboucher sur le Nil. L’expédition utilise un petit bateau à vapeur, le Faidherbe, pour remonter les rivières. Si ces dernières ne sont pas navigables, le bateau est démonté et transporter à dos d’hommes.Après un périple de 5.500 kilomètres, la mission « Congo – Nil » arrive à Fachoda le 10 juillet 1898.


Itinéraire de la mission Marchand de Luango à Djibouti.

Fachoda n’est plus qu’une ruine, seules quelques briques effritées témoignent de son existence. Elle a été ravagée et rasée par les rebelles mahdistes. Le capitaine Mangin commence alors des travaux de fortification; un mât pour le drapeau est élevé. Le 25 août la bataille s’engage entre les soldats français et les mahdistes. Deux lourds vapeurs émergent de la brume tôt ce matin-là. A moins de 2 kilomètres du fort, les assaillants tirent un premier coup de canon. La charge tombe dans le fleuve à 300 mètres à peine du poste. A 11h du matin, les mahdistes tentent un débarquement sur la rive du fleuve où se trouve les français. Les officiers savent que si les mahdistes parviennent à débarquer, la situation deviendra alors très mal engagée. Heureusement les soldats français sont équipés de fusils Lebel qui ne font pas de traces de poudre. Ce court avantage technique va dérouter les assaillants et donner la victoire aux français. Au cours de cette attaque, les français vont brûler 14 000 cartouches sur les 42 000 dont ils disposent. Au soir de ce 25 août, Fachoda est débaptisée est devient Fort Saint-Louis. Le 29 août, quatre jours plus tard, le Faidherbe arrive avec le ravitaillement, le capitaine Marchand peut enfin télégraphier à Paris pour annoncer la réussite de sa mission. Partie le 18 mars, une armée anglo-égyptienne de 20 000 hommes, conduite par Lord Kitchener, remonte le Nil. Le 2 septembre, celle-ci vainc les Soudanais à Omdourman au terme d’une campagne brutale et meurtrière. Le 18 septembre Lord Kitchener écrit au capitaine Marchand pour lui annoncer ses victoires et son arrivée prochaine à Fachoda. Le lendemain, le 19 septembre, Marchand répond au commandant:

« Je crois devoir vous informer que par ordre de mon gouvernement j’ai occupé le pays de la rive gauche du Nil Blanc jusqu’à Fachoda. Je vous présent donc mes souhaits de bienvenue dans le Haut Nil et prend bonne note de votre intention de venir à Fachoda où je serais heureux de vous saluer au nom du gouvernement français. »

Il est 10h du matin ce 19 septembre 1898 quand on aperçoit au loin, vers le nord, les contours lointains de la flottille britannique composée de 2 000 hommes et 50 pièces d’artillerie (les français sont environ 200 et possèdent deux canons). Une entrevue entre les deux chefs à lieu immédiatement. Marchand, plus jeune et surtout moins gradé que Kitchener, rend visite au commandant anglais à bord du Sultan. Kitchener, fort de sa supériorité numérique, agite le spectre d’un affrontement armé. Marchand, de son côté, ne se laisse pas intimité. Il répond au commandant britannique. « J’ai pris possession de Fachoda sur ordre de mon gouvernement, je ne puis en partir que sur un ordre contraire. » L’entrevue se termine très rapidement sur un dialogue de sourds. Les troupes anglo-égyptiennes, pendant ce temps, ont débarqué mais se tiennent à distance du fort français. Kitchener, en homme d’expérience, se dit que plutôt que de se laisser entraîner dans un bain de sang contre un adversaire beaucoup plus faible en nombre, il serait plus sage de laisser le court normal de la diplomatie jouer en faveur de l’Angleterre. Kitchener attend donc, il ne compte pas laisser « des Européens quelconques » lui interdire de contrôler le cours du fleuve, de ses sources à son delta et envoie une deuxième lettre à Marchand, puis une troisième lettre, cette dernière beaucoup plus menaçante. Il notifie sa décision d’établir un blocus autour du fort français. De part et d’autre de la Manche, le nationalisme se déchaîne. La crise devient très vite internationale. Les relations entre la France et l’Angleterre se tendent à un point qui fait craindre qu’une guerre est possible. Théophile Delcassé, nouveau ministre des Affaires étrangères est dans une impasse. Il prônait jusqu’ici un rapprochement entre l’Angleterre et la France. Félix Faure, président de la République, est furieux. Soit la France recule et se ridiculise, soit elle campe sur ses positions et une guerre contre Londres s’engage, à la plus grande satisfaction de Berlin. La reine Victoria tente de son côté de modérer son gouvernement et calmer le jeu. « La guerre n’est pas concevable pour un motif si petit, écrit-elle dans son journal, les français sont pris dans une horrible impasse, il faut les aider à en sortir. » Pourtant, les ministres britanniques persistent à faire de la surenchère et la situation se tend de plus en plus.


Une du Petit Journal.

Le 9 octobre, le ministre Delcassé écrit au capitaine Marchand:

« Il importe que je puisse prendre connaissance le plus tôt possible des indications que vous êtes en mesure de me fournir sur votre rencontre avec le général Kitchener. » 

Cette lettre va créer un malentendu. Du point de vue du ministre, il s’agit d’éviter à tout prix l’irréparable alors que Marchand, sous pression, croit que le ministre cherche un prétexte pour en découdre. Il dépêche son second à Paris qui y arrive le 26 octobre. Le 27, à 8h du matin, le capitaine Baratier est au Quai d’Orsay dans le bureau du ministre pour comprendre que tout est déjà scellé et perdu pour la mission Marchand ! Ce que veut le gouvernement français et qu’exige le ministre tient en deux mots : la paix ! Le 3 novembre, le gouvernement annonce « qu’en raison de l’état sanitaire de la mission Marchand, le gouvernement vient de décider qu’elle quitterait Fachoda. » Sur place, une fois mis au courant, Marchand est atterré. Le motif invoqué le rend encore plus ivre de rage que l’ordre lui-même. Il adresse au ministre Delcassé un télégramme dans lequel il réfute le prétexte invoqué. Ce télégramme ne change rien à l’histoire, Marchand et ses hommes vont devoir baisser pavillon et plier bagages.Le jour du départ des troupes françaises, les britanniques, au grand complet, vont leur rendre les honneurs militaires.A cette occasion la France recule devant le Royaume-Uni. Pourtant, en habile négociateur qu’il est, Théophile Delcassé parvient à transformer cette renonciation sans gloire en un succès diplomatique majeur. Alors qu’elle a failli déclencher une guerre, la crise de Fachoda permet de réconcilier la France et l’Angleterre. Les deux puissances colonialistes concluent un accord le 21 mars 1899 qui fait disparaître les points de friction sur le continent africain. Cet accord offre la totalité du bassin du Nil à l’Angleterre qui renonce, en échange, à ses ambitions sur le Maroc. Cet accord jette en outre les prémices d’une Entente Cordiale entre les deux nations qui se concrétisera le 8 avril 1904. 


Carte de l’Égypte sous domination britannique et du Soudan anglo-égyptien.

Pour aller plus loin, quelques explications sur les Mahdistes et sur la guerre qui va les opposer entre 1881 et 1899 aux forces égyptiennes puis anglo-égyptiennes. Cette guerre est également nommée « Campagne du Soudan » par un de ses acteurs, un certain Winston Churchill. A partir de 1819, l’Egypte envahit les territoires de l’actuel Soudan. Ces terres tombent sous le contrôle égyptien. L’occupation fut cruellement ressentie dans le pays en raison essentiellement d’un niveau des impôts très élevé. A partir de 1873, voulant s’assurer le contrôle du canal de Suez, point de passage obligé vers leur empire des Indes, les Britanniques font pression sur les autorités égyptiennes et obtiennent facilement le contrôle du canal. Au Soudan, les Britanniques se font très discrets. En raison de cette absence de pouvoir fort, les populations musulmanes soudanaises se radicalisent. Elles reprochent aux Egyptiens un relâchement religieux et une trop grande proximité avec les Occidentaux. Muhammad Ahmad, leader religieux soudanais, prône une guerre Sainte et attire rapidement à lui de nombreux partisans. Le gouverneur égyptien du Soudan envoie contre lui deux compagnies d’infanterie. Celles-ci, très mal dirigées, réussissent à ouvrir le feu l’une contre l’autre. Les forces mahdistes contre-attaquent et détruisent ce qui restait des troupes égyptiennes. Après ce succès, les mahdistes se replient à Kordofan. Le 9 décembre 1881 une nouvelle tentative égyptienne échoue. En 1883, les Britanniques commencent à s’inquiéter de l’incapacité égyptienne à régler le problème. Le 4 février 1884, une armée égyptienne de 3200, commandée par le général Valentine Baker, est attaquée par 1200 soldats mahdistes. Les Egyptiens sont une nouvelle fois battus et perdent plus de 2300 hommes. Entre le 13 mars 1884 et le 26 janvier 1885 les troupes mahdistes encerclent et assiègent Khartoum. A la fin de janvier, 50 000 mahdistes entrent dans la ville. La garnison et les 30 000 habitants encore vivants sont décimés et réduits en esclavage. Le général en chef Charles Gordon meurt lors du siège. En 1896, l’Italie est à son tour menacée par les mahdistes après la défaite à la bataille d’Adoua. Le gouvernement britannique décide d’intervenir aux côtés de l’Italie tandis que la France augmente sa présence au sud Soudan. Le Royaume-Uni décide de lancer une véritable invasion. Horatio Herbert Kitchener reçoit son ordre de marche le 12 mars et entre au Soudan le 18 mars. Le 7 juin 1896, 9000 hommes commandés par Kitchener triomphent à la bataille de Firket. Après une nouvelle victoire en avril 1898 à Atbara, les troupes britanniques arrivent à Omdurman, la capitale rebelle en septembre. La bataille est remportée par les britanniques. Les survivants mahdistes s’enfuient vers le sud. En les poursuivants, Kitchener rencontre les français à Fachoda. L’insurrection mahdiste prend fin lors de la bataille d’Umm Diwaykarat avec la mort de Khalifa Adbullah le 24 novembre 1899.


Carte de l’expansion maximale des mahdistes.

Louis Aronde

Sources et bibliographie:

http://www.19eme.fr/articles/grandeguerreorigines.htm
https://histoirecoloniale.net/la-mission-Marchand-Fachoda.htmlhttps://www.academie-lascours.fr/fachoda-1898-point-strategique-de-lhistoire/
https://www.herodote.net/18_septembre_1898-evenement-18980918.php
http://www.museemilitairelyon.com/spip.php?article125
http://www.military-photos.com/fachoda.htm
https://clio-cr.clionautes.org/fachoda-et-la-mission-marchand-1896-1899.html
http://glenac.blogspot.com/2012/10/aymar-de-tonquedec-la-mission-marchand.html
https://www.franceinter.fr/emissions/les-oubliettes-du-temps/les-oubliettes-du-temps-18-septembre-2012
https://www.youtube.com/watch?v=lfjwfUk9SXo&t=1511s (Au cœur de l’histoire, Fachoda quand l’Angleterre défie la France, Europe 1)
https://www.youtube.com/watch?v=uxml4JpooeQ&t=272s (La crise de Fachoda, Empire colonial français 1/2, 2000 ans d’histoire, France Inter)
https://www.youtube.com/watch?v=XXB1TJyjhrk (La crise de Fachoda, Empire colonial français 2/2, 2000 ans d’histoire, France Inter)
https://www.radioclassique.fr/radio/emissions/franck-ferrand-raconte/ Franck Ferrand raconte, Fachoda, 14 mai 2019.

A noter qu’en 1977, une mini-série de six épisodes va mettre en scène cet épisode de l’histoire avec Robert Etcheverry dans le rôle du capitaine Marchand.

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La bataille du Solent (18 et 19 juillet 1545)

Crédits: Erwin Schütze

Certaines batailles navales mériteraient d’être bien plus connues. L’une d’elles s’est déroulée les 18 et 19 juillet 1545 devant la ville de Portsmouth.
La famille Tudor règne sur l’Angleterre et le Pays de Galles entre 1485 et 1603. Elle arrive au pouvoir lorsqu’en Henri VII gagne la bataille de Bosworth face à Richard III, le 22 août 1485.
En 1534 le roi Henry VIII se sépare de l’église catholique. Le pape, qui n’accepte pas son divorce avec Catherine d’Aragon et son remariage avec Anne Boleyn, l’excommunie le 23 mars. Mais pourquoi le roi d’Angleterre souhaite-t-il divorcer ?
Henri épouse la princesse espagnole le 11 juin 1509. Une fois reine d’Angleterre, elle ne réussit à donner à la dynastie régnante aucun héritier mâle, seulement une héritière, Marie (la future Marie Tudor, reine d’Angleterre de 1554 à 1558). L’absence d’héritier inquiète fortement le roi. Il imagine alors un stratagème pour divorcer de la reine, stratagème renforcé par sa passion pour Anne Boleyn. En 1527, Henri VIII demande au pape d’annuler son mariage du fait que la reine a été mariée à son frère, Arthur Tudor (mariage le 14 novembre 1501 jusqu’à sa mort le 02 avril 1502). Le roi Henri VIII se voit déjà marié avec Anne Boleyn. Toutefois, le pape Clément VII, qui ne souhaite pas mécontenter l’empereur Charles Quint, neveu de Catherine, refuse d’accorder la dissolution du mariage. La procédure de divorce n’ayant pu aboutir, Henri VIII exerce des pressions de plus en plus importantes sur Rome. Malgré ces pressions, le Saint-Siège ne cède pas et Henri VIII décide de rompre avec la Papauté. En 1533, il fait prononcer le divorce par un tribunal présidé par l’archevêque de Canterbury. Le 25 janvier, Henri VIII épouse en secret Anne Boleyn. En septembre, Anne Boleyn donne naissance à une fille, la future Elisabeth Ire.

