Article LOS!

Crédits: Erwin Schütze

Bonjour à tous!

En cette mi-septembre, nous vous proposons de découvrir un article paru de la revue LOS! n°39. Ce dernier est loin d’être anodin car il fait la part belle à notre jeu Das Boot. En effet, deux pages entières lui sont consacré.

Ayant reçu l’accord des éditions Caraktère nous vous le partageons ici même, sur le Blog Das Boot.

cliquez ici pour lire l’article

 

Loïc Becker

En vous souhaitant bonne lecture,

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[Musée] Musée Mémorial de la bataille de l’Atlantique de Kerbonn – Camaret-sur-Mer

Crédits: Erwin Schütze

Esplanade devant le musée – Photo monsieur Hubert. http://www.hubert35.net

Esplanade devant le musée – Photo monsieur Hubert. http://www.hubert35.net

En quittant Camaret-sur-Mer nous suivons la route vers la pointe de Penhir (ou Pen Hir), ou surplombant la mer, fut érigé une Croix de Lorraine et granit, monument dédié aux bretons de la France Libre. C’est un peu avant que nous nous arrêtons, au musée mémorial de la bataille de l’Atlantique, installé dans le blockhaus de Kerbonn. Cette série de batteries et casemates (construits autant par les Français que par les Allemands), éléments du célèbre « Mur de l’Atlantique », sont installés sur les ruines d’un fort datant de la IIIème République, lui-même construit sur des fortifications édifiées par Vauban. « La géographie commande l’implantation des forteresses ! »[1]

Vue sur les casemates et batteries. Photo MERCo.

Vue sur les casemates et batteries. Photo MERCo.

Ce petit (par la taille, uniquement) musée est « à l’ancienne », c’est-à-dire rassemblant pèle mêle une multitude de documents, photographies, maquettes, armes d’époques (notamment la collection de mines marines devant l’entrée du musée), uniformes,… dans un joyeux enchevêtrement de petites salles qu’impose le bâtiment hôte. Comme son nom l’indique ce musée est dédié à la bataille de l’atlantique et a évité l’écueil chauviniste d’un point de vue unilatérale « du vainqueur » pour traiter largement de tous les protagonistes, marine marchande et convois, RAF, escorte de la France Libre, sous mariniers allemands,… Ce travail de passionnés (réalisé et porté par des bénévoles uniquement), s’il transpire dans sa scénographie, nous permet de prendre connaissance de documents retraçant, par exemple, étapes par étape, année par année le déroulement de la plus grande bataille de la seconde guerre mondiale, dans sa durée et dans la superficie du champ de bataille. La petite salle concernant la chasse ASM vaut à ce titre le détour.

Carte des pertes en Atlantique en août 1942 et mai 1943. Photo MERCo.

Carte des pertes en Atlantique en août 1942 et mai 1943. Photo MERCo.

Tableau de l’évolution de la guerre sous-marine entre 1939 et 1945. Photo de MERCo.

Tableau de l’évolution de la guerre sous-marine entre 1939 et 1945. Photo MERCo.

Salle principale. Photo Boulanger Benoit. Wikipedia.org

Salle principale. Photo Boulanger Benoit. Wikipedia.org

Mais la visite ce poursuit également à l’extérieur. Fossés, casemates, postes et plateformes de tirs, blockhaus, casernements tout ou presque est visitable [2]. Et si malheureusement le temps est passé par la (ainsi que quelques graffeurs) et la nature à par endroits repris ces droits on se prend à revivre cette scène mythique du film « Le Jour le plus long » lorsque que le major Pluskat découvre la flotte du débarquement…

Vue depuis le bunker le plus éloigné sur le musée. Photo MERCo.

Vue depuis le bunker le plus éloigné sur le musée, avec tout au fond la croix de Pen Hir. Photo MERCo.

 

Infos pratiques :
Adresse :
Musée Mémorial de la bataille de l’Atlantique de Camaret
Fort de Kerbornn B.P. 44 29570 Camaret
Tel : 02 98 27 92 58

Horaires :
Ouvert tous les jours pendant les vacances scolaires, de 14 h à 18 h.
Le reste de l’année, visites de groupe possible.
Il est recommandé de téléphoné avant de s’y rendre.

Tarifs :
4 € par adulte
2 € pour les enfants

MERCo

Notes et Bibliographie :
[1] Extrait du site « Chemins de mémoire » :
http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/musee-memorial-de-la-bataille-de-latlantique

[2] Inventaire du patrimoine culturel en Bretagne, en Ligne http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/f0db9d6f-040b-4b57-accf-f5854193dfd7?000198816

Article paru le 11/09/2014 dans Ouest France. En ligne : http://www.ouest-france.fr/bretagne/camaret-sur-mer-29570/le-musee-de-kerbonn-rappelle-la-seconde-guerre-mondiale-2819732

Tourisme en presqu’île de Crozon : http://www.crozon-bretagne.com/tourisme/decouverte/camaret/musee-memorial-pen-hir.php

Superbes photos :
http://www.hubert35.net/article-la-pointe-de-penhir-memorial-de-la-bataille-de-l-atlantique-76799765.html

NB : Je remercie l’ami David de m’avoir fait découvrir ce sympathique musée et sa région.
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Opération Seelöwe

Crédits: Erwin Schütze

Intro
L’opération Seelöwe est un plan ambitieux de débarquement allemand sur le sol britannique en 1940 et qui aurait pu mener à la capitulation ou au moins à la sortie de la guerre du Royaume Uni.

II Contexte

Au début de la guerre,avant même la bataille de France, Hitler a affirmé qu’il voulait le contrôle des ports dans la manche pour attaquer le Royaume-Uni. Il avait établi quatre grands points a respecter pour que le débarquement puisse être un succès :

– Les forces navales ennemies doivent être anéanties ou, à défaut de cela, incapable d’intervenir;
– La menace de la Royal Air Force doit être supprimée;
– Les défense côtière et les unités de la Royale Navy à proximité doivent être détruites;
– De prévenir et d’empêcher l’action des sous-marins sur les troupes d’invasion.

En mai 1940, la France est défaite par l’Allemagne et Hitler demande un plan en vue d’une invasion terrestre du Royaume-Uni. Tout cela en tentant tout de même de trouver une paix de façon diplomatique durant le mois de juillet. Raeder a étudié la possibilité d’un débarquement, mais au vue de la supériorité de la Royal Navy et des pertes pendant l’invasion de la Norvège, il préconisait un contre blocus avec des sous-marins, l’aviation et des raiders.

Début juillet, la planification de l’attaque commença. La Luftwaffe, optimiste, disait qu’il lui faudrait entre 14 et 28 jours pour obtenir la supériorité aérienne. En sachant cela, Hitler ordonna que la marine se soit regroupée et soit prête à intervenir à la mi-août au plus tard. Mais Raeder négocia avec Hitler un blocus sur le Royaume-Uni plutôt qu’une invasion. Conséquemment, Hitler ordonna une intensification des attaques aériennes et sous-marines en plus de débuter les préparatifs.

III Plan

Là où Hitler voulait le front le plus large possible pour s’enfoncer rapidement dans les terres anglaises, la Kriesgmarine, elle, voulait plutôt un front le plus réduit possible pour protéger efficacement les troupes de débarquement. Un compromis fut alors trouvé: l’attaque s’étalerait de Portsmouth à Ramsgate. Avec comme effectif huit divisions d’infanterie ou de montage avec deux divisions aéroportés, la deuxième vague comporte huit divisions de panzer ou d’infanterie motorisé et la troisième de six divisions d’infanterie de renfort. Le premier objectif était de s’emparer des ports pour pouvoir assurer une logistique suffisante pour les milliers de soldats qui en auraient grandement besoin. Puis, ils devaient avancer jusqu’au 52e parallèle en encerclant Londres pour l’assiéger et élargir le front au niveau de la mer vers Plymouth pour que l’approvisionnement soit plus abondant. Le but n’était pas de conquérir tout le Royaume-Uni, car les Allemands pensaient qu’une fois Londres assiégé, les Anglais se rendraient quasi immédiatement.

Heureusement pour les Anglais, Hitler ne tarda pas a tourner son attention vers la Russie voyant les difficultés de l’aviation et de la marine à prendre le contrôle sur leurs rivaux anglais. L’opération fut donc suspendue avant d’être abandonnée en 1943.

 

Plan de l’attaque

 

Carte de la Manche de la Kriesgmarine

IV Matériel

L’opération Seelöwe présentait certaines difficultés technologiques pour les Allemands qui firent de leur mieux pour les contourner.

Suivant la tactique du blitzkrieg, des chars devait accompagner les fantassins durant le débarquement. Par contre, cela posé de nombreux problème, dont le plus sérieux de tous était que les Allemands ne disposaient pas de chars capables d’accomplir ce genre de mission. Ils conçurent alors deux types d’engins capables de suivre la première vague d’assaut.

Le Schwimmpanzer

Le Schwimmpanzer II était une version modifiée du Panzer II auquel on avait fixé de longues boîtes rectangulaires de chaque côté de la coque pour lui permettre de flotter. Il se déplaçait grâce à ses propres chenilles qui étaient reliées à un arbre d’hélice traversant chaque flotteur. Ce qui lui permettait d’atteindre 5,7 km/h sur l’eau. Un tuyau en caoutchouc gonflable autour de l’anneau de la tourelle créait un joint étanche entre la coque et la tourelle et le canon de deux centimètres du char et la mitrailleuse coaxiale étaient opérationnels et pouvaient tirer quand le char était dans l’eau. Les Allemands ont converti 52 de ces chars à l’usage amphibie avant l’annulation de Sea Lion.

Le Tauchpanzer

Le Tauchpanzer, appelé également U-Panzer pour Unterwasser Panzer, était un char moyen standard Panzer III  ou Panzer IV dont la coque était complètement étanche en scellant tous les orifices de visée, les trappes et les prises d’air avec du ruban adhésif ou du calfeutrage. Une fois que le char avait atteint la rive, tous les couvercles et tous les joints pourraient être soufflés par des câbles explosifs, ce qui permettrait un fonctionnement normal au combat. L’air pour l’équipage et le moteur était aspiré par un tuyau en caoutchouc de 18 m de long auquel un flotteur était attaché pour maintenir son extrémité au-dessus du niveau de la surface de l’eau. Ce qui leur permettait de fonctionner jusqu’à 15 mètres de profondeur. Une antenne radio était également fixée au flotteur pour permettre la communication entre l’équipage du char et la barge de transport. Le char était aussi équipé d’une pompe pour évacuer l’eau en cas d’infiltration ou encore d’un gyrocompas directionnel pour la navigation, mais les chars pouvaient aussi suivre les instructions transmises par radio depuis la barge de transport. À la fin du mois d’août, les Allemands avaient converti 254 chars, soit à peu près l’équivalent d’une division blindée.