Roi Henri VIII suivi de Sir Anthony Browne et de Sir Charles Brandon 1er Duc de Suffolk.
Source: http://www.myoldmap.com/dominic/maryrose/

En 1534, le royaume d’Angleterre se sépare donc de l’Église catholique. Rome demande alors aux rois catholiques François Ier et Charles V d’Espagne (Charles Quint) d’envahir l’Angleterre pour détrôner Henri VIII. Toutefois, le scénario ne se déroule pas tout à fait comme le Papauté l’a imaginé ! En 1544, Charles Quint se met d’accord avec le roi anglais et attaque la France. Après avoir capturé Boulogne, le roi d’Espagne fait la paix avec la France.
Aussi, le 3 janvier 1545, François Ier annonce son intention d’envahir l’Angleterre afin « de libérer les anglais de la tyrannie protestante imposée par Henri VIII ». Le roi de France profite aussi du fait que les armées anglaises sont occupées en Ecosse et en Irlande. L’objectif du roi de France est Portsmouth, la base navale d’Henri VIII.
En mai, l’imposante flotte française est rassemblée dans l’estuaire de la Seine. Le 16 juillet, commandée par l’amiral Claude d’Annebault, la flotte appareille vers les côtes anglaises.
Le 18 juillet, la flotte française arrive en vue du port anglais. Composée de 150 navires de guerre, 25 galères et d’environ 30 000 hommes, elle entre dans le Solent sans réelle opposition de la part des anglais, qui alignent 80 navires dont le navire amiral Mary Rose et le Great Harry. La flotte anglaise étant en très forte infériorité numérique, elle s’abrite dans le port, fortement défendu.

Bataille du Solent le 19 Juillet 1545. Gravure de Cowdray.

Sous l’œil d’Henri VIII depuis le château de Southsea, l’armée française engage le combat. Les 25 galères françaises s’avancent dans le port, chacune étant équipée d’un seul gros canon à l’avant. Toutefois, cette première attaque est un échec, les français se retirent en ayant infligé assez peu de dégâts.
Pendant la journée du 19 juillet, l’attaque se poursuit. Les Français continuent à utiliser leurs galères, bien plus maniables que les vaisseaux anglais. Le seul incident notable est le naufrage du Mary Rose. Sur les 400 membres d’équipage, seuls 35 réussissent à s’échapper.

Carte représentant les positions des flottes anglaises et françaises.
Source: http://www.myoldmap.com/dominic/maryrose/

Toutefois, à part le naufrage du vaisseau amiral anglais, les français étant incapables de vaincre sur mer, passent à l’attaque sur terre et envahissent l’île de Wight.
Claude d’Annebault décide d’attaquer en trois endroits de l’île, à St Helens, Bonchurch et Sandown. Le fort de St Helens a bombardé la flotte française mais est assez facilement capturé. Le second débarquement français, à Bonchurch, ne rencontre pas de réelle opposition et avance rapidement à l’intérieur des terres. En effet, si les forces anglaises réussissent dans un premier temps à repousser les soldats français, en infériorité numérique, elles finissent par fuir la bataille. Selon la légende, le capitaine anglais Robert Fischer, ayant trop d’embonpoint pour courir aurait crié en offrant 100£ de récompense à quiconque lui donnerait un cheval. Il se dit que ces mots ont peut-être inspiré William Shakespeare dans sa pièce Richard III, où ce dernier crie : « Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! »

Southsea Castle Cannon.
Source: www.hampshire-history.com

La troisième attaque française se déroule à Sandown. Dans un premier temps, les soldats débarquent facilement sur la plage, mais aussitôt les forces locales se précipitent sur eux. Autour des falaises, surplombée par le château, une féroce bataille éclate. Les chefs français blessés, l’armée d’invasion se retire. L’évènement est commémoré par une plaque indiquant :

« Lors de la dernière invasion de ce pays, des centaines de soldats français ont débarqué ici. Cette armée fut vaincue et repoussée dans le sang par la milice locale le 21 juillet 1545. »

Intéressons-nous de plus près au naufrage du Mary Rose. D’après l’un des rares témoins oculaires, le Mary Rose avait tiré tous ses canons d’un côté et virait de bord quand elle a été prise sous une forte rafale de vent. Cependant, s’il semble avéré que le vaisseau virait bel et bien, d’autres explications peuvent être prises en compte.
Tout d’abord, l’erreur humaine. Cette bataille est en effet la première du commandant Sir George Carrew. Il se dit qu’il ne connaissait pas parfaitement son navire et qu’il aurait ordonné une manœuvre mettant en danger le navire (le navire aurait viré de bord avec les sabords encore ouverts). Une autre possibilité est le manque de qualification de l’équipage, incapable de comprendre ou d’exécuter les ordres. Cependant, les historiens mettent en doute cette dernière possibilité : il semble en effet peu probable que le vaisseau amiral d’Henri VIII ait été composé d’un équipage indiscipliné ou peu expérimenté.
La seconde théorie est liée à la météo.  Est-ce une rafale de vent qui a frappé les voiles à un moment crucial, comme l’a raconté ce témoin, et rendant momentanément le navire instable ? En effet, avec les sabords ouverts, le navire a pu être inondé et faire rapidement naufrage. Cette explication est renforcée par le poids du navire qui a été alourdi après une refonte récente due à l’augmentation de sa capacité de feu.

Peinture du Mary Rose par Anthony Roll.
Source: Wikimedia.com

Enfin, il est bien entendu possible que le Mary Rose ait été coulé par les canons de la flotte française. En effet, un boulet de canon en granit, semblable à ceux utilisés par la marine française a été retrouvé dans la soute du navire. Toutefois, il était dans un casier de tir ce qui peut indiquer qu’il s’agit en réalité d’un boulet anglais.
Après le naufrage du Mary Rose le vent tombe, laissant la flotte anglaise incapable d’engager les Français. Néanmoins, le commandant Lord Lisle, depuis le Great Harry, parvient, en utilisant à bon escient les courants et marées, à maintenir la position de la flotte anglaise, empêchant ainsi Claude d’Annebault de positionner les grands navires français. Les Anglais étant à domicile, le ravitaillement est par conséquent assuré. Pour tenter de prendre l’avantage, l’armée française tente de trouver un avantage par la mer. Malheureusement, à chaque fois, elle est contrecarrée par la météo, la géographie locale, et selon les anglais, par les compétences de leur commandant. L’invasion terrestre de l’île de Wight ne se déroule pas selon les plans français. En effet, ceux-ci, ayant pourtant réussi à se déployer en plusieurs points, ne se sont, pour une raison encore inconnue aujourd’hui, pas regroupés à l’intérieur des terres.
Si l’offensive de Bonchurch parvient, elle à avancer, l’assaut de Sandown donne lieu à une retraite des Français après la mort des capitaines, et une embuscade anglaise provoque la panique dans les forces françaises.
L’armée française se trouve face à un dilemme. Doit-elle maintenir les positions, en exposant la flotte aux possibles attaques anglaises ainsi qu’aux éléments météorologiques, et soutenir les troupes d’invasion sur l’île de Wight, ou bien se retirer ? Les commandants français estiment que pour tenir l’île de Wight, il faut construire trois forts, soit au moins trois longs mois de travaux sur un territoire hostile et en présence de forces ennemies.
Claude d’Annebault expose également les soucis de la flotte. Le ravitaillement est mal assuré, et son vaisseau amiral, la Maistresse, prend l’eau à la suite d’une mauvaise manœuvre en sortant du Havre. Après avoir perdu son autre navire principal, le Philippe, détruit par le feu avant même de quitter le port, l’amiral français ne souhaite pas risquer de perdre un autre navire principal.
Il est donc décidé de rappeler les troupes d’invasion de l’île de Wight. La flotte d’invasion lève l’ancre le 22 juillet, soit trois jours après le naufrage du Mary Rose.
Toutefois, l’armée française attaque la ville de Seaford, à 40 miles plus à l’Est le lendemain. Cette attaque a plus pour objectif le pillage que l’invasion de l’Angleterre, et après une féroce défense de la part des milices locales, les 1 500 soldats français rembarquent pour la France.

Quatre siècles après, en 1965, l’opération de récupération du Mary Rose commence. En utilisant des analyses sonar, l’équipe d’Alexander McKee découvre une forme étrange sur le fond marin. Entre 1968 et 1971, une équipe de plongeurs bénévoles explore cette région. En utilisant des dragueurs, jets d’eau et ponts aériens, l’équipe commence à excaver et est encouragée par l’apparition de morceaux de bois.
Le 5 mai 1971, le plongeur Percy Ackland découvre trois cadres portuaires du Mary Rose.
Cadres, madriers, et poutres de ponts sont vus par les plongeurs, et une série de fouilles à l’extérieur du navire sont effectuées entre 1971 et 1978. Lors de cette même année, l’équipe découvre que deux ponts ont résisté au naufrage. Elle décide alors de fouiller le navire dans son intégralité, et, en 1979, le Mary Rose Trust est fondé avec SAR le Prince Charles en tant que président.
En mars 1979, le navire de sauvetage Sleipner est amarré sur place. Grâce à ce navire, le programme de plongée peut être accéléré. Le projet, à l’origine bénévole, devient professionnel, avec des archéologues à plein temps, des restaurateurs et du personnel administratif. Les objets retrouvés dans l’épave sont ensuite stockés dans un environnement contrôlé ; les coffres, encore intacts, sont levés fermés hors de l’eau, pour être ensuite soigneusement étudiés.
En 1982, un comité s’organise afin d’étudier les différents moyens pour sortir l’épave hors de l’eau.

Épave du Mary Rose au musée de Portsmouth.

Mary Rose Museum:
Adresse: Main Road, Portsmouth P01 3PY
Prix des billets: adulte 17£ (19 €), enfant (5-15 ans): 8£ (9€), …
Horaires d’ouverture: Novembre – Mars : 10h-17h; Avril – Octobre 10h-17h30 ; fermé du 24 à 26 décembre.
www.maryrose.org

Louis Aronde

Sources et bibliographies:

www.universalis.fr/encyclopedie/bataille-de-bosworth/
www.herodote.net/22_aout_1485-evenement-14850822.php
www.universalis.fr/encyclopedie/catherine-d-aragon/
www.herodote.net/Henri_VIII_Tudor_1509_1547_-synthese-196.php
www.universalis.fr/encyclopedie/anne-boleyn/
www.historic-uk.com/HistoryUK/HistoryofEngland/The-Great-French-Armada-of-1545-The-Battle-of-The-Solent/
www.hampshire-history.com/southsea-castle-and-the-battle-of-the-solent
www.britannica.com/event/Battle-of-the-Solent
www.pastscape.org.uk/hob.aspx?hob_id=1582057
www.historyextra.com/period/tudor/mary-rose-facts-henry-viii-flagship-portsmouth-solent-when-sink/
www.bbc.com/news/uk-england-hampshire-22639505
On this day in 1545 – French troops invaded the Isle of Wight
https://maryrose.org
www.hampshire-history.com/building-the-mary-rose/
www.myoldmap.com/dominic/maryrose/

Publié dans article historique | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur La bataille du Solent (18 et 19 juillet 1545)

La bataille du Rio de la Plata. Échec et mat au Graf Spee

Crédits: Erwin Schütze

 

Le Graf Spee avant la déclaration de guerre. Notez la proue encore droite, qui sera modifiée sur les Scharnhorst ou Bismarck afin de ne pas embarquer trop de paquets d’eau dans l’Atlantique.
Source: Bundesarchiv

LKriegsmarine a été l’enfant pauvre de la politique hitlérienne de l’armement. Méconnaissance des choses maritimes ou désintérêt ? Une des raisons à ce « désamour » entre Hitler et la marine de guerre tient notamment aux buts de guerre du Führer, principalement continentaux. Qui plus est, l’Allemagne, contrairement à la France, au Royaume-Uni ou la Russie, a développé très tard une marine de guerre importante. Ce n’est qu’au début du XXe siècle avec le fameux Tirpitz que l’Allemagne tente de se hisser au niveau des autres puissances européennes. Afin de compenser ce retard, une stratégie ancienne mais modernisée est appliquée : celle de la guerre de course.

Bien que officiellement interdite depuis le traité de Paris de 1856, la guerre de course est très vite remise sur la table par les amiraux allemands, et ce dès 1914. Dans l’optique d’un conflit avec le Royaume-Uni et la France, il est vital de perturber leurs lignes de ravitaillement puisque leurs empires coloniaux peuvent subvenir à leurs besoins en temps de guerre.
Si pendant la Grande Guerre ce sont les U-Boote qui se chargent de cette guerre contre les navires de commerce, leurs homologues de surface ne sont pas inexistants. Dès les années 1930 et la refonte du programme militaire allemand, des cuirassés de poche (suite aux limitations du traité de Versailles) sont mis en chantier. Ces navires de dimensions moyennes mais à l’armement conséquent ne sont pas prévus pour affronter d’autres navires dans des batailles comme celle du Jutland, mais bien pour opérer seuls ou en petit groupe afin de déranger les lignes de communication ennemies.

Le Graf Spee à Spithead peu avant la guerre, en compagnie du HMS Renown.
Source: IWM

 

La genèse d’un hybride

Issu de la classe Deutschland, le Graf Spee voit sa quille posée le 1er octobre 1932 et prend la mer le 6 juillet 1936. Long de 186 mètres, le navire peut atteindre la vitesse de 28,5 nœuds et dispose d’une autonomie d’environ 30 000 kilomètres. Son armement consiste en six canons (placés dans deux tourelles triples) de 280 mm, huit canons de 150 cm et huit tubes lance-torpilles situés à la poupe. Le navire est manœuvré par 30 officiers et jusqu’à 1040 marins. Deux hydravions Arado Ar 196 complètent le tableau et peuvent être lancés via la catapulte intégrée au navire. Enfin, le Graf Spee est aussi le premier navire de la Kriegsmarine à être équipé d’un radar, le FMG G(gO) Seetakt.
Le blindage n’est pas le point fort du navire, sacrifié sur l’autel de la rapidité et de l’autonomie : la ceinture blindée est épaisse de 80 mm, les tourelles principales de 140 mm de face et le blindage du pont oscille entre 17 et 45 mm en fonction des endroits.
La carrière opérationnelle du Graf Spee démarre lors de la Guerre d’Espagne quand le navire effectue entre août 1936 et mai 1937 des « patrouilles de neutralité » (sic) près des côtes espagnoles. Le cuirassé de poche enchaîne ensuite jusqu’en 1939 des visites de courtoisie dans de nombreux ports comme Lisbonne, Tanger ou Vigo. Le 21 août de la même année, le Graf Spee part de Wilhelmshaven vers sa nouvelle assignation : l’Atlantique sud.

Un corsaire dans l’Atlantique sud

Le HMNZS Achilles.
Source: State Library Victoria

À la déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne, Hitler ordonne aux navires présents de démarrer la guerre de course contre les lignes commerciales alliées. Le protocole est simple : le cuirassé de poche, à l’approche d’un navire ennemi, doit l’arrêter, y chercher de la contrebande, évacuer l’équipage puis le couler. Cette (longue) approche de la guerre de course permet d’éviter de faire de victimes humaines, et ce afin de ménager les puissances occidentales mais aussi les neutres comme les États-Unis. Le Graf Spee reçoit l’ordre d’éviter le combat, mais n’est pas le seul navire allemand à tenter de perturber les lignes commerciales alliées.
Le 11 septembre, alors que le cuirassé de poche est en train de se ravitailler au pétrolier Altmark aux Canaries (et n’a pas commencé ses attaques), un de ses Arado repère le HMS Cumberland, croiseur de la classe County, bien décidé à venir inspecter ces navires. Les deux Allemands s’échappent de peu, et le 26 septembre, le Kapitän zur See Langsdorff (capitaine du Graf Spee) reçoit les ordres de commencer les attaques. Le TSS Clement, vapeur britannique, est repéré au large du Brésil puis coulé le 30. Mais le navire a eu le temps d’émettre un message qui va être funeste pour le navire allemand, le fameux « RRR » (message prédéfini pour caractériser une attaque par un corsaire). De suite, la Royal Navy connaît la position de l’Allemand, et le 5 octobre, une flottille franco-britannique composée de huit groupes se lance à sa poursuite. Les porte-avions HMS Hermes, Eagle, et Ark Royal côtoient le porte-aéronefs français Béarn, le HMS Renown, les Dunkerque et Strasbourg ainsi que 16 croiseurs.
Jusqu’au 17 octobre, le cuirassé de poche échappe à ses poursuivants et inscrit de nouvelles victoires à son tableau de chasse. Il est même repéré par un avion britannique… qui le confond avec un cuirassé français. Fin octobre, afin de tromper les Alliés qui sont à sa poursuite, le Graf Spee rentre dans l’océan Indien et fait cap vers Madagascar. Mais le navire a besoin de carburant : entre le 17 et le 26 novembre, il rencontre l’Altmark de retour dans l’Atlantique sud. L’équipage en profite pour camoufler son navire en construisant un leurre de tourelle à la proue. Après coup, son appareil de reconnaissance repère le marchand Doric Star, qui est coulé par le Graf Spee mais a le temps d’envoyer un message. Les Alliés savent de nouveau où est le corsaire allemand : le Commodore Henry Harwood à la tête de la Force G redirige ses navires vers l’embouchure du Rio de la Plata, qu’il juge comme la prochaine destination du corsaire allemand.

Lors de la poursuite du Graf Spee, le HMS Ajax vu du HMNZS Achilles.
Source: IWM

La nuit du 7 décembre, le Graf Spee rencontre et coule sa dernière victime, le marchand Streonshalh. L’équipage de prise y trouve à bord des documents confidentiels ; Langsdorff décide donc de se rendre à Montevideo, en Uruguay.

Les Britanniques approchent

Le 13 décembre 1939, les trois croiseurs britanniques (HMS Ajax, HMS Exeter et HMNZS Achilles) croisent à environ 700 km de Montevideo. À 06h10, de la fumée est signalée au nord-ouest de leur position ; c’est le HMS Exeter qui est envoyé voir par Harwood. Six minutes plus tard, Bell, le commandant du croiseur, envoie un signal optique à Harwood : « Je pense que c’est un cuirassé de poche » puis il décide de dresser le drapeau N à son mât. Le signal est clair pour les croiseurs britanniques : l’ennemi est en vue.
De son côté, Langsdorff a bien identifié le HMS Exeter, mais pas les deux autres, qu’il prend pour des destroyers escortant un convoi marchand. L’Allemand doit faire entière confiance à ses vigies car son appareil de reconnaissance est en panne depuis quelques jours. L’optique de détruire un convoi lui plaît ; Langsdorff décide donc de se déplacer dans leur direction pour engager les Britanniques. Mais plus son navire se rapproche des Britanniques, plus le Kapitän zur See se rend compte de son erreur : il n’y a pas un croiseur mais trois. Voulant prendre l’initiative, il pousse les moteurs de son navire à 24 nœuds en espérant détruire le navire marchand à vapeur qu’il a repéré. Cette tactique est sa première erreur : pourquoi chercher à aller au contact alors que ses canons de 280 mm peuvent toucher les Britanniques sans espérer un tir en retour ?

Cliché pris sur le HMS Exeter après les combats contre le Graf Spee. L’étendue des dégâts est énorme.
Source: IWM

De leur côté, les Britanniques développent leur plan de bataille classique : le HMS Exeter prend un cap nord-ouest tandis que les deux autres navires font cap nord-est. Le but est de forcer le navire allemand à éparpiller ses tirs. À 6h18, le Graf Spee ouvre le feu à 17 km sur le HMS Exeter, qui réplique à 6h20. Un vrai déluge de feu s’abat alors sur le cuirassé de poche allemand : le HMNZS Achilles tire à 6h21, l’Exeter une nouvelle fois à 6h22 puis l’Ajax à 6h23. Le Lieutenant-Commander Richard Jennings, officier responsable du tir sur le HMS Exeter, raconte l’échange de tirs :

« Alors que je me déplaçais sur le pont, le capitaine m’interpelle, mais pas de la manière habituelle avec le “Ennemi en vue, etc” mais un tonitruant “C’est le putain de Scheer ! Ouvrez le feu !” Tout au long de la bataille, l’équipage du Exeter pense combattre le Scheer. »

À 6h23, un obus de la troisième salve du Graf Spee pénètre dans le HMS Exeter. Les servants des tubes lance-torpilles sont fauchés, l’hydravion Walrus est détruit, les appareils de communication du navire sont endommagés. Trois minutes plus tard, un nouvel obus allemand frappe la tourelle « B », la mettant hors service. Les communications sont tellement mauvaises à l’intérieur même du navire que le capitaine doit utiliser des estafettes pour le diriger.
Au même instant, l’Ajax et l’Achilles se rapprochent du Graf Spee, qui réoriente ses tubes. L’Exeter tire à 6h30 deux torpilles mais aucune ne touche l’Allemand. Huit minutes plus tard, deux nouveaux obus frappent le croiseur britannique. C’est la tourelle « A » qui est cette fois détruite, et le deuxième obus allume un incendie dans la coque. Le HMS Exeter est en mauvais état, et seul Jennings dirige sa tourelle, criant des ordres depuis son toit. Mais les obus britanniques ont aussi fait mouche : deux projectiles de 203 mm ont allumé un incendie dans le corsaire allemand et détruit ses réserves de carburant. Le Graf Spee n’a plus que 16h de consommation, scellant de fait son sort.

Cliché pris dans la rade de Montevideo : le Graf Spee est déjà endommagé, des impacts se distinguant sur sa coque.
Source: US Nara

La fuite du Graf Spee

    Le Kapitän zur See Langsdorff sait que la survie de son navire réside dans la fuite. Il fait déployer un écran de fumée puis s’enfuit au nord-ouest. Les croiseurs britanniques le suivent, même le HMS Exeter qui gîte de plus en plus. À 7h16, le Graf Spee oriente ses canons afin de couler le croiseur britannique endommagé, mais les tirs des autres croiseurs l’en empêchent. Pendant vingt minutes, des échanges de tirs vont se succéder, sans permettre de neutraliser un ou l’autre des belligérants. Vers 7h40, les Britanniques commencent à manquer de munitions et font cap est : Harwood veut attaquer le corsaire allemand de nuit. Commence alors une poursuite : les navires anglais gardent le contact visuel et radar avec le Graf Spee, et l’Amirauté britannique est prévenue. Le HMS Cumberland, croisant non loin, est appelé en renfort ; tous les navires britanniques aux alentours doivent se rendre à l’embouchure du Rio de la Plata.
À 10h05, le HMNZS Achilles, ayant surestimé la vitesse du corsaire allemand, reçoit quelques salves et doit s’abriter derrière un écran de fumée. Une heure plus tard, le HMS Ajax reçoit un message sur la fréquence d’urgence internationale émanant du Graf Spee, lui demandant de prendre en charge des naufragés en canot de sauvetage. En effet, le SS Shakespeare tirant des esquifs a pu échapper au corsaire allemand. La poursuite continue jusqu’à la fin de la journée ; à 19h15, c’est au HMS Ajax de se faire tirer dessus par le Graf Spee. Harwood en est maintenant certain : l’Allemand va se replier dans le Rio de la Plata.

Le corsaire allemand fait son entrée dans Montevideo aux alentours de minuit. L’Uruguay est alors officiellement neutre mais affiche une sympathie pour les Britanniques.

Gros plan du Graf Spee à son entrée dans Montevideo ; les impacts sont visibles ici aussi.
Source: US Nara

Quand le droit s’en mêle

    Le Kapitän zur See Langsdorff est bien embêté en ce 14 décembre 1939. Le choix de l’Uruguay n’est pas judicieux, celui de l’Argentine l’aurait été bien plus. De plus, la 13e convention de la Hague, signée en 1907, interdit à un navire de belligérant de rester plus de 24h dans un port neutre. Les diplomates britanniques font alors pression sur le gouvernement uruguayen pour le forcer à faire respecter cette convention. Langsdorff en profite pour déposer 61 prisonniers britanniques à terre, et demande aux Uruguayens l’autorisation de rester deux semaines pour procéder à des réparations.

Le Kapitän zur See Hans Langsdorff à Montevideo lors de l’enterrement des marins allemands tombés au combat.
Source: Bundesarchiv

Mais la 13e convention de la Hague est encore invoquée par Londres, dans une stratégie surprenante afin de laisser le corsaire allemand à quai le temps d’amener des renforts. L’article 16 de la convention impose, dans le cas où un navire marchand et un navire de guerre ennemis se trouvent dans un même port, un délai de 24 heures au navire de guerre après le départ d’un navire marchand. Paris et Londres commencent alors à dérouter leurs navires marchands vers Montevideo… pour les faire partir à intervalles de 24 heures, afin de garder le Graf Spee à quai. Une opération d’intoxication britannique est aussi montée afin de faire croire au corsaire allemand qu’une force importante l’attend non loin. En réalité, seul le HMS Cumberland est dans les environs, mais l’annonce de la présence du HMS Renown, entre autre, terrifie les Allemands. Les croiseur britanniques en profitent pour rester invisibles mais évacuent beaucoup de fumée afin de gonfler artificiellement leur nombre.
Le temps joue contre les Allemands. Langsdorff ne peut espérer aucune aide ; de plus, son navire n’a plus de munitions que pour 20 minutes de tir. La stratégie d’enfumage des Britanniques fonctionne à merveille : le Kapitän zur See contacte l’amirauté de la Kriegsmarine. Plusieurs options lui sont suggérées, et seule une est interdite : l’internement en Uruguay. Le 17 décembre, Langsdorff décide de saborder son navire. Pour lui, mieux vaut éviter des pertes humaines dans une bataille qu’il ne pourrait de toute façon pas gagner.

Le Graf Spee juste après son sabordage. Des fumerolles s’échappent du navire, qui commence à gîter.
Source: IWM

Après son sabordage, le Graf Spee ne laisse apparaître que ses superstructures, comme un canon secondaire ici.
Source: US Nara

Autre cliché du Graf Spee sabordé. La tourelle arrière a été sortie de son berceau par les explosions.
Source: US Nara

La fin du Graf Spee

Le même jour, les munitions restantes du cuirassé de poche sont réparties dans le navire, qui est déplacé le lendemain dans la rade de Montevideo. L’équipage est récupéré par un remorqueur argentin, et à 20h55, le Graf Spee explose.
Le 19 décembre, Langsdorff et le reste de l’équipage sont à Buenos Aires, en Argentine. Dans l’hôtel Nava, l’ancien capitaine du Graf Spee écrit une lettre à sa famille, dépose le pavillon de son navire au sol, s’allonge dessus et se suicide d’une balle dans la tête. Il sera enterré dans un cimetière de Buenos Aires. Les corsaires allemands, eux, vont continuer à rôder sur les océans…

Ludwig Becker

Sources:

Magazine « Los! », n°2

http://www.los-mag.com/LOS2.htm

 

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La bataille de Remagen

Crédits: Erwin Schütze

Les Alliés, après avoir gagné la bataille des Ardennes, ont pour objectif de traverser le Rhin. Malheureusement, la plupart des ponts traversant le Rhin sont détruits, mais le pont ferroviaire Ludendorff tout proche de Remagen est toujours debout.