 

Un projet de char amphibie

Test d’un char submersible

En plus du reste, la Kriesgmarine  n’avait pas d’expérience dans une attaque amphibie, donc ils ont dû créer des barges de débarquement. Cependant, dû au retard occasionné par leur conception, ils ont préféré convertir des barges fluviales. On en distingue 2 types : la péniche, longue de 38,5 mètres et transportant 360 tonnes, et la Kampine , longue de 50 mètres et transportant 620 tonnes. Sur les 2 400 barges collectées pour l’invasion, 1 336 ont été classées comme des péniches et 982 comme Kampinen. Les désignations d’une péniche standard était le type A1 et quelque chose de plus grand comme le type A2.

Le type A

La transformation des péniches consistait à découper une ouverture à l’avant pour décharger les troupes et les véhicules, à souder les longerons longitudinaux et transversaux à la coque pour améliorer la navigabilité, ajouter une rampe intérieure en bois et couler un plancher de béton dans la cale pour permettre le transport de char. Tel que modifié, le chaland de type A1 pourrait accueillir trois chars moyens tandis que le chaland de type A2 pourrait en transporter quatre.

Le type B 

Cette barge était un type A modifié pour transporter et décharger rapidement des chars submersibles (Tauchpanzer) développés pour Sea Lion. Le type B nécessitait une rampe extérieure plus longue (11 mètres) avec un flotteur attaché à l’avant de celui-ci. Une fois le chaland ancré, l’équipe allongeait la rampe d’arrimage interne à l’aide de blocs et d’agrès jusqu’à ce qu’elle repose à la surface de l’eau. À mesure que le premier char roulait sur la rampe, son poids inclinait l’extrémité avant de la rampe dans l’eau et le poussait vers le fond marin. Une fois que le char est partie, la rampe remonte jusqu’à une position horizontale, prête pour la sortie suivante. En tout, ce sont 75 type B qui ont été commandés fin septembre 1940.

Le type C 

La barge de type C a été spécifiquement convertie pour transporter le char amphibie Panzer II ( Schwimmpanzer ). En raison de la largeur supplémentaire des flotteurs attachés à ce char, couper une large rampe de sortie à l’avant du chaland n’a pas été jugé souhaitable, car cela aurait rendu la navigation quasiment impossible. Au lieu de cela, une grande trappe a été coupée dans la poupe permettant ainsi aux chars de partir directement dans l’eau avant de faire demi-tour avec leur propre force motrice et de se diriger vers la rive. La barge de type C pouvait accueillir jusqu’à quatre Schwimmpanzern dans sa cale. Environ 14 de ces embarcations étaient disponibles à la fin de septembre.

Le type AS 

C’est une barge renforcée contre les tirs d’armes légères et de petit calibre en protégeant les côtés d’une barge de type A avec du béton. La péniche pouvait accueillir dix bateaux d’assaut (Sturmboote) le long de sa coque, chacun capable de transporter six fantassins. Le tout motorisé par un moteur hors-bord de 30 CV. Le poids supplémentaire de cette armure et équipement supplémentaire a réduit la capacité de charge de la barge à 40 tonnes. À la fin septembre, 23 barges de ce type ont été commandés.

Le type AF 

La Luftwaffe s’est aussi penchée sur les barges de débarquement. Le major Siebel a proposé d’équiper les barges non motorisées de type A de leur propre force motrice en installant une paire de moteurs d’avion BMW de 600 ch. La Kriegsmarine était très sceptique de cette entreprise, mais le haut commandement de l’armée était enthousiaste avec le concept et Siebel a procédé aux conversions. Les moteurs de l’avion étaient montés sur une plate-forme soutenue par un échafaudage en fer à l’arrière du navire. Une fois achevé, le Type AF avait une vitesse de six nœuds et une portée de 60 milles marins. Les inconvénients de cette installation comprenaient l’incapacité de faire reculer le navire vers l’arrière, une manœuvrabilité limitée sans compter que le bruit assourdissant des moteurs rendait les communications vocales problématiques. Au final, se sont plus de 200 barges qui ont été converties à la fin du mois d’octobre.

Même la Luftwaffe avait créé une nouvelle arme pour l’occasion. Une sorte de bombe qui était constituée de longs câbles fait pour sectionner les câbles à haute tension. Les Bf 110, qui ont transporté ces armes, ferait leur largage à basse altitude et de nuit.

 

Barges prévue pour la conversion

Conversion en cours

 

 

Exemple de motorisation avec des moteurs d’avion

 

Faisabilité
Un wargame a été fait en 1974 avec comme scénario que la Luftwaffe n’avait pas encore la supériorité aérienne. Les Allemands auraient bien réussi a débarquer, mais les obstacles dressés par la Home Garde aurait permis de gagner suffisamment de temps pour que les divisions régulières se placent et que la Royal Navy atteigne la Manche depuis Scapa Flow. Ce qui aurait pour conséquence de bloquer tout ravitaillement et donc les troupes allemandes seraient obligées de se rendre. Mais certaines personnes disent que le wargame n’avait pas pris en compte le fait que beaucoup d’équipement lourd aurait pu être laissé à Dunkerque ni que l’armée allemande n’avait pas de moyen sérieux pour traverser la manche. 
Ce qui est sûr, c’est que le Royaume-Uni aurait engagé jusqu’au dernier homme et dernier navire afin de bloquer le débarquement. En ce qui concerne la supériorité aérienne, plusieurs s’entendent pour dire que l’Allemagne ne pouvait pas l’avoir avant la fin de la fenêtre météo, voire même pas du tout. En effet, la Royal Air Force aurait pu facilement se regrouper au nord des îles et ne descendre intervenir en masse qu’en cas d’attaque des Allemands. Mais imaginons que les Allemands avait  finalement acquis la supériorité aérienne…ùils n’auraient sans doute même pas eu besoin de débarquer, car avec un tel scénario Churchill aurait alors été remplacé par son ministre des Affaires étrangères Edward Wood, lequel préférait faire la paix avec l’Allemagne plutôt que d’avoir à faire face à un massacre de civils sur le sol britannique.

exercice de débarquement

Yoshida Itsuru

Sources :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Seel%C3%B6we
http://quelqueshistoires.centerblog.net/1676509-Operation-Seelowe-Operation-Otarie-
https://www.dday-overlord.com/forum/photos-de-la-preparation-de-l-operation-seelowe-t7192.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Sea_Lion
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Bataille du château d’Itter

Crédits: Erwin Schütze

Introduction : 
La bataille du château d’Itter est l’une des dernières batailles de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi une des plus étranges. En effet,c’est la seule bataille où des Américains et des Allemands se sont battus côte à côte pour secourir des personnalités françaises des griffes d’une troupe de SS.


Le château d’Itter

Contexte :
Le château d’Itter est une fortification datant du XIIIe siècle qui surplombe le village éponyme. Ce bâtiment a été réquisitionné par les Allemands au début de la guerre pour plusieurs fonctions. En 1943, le château fut utilisé comme prison annexe du camp de concentration de Dachau. Les prisonniers étaient gardés par Sebastian Wimmer et des soldats de la SS. Ces prisonniers étaient spéciaux, se sont de grandes figures françaises comme d’anciens présidents du conseil, Édouard Daladier et Paul Reynaud, le syndicaliste Léon Jouhaux, le grand tennisman et ancien ministre des sport sous Vichy Jean Borotra, des généraux comme Maurice Gamblin et Maxime Weygand, le colonel François de la Rocque, la sœur de Charles de Gaulle, Marie-Agnès de Gaulle, le président Albert Lebrun et aussi Michel Clémenceau, politicien et fils du célèbre George Clémenceau. En plus, qui dit prisonniers de luxe dit conditions de vie de luxe. Les prisonniers avaient le droit à du vin, le libre accès à la cour et leurs chambres luxueuses n’étaient fermées à clé que la nuit. Il faut cependant savoir que les allégeances politiques étant variées au sein du groupe, certaines tensions existaient entre les différents prisonniers.

                                De gauche à droite: Paul Reynaud, Maurice Gamelin,  Edouard Daladier et Maxime Weygan.
Toujours de gauche à droite: Michel Clémenceau, François de la Rocque, Leon Jouhaux et Jean Borotra

La Bataille :
Le 30 avril 1945, Heinrich Himmler émet l’ordre de tuer tout homme agitant un drapeau blanc. Le chef des SS somme les Allemands de ne pas baisser pavillon et de continuer à résister. En même temps, le commandant de camps de Dachau, Édouard Weiter, arrive au château alors qu’il vient de faire exécuter 2 000 prisonniers.

Le 3 mai, un prisonnier yougoslave, qui servait d’électricien au château du nom de Zvonomir Cuckovic (que les prisonniers surnommaient André), réussit à s’enfuir en emportant avec lui un message en anglais qu’il délivrerait au premier soldat américain qu’il croiserait sur sa route. Il rencontre alors un petit groupe de soldats allemands dirigés par le major Josef Gangl. Ils restaient dans un village du nom de Wörg pour aider les habitants que les soldats SS menaçaient d’abattre si un drapeau blanc ou autrichien était hissé. Ces habitants avaient été mis à la tête d’un réseau de résistants autrichiens. Le major identifie la position de la 103e division d’infanterie américaine au yougoslave qui réussit à entrer en contact avec eux plus tard dans la soirée.


Josef Gangl

 

Édouard Weiter se donna la mort le 4 mai provoquant la fuite de la garnison SS. Les prisonniers sont restés sur place  et s’empare rapidement des rares armes encore présentes sur place. Pour sa part, le cuisinier tchèque de la prison, part vers la mi-journée en direction du village de Wörgl où il réussit à trouver la résistance autrichienne. Le major John Kramers, de la 103e division d’infanterie américaine, établit le contact avec l’officier de liaison français, Eric Lutten. Malheureusement, les renforts composés de M10, de jeeps,  d’un peloton de fantassins et de quelques partisans autrichiens qui les ont rejoint en route, se font arrêter sur la route par l’artillerie ennemie. Le major allemand Gangl a tôt fait de rejoindre un lieutenant du nom de Jack Lee à Kufstein. Il se présente à lui avec un drapeau blanc et lui explique la situation. Lee demande alors la permission de partir aider les prisonniers. Ce que son QG lui a accorde immédiatement. C’est ainsi que deux chars Sherman avec 8 membres d’équipage, environ une dizaine de fantassins ainsi que le major allemand et ses hommes partent aux secours des prisonniers français. Un char, avec trois fantassins à son bord, est  laissé en retrait sous le commandement du major Harry Basse pour défendre un pont donnant accès au château. Les prisonniers sont plutôt déçus de cette force de secours relativement petite. Malheureusement, les places dans les véhicules et l’âge avancé de certains prisonniers rend impossible une évacuation. Le château reprend donc sa fonction défensive. Les soldats allemands et américains se placent autour du château pour le défendre avec le char devant la porte principale. Malgré le fait que le lieutenant avait ordonné de rester à l’intérieur du château pour leur protection, Reynaud, Clémenceau, La Rocque et Borotra décident de mettre leurs différents de côté et prennent les armes pour aider les soldats. Pendant ce temps, une force SS restée dans les environs encercle le château. Les échanges de tirs commencent vers 23h et continuent pendant toute la nuit, bien que ce ne soit que pour tester les défenses.

Jack Lee

Le 5 au matin, le major allemand téléphone à Alois Mayr, le chef de la résistance autrichienne à Wörgl, pour demander des renforts. Ce n’est cependant que deux soldats allemands qui se présentent, accompagnés par un adolescent membre de la résistance, Hans Walt.  Peu de temps après,  pendant que le lieutenant américain essaie de contacter son unité, les SS lancent l’assaut. C’est entre 100 et 150 hommes qui se précipitent pour capturer le château et ses prisonniers. Tandis que les défenseurs se replient à l’intérieur du château, un canon de 88mm tire un premier coup qui fait voler en éclat la chambre vide de Gamelin. Le second tir touche le char. Fort heureusement, ses occupants ont le temps d’évacuer sans blessure avant que ne se fasse entendre une forte détonation due à l’explosion du carburant. Même si les hommes sont sauvés, il n’y a alors  maintenant quasiment plus aucuns moyens de contacter l’extérieur. Les défenseurs, tirent depuis le haut des murs pendant que le major Kramer, accompagné du lieutenant Luten, du photographe français Eric Schwab et du correspondant de guerre américain Meyer Levin, arrive avec des renforts. Cependant, se trouvant maintenant trop loin du champ d’opération de sa division, car en effet ce secteur relevait de la 36e Division, Kramer, furieux, doit y laisser tous ces hommes et ses chars. Même si depuis sa position, il peut voir la bataille faire rage. Le groupe décide tout de même, malgré tout,  de continuer en jeep. Ces derniers sont alors rejoints par les hommes du second bataillon du 142e régiment d’infanterie. Kramer tente de contacter Lee par radio, mais échoue dans sa tentative puisque le char est détruit. Il rejoint alors la mairie de la ville grâce à l’aide d’un partisan autrichien où il peut téléphoner au château. Lee l’informe aussitôt que la pression des SS augmente tandis que le niveau des munitions des défenseurs, lui,  baisse dangereusement. Kramer lui réplique que de l’aide était en route. Les quatre hommes quittent et rejoignent les effectifs du 142e qui montent momentanément au château. Lee et Gangl cherchent à repérer les positions ennemie et celle du 88mm quand Gangl se prend un tir de sniper qui le touche mortellement. Vers midi, le tennisman demande la permission pour sortir du château pour guider les forces de secours.Ce qu’on lui accorde. Après avoir échappé aux SS dans les bois, il court dans la direction des secours. Le niveau de pression des SS augmentant et celui des munitions baissant, la situation devenait de plus en plus critique. C’est alors que Lee ordonne le replie des défenseurs et des anciens prisonniers dans le donjon pour gagner du temps. Vers 15h, les SS se préparent à faire sauter la porte principale à l’aide de lance-roquettes quand se font tout à coup entendre des tirs d’armes à feu à l’autre bout du village. On peut entendre peu après le cri strident d’un soldat SS :  « Amerikanische panzer ! » Immédiatement, les soldats SS prennent la fuite. Au final, le groupe est secouru à temps par les renforts et une centaine de soldats SS sont faits prisonniers.

Dégâts causés au château par le 88mm

 

Conclusion :
Les personnalités françaises sont ramenées en toute sécurité à Paris le 10 mai. Lee et ses hommes reçoivent une permission et, en plus, Jack Lee et Harry Basse sont récompensés pour leurs actions. Le premier reçoit en effet la Distinguished Service Cross et le grade de capitaine, et le deuxième la Silver Star. De leur côté, les soldats allemands ont été accompagnés à un camp de prisonniers et le major Josef Gangl fut reçut un peu plus tard comme un héros national. Même une rue de Wörgl porte aujourd’hui son nom. Une chose est sûre, c’est que cette bataille restera dans les mémoires pour être la seule ou des Américains et Allemands se sont battus ensemble. C’est sans oublier que les hommes politiques impliqués dans l’affaire ont réussi à faire abstraction de leurs allégeances pour faire front commun dans l’adversité. La vie politique d’après-guerre aurait était bien différente sans eux…

Paul Reynaud, Marie-Renée-Joséphine Weygand, Maurice Gamelin, Edouard Daladier et Maxime Weygand autour du général McAuliffe, de la 103e Division d’infanterie

Yoshida Itsuru

Source :
http://www.ulyces.co/servan-le-janne/la-bataille-du-chateau-ditter-le-jour-ou-la-realite-a-depasse-tarantino/
https://www.strategietotale.com/forums/topic/la-bataille-du-chateau ditterhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_ch%C3%A2teau_d%27Itter
https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_for_Castle_Itter
http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t14588-itter-ou-la-bataille-la-plus-etrange
http://www.historynet.com/the-battle-for-castle-itter.html
http://boowiki.info/art/batailles-de-la-seconde-guerre-mondiale-impliquant-les-etats-unis-d-amerique/bataille-pour-le-chateau-itter.html

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Opération Fortitude

Crédits: Erwin Schütze

L’opération Fortitude fait partie d’une opération beaucoup plus large du nom de Bodyguard qui avait pour but de tromper les Allemands sur le lieu des débarquements de la façade Atlantique et en Méditerranée en plus de faire croire que ces dits débarquements n’avaient pour but que de faire diversion pour un débarquement de plus grande envergure.

Carte représentant les différents objectifs factices des opérations de désinformation

Carte représentant les différents objectifs factices des opérations de désinformation

Comme on peut le voir sur la carte, l’opération Fortitude est en fait composée de deux parties. Une au nord avec l’opération Skye et l’autre au sud avec l’opération Quicksilver.

L’opération Bodyguard

L’idée de cette opération de désinformation et d’intoxication est venue lors de la rencontre des « Trois Grands » à la conférence de Téhéran fin 1943. Lors de cette conférence, l’idée du débarquement était d’actualité et il y avait souci de mettre en place aussi une opération pour tromper l’ennemi. Pour faire cela, Churchill fit appel au lieutenant-colonel John Henry Bevan, un ancien banquier et un génie de la guerre qui s’était fait remarquer pendant la Première Guerre mondiale pour ces prévisions incroyablement justes. Il est alors le chef de la London Controlling Section, organisme secret avec pour mission de monter et d’exécuter toutes sortes de missions de désinformation grâce aux MI5 et MI6.

Seule photo connue de la London controlling section avec John Henry Bevan au centre

L’opération Fortitude North et Skye

Cette opération est la moins connue des deux. Elle devait faire croire aux Allemands un possible débarquement en Norvège. La mise en scène prévoyait d’évoquer l’hypothèse réelle de la présence d’une British Fourth Army stationnée dans le nord de l’Angleterre  et dont le quartier général était le château d’Édimbourg. Bien sûr, cette armée était fictive, mais elle était quand même subdivisée en quatre parties: Skye, l’état-major, Skye II et Skye IV, corps expéditionnaires anglais fantômes respectivement les IIe et VIIe. Par contre, Skye III avait une petite particularité…C’était le véritable XVe corps de génie américain, mais accompagné cette fois d’autres unités qui, elles, étaient fictives. Les Anglais ont jugé peu probable qu’un avion allemand arrive a survoler la zone sans être intercepté, donc il n’y eut aucun leurre construit, mais un trafic radio fut mis en place. En parallèle de tout cela, le Royaume-Unis établit  aussi des contacts politiques avec la Suède pour renforcer la pression sur les Allemands. Des agents doubles du nom de code de Mutt et Jeff sont aussi mis à contribution pour donner de fausses informations. Malheureusement, des doutes sur la fiabilité de l’un des agents mirent fin au subterfuge, et Jeff fut même emprisonné. Le summum de l’activité de l’opération fut atteint lorsque des commandos britanniques attaquèrent des infrastructures maritimes et des avant-postes allemands en Norvège pendant le printemps 1944. A la suite de ces attaques, la Kriegsmarine augmenta son activité en mer du Nord et la pression politique sur la Suède augmenta aussi. Des rapports et études d’après-guerre montrent que grâce à Skye 13 division, les Allemands ont été obligés de laisser au moins une division  en Norvège lors du débarquement. Par contre, aucune preuve n’indique que les Allemand ont surveillé le trafic radio.