Le pont Ludendorff avant les combats.
Source: Blogosphere Mara Jade

Le retrait des Allemands

Les officiers allemands ont reçu pour ordre direct d’Hitler qu’après l’évacuation des civils et des milliaires tous les ponts traversant le Rhin soient dynamités pour ralentir la progression alliée. Le capitaine de réserve Bratge commande une section de 36 soldats avec pour but de dynamiter le pont. Bratge veut détruire le pont le plus vite possible, mais un certain major du nom de Hans Scheller prend la relève du commandement dans la nuit. Lui veut garder le pont intact le plus longtemps possible pour évacuer le plus de soldats possible.

L’avancée alliée

Les armées des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni lancent une offensive le 8 février 1945. Les Alliés progressent vite ; ils prennent Euskirchen – capitale de l’arrondissement du même nom – le 4 mars et le lendemain atteignent Cologne à 50 km, où ils vont devoir livrer d’âpres combats. Les troupes arrivent à Remagen dans la matinée du 7 mars.

La découverte du pont

Le plan de base était que la 9e Division blindée prenne la ville de Remagen et rejoigne la 3e armée de Patton. En effet, les Américains croyaient que le pont allait être détruit sous peu. Mais lorsque le lieutenant Karl H. Timmermann, commandant la compagnie A du 14e Bataillon de chars, arrive sur les hauteurs de Remagen, ce dernier fait remonter l’information selon laquelle le pont est intact et les plans changent. La priorité est maintenant donnée à la capture du pont. Cependant, des renseignements indiquent que le pont va être détruit vers 16h ; il s’agit de faire vite.

L’attaque de la ville

Vers les 9h, une task force est créée pour prendre le pont. Elle est composée d’un peloton du 89e Escadron de reconnaissance, quelques véhicules de la compagnie A du 27e Bataillon d’infanterie blindée, d’un peloton de la compagnie B du 9e Bataillon du génie blindé, et enfin des trois compagnies du 14eBataillon de chars.

Aux environs de 13h, l’assaut est donné sur la ville quasiment déserte, car tous les habitants sont partis se réfugier sous le tunnel de l’autre côté du fleuve, qui abrite la voie ferrée qui traverse le pont. La résistance est faible et en moins de 2 heures les hommes et les véhicules ont traversé et sécurisé la ville. Les pershing prennent place au pied du pont et font taire les quelques rares DCA ayant le courage de leur tirer dessus.

La prise du pont.
Source: Blogosphere Mara Jade

La prise du pont

À 15h20, les Allemands déclenchent le dispositif de mise à feu. Mais pour une raison inconnue il ne marche pas, donc un volontaire part déclencher manuellement le dispositif de mise à feu. Cela permet de ne déclencher qu’une des deux charges principales, le câble de l’autre étant sûrement endommagé. Une fois la fumée et la poussière dispersée, ils découvrent un pont fragilisé, mais tenant toujours debout à cause d’une pénurie d’explosifs – de mauvaise qualité, de surcroît.

À 15h30, Timmermann ordonne l’assaut du pont long de plus de 300 mètres. Les hommes progressent à pied, car l’accès au pont a été endommagé, empêchant d’y déployer les véhicules. Arrivés au milieu du pont, les Alliés sont pris pour cible par des MG42 situées dans les tours en face, en plus des snipers cachés sur la rive dans une embarcation échouée. Les blindés restés sur la rive opposée leur viennent en aide en ouvrant le feu sur les deux positions allemandes. Les tirs s’arrêtent et la progression reprend. Des hommes du génie suivent Timmermann pour désamorcer les charges et les jeter dans le fleuve.

Arrivé au pied des tours, le sergent Joseph de Lisio s’attaque seul à celle de droite et capture cinq Allemands, pendant qu’un autre groupe capture celle de gauche et fait un prisonnier. Le pont est sous contrôle, mais il reste encore deux endroits importants à sécuriser. Ce même sergent, aidé d’un de ses hommes, se lance dans le tunnel rapidement ; les civils et les militaires en sortent en hissant le drapeau blanc.

Pendant ce temps, des hommes de la compagnie B partent à l’assaut des positions allemandes sur la colline. Durant l’ascension, les premiers hommes se font tuer, car par miracle la prise du pont n’a encore fait aucun mort chez les Alliés. Arrivés en haut, ils constatent que les Allemands ont déserté leurs positions. Mais la bataille pour le pont commence à peine. Le lendemain, les Américains s’emparent d’Unkel – un village situé à environ 4 km au nord.

Le pont endommagé après sa capture.
Source: Blogosphere Mara Jade

Le pont endommagé après sa capture.
Source: U.S. National Archives and Records Administration

Un soldat examinant le pont depuis la colline du côté allemand.
Source: Blogosphere Mara Jade

La contre-attaque allemande

Le général Eisenhower ordonne de créer une tête de pont d’au moins 5 divisions. Vers minuit, les premiers véhicules traversent le pont et en 24 heures plus de 8 000 hommes suivent. Mais les Allemands font tout pour s’y opposer ; des centaines de pièces d’artillerie sont amenées pour pilonner le pont. Même un mortier Karl de 540 mm, construit pour détruire des fortifications, tire 11 obus avant de tomber en panne ! Entre le 8 et le 9 mars, environ 3 000 obus sont tirés sans que le pont ne subisse de gros dégâts.

L’aviation est aussi appelée en renfort. Du 8 au 10 mars, des centaines d’avions tentent leur chance : du Stuka à l’Ar-234, premier bombardier à réaction de l’histoire. Néanmoins, l’aviation n’as pas plus de succès que l’artillerie, à cause des canons anti-aériens amenés en masse. Les Allemands envoient même le premier missile balistique de l’histoire, le V-2. Du 11 au 17 mars, 11 V-2 sont tirés sur le pont, en vain ; ils sont trop peu précis pour toucher leur cible.

L’effondrement du pont

Le 17 mars, soit 10 jours après sa capture, le pont se met à trembler et s’écroule soudainement. Le bilan est de 32 morts pour 63 blessés. Entre temps, plus de 25 000 hommes ont traversé le fleuve, ce qui a permis de créer une tête de pont solide.

Le pont le 17 mars.
Source: The National Archives and Records Administration (NARA)

À l’issue du conflit, le lieutenant Timmermann et le sergent Joseph de Lisio sont décorés pour leurs actions. Timmermann participe ensuite à la guerre de Corée, dont il réchappe, avant de mourir peu de temps après à cause d’un cancer. Aujourd’hui, seules les tours du pont ont survécu et certaines ont été transformées en musée.

Les tours aujourd’hui.
Source: Blogosphere Mara Jade

Yoshida Itsuru

Sources:

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_de_Remagen
  2. https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=en&u=https://army.togetherweserved.com/army/servlet/tws.webapp.WebApp%3Fcmd%3DShadowBoxProfile%26type%3DPerson%26ID%3D279554&prev=search
  3. https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=en&u=https://en.wikipedia.org/wiki/Karl_H._Timmermann&prev=search
  4. https://www.secondeguerre.net/articles/evenements/ou/45/ev_remagen.html
  5. http://jacqueline-devereaux.blogspot.fr/2009/03/7-mars-1945-allemagne-capture-du-pont.html
  6. https://www.dailymotion.com/video/x2mbh54
  7. http://ostfront.forumpro.fr/t590-le-pont-de-remagen
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Les animaux de guerre

Crédits: Erwin Schütze

Introduction 

Depuis de nombreux siècles les animaux sont utilisés comme armes de guerre : depuis les éléphants de l’époque d’Alexandre le Grand à nos jours. Beaucoup d’animaux servirent dans les rangs des différentes nations du monde et parfois de manière inattendue. Aujourd’hui, nous allons revenir sur certains animaux du XXe siècle, qui purent marquer leurs époques de manière héroïque ou par leurs audaces.

 

Pigeon

Les pigeons furent beaucoup utilisés pendant la première guerre mondiale, notamment en tant que messagers. On pouvait même retrouver des caisses de transport de pigeons sur des motos, dans des bus londoniens reconvertis en pigeonniers roulants, dans des navires et même des chars. L’avantage de ces pigeonniers roulants était qu’ils suivaient le champ de bataille. Dans le cas des unités à terre ou des chars, il pouvait s’agir du dernier moyen de communication. Comme dans le cas du commandant Raynal, qui défendait le fort de Vaux :

« Nous tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. Faites-nous donner de suite toute communication optique par Souville, qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon. Signé : Raynal »

Gravement intoxiqué au gaz le pigeon mourut en arrivant au colombier de Verdun ; il fut cité à l’ordre de la nation.

Pareillement, une unité de chasseurs à pieds s’était retrouvée isolée, les moyens de communication coupés par l’artillerie ennemie et les fumées empêchant tout contact visuel. Un pigeon fut alors envoyé pour porter ce message :

« Sommes sous le Souchez. Subissons lourdes pertes, mais le moral est très élevé. Vive la France ! »

L’artillerie allongea alors ses tirs et l’unité put être secourue.

Un bus londonien transformé en pigeonnier roulant durant la 1ère guerre mondiale.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Colombophilie_militaire

Cependant, les pigeons n’avaient pas que des missions de messagers, mais aussi d’espions. Équipés d’appareils photos ou de petites caméras, les pigeons passaient au-dessus des lignes adverses pour prendre des images des positions ennemies. Toutefois, cette technique restait plus qu’aléatoire, surtout pour les appareils photos qui pouvaient être équipés d’un minuteur.

Les pigeons restèrent très utilisés comme messagers durant de nombreuses années, notamment aussi durant la deuxième guerre mondiale, malgré le développement de la radio. La dernière unité européenne à employer des pigeons était le 8e régiment de transmission de l’armée française, dissous en août 2014.

Pigeon espion durant la Grande Guerre.
Source: wikipedia.org

Membre d’équipage d’un bombardier Lancaster emportant 2 boîtes à pigeon durant la seconde guerre mondiale.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Colombophilie_militaire

Même si les pigeons étaient souvent utilisés pour leurs remarquables capacités de repérage dans l’espace afin de transmettre les messages, l’armée américaine, durant la seconde guerre mondiale, leur trouva une autre utilité, connue sous le nom de projet Pigeon.

Les pigeons n’ont pas qu’un bon sens de l’orientation, ils sont aussi loin d’être idiots et disposent d’une très bonne vue. Le psychologue Burrhus Frederic Skinner entraîna des pigeons à garder une image au centre d’un écran. Si le pigeon y arrivait, alors il recevait de la nourriture en récompense. La première tête chercheuse était née, il suffisait d’entraîner le pigeon à garder l’image d’un navire au centre de la cible et le tour était joué.

Le système fonctionnait par contact électrique : l’image était placée sur une surface conçue avec de nombreuses petites plaques électriques, et une petite plaquette de fer était placée sur le nez du pigeon. Quand le pigeon tapait sur un carré, cela fermait le contact, ce qui donnait des informations au missile pour rectifier sa trajectoire si le pigeon ne tapait pas le centre de l’image.

Plusieurs types de missile était prévus, allant de 1 à 3 pigeons par missile. Le plus retenu était celui à 3 pigeons, où le missile retenait la décision de la majorité pour le guidage. Néanmoins, les pigeons n’étaient pas infaillible, par exemple les nuages, la nuit, le nombre de navires ou encore leur ombre pouvait gêner les pigeons dans leurs guidages et faire tomber la bombe à côté de la cible.

Bien que sceptique, l’armée américaine alloua un budget de 25 000 $, mais le projet Pigeon fut annulé en octobre 1944 alors que 64 pigeons était déjà formés et ne manquaient jamais leurs cibles, même avec des sons stressants comme celui des détonations. D’autres technologies comme le radar ou la bombe atomique étaient dorénavant jugées plus importantes. L’idée fut ensuite reprise dans les années 40 pour le guidage des missiles intercontinentaux, sous le nom de projet Orcon pour ORganic Control. Cependant, là encore, le projet fut abandonné au profit d’un guidage radar.

Cône d’une bombe avec un pigeon.
Source: http://cyberneticzoo.com/bionics/1940-project-pigeon-1948-project-orcon-b-f-skinner-american/

Bombe Pelican qui devait accueillir le cône de guidage.
Source: Ibid.

 

Chien

Les chiens étaient utilisés depuis l’Antiquité pour des fonctions militaires, notamment la garde de lieux. Ils furent de nouveau beaucoup utilisés durant la 1ère guerre mondiale comme garde ou encore escorte pour les éclaireurs. Ces chiens pouvaient être envoyés dans des recoins où les ennemis se cachaient. Ils pouvaient aussi être utilisés pour porter ou tracter des charges dans des lieux difficiles d’accès comme les montagnes où ils supportaient mieux le froid que les mules. Et tout comme les pigeons, ils servaient aussi de messagers pouvant même transporter des colis.