L’opération Fortitude South et Quicksilver

C’est surtout cette partie de l’opération que l’on retient pour l’opération Fortitude. Elle avait pour but de faire croire à un débarquement dans la région de Calais par la FUSAG (pour First United States Army Group). Des efforts notables on été déployés afin de rendre crédible l’opération. Que ce soit pour laisser des traces de l’armée,  d’avions fictifs, de fausses péniches de débarquement positionnées à des endroits stratégiques ou encore de faire croire à l’utilisation active d’aérodromes qui, en fait, n’étaient d’aucune utilité. tout a été mis en oeuvre pour être persuasif. Il a aussi été question de construire des chars en bois, mais le temps de construction étant trop long, on jeta alors son dévolu plutôt sur des chars gonflables en caoutchouc fabriqués par des sociétés américaines telles que Goodyear/ Goodrich et ensuite livrés par bateau. Ne restait alors qu’à les gonfler sur place. Pour pousser le réalisme au maximum, on a employé, la nuit, de vrais chars pour marquer le sol. Même un faux terminal pétrolier fut construit par les studios de Shepperton…

Les fausses péniches de débarquement

Un avion fictif

Un char gonflable

Mais la tromperie ne s’arrêta pas là. Le Général Patton, qui était tenu en haute estime par les Allemands, fut mis «officiellement» au commandement de cette armée. Des centaines de messages radio ont été envoyés pour faire croire à des activités de l’armée. Certaines tentes avaient des poêles allumés pour simuler les cantines en train de préparer à manger pour ces soldats fantômes. Même des insignes ont été créés. C’est sans compter les faux articles parus dans la presse anglaise annoncant le résultat des matchs de foot et des mariages de soldats. Mêmes les zones furent interdites d’accès, avec des panneaux et de vrai gardes. Ces gardes venaient en partie de la Home Guard et effectuaient le tout en plus de garder les zones de manœuvre, de déplacer les véhicules de jour comme de nuit. Tout cela pour rendre le camp plus vrai que nature.

 

Symbole du FUSAG

 

Insignes d’unités fictives du FUSAG

 

Comme évoqué précédemment, la tromperie a aussi eu une bonne place dans l’opération. Le système Double-Cross ou XX est un système de contre-espionnage créée par le MI5 dans le but de repérer, de retourner ou de neutraliser tous les agents allemands. Pour l’opération Fortitude, les Britanniques ont utilisé trois agents double, mais on retiendra surtout le nom de Juan Pujol Garcia, alias « Arabal » pour les Allemands,  alias « Garbo » pour les alliés. Cet Espagnol, suite à la guerre civile dans son pays,  détestait toute forme de fascisme et lorsque la guerre éclata, il proposa au Royaume-Uni de se mettre à leur service. Cependant, les Anglais se montraient méfiants et ont alors rejeté la proposition. Mais Juan était plutôt un type persévérant. Il alla même jusqu’à concocter un plan pour rejoindre les services secrets britanniques. Il commence par se faire engager comme agent secret allemand. Il réussit en effet à se faire recruter et envoie pendant plusieurs mois des rapports aux Allemands. En quelques mois seulement, il réussit à monter un réseau d’espions dans plusieurs endroits stratégiques des îles britanniques. Lorsqu’ils découvrent l’existence du réseau, et surtout de son chef et de son lieu de résidence, les Britanniques envoient un agent pour le rencontrer à Lisbonne. Le présumé agent allemand, du nom d’Arabal, finit par avouer qu’il avait tout inventé: ses hommes, les informations qu’il avait trouvées dans la presse et même du fait qu’il n’avait jamais mis les pieds en Angleterre. Mais une chose était certaine: les Allemands avait foi en lui. À tel point qu’un jour, leur donnant l’information qu’un convoi était partie d’Angleterre pour rejoindre Malte, ces derniers se sont empressés, quelques heures plus tard, d’envoyer des bâtiments intercepter ledit convoi. Réalisant la crédibilité du subterfuge, les Anglais se laissent tenter et le font entrer à leur service. Un peu plus tard, il confirme aux Allemands la présence d’armées alliées dans le sud-est de l’Angleterre et conforte ainsi les Allemands de l’idée d’un débarquement près de Calais.

Comme mentionné auparavant, le but de l’opération Fortitude était aussi de faire croire que ce débarquement n’était qu’une diversion et pour ne pas compromettre sa position, Garbo eut une idée de génie. Il envoya un message aux Allemands quelques heures avant le débarquement à l’effet que des troupes alliées allaient justement débarquer en Normandie. Le temps que le message soit transmis à Berlin, les alliées allaient avoir eu le temps de débarquer et le double objectif serait atteint: un débarquement réussi et des Allemands n’ayant pas de doutes sur la fiabilité d’Arabal, l’information n’étant tout simplement pas arrivée à temps. Cela permit à l’agent double de continuer d’envoyer de fausses informations sur le fait que la FUSAG se préparait à embarquer pour Calais. Les Allemands se demandaient justement pourquoi le débarquement sur Calais n’arrivait pas et questionnèrent Juan qui leur répondit alors qu’étant donné la réussite du débarquement de Normandie, le débarquement dans la Pas-de-Calais avait été annulé. Il servit encore quelques mois après l’arrêt de l’opération Fortitude et fut décoré de la croix de Fer allemande, mais aussi de la médaille de l’ordre britannique!

Juan Pujol Garcia, alias « Arabal » pour les Allemands,  alias « Garbo » pour les alliés

Comme dans toute opération, il y eut des pertes et des sacrifices. Des réseaux de résistants que les Anglais savaient infiltrés par les Allemands furent sacrifiés, mais dans le but de garder le secret et pour faire paraître l’opération encore plus crédible. On a qu’à penser à un de ces réseaux de résistants qui savait que si la mention « Message pour la petite Berthe » suivie de « Salomon a chaussé ses grands sabots », voulait dire qu’un débarquement aurait lieu dans le Pas-de-Calais 48 heures plus tard.  Malheureusement, cette poche de résistance fut arrêtée et l’information fut dévoilée… Le 8 juin à 19h15 les deux phrases furent prononcé par la BBC et cela convainquit les Allemands que le débarquement n’aurait jamais lieu. D’ailleurs, et c’est bien malheureux, les morts causés par cette opération ne furent pas que du côté des résistants. En effet, des centaines de civils périrent dans les bombardements qui devaient faire croire à un débarquement dans le Pas-de-Calais…

Conclusion

Même si l’opération Fortitude Nord n’a pas eu un effet et une renommée aussi grande que Fortitude Sud, elle a quand même contribué à piéger des divisions allemandes hors de la France. Et ces opérations ont surtout reposé sur des agents double, car en 1944 le contrôle du ciel au-dessus de l’Angleterre était acquis pour les alliées et donc rares étaient les avions qui ont pu prendre de possibles photos des lieux. De plus, la Luftwaffe rechignait à prêter ses avions pour de simples opérations de reconnaissance. Les Anglais ont tout fait pour conforter les Allemands dans l’idée d’un débarquement à Calais grâce aux agents double et aux systèmes de contre-espionnage Double-Cross. Et les centaines de personnes sacrifiés pour le bien de l’opération ont réussi a rendre l’opération encore plus crédible. Il en résulta que 17 divisions allemandes sont restées en Norvège et au Danemark, et que les renforts pour contrer le débarquement de Normandie ne furent envoyés que le 15 juillet. Ce qui permit aux alliée de fortifier cette fragile tête de ponts qui traversera ensuite la France jusqu’au Rhin beaucoup plus facilement. John Henry Bevan retourna au monde des finances et mourut d’un cancer du poumon causé par les quatre paquets de cigarettes par jour fumés pendant la guerre. De son côté, Juan Pujol se fit passer pour mort et partit vivre au Vénézuela où il mourut paisiblement. Bien qu’il eut une place importante dans l’opération, on entendit très peu parler de ses exploits. Ce n’est qu’une quarantaine d’années après le débarquement qu’il fut reconnu comme étant la dernière personne en vie avec des décorations à la fois de l’Axe et des Alliées.

Yoshida Itsuru

Source :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Fortitude
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Quicksilver
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Skye
http://www.lepoint.fr/histoire/evenements/debarquement-operation-fortitude-ou-comment-les-allies-ont-berne-les-nazis-06-06-2014-1832918_1616.php
https://www.lexpress.fr/informations/les-secrets-de-l-operation-fortitude_607409.html
https ://dailygeekshow.com/operation-fortitude-allies/
https ://www.dailymotion.com/video/x5q31yo
https://liberationroute.fr/great-britain/stories/o/operation-fortitude-south
https: //www.francetvinfo.fr/histoire-l-operation-fortitude-episode-inedit-de-la-seconde-guerre-mondiale_475720.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_groupe_d%27arm%C3%A9es_des_%C3%89tats-Unis
https://en.wikipedia.org/%3Ftitle%3DOperation_Skye%26redirect%3Dno&prev=search
https://fr.wikipedia.org/wiki/Joan_Pujol_Garcia

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La « E-Boat Alley »

Crédits: Erwin Schütze


Carte de la zone de « E-Boat Alley » (segment hachuré) avec la route des principaux convois (hors convois d’invasion et de ravitaillement pour Overlord) en pointillé et leurs codes (en bleu) ainsi que les principales bases de Schnellboot utilisées (avec entre parenthèses les flottilles ayant opéré depuis ces bases) au cours de l’année 1944. Carte de l‘auteur.

 

« EBoat Alley » [1], sans doute l’une des zones les plus dangereuses tout au long de la Seconde Guerre Mondiale, une zone aux portes de la Grande Bretagne qui s’étend entre la baie de The Wash (au nord) et l’estuaire de la Tamise (au sud).
Une zone qui a tout pour plaire, pensez-donc : de nombreux bancs de sables, des champs de mines à perte de vue où se mêlent toutes sortes de mines aussi bien anglaises qu’allemandes, une proximité avec les principales bases des «Schnellbootsflotille» [2] du continent et enfin, un passage obligé pour tout le trafic maritime côtier entrant ou sortant de la Manche et de la Mer du Nord [3].

Au déclenchement de la guerre et jusqu’au début de 1941, la Royal Navy n’était pas vraiment préparé à affronter les vedettes rapides armées de torpilles de la Schnellbootwaffe, mais au fur et à mesure, elle s’équipa de nombreux navires versés à la Coastal Forces: MTB (Motor Torpedo Boat), MGB (Motor Gun Boat), ML (Motor launch), armed trawlers (chalutiers armés), dragueurs et mouilleurs de mines, … si bien qu’à la fin 1943/début 1944 le rapport de force s’inversa. Cependant, l’abondance de convois (près de trois par semaine) et la proximité avec les bases opérationnelles allemande fit que la zone resta pour toute la durée de la guerre le théâtre d’affrontements violents et toujours un endroit particulièrement dangereux pour les équipages.

Ci-après, nous avons traduit (du néerlandais) et reproduit le récit d’un officier de marine, J.Kuwert, titré « E-Boot Dreef » ou « Allée des E-Boat » et paru dans le mensuel « Marine » d’avril 1944 [4], un magazine édité par le Ministère des Communication du Gouvernement Belge en exil à Londres et destiné aux marins belges engagés dans le conflit [5]. Nous l’avons agrémenté de quelques illustrations pour en rendre la lecture plus ludique et compréhensible :

 


Vue d’artiste du HMS Westminster (Destroyer classe V&W) attaquant deux E-Boat le 15 avril 1943 au large de Lowestoft.       
Source : http://vandwdestroyerassociation.org.uk

« La côte Est de l’Angleterre est parsemée dans sa partie sud d’un nombre incalculable de banc de sables et d’eaux peu profondes entre lesquels se trouvent des chenaux de navigation très étroits. Devant ces bancs de sables se trouvent des larges étendues de champ de mines qui défendent l’accès à la côte. Pourtant, toutes ces redoutables défenses n’ont pas empêché les E-boat allemands d’en faire leur terrain de chasse favoris et d’y perpétrer de nombreuses attaques sur les convois qui y passent. Ces E-boat ont d’ailleurs donné leur nom à ces étendues d’eau, théâtre de tant de combats navals.
De nombreuses épaves sont les malheureux témoins et souvenirs des combats livrés là.

L’accès à ces eaux porte d’ailleurs le nom de « Pearly Gates » ou « Porte du Paradis » car tant de marins y ont perdu la vie. Les flammes pendent encore au haut des mâts de ces épaves, intimes tombeaux de ces navires et équipages dans l’eau vert-bleu.

Notre convoi vient du Nord et nous passons justement la « Porte du Paradis » pour entrer dans « E-Boat Alley ». Le soleil descend et à l’Est se dispense déjà la pénombre. Notre navire se trouve au milieu d’un énorme convoi. Il est déjà difficile dans la nuit naissante d’apercevoir l’avant et l’arrière de la longue ligne de caboteurs et autres navires. C’est le moment le plus dangereux de la journée, car c’est la le moment le plus favorable à l’ennemi pour frapper. Les hommes sont à leur poste de combat: leurs yeux cherchent sur l’horizon. L’ennemi peut apparaitre depuis n’importe quelle direction.

Très certainement des Junkers et des Dorniers se cachent dans les nuages avec le soleil couchant dans le dos. Les E-boat peuvent s’approcher presque imperceptiblement depuis l’Est dans la noirceur de la nuit qui nous étreint. Comme si cela ne suffisait pas, nous devons également faire très attention aux mines flottantes et aux épaves à moitié immergées.


Gauche: Junkers Ju 88A, chasseur-bombardier bimoteur allemand, France, 1942. (Référence Bundesarchiv: Bild 101I-363-2258-11)  Droite: Dornier Do 17 Z-5 du 1/KGr 606 au dessus des côtes de la Manche, fin 1940. Bombardier bimoteur allemand surnommé « Flying Pencil » (Pinceau Volant)[6] 
Source : www.falkeeins.blogspot.be

Nous sommes attentifs aux signaux du « Commodore ».

Soudain, un bruit de moteurs ! Qu’est-ce ? E-Boat ? Avion ? Amis ou ennemis ? Où ?

Bang, bang. . . . Le deuxième navire devant nous est ciblé. Il a presque entièrement disparu derrière de hautes colonnes d’eau et de la fumée s’élève depuis son pont. Furtivement, nous apercevons des avions en retraite, suivis par les balles traçantes de nos mitrailleuses. Non loin de nous, la mer bouillonne autour d’un Dornier qui a été abattu. Aucun navire n’a cependant dévié le moins du monde de sa route. Même la victime de l’attaque semble n’avoir été que peu atteinte, car elle maintient sa vitesse comme si de rien n’était.

Notre voisin à bâbord ne doit pas nous porter dans son cœur. L’un de nos obus a explosé non loin de sa passerelle de commandement. Et dans la fureur des combats, plusieurs de nos balles de mitrailleuses ont rasé de près ses mats et cheminées ! Tout s’est terminé en quelques secondes, mais des secondes qui comptent ! La nuit est maintenant totalement tombée. Nous ne percevons plus que les bouées lumineuses et de vagues formes de nos voisins directs.

Le navigateur doit être sur ces gardes, car le chenal de navigation est fort étroit. Épave à bâbord ! Épave à tribord ! Le navire devant nous ne semble pas avoir perdu de vitesse ou alors, est-ce nous qui allons trop vite ? Non, pas du tout, c’est une illusion induite par l’obscurité. Nous devons quand même faire attention. Celui qui nous suit se rapproche d’un peu trop près !

Alarme ! Des balles traçantes en direction de la côté s’élève dans le ciel depuis la mer. Les navires de guerre qui nous accompagnent tirent eux-aussi des munitions traçantes.

Tribord toute ! Ouf, nous l’avons échappée belle. Dans la lueur des obus, un officier de quart a aperçu une mine flottante juste devant notre navire !

Voilà qu’arrive le Radiotélégraphiste – Marconiste. Le message codé est rapidement déchiffré : «  E-boat ennemis se trouvent entre notre convoi et la côte ! » Immédiatement tout le monde est rappelé sur le pont. Chaque membre d’équipage est affecté à un poste de combat, aux munitions ou aux postes d’urgences.

Barre à tribord toute ! L’un de nos navires de guerre est au contact avec l’ennemi. Les munitions traçantes transpercent la nuit. Soudain une explosion illumine la mer. Un E-boat a pris feu sous les tirs d’un de nos chalutiers armés.


Le Chalutier armé HMS Turquoise est un vétéran du « E-Boat Alley ». 14 janvier 1944, Harwich. Le chalutier ASM HMS Turquoise termine 4 années de service sur la côté Est.  (Référence IWM: A 21378)

L’on entend à présent également les ronronnements de moteurs ! Direction Vert 45 ! Distance 800…. Notre petit « 6 pounder » crachent ces obus en direction d’une fumée blanchâtre qui approche par notre tribord. Un E-boat s’approche à pleine vitesse, mais nous ne voyons rien d’autres que cette fumée blanche. Secondes d’attente insoutenables…. Nous ne voyons toujours rien. Pas de torpille, un soulagement s’échappe des lèvres de chaque membre d’équipage.


Le « 6-pounder » ou canon de 57mm Mark VII avec système de rechargement automatisé type Mollins, 15 août 1944, HMS Mantis [7], Lowestoft.   (Référence IWM: A 25155)

Le convoi poursuit sa sinueuse route entre les bancs de sables, les épaves, les bouées et les mines….

Quatre heures du matin ! Nous sommes enfin hors de la zone dangereuse. Les hommes de quart sont relevés et peuvent enfin, après 9 heures ininterrompues d’attention, allez prendre un peu de repos bien mérité.

Un appel du « Commodore » par la radio : « Les E-boat ont étés chassés. Deux ont étés détruits. Le convoi est intact. »

Le soleil pointe ses rayons… Voici le navire qui nous amène le pilote du port. C’est un vétéran de la Grande Guerre et il nous conduit en toute sécurité dans l’embouchure de la Tamise. Des Spitfires tournent très haut au dessus de nos têtes et les dragueurs de mines nous ouvrent un chemin sûr. En effet, tous les dangers ne sont pas encore écartés : les mines magnétiques et acoustiques peuvent encore nous réserver de mauvaises surprises !

Enfin nous remontons le courant.

Encore une fois, un convoi est passé au nez et à la barbe des Allemands. Mais la radio de Berlin communiquera quand même qu’une attaque a été menée avec fermeté par leurs E-Boat contre les convois ennemis et que de nombreux navires Alliées auront étés coulés, nombreuses victimes qui n’existent que dans leurs fiévreuses imaginations ! »

Erwan Lafleur

Notes et Bibliographie :

[1] E-Boot est la dénomination, anglo-saxonne pour le S-Boot (Schnellboot) et signifie « Enemy-Boot ».
[2] En rouge sur la carte les numéros des « Schnellbootflotille » ayant été basé à un moment ou un autre courant 1944 dans les ports.
Source : http://s-boot.net
[3] En pointillé sur la carte, les principales routes de convois – hors convois d’approvisionnement du débarquement et post débarquement vers la France.
Sources: Arnold Hague’s Databe & http://www.naval-history.net
[4] J.Kuwert (1944) in « Marine », avril 1944, Vol. IV, n°4, Ministère des Communications (BE), Londres, p10-11
[5] Les marins belges bien qu’ayant la possibilité de s’engager à la Royal Navy Section Belge, ont parfois aussi choisi de s’engager sur des navires de la Royale Navy, de la France Libre (Surcouf) ou dans d’autres branches comme le S.O.E (Van Riel),… (H.Anrys, 1975)
[6] En 2013, le RAF Museum de Londres à sorti de la Manche l’épave d’un Dornier pour le présenter au publique. Source : http://nationalpost.com/news/raf-museum-pulls-nazi-flying-pencil-from-english-channel-more-than-70-years-after-it-was-shot-down
[7] HMS Mantis est le nom de code donnée à la base du Coastal Command situé à Lowestoft, sur la côte Est de l’Angleterre. Source : http://www.lowestoftmuseum.org/HMSMantis.html

Henri Anrys (1975), «Congé pour mourir – les belges dans la guerre navale 1939-1945», édition Pierre de Méyère, 4ème édition, Bruxelles, 479p.

Karl Scheuch (2010-2018), « S-Boats in the Kriegsmarine 1935-1945, war Zones of the S-boats, English Chanel 1944 ». En ligne http://s-boot.net/ . Consulté le 15/02/2018

Gordon Smith (1998-2016), «World War 2 at Sea – Convoy escort movements of Royal Navy vessels : Allied convoy codes». En ligne http://www.naval-history.net . Consulté le 15/02/2018

V & W Destroyer association (1993), «The journal of Midshipman Derek Tolfree». En ligne http://vandwdestroyerassociation.org.uk . Consulté le 15/02/2018

Gordon Williamson (2011), « E-Boat vs MTB : The English Channel 1941-45 », Osprey Publishing, 48p.

NB: l’auteur remercie les bénévoles des archives de la section Marine du Musée royal de l’armée et d’Histoire militaire de Bruxelles pour leur accueil et disponibilité.