Ne dit-on pas que le chien est le meilleur ami de l’homme ? Eh bien, certains chiens étaient entraînés à chercher  les blessés sur le champ de bataille, pour ensuite s’emparer d’un de leurs vêtements et le rapporter aux secours qui allaient ensuite suivre le chien jusqu’au blessé.

En outre, les chiens étaient des soldats, donc comme tout soldat ils possédaient un livret civil et militaire avec une plaque d’identité et un équipement. Les chiens pouvaient même recevoir un grade comme Studdy, être promus au grade de soldat pour leurs faits d’armes. Ces chiens étaient soit réquisitionnés, soit donnés par la SPA, soit prêtés par leurs propriétaires ou encore même trouvés dans la rue. On estime qu’environ 100 000 chiens participèrent à la première guerre mondiale.

Les chiens continuèrent d’être utilisés dans les conflits ultérieurs : pendant la seconde guerre mondiale ou encore pendant la guerre du Vietnam. Durant cette dernière, les chiens servaient notamment de sentinelle pour les camps américains ; ils empêchaient les attaque surprises sur les bases. Grâce à eux on estime qu’environ 10 000 vies américaines furent sauvées. Aujourd’hui, les chiens sont toujours utilisés comme chiens d’attaque ou comme sentinelles, certains étant même entraînés pour déminer le terrain – avec une efficacité toute relative.

Chiens tractant de l’armement léger durant la grande guerre.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_de_guerre

Chien médecin durant la première guerre mondiale.
Source: Ibid.

Régiment d’éclaireurs avec chiens durant la seconde guerre mondiale.
Source: Ibid.

Chien d’attaque portant un gilet pare-balle durant un exercice.
Source: Ibid.

Je vais revenir sur l’armée soviétique qui avait un grand intérêt pour les chiens tout le long de son existence, et pas seulement pour les chiens soldats « traditionnels ». Dans les années 1930, l’URSS développa des chiens anti-char aussi appelés bombe-chien ou chien-mine. Le principe consistait à entraîner les chiens à se nourrir sous les chars avec une charge sur le dos. Ensuite, les soviétiques privaient leurs chiens de nourriture durant plusieurs jours et remplaçaient la charge par une quinzaine de kilogrammes d’explosif, avant de lâcher chaque chien près d’un char ennemi.

Le dispositif était mis à feu par un simple bâton de bois qui se couchait lorsque le chien passait sous le char. L’effet était souvent dévastateur, car le dessous des chars était l’un des endroits le moins bien protégé par le blindage, mais le chien n’avait aucune chance de survie.

Bien sûr, il y avait quand même quelques autres inconvénients, comme le fait que les chiens pouvaient être effrayés par le bruit des combats et donc retourner vers les troupes soviétiques. Cela fut le cas en 1942, où une division fut obligée de battre en retraite à cause des chiens apeurés. Par ailleurs, il y avait aussi le fait que les chiens se repéraient au bruit et à l’odeur du moteur. Or, les chars allemand roulaient à l’essence, alors que les chars soviétique roulaient au diesel. Durant leur entraînement, les chiens était entraînés à se nourrir sous des chars russes, et donc avaient tendance à se glisser sous ces derniers plutôt que sous ceux allemands.

Malgré ces multiples inconvénients, des chiens furent entraînés jusqu’en 1996. Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands durent donc prendre des mesures, car les chiens étaient des cibles rapides et difficiles à atteindre pour les mitrailleuses placées sur les chars. L’emploi du lance-flamme, quoique très efficace pour protéger les chars, n’arrêtait pas certains chiens comme les Dobermanns, qui n’avaient pas peur du feu. On estime aujourd’hui que, durant la guerre, les chiens détruisirent environ 300 chars ennemis, dont une douzaine pour approximativement 60 chiens utilisés durant la bataille de Koursk.

École des chiens de guerre en 1931.
Source: Ibid.

Entraînement d’un chien anti-char.
Source: http://www.passionmilitaria.com/t48929-les-chiens-antichars

Mécanisme de destruction anti-char.
Source: http://capchiens.forumpro.fr/t237-14-18-des-animaux

Chien portant le mécanisme anti-char.
Source: http://ostfront.forumpro.fr/t377p15-les-chiens-explosifs-de-l-arme-rouge

 

Chauve-souris

Les chauves-souris tadarides du Brésil sont de petites chauves-souris musclées vivant par millions dans des grottes du nouveau Mexique. Ces petites chauves-souris peuvent porter plusieurs dizaines de grammes et elle rentrent dans un état d’hibernation quand la température baisse.

Connaissant cela, le dentiste Lytle S. Adams eut une idée. Les Japonais étaient très bien préparés contre les incendies, car la majorité de leurs bâtiments étaient faits de bois et de paille. Il eut donc comme idée d’utiliser les chauves-souris pour provoquer des centaines d’incendies à la fois. Son idée fut proposée au président américain par l’intermédiaire de la femme de celui-ci : Eleanor Roosevelt.

Louis Fiester conçut des bombes au napalm pesant de 17 à 28 grammes, spécialement conçues pour être transportées par les chauves-souris, avec explosion à retardement. Le déroulement devait être le suivant. Des bombardiers B-24 transportaient plusieurs bombes contenant les chauves-souris. Du fait des températures basses, les chauves-souris rentreraient dans un état d’hibernation. Peu avant l’aube, les bombes étaient larguées, lorsqu’elles arrivaient à 300m, un parachute s’ouvrait et la bombe laissait plusieurs plateaux se déplier. Les 1040 chauves-souris par bombe reprenaient tranquillement leurs esprits. Profitant de l’obscurité et de leur vol silencieux, les chauves-souris s’envolaient trouver un abri dans les bâtiments japonais, pour que peu de temps après les bombes explosent et provoquent de nombreux incendies dans un rayon de 70km.

Grâce à des tests réalisés sur une ville réduite, on put déterminer que les bombes à chauves-souris provoqueraient entre 3 600 et 4 750 feux, alors que les bombes ordinaires provoqueraient entre 160 et 400 feux. Malgré cela, plusieurs problèmes subsistaient, comme le poids des bombes, ou encore que pendant les premiers tests les chauves-souris ne se réveillaient pas à temps et mouraient lorsque le conteneur touchait le sol.

Cependant, un incident plus grave arriva en mars 1943. Plusieurs chauves-souris s’échappèrent avec leurs bombes armées, pour aller chercher refuge dans des endroits à l’ombre. Malheureusement pour les Américains, un des rares endroits où il y a de l’ombre dans une base du Texas, c’est sous les réservoirs de carburant. Je pense que je n’ai pas besoin de vous dire la suite, vous l’imaginerez très bien tout seul. Le résultat fut de plus de 6 bâtiments complètement détruits et plusieurs autres endommagés.

Suite à cet incident, le projet fut passé à la marine américaine et renommé « projet X-ray ». Bizarrement, ce ne fut pas cet incident qui causa la fin du programme, mais sa lenteur de développement. Le projet n’aurait été prêt que pour la mi-1945, c’est pourquoi les autorités américaines préférèrent allouer le budget du projet X-ray au développement de la bombe atomique. En 1944, le projet fut définitivement annulé, malgré la remarquable efficacité qu’eurent les chauves-souris sur la base américaine. Le docteur Adams maintint que sa solution aurait été tout aussi efficace, sans avoir les effets dévastateurs de la bombe atomique et déclara à ce propos :

« Imaginez des milliers d’incendies survenant simultanément dans un disque de 70 km de diamètre autour de chaque bombe larguée. Le Japon aurait pu être dévasté, mais avec cependant un faible nombre de vies perdues. »

En définitive, malgré son insistance, son génie et son brin de folie, le Docteur Adams ne vit jamais son arme employée.

Bombe conteneur pour le largage de chauve-souris.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombe_%C3%A0_chauves-souris

La reproduction de la ville pour les tests.
Source: Ibid.

Incendie de la base du Texas.
Source: Ibid.

 

Ours

Les ours furent utilisés pendant l’époque romaine pour se battre dans les cirques, mais je vais vous raconter l’histoire d’un ours un peu plus moderne en particulier : l’ours Wojtek.

Pendant la seconde guerre mondiale, l’armée polonaise se battait sous commandement britannique. Lors d’un séjour en Irak, la 22e compagnie d’artillerie du deuxième corps polonais recueillit auprès d’un petit garçon irakien un ourson devenu orphelin lorsque sa mère fut abattue par des chasseurs. L’ourson fut nourri de miel, de lait, de pain, de fruits, de confiture et même de conserves de viande. L’ours grandit vite et dépassa les 1m80 pour plus de 100kg.

l’ourson Motjek.
Source: https://sites.google.com/site/armeepolonaisesuite/wojtek-l-ours-soldat

Malgré cette carrure impressionnante, les soldats aimaient leur nouveau compagnon. Ils lui donnaient des bières ou des cigarettes, dont l’ours raffolait même s’il finissait toujours par les avaler. Cependant, l’ours était aussi un grand sportif, et les soldats les plus téméraires l’affrontaient à la lutte. Même avec ses muscles puissants l’ours ne blessait sérieusement personne, peut-être quelques uniformes déchirés et des griffures mais rien de grave. L’ours faisait aussi preuve d’une grande intelligence et pouvait même saluer sur commande.

Wojtek luttant avec un soldat.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Wojtek_(ours)

L’ours par sa taille disposait de son propre dortoir : une caisse en bois aménagée spécialement pour lui. Néanmoins, l’ours préférait parfois dormir sous la tente avec ses soigneurs. Et lorsque les chaleurs se faisaient trop fortes, l’ours n’hésitait pas à aller sous les douches pour se désaltérer et se rafraîchir, si bien qu’à cause de son comportement le régiment pouvait souffrir de pénurie d’eau. Et les soldats les plus farceurs apprenaient à l’ours à faire peur aux nouvelles recrues. Wojtek se payait même le luxe de voyager en camion à côté du conducteur.

Wojtek avec ses soigneurs.
Source: http://forum-auto.caradisiac.com/automobiles-mythiques-exception/voitures-anciennes/sujet387070-3150.htm

Cependant, l’entraînement touchait à sa fin et le régiment polonais fut envoyé en Italie. Pour pouvoir suivre les soldats polonais sur les navires anglais, l’ours fut enrôlé dans l’armée polonaise, obtenant un grade et un statut militaire. Le soldat de première classe Wojtek ne recevait pas de solde, mais une double ration de nourriture.

Wojtek montant sur un navire.
Source: https://bridoz.com/wojtek-lours-soldat-qui-a-combattu-les-nazis-pendant-la-guerre/

L’avance des Alliés était bloqué en Italie par la ligne Gustave, un peu l’équivalent de la ligne Maginot qui coupait l’Italie en deux d’est en ouest. La route de Rome était bloquée par cette ligne et la position du mont Cassin fortement défendue. Des attaques britanniques, américaines et françaises avaient échoué à reprendre la position stratégique. Les polonais comptaient bien marquer cette guerre, mais à leur façon, et Wojtek y participa bien sûr.

Pas en première mais en seconde ligne, alors que ses soigneurs étaient parti se battre. L’ours restait enchaîner près des canons, et Wojtek imita les hommes qui portaient les munitions. Les lourdes caisses devaient être portées par 3 ou 4 hommes, mais Wojtek pouvait très bien en transporter une à lui tout seul. Ainsi, l’offensive polonaise fut un succès, peut-être les soldats se sentaient-ils protégés par leur compagnon qui fournissait une couverture d’artillerie.

Insigne de la 22eme compagnie d’artillerie du deuxième corps polonais.
Source: Ibid.

Après cette bataille, Wojtek fut promu caporal et l’insigne du régiment fut changée pour un ours transportant un obus. Lorsque la guerre prit fin, de peur que le symbole de l’ours soit récupéré par les soviétiques, Wojtek fut envoyé en Écosse avant d’être démobilisé en 1947 et accueilli par le zoo d’Édimbourg, où ses anciens compagnons allaient le voir et lui donnaient cigarette ou bière. Il mourut en 1963 d’un cancer de l’œsophage, surement dû à sa grande consommation de bières et de cigarettes. Deux statues de lui furent érigées : une à Cracovie et une à Édimbourg.

Statue de Wojtek à Cracovie.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Wojtek_(ours)

Statue à Édimbourg de l’ours Wojtek.
Source: https://www.amusingplanet.com/2018/02/wojtek-bear-that-drank-beer-and-went-to.html

 

Chat

Les chats sont des animaux de compagnie depuis déjà un bon moment et, tout comme les chiens, les chats pouvaient servir dans l’armée, mais aussi dans les services secrets.

La CIA durant la guerre froide cherchait un moyen d’espionner les soviétiques. C’est alors que la CIA pensa à transformer un chat en espion. Au début des années 60, le projet chaton acoustique fut mis en marche. En plusieurs opérations, un chat fut doté d’un micro dans l’oreille, d’une pile et enfin d’un émetteur qui courait le long de sa colonne vertébrale pour se finir dans la queue pour être en mesure d’écouter la conversation en temps réel. Toutes ces opérations coûtaient cher – on estime à environ 20 millions de dollars le montant total. Ensuite, le chat était entraîné à rejoindre des hommes et les suivre pour que l’opération soit un succès.

Une fois son entraînement effectué, le chat enfin paré à une mission réel avait pour objectif d’espionner 2 hommes dans un parc près de l’ambassade de l’URSS à Washington D.C. Le début de l’opération fut parfait, le chat descendit du camion pour se diriger vers le parc. Malheureusement, lorsque le chat traversa la route un taxi le percuta, réduisant à néant les efforts de la CIA. Malgré tout d’autres essais furent menés après l’incident, mais les tests étant peu concluant le projet fut définitivement abandonné en 1967. Dans les documents déclassifiés récemment, on peut lire des notes qui disent que le projet n’est pas réaliste mais que la CIA salue l’énergie et l’ingéniosité de ses membres.