 

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Opération Mincemeat, un noyé au service de sa Majesté

Crédits: Erwin Schütze

À l’aube de ce 6 avril 1943, une petite barque de pêche part vers le large de la côte espagnole de Huelva, golfe de Cadix, pour accomplir son labeur quotidien. A défaut de poisson, le pêcheur va rentrer avec une prise peu banale. En effet, quand il aborde la plage, c’est un cadavre qui est débarqué. Un cadavre portant un uniforme de la Royal Navy, ceint d’un gilet de sauvetage, le corps enserré d’une chaîne gainée de cuir aboutissant à une serviette. Le cadavre est immédiatement confié à une patrouille de l’armée espagnole qui passait par là. Sans le savoir, le pêcheur espagnol entre dans la légende de l’une des opérations de désinformation les plus abouties de la Deuxième Guerre mondiale…

Corps du « Major Martin » lors de sa récupération par les Espagnols le 30 avril 1943

Là où tout a commencé

Nous sommes à Casablanca, en ce 31 janvier 1943, où vient d’avoir lieu la conférence interalliée entre le Président américain Franklin D. Roosevelt et le Premier Ministre britannique Winston Churchill. Entre autres, une des décisions prises est l’invasion de la Sicile, et du reste de l’Italie, dès la fin des combats en Tunisie. Plus tard, l’invasion de la Sicile prendra le nom d’Opération Husky. Dès à présent, il est question de camoufler les intentions des Alliés ; faire oublier l’Italie et diriger les forces ennemies ailleurs !
L’objectif sera donc la Sicile. Toutefois, la progression vers le nord de l’Italie ne se fera pas sans difficultés. L’Italie est membre de l’Axe et encore sous la coupe de Mussolini. En outre, l’Italie est une longue bande de terre coincée entre deux mers, le relief y est par endroits important. C’est pourtant là que l’effort des Alliés devra se produire…
Comme on peut aisément le comprendre, car les Allemands sont aussi conscients de la lente et pénible avancée qu’induirait la péninsule italienne, l’idée essentielle des Alliés est de laisser Hitler croire que la prochaine offensive va se porter ailleurs que sur la Sicile. Il va donc falloir le conforter dans ses certitudes en lui proposant deux alternatives solides : la prise de la Sardaigne et de la Corse comme têtes de ponts d’une offensive dans le sud de la France, et/ou, un débarquement en Grèce, prélude d’une offensive dans les Balkans.

Le choix de l’opération de désinformation va se faire à partir d’une hypothèse du MI-6 : Hitler reste persuadé que Churchill n’a pas renoncé à son offensive dans les Balkans, qu’il veut prouver, en 1943, la validité de sa stratégie de 1915. Hitler, en quelque sorte, valide cette stratégie car il craint pour cette partie de l’Europe. Une offensive dans les Balkans pourrait avoir la fâcheuse conséquence de couper les approvisionnements du pétrole roumain vers l’Allemagne.

La naissance du plan

Quelques mois auparavant, le Lieutenant Charles Cholmondeley a proposé une idée aussi ingénieuse qu’impossible : larguer un émetteur-récepteur en France, accroché à un corps suspendu à un parachute mal ouvert, manœuvrant ainsi les Allemands en leur envoyant de fausses informations. L’idée avait été considérée comme inapplicable. Cependant, à ce point crucial de la guerre, le Lieutenant-Commander Ewen Montagu, officier de renseignement de la Royal Navy, s’en rappela alors. Il lui demanda alors de rejoindre l’équipe qu’il constituait, et proposa l’envoi de faux documents par le biais d’un cadavre que l’on laisserait tomber aux mains des Allemands. Le plan est né.
La première difficulté de ce plan était la nécessité d’obtenir un cadavre sans éveiller les soupçons. La seconde est un fait ; si l’on immerge un cadavre, il y a très peu de chances que les poumons se remplissent d’eau. Dans ce cas, une rapide autopsie aurait conclue à une mort préalable à l’immersion. Le « coup monté » devenait alors évident. La chance finit par sourire à l’équipe avec la découverte d’un cadavre d’un homme, âgé d’une trentaine d’année, et décédé d’une pneumonie. Ceci coïncidait parfaitement avec le besoin, car ce genre de mort peut être comparable à une noyade.

L’opération Mincemeat

Nommer cette opération, impliquant un cadavre, Mincemeat (chair à pâtée) est un des plus féroces exemples du célèbre humour britannique en toutes circonstances.
Le dépôt du cadavre au large de Hueva s’explique par la présence d’un agent allemand très actif là-bas et proche des autorités espagnoles. Hueva est également éloigné de Gibraltar. Un point d’échouage du corps non loin de Gibraltar aurait certainement conduit les espagnols à remettre le corps de l’officier aux autorités là-bas. L’arrivée du corps d’un officier inconnu aurait très certainement crée une agitation très préjudiciable à une opération secrète. En outre, une étude des courants marins et des vents dominants fut faite pour anticiper la dérive du corps. Le moyen de transport idéal était sans nul doute possible le sous-marin.

La pierre angulaire

Vient donc le moment de fabriquer le document qui allait devoir mettre les forces de l’Axe sur le mauvais chemin et que devrait livrer le cadavre. Il ne faisait aucun doute que, pour avoir une chance de tromper les allemands, le document devait parvenir des plus hautes autorités. Le document serait donc une lettre du Lieutenant-général Sir Archibald Nye, Vice-chef de l’Etat-major Impérial, pour le Général Sir Harold Alexander du QG du 18e groupe d’armées. En outre, il devait être rédigé sur un ton amical, bien différent des termes habituels dans les documents officiels.

Le premier but de Mincemeat était que les Allemands continuent de penser que la prise de la Sardaigne puis de la Corse serait le prélude à l’assaut sur la France. Forger un document faisant état de l’attaque de la Sardaigne était une idée séduisante car, de fait, elle serait la meilleure des couvertures lors du rassemblement des troupes et leurs préparatifs en Tunisie. En évoquant également la Grèce et les Balkans, sur la lettre de Sir Nye à Sir Alexander, on pouvait contribuer à éparpiller les forces de l’Axe sur le front méditerranéen.

Le projet de lettre Nye – Alexander devrait faire mention de l’offensive en Grèce « Brimstone » ainsi que de la tentative de désinformation concernant la Sicile « Husky ». Sir Nye s’acquitta de son travail en ajoutant des informations en possession que l’équipe de Montagu ne connaissait pas. Il fit allusion à « Husky » comme condition préalable de « Brimstone ». Mais les Allemands ayant renforcé récemment leurs défenses en Grève, « Husky » pourrait être utilisée en préalable à une autre opération que Sir Nye ne nommait pas. Cet ajout permettrait de faire tourner toutes les têtes allemandes, comme une seule, vers la Méditerranée occidentale.

Un officier sorti du néant

La lettre Nye – Alexander ne pouvait n’être portée que par un officier. Compte tenu des personnes concernées, cette lettre ne pouvait être confiée à un officier subalterne. Cependant, cet officier ne devait pas être de rang trop élevé pour ne pas faciliter les recherches que ne manqueraient pas de faire les services allemands de contre-espionnage. Il fut ainsi décider que l’officier porteur de la lettre serait Capitaine avec la fonction de Major. Et pour sensiblement les mêmes raisons qu’il ne devait pas être de rang trop élevé, ce Major porterait le nom de Martin. Le Major William Martin surgissait du néant ! William Martin serait même marin.

Donner vie au Major Martin impliquait lui donner une existence légale, là aussi pour contrecarrer les recherches des Allemands. Pour cela, il lui fallait des papiers d’identité. À ce stade apparut la première difficulté sérieuse. Qui dit papiers d’identité dit photo ! Une première tentative fut de photographier directement le cadavre, avec le résultat très mitigé que l’on peut aisément imaginer. Puis, des recherches furent entreprises dans la foule londonienne pour dénicher un visage s’approchant de celui du cadavre. Finalement, un jeune officier qui lui ressemblait vaguement fut choisi. Afin de ne pas avoir à vieillir la carte artificiellement, l’équipe préféra faire croire à une perte. Ceci permettant de doter Martin d’une carte neuve avec mention : « En remplacement du n°09650 perdu ».

Carte d’identité du Major Martin

Enfin, l’uniforme du Major fut celui d’un officier de l’équipe. Il fut cousu les grades et attributs d’un Major des Royal Marines. Ils rassemblèrent de même l’imperméable et le reste de la tenue.

Le major Martin devient William

Il fallait en plus d’humaniser le Major humaniser l’homme. Pour se faire, l’équipe prit l’habitude d’évoquer Martin comme un vieil ami. Il semblait en effet que c’était le meilleur moyen pour le considérer comme vivant et de parvenir à le créer comme tel. Ces considérations ont fini par créer un faisceau d’éléments crédibles qui, mis bout à bout, ont raccroché Martin au monde des vivants avec une personnalité propre.

Tout officier consciencieux qu’il était, Martin n’en était pas moins homme. Ainsi, William avait rencontré Pam quelque temps avant son départ pour l’Afrique du Nord. Le coup de foudre en somme puisqu’ils décidèrent de se fiancer avant que William ne soit éloigné par la guerre. Cas de figure des plus fréquents. Cette histoire d’amour donnait de la crédibilité à William. Ainsi, il aurait sur lui deux lettres d’amour ouvertes et repliées maintes fois comme le ferait un amoureux transi. Il aurait également sur lui une facture de la bijouterie S.J. Philipps qui établissait l’achat d’une bague de fiançailles.

Pour donner une image à Pam, il fut organisé un concours entre les filles du service. Une photo de chacune devant être l’objet d’un vote. En parallèle, Montagu et Cholmondeley choisirent l’une d’entre-elles, non seulement pour son apparence mais aussi parce qu’elle était accréditée et avait accès aux documents ultra secrets. Cela constituait une sécurité de plus. Cependant, si elle fut dans la confidence d’un usage particulier de la photo, elle ne sut jamais rien de son usage final.

Pam, la fiancée du Major Martin

C’est au dernier moment que fut décidé de prendre des billets du théâtre Prince of Wales datés du 22 avril 1943. Le cadavre devait être embarqué le 19 avril au plus tard pour être aux environs de Hueva les 29 ou 30 avril. Le vol, lui, ne devait théoriquement durer que le temps d’une journée, à laquelle devait s’ajouter le temps de la dérive supposée du corps. Cela positionnait le vol de Martin vers le 24 avril et venait en support de la note du Club Naval et Militaire. Cholmondeley eut alors l’idée d’organiser une soirée d’adieu entre Pam et William en la soirée du 22 avril et se passant au théâtre.

Le premier et le dernier voyage de William Martin

Il était hors de question que Montagu et Cholmondeley laissent à quiconque le soin de transporter Martin. Ils chargèrent le caisson dans un camion du Ministère de la Guerre pour le conduire jusqu’au HMS Seraph.