Schéma du chat espion.
Source: https://www.liberation.fr/planete/2015/06/25/acoustic-kitty-quand-la-cia-formait-des-chats-pour-espionner-l-urss_1337100

Les chats ne servaient pas qu’à espionner les soviétiques, mais aussi à chasser les rongeurs. C’était pour cela que les chats étaient embarqués à bord des navires depuis des siècles : pour éviter que les rats ne contaminent la nourriture ou mangent l’étoupe qui rend la coque du navire étanche. Cette tradition perdure encore de nos jours, même si les chats ne chassent plus forcément les nuisibles ; ils sont utilisés comme mascottes.

On va suivre l’histoire d’un des chats de navire les plus célèbres. Le Bismarck, comme beaucoup de navires de la seconde guerre mondiale, avait son propre chat de navire nommé Sam. C’était un chat noir et blanc qui partit avec le Bismarck le 18 mai 1941. Comme une majorité doit le savoir, le navire ne rentra jamais en Allemagne. Le 27 mai 1941, le chat sauta par-dessus bord lorsque le Bismarck coula. Sur les 2 200 membres d’équipages seuls 114 survécurent au naufrage et Sam fut retrouvé sur une planche de bois par le destroyer britannique HMS Cossack.

Le Bismarck, premier navire de Sam.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Sam_l%27insubmersible

Représentation du sauvetage de Sam par un des marins du destroyer HMS Cossack.
Source: https://www.zmescience.com/other/feature-post/unsinkable-sam-cat-wwii/

Les Anglais renommèrent le chat Oscar comme la lettre O dans l’alphabet radio, pour man Overboard. Oscar devint le nouveau chat de navire du destroyer, mais le chat ne put vivre en paix que peu de temps. Le 24 octobre 1941, alors que le navire escortait des convois entre Gibraltar et le Royaume-Uni, le destroyer fut touché par une torpille de l’U-563 et le tiers avant du navire disparut dans les flots tuant 159 marins. Oscar et le reste de l’équipage furent transférés sur le destroyer HMS Legion qui essaya de remorquer le navire endommagé jusqu’à Gibraltar. Malheureusement, les conditions météo se dégradèrent et le HMS Cossack fut laissé là et coula peu de temps après.

Le HMS Cossack qui secourut Sam après le naufrage du Bismarck.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Sam_l%27insubmersible

Oscar fut de nouveau transféré sur un navire, le HMS Ark Royal qui avait aussi poursuivi le Bismarck. L’équipage surnomma  le chat Unsunkable Sam. Le chat se crut peut être en sécurité sur le porte-avion, mais à tort. Le 14 novembre 1941, le HMS Ark Royal fut touché par une torpille de l’U-81 et le navire fut de nouveau pris par d’autres navires pour être remorqué jusqu’à Gibraltar. Les voix d’eau trop importantes condamnèrent le navire, à 30 miles de Gibraltar. Avec une gite trop importante le navire se mit à couler, mais lentement ce qui permit à tout l’équipage sauf une personne d’être évacué. Sam fut retrouvé un peu après accroché à une aile d’avion. Après ce 3e naufrage, le chat fut de nouveau réaffecté, mais à Gibraltar cette fois, histoire que les allemands s’amusent un peu plus à essayer de couler le bout de rocher. À la fin de la guerre, il fut envoyé dans la maison des marins à Belfast où il mourut en 1955.

L’Ark royal sur le point de couler après avoir été torpillé par un U-boot.
Source: Ibid.

 

Conclusion

Les animaux furent utilisés depuis de nombreuses années par les hommes pour se battre et parfois même considérés comme des camarades par les soldats. J’ai essayé de vous compter des histoires peu connues et amusantes sur des animaux utilisés de façon inhabituelle, ou même des animaux au destin incroyable durant la guerre. On se donne rendez-vous le mois prochain pour un autre billet de presse du SPA !

Yoshida Itsuru

Sources:

Pigeon :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Char_de_combat
http://www.colombophiliefr.com/pages/historique.htm
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pigeons_voyageurs_de_l%27arm%C3%A9e_fran%C3%A7aise_pendant_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale
https://www.histoire-genealogie.com/Les-Poilus-et-le-pigeon-voyageur-dans-la-Grande-Guerre-A-Fromereville-III-14e-episode
https://fr.wikipedia.org/wiki/Colombophilie_militaire
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pigeon_photographe
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pigeon_voyageur
https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Pigeon

Chien :
https://www.france.tv/france-2/journal-20h00/779005-journal-20h00.html
http://www.lesmuseauxblancs.com/pages/chiens-de-guerre/du-19e-siecle-a-nos-jours/premiere-guerre-mondiale-1914-1918.html#page3
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_de_guerre
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_antichar
http://www.passionmilitaria.com/t48929-les-chiens-antichars
http://ostfront.forumpro.fr/t377p15-les-chiens-explosifs-de-l-arme-rouge

Chauve-souris :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombe_%C3%A0_chauves-souris
https://wikimonde.com/article/Bombe_%C3%A0_chauves-souris
http://cm2dolomieu.fr/les-chauves-souris-incendiaires/index.html

Ours :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Monte_Cassino
https://fr.wikipedia.org/wiki/Wojtek_(ours)
https://sites.google.com/site/armeepolonaisesuite/wojtek-l-ours-soldat
https://www.lemonde.fr/culture/article/2012/07/17/wojtek-l-ours-soldat_1732257_3246.html

Chat :
https://en.wikipedia.org/wiki/Acoustic_Kitty
https://www.liberation.fr/planete/2015/06/25/acoustic-kitty-quand-la-cia-formait-des-chats-pour-espionner-l-urss_1337100
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Chaton_acoustique
https://en.wikipedia.org/wiki/Unsinkable_Sam
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sam_l%27insubmersible

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[IRL] Das Boot Tour: AG Paris 2018

Chères Das Bootiennes,
Chers Das Bootiens,

Comme toutes les associations, nous avons tenu notre Assemblée Générale annuelle. Cette année encore, par tradition et parce qu’elle est enregistrée à cet endroit, c’est la ville de Paris qui accueille notre réunion.
A l’occasion des dix ans de l’ouverture de la version publique du jeu en juin 2008, l’équipe avait prévu une rencontre – visite avec les joueurs de Das Boot, sur un site emblématique de la seconde guerre mondiale à Paris : le Mont-Valérien.

Faisant partie d’une série de forteresses construites tout autour de Paris pour protéger la ville, le fort du Mont-Valérien fut construit entre 1841 et 1843. Il héberge de nos jours encore le 8ème régiment de transmission, ainsi qu’un musée de la colombophilie militaire.
Ce lieu chargé d’histoires et d’émotions est d’autant plus connu qu’il a été le principal lieu d’exécution de résistants et d’otages en France par l’armée allemande entre 1940 et 1945. Y ont notamment perdus la vie, parmi le 1008 fusillés identifiés à ce jour, des membres du groupe Manouchian ainsi que Honoré d’Estienne d’Orves.

Le rendez-vous donné sur l’esplanade, face à la Croix de Lorraine du mémorial de la France Combattante, nous nous dirigeons vers l’accueil pour une visite accompagnée d’une guide conférencière d’une durée d’une heure et demie.
La visite nous conduit sur les pas des condamnés via la petite chapelle où les prisonniers étaient conduits pour attendre qu’un peloton (composé entre 12 et 40 soldats de la Wehrmacht) viennent les chercher pour l’exécution. C’est sur ces murs que les derniers mots des fusillés étaient gravés dans le plâtre et c’est à cet endroit qu’ont été déposé les poteaux d’exécution d’origine, encore criblé de balles. Puis nous suivons le sentier des condamnés qui mène vers la petite clairière de leurs derniers instants.
Ensuite nous entrons par une porte située sous la Croix de Lorraine et entrons dans la pénombre du mémorial de la France Combattante où trône, sous la formule « Patriam Servando Victoriam Tulit » (« En servant la patrie, il a remporté la victoire » , devise de l’Ordre de la Libération), le livre d’or du mémorial signé par le Général de Gaulle. C’est là aussi qu’en arc-de-cercle l’on retrouve les 16 cénotaphes (et un emplacement laissé libre pour le dernier Compagnon de la Libération – il en reste 5 actuellement en vie) représentants tous les corps ayant participer à la libération de la France.

Une visite forte en émotions et recueillement, mais surtout une visite à ne pas manquer si vous avez l’occasion de passer par cet endroit.*

Sur l’esplanade du mémorial de la France Combattante.
Crédits: Kojak

Dans la chapelle des condamnés, les poteaux d’exécution d’origine, encore criblé de balles.
Crédits: Kojak

Aux résistants et aux otages fusillés au Mont-Valérien. Les noms des victimes connues par année.
Crédits: Kojak

La soirée se passe de manière plus légère en compagnie des joueurs Kurt Von Arnaud de la Perière et Iro Imashi (un 3ème joueur dont le pseudo m’échappe était venu au rendez-vous du Mont-Valérien, curieux, voir si les administrateurs étaient bien des gens comme les autres, mais il a dû nous quitter rapidement) dans un pub du 13ème arrondissement où ils nous assaillent de questions sur l’avancement de la V.2.0.
Nous leurs montrons, en exclusivité, l’avancement des travaux sur la carte de la « Boite à savon », une carte qui doit permettre d’ouvrir une première version réduite de la V.2.0. et d’y construire module après module l’équilibre de la V.2.0.

Nous y parlons également d’un surplus de travail hors V.2.0. qui nous est « tombé dessus » récemment, à savoir l’obsolescence des versions PHP (un langage informatique dans lequel la plupart des sites web – y compris Das Boot – est écrit). L’équipe s’attend et se prépare à un gros travail de remise à niveau sur l’ensemble des scripts du jeu (y compris l’encyclopédie, la Back Office d’administration, le Blog,…). Des travaux préparatoires nous ont déjà permis de jauger de l’ampleur de la tâche, de « phaser » les différentes interventions et d’établir un plan de travail. A cette occasion, mais nous vous en reparlerons sur le forum, il est établi que la durée de la trêve hivernale sera allongée et que l’aide de la communauté sera probablement demandée pour nous faire remonter les soucis bloquants.

Enfin nous discutons d’un problème qui a soulevé récemment un certain nombre de réflexions sur le forum : les naufrages des nouveaux joueurs (Premières sorties en mer et Baptême du feu) par le fait de joueurs plus aguerris.
A ces fins, et suite au CA du mois d’août 2018 à Lyon**, nous avions demandé au joueur Ludwig Von Drussig de lister dans son très intéressant travail sur les statistiques le nombre de ces naufrages à des fins de retours chiffrés pour pouvoir intervenir de manière pointue.
Une proposition de solution nous a été présentée par Iro Imashi qui, si elle doit encore être affinée, nous semble extrêmement intéressante. Dans l’idée il s’agirait – sous certaines conditions – de ne pas pénaliser les nouveaux joueurs par les règles actuelles de perte de points de prestige lors d’un naufrage, et au contraire de faire payer en points de prestige un écot aux joueurs d’expérience qui prendraient l’initiative d’une telle action.
Nous continuerons à travailler avec lui et la communauté sur cette proposition dans les prochaines semaines ; et avec nos codeurs afin de voir si elle ne peut déjà être mise en pratique (en mode test) dans la version actuelle du jeu dans le courant de l’année 2019.

 

Le lendemain, l’équipe se retrouve à la réunion de l’Assemblée Générale de l’association pour la partie académique. C’est l’occasion de faire le point sur les événements de l’année écoulée mais aussi de définir les prochaines étapes et échéances pour l’année prochaine en termes de réalisations pour Das Boot.

 

Rapport d’activité pour l’année 2017-2018

Les ressources de l’année écoulée ont été bien sûr principalement affectées à la V.2.0. avec un total de 23 réunions bimensuelles pendant lesquelles l’équipe discute ponctuellement de l’avancement des dossiers et planifie les travaux à venir. Ce sont des moments privilégiés pour faire avancer les choses et discuter en cas de doutes ou d’orientations à prendre.

Nous sommes aussi très heureux du travail qu’ont fourni les membres du Service de Presse des Armées.
Avec un nombre incroyable d’articles de qualité publiés sur notre Blog et souvent avec des sujets sortant des sentiers battus, cette année encore ils ont su enrichir l’univers Das Boot.
L’équipe profite dès lors de cette occasion pour les en remercier et invite tous les joueurs qui souhaitent apporter leurs contributions à prendre contact avec nous par messagerie privé sur le forum.

Extrait du rapport d’activités 2017-2018.

 

Plan d’action pour l’année 2018-2019

L’on pourrait classer les prochains objectifs principaux en deux grandes classes :
1. Les travaux de maintenance et améliorations, principalement axés sur la version actuelle du jeu mais avec des implications importantes pour la V.2.0. ;
2. Les travaux concernant directement la V.2.0. et la « Boite à savon » ;

Le premier chapitre concerne, comme nous vous l’écrivions plus haut, la migration technique et la mise à jour des versions PHP du serveur et des scripts. Sans vouloir tomber dans l’écueil technique, simplifions le propos en disant qu’actuellement nous utilisons la version PHP 5.4. et que le standard est la version 7.0. (la version 7.2. quant à elle en est à ses débuts). Il va donc falloir nous mettre à jour avant que les versions antérieures de PHP ne soient plus prises en charge.

Cependant nous ne pouvons passer de PHP 5.4 à PHP 7 sans passer préalablement par les versions intermédiaires.
Nous devons donc migrer du 5.4. au 5.5 puis 5.6. et ainsi de suite jusqu’à la version PHP 7.0 ; avec à chaque fois, et c’est là où cela se corse, des vérifications et corrections à faire quant au fonctionnement de chaque éléments des différents scripts. Je vous laisse imaginer la somme importante de travail que cela représente.
C’est un travail dont nous ne pouvons pas faire l’économie car nous aurions dès lors une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes avec le risque que le support 5.4. ne soit plus accepté voire même purement et simplement interrompu et donc que le jeu ne fonctionne plus du tout !!!

Toujours au chapitre des travaux d’améliorations, nous avons aussi évoqué la carte du Pacifique.
S’il nous est actuellement techniquement impossible de changer l’échelle même de la carte nous avons pris l’option d’en restreindre la taille en concentrant l’aire de jeu des joueurs. Nous vous en parlions dans l’article consacré au CA de Lyon 2018, les propositions ont étés affinées lors des réunions bimensuelles et c’est ainsi que nous avons opté pour une zone entre Singapour et les Philippines d’une part et entre le Nord de l’Australie et l’Indochine Française d’autre part.
Lors de la réunion de travail qui a suivi l’AG, nous avons poussé la réflexion plus loin et définit la distribution sur la carte des différentes nations (US – Japonais – UK) ainsi que des ports Majeurs et Importants.
Si le Gameplay a été un élément important lors des choix, nous avons également tenté de composer avec l’aspect historique en définissant une ligne de conduite pour l’année 1941 (grosso modo) et en utilisant les possibilités qu’offrent la présence sur cette zone des Indes orientales néerlandaises.
La réflexion doit être poursuivie pour les ports moyens et mineurs, mais les travaux sont en bonnes voies. Il est dans l’intention de l’équipe d’avancer ces travaux à un stade qui permettrait, dans le courant de l’année 2019, d’implémenter cette formule de transition afin d’engranger les retours de la communauté sur ce point.

Carte IG du front Pacifique, nouvelle version.

Le second chapitre concerne directement la V.2.0. et plus particulièrement la « Boite à savon ».
La réflexion pour une nouvelle carte, ici la carte « Boite à savon », s’articule en plusieurs phases. Les deux premières phases, celle de réflexion et celle de choix de la zone, ont été présentées et validées par l’équipe lors du CA de Lyon 2018.
Depuis, nous avons établi une liste de navires disponibles en ouverture de la « Boite à savon ». Elena est maintenant chargée des recherches de caractéristiques et leurs implémentations dans une BDD pour permettre une simulation de tirs et combats.
Nous avons également transformé, et c’est là une troisième phase, les esquisses de type « google maps » présenté au CA en fichier informatique, sous format « graphique de base ». La phase suivante consistera à transformer chaque case du fichier en données informatiques pour chaque type de case (terre, eau profonde, eau peu profonde, ports, fjords / Abers, rivières,…) afin de permettre, ensuite, leur conversion automatisée en BDD que le jeu pourra appréhender.

Carte IG de la « Boite à Savon » sous format « graphique de base ».

Ce même chapitre de la V.2.0. englobe également des travaux de réflexions autour des Cahiers des Charges des Ports, des Unités (navires, entre autres), Progression joueurs,…
Ces thèmes ont été « dégrossi » lors de précédentes réunions mais doivent à présent faire l’objet d’une formalisation sous forme de documents écrits qui vont plus loin dans le détail. Dans un deuxième temps, des documents dit d’implémentation, précisant eux le volet technique du cahier des charges, doivent venir compléter l’ensemble et permettre aux codeurs d’avoir toutes les informations utiles à portée de mains pour le codage en tant que tel.

Tous ces travaux doivent permettre, une fois réalisés, d’ouvrir une première version « Boite à savon » où les actions de base suivantes seront réunies : création d’un compte User, création d’un compte Perso, connexion au compte Perso, Prise d’une Unité navire, Navigation, Contrôle des données, Back Office administration.
C’est en tout cas notre objectif pour l’année 2019 et l’équipe mettra tout en œuvre – dans les limites de nos disponibilités de bénévoles (il est toujours bon de rappeler cet état de fait) bien évidemment – pour y arriver.

En vous souhaitant bon jeu,

 

« Notes »

* http://www.mont-valerien.fr/
** http://blog.das-boot.fr/?p=1771

Publié dans vie association | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [IRL] Das Boot Tour: AG Paris 2018

La bataille du Jutland, le crépuscule des géants

Crédits: Erwin Schütze

31 mai 1916. La nuit n’est pas encore tombée sur la mer du Nord mais plus de 250 navires sont en train de se toiser mutuellement avant ce qui va être le plus gros engagement naval de la Première Guerre mondiale. Cette future bataille représente le syncrétisme de l’Ancien Temps et du nouveau :  les deux amiraux cherchent la bataille décisive sur les mers comme à Trafalgar… mais avec des nouveaux matériels bien différents de la marine à voile comme les cuirassés ou les destroyers.

Le 2nd Battle Squadron britannique en avance vers le Jutland.
Source: IWM

Si la Royal Navy n’a rien à craindre de la Marine française depuis quelques années en 1914 suite au pacte d’alliance, c’est la marine allemande qui l’impressionne. Depuis la fin du XIXème siècle, les Britanniques cherchent à ce que leur marine reste la meilleure et soit la plus nombreuse du monde, car c’est sur elle que repose toute la stratégie d’un Royaume-Uni n’ayant pas suffisamment d’hommes pour repousser une invasion sur son sol. Cependant, la marine du Reich, malgré une politique de développement poussée, conserve un grand désavantage sur sa rivale, notamment de l’ordre numérique.

La recherche du conflit

Dès le début de la guerre, les Britanniques lancent un blocus des ports de l’Allemagne afin de freiner son approvisionnement en ressources stratégiques. Mais l’apparition des sous-marins et des torpilleurs rend cette tactique très dangereuse et la relègue définitivement dans l’Histoire. Il est décidé que le blocus doit devenir plus flottant, c’est-à-dire que la Grand Fleet se tient prête à appareiller dans ses ports au Royaume-Uni à toute tentative de sortie de sa rivale, la Hochseeflotte (flotte de haute mer). C’est l’amiral Jellicoe qui est responsable des navires britanniques et qui s’oppose au Vizeadmiral Scheer ; ce dernier est à la tête de la marine allemande depuis peu et l’enlisement du front terrestre ainsi que la suspension temporaire de la guerre sous-marine le pousse à vouloir faire sortir la flotte de ses ports.
Confronté à la supériorité numérique britannique, Scheer souhaite frapper à mort la Royal Navy et lui infliger de nombreuses pertes pour rétablir l’équité. Et pour cause : quand les Britanniques alignent en tout 33 navires de ligne, les Allemands ne leur en opposent péniblement que 16… Scheer se lance alors dans l’élaboration de pièges afin de détruire les navires britanniques. Le 26 mars, après une manoeuvre parfaite, il réussit presque à intercepter l’escadre de croiseurs de bataille du vice-amiral Beatty mais le mauvais temps l’empêche de l’engager. Bis repetita le le 21 avril où un raid contre Yarmouth échoue après que le SMS Seydlitz soit endommagé par une mine. C’est l’escadre commandée par le vice-amiral Beatty qui est alors explicitement la cible des pièges allemands : le 28 mai, tous les navires allemands reçoivent un ordre codé les obligeant à prendre la mer pour le 30.

L’amiral Scheer, en charge de la Hochseeflotte.
Source: Domaine public

L’amiral Jellicoe, en charge de la flotte britannique au Jutland.
Source: LoC

 

Le premier coup de la Royal Navy

Cependant, les Allemands ignorent que les Britanniques savent déchiffrer leurs codes depuis août 1914. L’augmentation du trafic de messages et les multiples références à l’Admiral Hipper, commandant alors les dreadnoughts allemands, fait présager le pire aux Britanniques. Le piège n’est pas éventé, mais la Grand Fleet est mise en alerte et quitte Scapa Flow sous le commandement de Jellicoe le 30 mai. Elle compte 24 dreadnoughts et 3 croiseurs de bataille ; Beatty, de son côté, part le même jour de l’Écosse avec 4 dreadnoughts et 6 croiseurs de bataille. Les deux formations doivent se rejoindre à environ 150 km des côtes écossaises afin d’y attendre les Allemands, tout en prenant leur formation de combat : les navires doivent progresser en petites colonnes parallèles (afin d’améliorer la transmission des ordres par pavillons et par projecteurs)… puis se regrouper en une seule. C’est là que les techniques de combat se rejoignent : les deux flottes vont chercher à « barrer le T » à leur adversaire. Ainsi, la flotte formant la barre du T pourra tirer avec tous ses canons, ce que celle en face sera dans l’impossibilité de faire. Avec 16 navires de ligne contre 28 et 5 croiseurs de bataille contre 9, les Allemands sont dès le début de la rencontre clairement désavantagés ; même leur système de tir plus précis ne permet pas de faire pencher la balance.
Le plan des Allemands, qui prévoyait l’interception de la flotte britannique par des submersibles, échoue ; c’est là une manœuvre audacieuse de Jellicoe qui en est la cause. L’amiral britannique fait en effet sortir ses bâtiments par petits groupes et non en bloc. Les rapports arrivent de partout à Scheer, mentionnant à chaque fois de petites quantités de navires… ne lui permettant pas de définir les positions exactes de ses adversaires. Mais le tableau n’est pas tout rose du côté des Britanniques non plus : l’avancée des Allemands est sous-estimée, et Jellicoe suppose qu’ils sont bien plus loin qu’ils ne le sont réellement.

L’amiral Beatty, dont la responsabilité dans l’évasion de la Hochseeflotte est encore peu claire.
Source: Domaine public

L’amiral Hipper, un des architectes de la nouvelle flotte allemande en 1914.
Source: Staatsbibliothek zu Berlin – Preußischer Kulturbesitz

 

Une rencontre fortuite ?

Le 31 mai, peu après 14h, des navires de reconnaissance du groupe de Beatty (l’heure de la jonction approche) se dirigent un cargo danois repéré non loin afin d’examiner ses cales… sauf que leurs homologues de la flotte de Scheer arrivent au même moment, avec le même but ! Les premiers tirs sont échangés ; le HMS Galatea (croiseur léger de la classe Arethusa) est touché par des obus du SMS Elbing, mais les deux formations rompent le combat.
À ce moment, chaque camp est conscient de la position approximative des flottes. Ce sont les Allemands qui tentent de prendre l’initiative : à 15h30, Hipper et ses dreadnoughts tente d’attirer Beatty et son escadre dans un piège. Ce dernier mord d’abord à l’hameçon et demande à d’autres croiseurs de le suivre mais une mauvaise communication empêche cette jonction. Quinze minutes plus tard, alors que les deux escadres sont éloignées de 14 km, Beatty décide d’ouvrir le feu ; les Allemands répondent de suite. Les Britanniques cherchent à engager leurs adversaires en ligne tandis que le HMS Lion, le navire de Beatty, devait engager le SMS Lützow, celui de Hipper. Mais là aussi, les premières hésitations du côté des Britanniques permettent au SMS Derfflinger de s’échapper alors que le SMS Moltke concentre les tirs de deux navires.

Le HMS Lion en mauvaise posture ; c’est sur ce navire que se trouve Beatty.
Source: IWM

Les Britanniques encaissent les premiers tirs : trois croiseurs de bataille sont touchés dans les 10 premières minutes du combat. Le navire de Beatty, le HMS Lion, reçoit une salve du SMS Lützow qui met hors de service la tourelle Q, située au centre du navire. Ce n’est que grâce à l’action du commandant de tourelle (qui fait inonder la tourelle et fermer la porte) que les munitions n’explosent pas et que le navire est sauvé. De son côté, le SMS von der Tann enchaîne les coups au but sur son homologue britannique, le HMS Indefatigable, qui succombe à trois tirs de 280 mm… et à un dernier obus qui fait détonner ses obus de 305 mm, entraînant les 1019 hommes d’équipage dans la mort. Bien que Hipper possède alors l’avantage, le Fifth Battle Squadron commandé par le contre-amiral Evan-Thomas pointe le bout de ses cheminées… menaçant de faire pencher la balance. Car ce ne sont pas de petits navires qui arrivent, mais quatre cuirassés de la classe Queen Elizabeth : les HMS Barham, Warspite, Valiant et Malaya. Hipper sait qu’il n’a pas les moyens de riposter, mais il décide de jouer son rôle d’appât jusqu’au bout en continuant le combat. À 16h25, les SMS Seydlitz et SMS Derfflinger concentrent leurs tirs sur le HMS Queen Elizabeth, qui explose, touché à sa soute à munitions. C’est là que Beatty prononce une phrase qui va rester célèbre : « On dirait que quelque chose ne va pas aujourd’hui avec nos maudits vaisseaux, Chatfield ».