Arrivés aux docks de Greenock, dans l’estuaire de la rivière Clyde en Ecosse, le caisson est chargé sur une vedette qui le conduit jusqu’au Forth, un ravitailleur de sous-marins. C’est sur ce dernier que Montagu et Cholmondeley confient à Jewell, le commandant du sous-marin, le caisson ainsi qu’un canot pneumatique de secours qui devait être mis à l’eau en même temps. Montagu enleva un des avirons pour donner l’impression d’une perte dans l’urgence et dans la panique. Pour l’anecdote, il conservera cet aviron en souvenir.
Par sécurité supplémentaire, il fut demandé à Jewell de n’immerger Martin qu’en présence des seuls officiers du sous-marin. Malgré cela, le caisson, chargé à la vue de tous, serait bien sur manquant à l’arrivée à Malte. Pour donner le change auprès de l’équipage, il fut indiqué à Jewell d’utiliser une histoire de bouée météorologique secrète devant être immergée près des côtes espagnoles. Donc que la plus grande discrétion serait demandée par Jewell à l’équipage afin que les Espagnols ne viennent pas retirer cette bouée.

Norman Jewel, commandant du HMS Seraph

Le 19 avril 1943, à 18 heures, le HMS Seraph appareillait.

HMS Seraph

Le Royal Marine Martin débarque en Espagne

Le 30 avril, Montagu reçoit un câble de Jewell disant que « l’opération Mincemeat » était terminée. Le 3 mai, un message de l’attaché naval à Madrid informait l’amirauté de la découverte, en date du 30 avril, du corps d’un Major Martin des Royal Marines. Le corps avait été inhumé le lendemain midi. Il n’était pas fait mention dans ce message des documents.

Le corps fut confié à un médecin légiste qui, après autopsie, conclu à une mort par noyade. Le Major fut ensuite inhumé avec les honneurs militaires, le dimanche 2 mai, en présence du vice-consul de Grande-Bretagne. Deux jours plus tard, le vice-consul reçut de l’ambassade de Grande-Bretagne à Madrid un message « Top Secret » l’informant que le Major William Martin était en possession de documents importants enfermés dans une mallette et qu’il fallait les récupérer le plus rapidement possible auprès des autorités espagnoles. Le vice-consul fit toutes les démarches nécessaires pour la récupérer mais ce n’est que 9 jours plus tard que l’attaché militaire à l’ambassade reçut la demande du chef d’état-major de la flotte de guerre espagnole de venir le voir afin de récupérer la mallette avec les objets personnels du défunt. Au cours de leur entrevue, le chef d’état-major dira : « Soyez assuré que la clef qui ouvre cette mallette n’a pas été employée ». Mais, durant tout ce temps, l’agent de l’Abwehr opérant à Huelva a certainement eu connaissance des documents secrets. En effet, après que les documents aient été restitués, ils furent examinés par les Britanniques qui conclurent qu’ils avaient été lus puis soigneusement remis en place. L’état-major britannique adressa un message quelque peu énigmatique à Churchill, alors à Washington : « Mincemeat Swallowed Whole (Chair à pâté toute avalée) »

Il semble que le plan des forces alliées ait réussi, car une division blindée allemande, qui aurait dû être envoyée en Sicile, fut envoyée en Péloponnèse où les Allemands consolidaient leurs positions en procédant à des travaux défensifs. Les Allemands envoyèrent également des troupes en Sardaigne et en Corse. De plus, une flottille de vedettes lance-torpilles se trouvant dans le détroit de Sicile et de Malte fut envoyée en Grèce. Après la chute du IIIème Reich, des photographies des documents contenus dans la mallette furent découvertes dans les archives de Dönitz avec une note garantissant leur authenticité. Dans les dossiers allemands, se trouvaient les copies photographiées des lettres, leurs traductions, et les différents rapports des agents secrets. Un dossier avait été spécialement préparé à l’intention de l’amiral Dönitz. L’état-major y notait qu’il avait conclu à l’authenticité des documents et que l’attaque principale des alliés porterait certainement sur la Sicile, mais qu’une attaque était prévue sur la Sardaigne, avec débarquement possible en Grèce.

Enfin Dönitz dit dans son journal : « Le Führer ne croit pas que le lieu d’invasion le plus vraisemblable soit la Sicile. Il pense que les documents découverts confirment que l’attaque principale sera dirigée contre la Sardaigne et le Péloponnèse ».
Aujourd’hui encore, le dénommé Major William Martin se trouve enterré dans le cimetière de Huelva.

Louis Aronde

Références et bibliographies

Opération Mincemeat : https://2eguerremondiale.fr/dossiers/guerre_secrete/operation_mincemeat
Mincemeat, une opération d’intoxication au cœur de la seconde guerre mondiale : https://www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-29-septembre-2012
Opération Mincemeat : http://www.bbc.co.uk/history/topics/operation_mincemeat
Opération Mincemeat – L’histoire du major sans corps : https://www.youtube.com/watch?v=mNWTO9Uo5UA
Operation Mincemeat – How a dead tramp fooled Hitler: http://www.bbc.com/news/magazine-11887115
Dead man floating – Wolrd War II Oddest Operation : https://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=127742365
Operation Mincemeat – The story behind « The man who never was » in Operation Husky : https://www.defensemedianetwork.com/stories/operation-mincemeat-the-story-behind-the-man-who-never-war-in-operation-husky/

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Compte rendu séance Discord 1

Crédits: Erwin Schütze

Bonjour à tous !

Voici le compte rendu de la séance d’information discord.

La quantité de questions posées étant fort importante et le temps non extensible, seulement une partie des questions/sujets ont été abordés. Les sujets principaux choisis d’après les questions posées par les joueurs sur le Discord seront, ce soir:

Réforme soutiens
Carte
Réforme progression 

Cependant, Vador a confirmé qu’il y aurait d’autres sessions afin de répondre aux questions restées latentes.

Notons également que les réponses données lors de ces soirées seront suivant l’avancement des discussions interne à ce stade – des modifications (plus ou moins importantes) peuvent encore avoir lieu (notamment suite aux échanges lors de ces séances).

Commençons par le commencement…

Qu’est-ce donc que cette V2 dont tout le monde parle ?

Et bien en fait, on devrait parler de « version finale ». Pour faire simple, la V1 est comme une béta. Ça fonctionne mais ce n’est pas optimisé, il y a encore des bugs, … La V2 est donc avant tout un travail technique de « mise à plat » du code. Pour citer Vador : « certaines parties de code de la V1 fonctionne comme par magie. Le but ici est de refaire un code propre et net permettant plus tard de modifier le jeu, d’y ajouter du contenu sans avoir de bugs en cascade comme actuellement ». En premier lieu, le travail consiste donc presque essentiellement à avoir un code propre et net. La seconde partie, consistera quant à elle, à ajouter « des modules » tel que de nouveaux navires, des avions, une météo active, …

Concrètement, quels seront les changements pour les joueurs ?

Premièrement, la prise en main. En lieu et place des décos/recos actuelles pour passer d’un front à l’autre, on pourra changer de front ingame. La modification va même plus loin. Les différentes cartes seront indépendantes, ce qui aura pour conséquence que l’on pourra par exemple, en plus des deux fronts traditionnels, avoir des maps thématiques retraçant une bataille ou réduisant la taille de la carte. On pourra donc potentiellement avoir plus de deux capitaines. * Les règles concernant les multicomptes restent cependant d’application. 

Les petits malins vous voilà prévenus ! Avec la réforme de la carte, il y aura également une réforme des ports. La date du jeu pouvant potentiellement changer afin de redistribuer de manière plus équitable et surtout plus profitable au gameplay. Midway et Rabaul ayant été cités comme port à changement possible (ce sont des exemple, ce n’est pas exhaustif). En même temps, les nations décentrées comme la Russie, la Roumanie et le Brésil devraient se voir attribuer des ports un peu mieux placés.

Concernant les nations mineures…

Comme mentionné précédemment, une modification des ports sera faite. Il faut savoir cependant que dans un premier temps, l’implémentation de la V2 se fera « pour d’abord pour les nations majeures ». Le Brésil, présentement fermé à l’inscription, devrait le rester pour cette raison. En tout cas dans un premier temps.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Qu’en sera t-il de la météo ?

Dans un premier temps, il n’y a pas de changement prévu mais la force de cette V2 est justement de pouvoir ajouter des modules un à un. D’après Kojak, on pourrait même imaginer avoir le temps réel en fonction des régions. Rien n’a cependant encore été fixé, mais il est possible que la météo joue un rôle dans l’avenir. On pense notamment à la précision des tirs ou au repérage qui dépendrait de la couverture nuageuse, de la pluie, etc.

Et les porte-avions eux?

Une autre question qui est assez vite revenue est le sort de l’aviation et par extension, la sortie des porte-avions. Malheureusement pour beaucoup de joueurs, les porte-avions entrent dans la catégorie module et donc ne seront implémentables que plus tard. Cependant, une nouveauté non négligeable fait son chemin : on pourrait contrôler directement nos escadrilles !

Bonification des ports

S’il s’annonce peu de changements immédiats concernant les navires, il n’en sera autrement pour les ports. Ça va bouger! Les ports seront fortifiés et pourront se défendre face aux attaques. Ce qui signifie que la prise de port est mise à l’ordre du jour aussi. Les îles disposants d’un aérodrome pourraient aussi lancer des vols de reconnaissances. Et là, gros changement, la gestion des ports, des avions et de certains PNJ (hypothèse non réfutée concernant le dernier point) seraient gérer par l’État-Major. (Ce paragraphe est à lire dans l’optique d’une réforme stratégique plus globale ou les interactions des différents niveaux de commandement (PJ – flottille – EM) doivent permettre le contrôle de zones par différentes possibilités laissés à l’appréciation des joueurs. Dans le cas de l’attaque de port, celle-ci devrait permettre « d’interdire » temporairement la zone à l’adversaire ou d’en faciliter le contrôle au niveau de l’accès à celle-ci.)

La délicate question de l’XP et des PP.

Au lancement de la V2, il n’y aura pas de changement immédiat. La première étape consiste à s’assurer que tout fonctionne bien et soit équilibré dans le temps, ceci impliquant d’avoir une large gamme de comptes aux XP différentes. Une fois fait, un RAZ complet aura lieu. Cependant, les joueurs ayant déjà passé pas mal de temps ingame ne recommenceront pas à zéro. Un pool de points leur sera attribué et ils le pourront le dépenser afin de remonter leur XP. La quantité de points n’est pas à ce stade définie. Le but étant de trouver un juste milieu entre le nouveau joueur et l’ancien. Il n’a pas été fait mention des PPs qui visiblement subiront un RAZ pur et simple.