La fin du HMS Indefatigable.
Source: IWM

 

La confusion au cœur de la bataille

Si ce premier engagement reste somme toute classique au niveau tactique, il ne concerne qu’une petite partie des navires des deux camps. Alors que les croiseurs de bataille échangent des tirs, les destroyers les couvrant commencent aussi à s’engager mutuellement : le SMS Seydlitz est torpillé, Britanniques et Allemands perdent chacun deux destroyers (V-27, V-29, HMS Nomad et HMS Nestor). Scheer arrive avec ses dreadnoughts sur le champ de bataille à 16h45 et cherche à atteindre Jellicoe qui se situe plus au nord. Mais Beatty manque à nouveau de discipline dans ses communications : le Fifth Battle Squadron continue sa manœuvre mais sans être escorté par les croiseurs. Les cuirassés sont alors exposés au feu allemand lors de leur virage… et Jellicoe n’a toujours pas rejoint Beatty.
Au même moment, des croiseurs envoyés par Jellicoe se portent à l’avant de l’escadre de Beatty et engagent leurs homologues allemands. À 17h30, les croiseurs britanniques sont attaqués par des torpilleurs allemands, qui les confondent avec le gros de la Grand Fleet. C’est seulement à ce moment que les dreadnoughts des deux camps commencent à être à portée respective de canons. Hipper rejoint Scheer à 18h et Jellicoe fait de même avec Beatty ; ce dernier est néanmoins brouillon dans ses communications et met du temps à donner à l’amiral les positions allemandes. Jellicoe ne sait ainsi pas dans quel sens envoyer sa flotte… après quelques dizaines de minutes, il décide d’obliquer à l’est. La Hochseeflotte se jette alors vers les Britanniques, mais aucun des deux amiraux allemands ne sait que Jellicoe a pris la mer.

Se dirigeant vers les combats, le HMS Warspite et le HMS Malaya.
Source: IWM

Du côté Britannique, les dreadnoughts et les croiseurs de bataille sont parés à l’attaque. Parmi eux se trouve un bâtiment déjà âgé : le HMS Defence, navire amiral du contre-amiral Sir Robert Arbuthnot commandant le First Cruiser Squadron est en effet de la classe Minotaur, un type de navire qui n’a plus sa place dans les combats de l’année 1916. Voulant achever le SMS Wiesbaden, touché à mort, le HMS Defence est atteint par un obus sur sa soute à munitions et explose à la vue de toute la Grand Fleet. Le HMS Invincible du contre-amiral Hood est coupé en deux les SMS Lützow et SMS Derfflinger, tuant tout son équipage. Il est alors 18h30 et Jellicoe a tous ses navires en place pour barrer le T aux Allemands : ces derniers sont tombés dans le piège tendu. Les navires britanniques ouvrent le feu et infligent de lourdes pertes aux navires allemands. À 18h33, Scheer ordonne la retraite et parvient à s’extirper grâce au brouillard. Jellicoe ne les poursuit pas mais reste à distance convenable afin de ne pas risquer une attaque sur ses navires.

 

Une supériorité britannique ?

Les derniers instants du HMS Queen Mary, au centre de la fumée.
Source: IWM

Vingt minutes plus tard, à 18h55, Scheer se rend compte que Jellicoe le suit toujours sur son Est. Il tente alors le tout pour le tout et ordonne à ses navires de mettre le cap sur l’escadre britannique, se plaçant de facto dans sa cible. Jellicoe leur barre alors le T et les artilleurs de la Royal Navy déchaînent les enfers sur les navires allemands : la III. Geschwader du contre-amiral Paul Behncke (notamment composée de cuirassés de la classe Kaiser et König) subit de si gros dégâts qu’il demande à Scheer de se replier. Ce dernier, devant la précision du tir britannique, décide d’obliquer vers l’Ouest à 19h17 et lance ses torpilleurs à l’assaut ainsi que quatre croiseurs de bataille pour ralentir Jellicoe. Mais les Britanniques, rageurs, décident de continuer à tirer : le SMS Lützow, navire de Scheer, est touché à mort et doit être abandonné. Le SMS Derfflinger accuse quatorze coups au but en peu de temps, sur les trente sept infligés par les Britanniques. Certains navires tentent bien de répliquer, mais l’avantage est définitivement du côté britannique : seuls deux coups allemands feront mouche. Il est maintenant 20h24, et la nuit tombante permet à Scheer de distancer la Grand Fleet.

 

La fuite de Scheer

Photographié pendant les combats, le HMS Birmingham en difficulté.
Source: IWM

Jellicoe décide de tenter de couper la route de Scheer vers Ems, mais ce dernier fait à nouveau preuve d’audace et traverse dans le sillage des Britanniques. La nuit tombée, aucun destroyer anglais ne parvient à repérer les navires allemands. Mais à 22h, le HMS Southampton (du contre-amiral Goodenough) engage le SMS Frauenlob et parvient à le couler, malgré de lourds dégâts, à 22h23. Trois heures plus tard, à 2h du matin, c’est au tour du HMS Black Prince de périr sous les tirs du SMS Thüringen alors qu’en même temps des destroyers britanniques se ruent sur les croiseurs allemands. Le SMS Pommern sombre, cinq assaillants britanniques sont coulés, et le SMS Elbing doit être abandonné après avoir été éperonné par erreur par le SMS Posen. Le SMS Lützow est alors sabordé depuis 20 minutes et sombre. Mais la Hochseeflotte parvient à se retirer à la fin de la nuit.

 

Une victoire en trompe l’œil ?

Vue des dégâts subis par le HMS Chester après les combats.
Source: IWM

Aucune marine n’a réussi à infliger un coup décisif à son opposante. Jellicoe aurait pu décapiter la Hochseeflotte et l’anéantir lors de la fuite de Scheer : l’amirauté connaissait sa position mais le message n’est pas parvenu à l’amiral britannique à temps. De plus, l’amiral Beatty en tête de colonne gérait de manière désastreuse ses communications, rendant souvent toute communication faussée. À 4h15 le lendemain, Jellicoe sait que Scheer a pris la tangente et est hors de portée. De retour au port, les deux flottes revendiquent la victoire sur l’autre pour rassurer l’opinion publique, mais du côté des marins, la désillusion est grande. Tous attendaient une confrontation de ce genre depuis deux ans et même si la Hochseeflotte a été très malmenée par la Royal Navy, elle a réussi à s’enfuir. Cependant, la victoire stratégique revient aux Britanniques : les Allemands sont passablement échaudés par ce combat et ne feront plus sortir leur flotte de surface jusqu’en 1918… et ne contesteront donc pas la supériorité britannique sur les mers.

Vue des dégâts du HMS Spitfire après la bataille.
Source: IWM

Cette bataille a pourtant été coûteuse pour les deux parties : les Britanniques perdent 14 navires (trois croiseurs cuirassés, trois croiseurs de bataille et huit destroyers) pour un total de 6094 marins tués. De leur côté, les Allemands reconnaissent la perte de 11 navires (un pré-dreadnought, un croiseur de bataille, quatre croiseurs légers et cinq torpilleurs) et de 2551 marins. Enfin, les très mauvaises relations entre Jellicoe – vu comme plus calme – et Beatty – au contraire plus téméraire – vont pendant une vingtaine d’années amener des affrontements littéraires et journalistiques entre les partisans des uns et des autres : pour certains, c’est Beatty qui porte la responsabilité de l’échec du Jutland, pour d’autres, c’est le tempérament de Jellicoe… Dans tous les cas, le Jutland reste l’exemple de l’occasion manquée mais surtout de la fin d’une conception encore antique du combat naval, où les grandes flottes se rencontrent à un endroit donné pour se barrer le T (pour mémo, c’est ainsi que Nelson a remporté sa victoire de Trafalgar, plus de deux cent ans plus tôt !) et s’anéantir. La bataille va cependant amener de grosses pistes de modifications chez les Britanniques et les Allemands, qui vont les utiliser vingt ans plus tard…

Le SMS Seydlitz après la bataille. Notez le nombre de coups au but reçus.
Source: Domaine public.

Ludwig Becker

Source principale :

François-Emmanuel Brezet, Le Jutland (1916), la plus formidable bataille navale de tous les temps, Economica, 1992.

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Le rôle de la marine belge pendant la Grande Guerre (3ème partie)

Crédits: Erwin Schütze

La fin des hostilités et le Traité de Versailles

Au jour de l’armistice du 11 novembre 1918, le constat est amer. Des hameaux ont été rayés de la carte et des villes, comme Dixmude, sont en ruines. Les territoires occupés ont eux aussi payé un lourd tribut à l’occupant. Aussi la reprise économique est l’enjeu majeur de l’immédiate après guerre. Bien sûr, l’extraction du charbon doit jouer un rôle prépondérant, mais surtout le port d’Anvers au vu de sa position géographique (l’Escaut) et de son important hinterland (canaux, industrie, chemin de fer) doit permettre cette reprise au plus vite.

« La prospérité du port est une condition sine qua non de la réussite d’une marine marchande digne de l’activité de notre petit pays » (M.Vandeperre, 1918) [26]

L’on envisage aussi de rétablir les 90 lignes régulières belges en coopération avec les alliées pour « une organisation combinée de lignes » [27] ou de demander aux Alliés de pourvoir à nos besoins de réserve alimentaire pour « assurer à la Belgique deux fois autant de vivres qu’elle n’en a reçu pendant l’occupation allemande » [28].

Finalement, les armateurs obtiennent des possibilités (parfois via le gouvernement actif au sein de la Lloyd Royal Belge) d’achat auprès des britanniques de près de 50 « Standard-ship », construits d’après un nombre restreint de gabarits selon les besoins en tonnage du navire projeté (l’ancêtre des « Liberty Ships » de WWII). Ces « Standard-ship » sont aussi appelés « War-Ship », car leurs noms commencent tous par le préfixe « War » [29]. Ils viennent compléter les (théoriquement) 50 navires marchands allemands versés au titre de dommages de guerre au terme du traité de Versailles du 28 juin 1919.

Gauche : Lancement du SS War Shamrock (IWM (Q 18345)).
Droite : Belgier (ex War Shamrock) dans sa livrée civile d’après guerre (Navidoc-Marine).

Ce même Traité prévoit, sur le plan de la marine militaire cette fois, outre la restitution par les Pays-Bas des quatre chaloupes canonnières, la livraison de 17 torpilleurs construits en 1915 et 1916, de deux vedettes rapides de rivière, d’une vingtaine de vedettes de mer (pour le dragage de mines) construits en 1917 et 1918 ainsi que deux sous-marins (U-90 et UC-92). Certains [30] de ces navires reviennent simplement aux endroits même d’où ils ont opéré à partir de 1915 (Bruges-Zeebrugge-Ostende), au sein des « Flottille Flandern » et « Unterseeboot Flottille Flandern ».

Tableau (de l’auteur) des torpilleurs versés au titre de dommages de guerre. Source : Navypedia

Torpilleurs de 150 t.
Source : www.marinebelge.be

Notons toutefois qu’en ce qui concerne les deux sous-marins, internés à Portsmouth (UK), un imbroglio politico-médiatique retarde leur prise en charge et lorsque, enfin, du personnel compétent (rare pour l’arme sous-marine en Belgique) est disponible, les frais de remise en état de 450 000 francs sont jugés par le gouvernement comme une dépense trop importante et l’État renonce à ces navires !

Tableau (de l’auteur) des submersibles proposés au titre de dommages de guerre.
Source : Navypedia

Sous-marin allemand en cale sèche (après bombardement ?) à Ostende. Probablement en 1915.
Source : www.beeldbankkusterfgoed.be

 

Conclusion

Pour un petit pays qui entre de plain-pied dans la guerre sans marine militaire et presque sans armée, les résultats maritimes après quatre années sont plutôt très honorables au vu des actions et des hommes qui ont émergé de la masse et se sont révélés de par ces circonstances exceptionnelles. Il est indéniable que la marine d’État a soutenu de manière importante l’effort de guerre sur un plan logistique, mais aussi sur le plan humanitaire en transportant des milliers de tonnes de vivres à destination des populations occupées. Ces expériences forment des atouts importants à l’aube de la seconde guerre mondiale, malgré la reproduction des mêmes erreurs pendant l’entre-deux guerres [31], et sont à la base des domaines d’intervention spécialisés (logistique et humanitaire) qui sont aujourd’hui encore le fer de lance de la marine belge.

 

Erwan Lafleur

Notes et bibliographie :

[26] M. Vandeperre, membre de la Chambre des Représentants de Belgique dans une « Note sur la question des transports maritimes » du juillet 1918.

Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920).

[27] E. Pecher et F. Empain (1918), « Note sur les transports maritimes », juillet 1918.

[28] Question au gouvernement de F. Empain et P. Focquet concernant « Le problème du ravitaillement après la guerre », datée du 24 juin 1918.

[29] Pour une liste des « War-ship » belges voir :  F. Philips (2013) pages 188 à 190.

[30] Sur les 17 torpilleurs, 4 sont jugés inutilisables. De même que 12 des vedettes de mer selon F. Philips (2013).

[31] Le « Dépôt des équipages » est renommé « Détachement des Torpilleurs et marins », puis, en octobre 1923, à nouveau renommé en « Corps des Torpilleurs et marins », avant d’être dissous par Arrêté Royal le 9 juillet 1926. Il faut ensuite attendre septembre 1939 pour qu’un Corps de Marine soit à nouveau créé et alimenté – par des marins versés initialement dans des unités terrestres.

M. Amara (2012), « Les grands défis de la propagande belge durant la Première guerre mondiale », p. 21-35, in B. Rochet & A. Tixhon (éd.) Colloque « La petite Belgique dans la Grande Guerre, une icône, des images », Presses Universitaires de Namur, 2010.

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Remerciements

Nous remercions les bénévoles de la section Navidoc-Marine du Musée Royal de l’Armée et d’Histoire Militaire de Bruxelles pour leur accueil, aide et disponibilité.

Nous remercions également monsieur le Greffier de la Chambre des Représentants de Belgique pour l’autorisation d’accès aux archives de la Chambre ainsi que ses services « Archives et documentation » et « Bibliothèque » pour leurs aides précieuses pendant ces recherches.

 

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