Vous l’aurez sûrement deviné, l’XP ne sera plus du tout comme avant. Les officiers vont aussi changer (détails plus bas). À la place d’acheter des officiers et d’avoir une XP qui grimpe de manière rigide (actuellement 3 types d’XP : générale, navigation et tir), on aura une expérience illustrée par arborescence. En fonction de nos actions, on pourra débloquer des officiers, chacun d’eux pouvant être nivelé. Différence importante par rapport à la version actuelle, il ne sera techniquement plus possible d’être bon partout. Que ce soit pour armer un navire ou concernant votre rôle sur les mers, il vous faudra faire des choix. Soit vous opterez pour la méthode « couteau suisse » en étant capable dans plusieurs domaines, mais d’une efficacité limitée, soit vous allez vous spécialiser et exceller dans un domaine. Ce qui vous rendra de facto moins efficace pour le reste. Le but annoncé étant de donner libre choix au joueur. Ce sera à lui de décider de sa vocation. Par exemple, il ne sera plus nécessaire de passer tous les DD avant d’arriver au CL. En cas d’erreur ou tout simplement de volonté de changement, une option de revente des compétences permettra de récupérer en partie son investissement et de le réinvestir autre part.

Mais à quoi tous ces officiers vont servir ?

Et bien à tout ! Vous armez un bon gros cuirassé par exemple : et bien il vous faudra les compétences pour tirer à l’arme lourde. Si vous ne l’avez pas, des malus seront appliqués tels que des coûts en UT supérieurs ou une perte de précision. A contrario, si vous jouez un DD et que votre officier est un as au canon, mais n’a jamais vu une grenade sous-marine, ne comptez pas trop couler un sub. *À noter que suite à une remarque faite lors de l’échange, le terme officier se veut le générique de toute l’équipe en charge d’une tâche.

Voici la liste des officiers et de leur fonction (sous réserve de modification ou d’omission):

Officier en armement : améliore l’artillerie. Deux branches : armes légère AA et petit calibre et l’autre pour le calibre moyen et lourd. Si on ne l’a pas, on a un malus à l’utilisation. Si le niveau augmente, on a un bonus.

Navigateur : tactiques d’évitement, navigation de surface, navigation sous-marine, pilote, gain d’UT pour entrer dans un port.

Officier de Lutte ASM : grenadage et sonar.

Officier torpilleur : lancement des torpilles en immersion et en surface. (Impact: bonus en UT) Magnétique précision ou dégâts  Acoustique précision ou dégâts.

Officier bathy : bonus pour échapper à l’ASDIC.

Officier en électromécanique : gain sur la batterie.

Vigilance : détection des mines (bonus d’évitement) 1 pour les immergées et un autre pour les mines de surfaces. (Vigie idem que la V1)

Officier de pont : égal chef mécano après la compétence 1, possibilité de débloquer les navires ateliers. Médecins empêche de perdre des niveaux et infirmerie évite de perdre des membres d’équipages.

Officier d’appontage : gain d’UT lors de l’appontage/décollage.

Chefs d’escadrilles : Idem que la V1, potentiellement avec un système de paliers pour les avions.

En cas de naufrage, la perte d’officiers reste possible Cependant, un système de perte maximale serait portentiellement mis en place. La perte de tous ses officiers de niveau maximal ne sera pas possible et en cas de perte, si par exemple l’officier navigateur est de niveau trois, vous recommencez au niveau 2 et non au niveau 0.


L’équipage en situation de combat

On a parlé des officiers, et bien maintenant, parlons de l’équipage. Lors des combats, il y a normalement des pertes. Ces pertes ne sont actuellement pas prises en compte, mais cela va changer. Plus vous recevez des obus ou de torpilles sur votre navire, plus vous aurez des pertes. Le manque de personnel en résultant, cela va diminuer l’efficacité de vos actions en y additionnant un malus d’UT. Il sera possible de regagner des effectifs via le module « infirmerie ». ***En lieu et place de prendre du carburant, des munitions etc., un soutien pourra prendre ce module (qui occupera de la place en soute) et se transformera en navire-hôpital.

Les submersibles…

L’heure passant, nous arrivons à la fin de la séance Discord. Les deux derniers points concernent les sous-marins et le serveur. Commençons par les submersibles : la première info confirme que les subs sans TLT (plus connu sous le nom de vache à lait) devraient normalement gagner des PP en ravitaillant. Le fait qu’ingame, on n’en gagne pas est causé par un bug qui sera réparé dès que les codeurs auront le temps de s’en occuper. La seconde information concerne les torpilles. Il y aura de gros changements (lié au thème « Progression », voir plus haut) pour celle à impact :

 

Impact : bonus en UT sur le tir
Magnétique : précision ou dégâts (à déterminer)
Acoustique : précision ou dégâts (à déterminer)

 

Pour finir, le serveur…
Nous voici au dernier point : le serveur. « Il n’est pas prévu de quitter OVH, car vu la taille du prestataire, on garantit une certaine stabilité. » –Vader

 

Voilà qui termine ce premier compte-rendu. J’en profite pour vous rappeler que tant le SPA que l’équipe de codage recherche des volontaires.En vous souhaitant, bon Jeu !

 

Prise de note : Larry Comagic et Alan Turing
Ecriture : Alan Turing
Bannière forum et blog : Erwin Schûtze
Correction et mise en page: Logan MacFerlane

 

Notes :
* Voir à ce propos l’article [Bulletin de la V.2.0.] Le Cahier des Charges « User & Persos » http://blog.das-boot.fr/?p=1615
** Voir à ce propos l’article [IRL] Das Boot Tour: CA Colmar 2017 http://blog.das-boot.fr/?p=1479
*** Nous restons ainsi fidèle à la réflexion autour de la carrière soutien entamée fin 2012 et que nous vous avons largement évoqué depuis à savoir : « Augmentation de l’intérêt des soutiens via de nouveaux débouchés en termes de consommables (nouveaux types) et de fonctionnalités (« infirmerie »). »

L’équipe d’administration souhaite remercier tous les joueurs qui ont joué le jeu des questions réponses lors de la soirée et pendant les jours précédents (dépôt des questions sur le Discord) ainsi que pour l’intérêt portée à Das Boot. Nous remercions également les joueurs qui s’investissent pour la communauté, notamment sur le forum, au Service de Presse des Armées ou au Bureau des Bonnes Volontés. Enfin nous souhaitons vivement remercier Larry, Alan. Logan et Erwin pour le travail sur le présent article.

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[Bulletin de la V.2.0.] Le Cahier des Charges « User & Persos »

Illustration: Erwin Schütze

Dans l’article consacré au CA Colmar 2017 nous vous avions écris à propos du module User & Persos de manière succincte. Le présent « bulletin de la V.2.0. » va tenter d’approfondir le sujet en évitant l’écueil technique. Préalablement situons ce module dans le vaste ensemble, la V.2.0.

Introduction :

Pour ceux qui nous suivent depuis un petit moment, vous connaissez notre métaphore « Lego » qui traduit l’ambition de la nouvelle version du jeu en cours de développement. Pour les nouveaux venus, voici un petit récapitulatif (mais nous vous invitons à lire les précédents compte-rendus de nos AG et CA) :

La V.2.0. est une copie techniquement propre, souple et évolutive (au niveau du code et de sa structure) permettant une nouvelle jeunesse du jeu pour pouvoir se remettre à développer par la suite des améliorations.

Réalisation de Szczepan Grzeszczyk

« La V.2.0 est une plaque de base LEGO qui constitue la base du jeu comme il est actuellement en V.1. (en terme de jouabilité et d’options) et sur laquelle on posera des « briques LEGO » représentant des modules (aviation, triangulation, progression, zones,…) qui s’imbriquent harmonieusement et parfaitement les unes dans les autres pour former une V.2.0 stable et permettant des évolutions futures, sans mettre en péril les acquis précédents. »

Or donc, le module User & Persos, se comprend comme une « brique fondamentale » du jeu puisque c’est non seulement la première qui définira le sens et la portée des autres « briques » mais c’est surtout la pierre angulaire de notre travail de réécriture puisque d’elle dépendront toutes les autres, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

La pierre angulaire, le module USER.

Evolution :

Mais qu’est-ce que ça change pour nous, me demanderez-vous ? En fait, tout et rien à la fois. Rien, car visuellement vos habitudes et le principe de connexion n’en seront que très peu impactés. Tout, car techniquement, en coulisse, c’est l’approche et la conception même de l’architecture technique qui prend un tournant radical. Tout, enfin, car si les choix fait à l’époque des débuts de Das Boot (2007) ne nous permettent plus aujourd’hui d’y apporter des modifications significatives (du moins sans faire sauter des scripts à des endroits improbable du jeu – comme nous avons pu le voir et le ressentir à l’automne 2015), l’architecture et la méthode choisie pour la V.2.0. permettent que le code puisse être évolutif et plus facilement maintenable.
En d’autres termes, le code existant a été analysé, nous avons réécris les Cahiers des Charges, et nous nous orientons sur une programmation aux normes actuelles en « langage Objet » et avec une structuration « moderne ».

Pour le module User & Persos, nous avons schématisé l’évolution entre V.1 et V.2.0. de la façon suivante :

Comparatif de la structure de connexion entre V1. et V.2.0.

Avantages du système :

Comme écris plus haut, vos habitudes de connexion ne seront que peu impactés par ces changements. L’évolution la plus tangible sera que la connexion ne se fera plus par les identifiants « nom du personnage » + « mot de passe » menant à un personnage unique, mais suivant des identifiants « adresse courriel » + « mot de passe » menant à tous vos comptes personnages. Cette façon de faire, déjà adoptée et inspirée par un certain nombre de jeux dits professionnels, comporte plusieurs avantages dont le plus important est de lier les comptes d’un même joueur entre eux, avec pour but :

– Une plus grande ergonomie de connexion aux comptes par et pour les utilisateurs ;
– Accès facilité à tous ces comptes sans devoir passer par « Déconnexion / Connexion » systématique ;
– Création facilitée de nouveaux comptes (un compte par carte jouable / ouverte, sous conditions) –> voir case « Perso X » ;
– Une plus grande flexibilité au niveau de développements futurs possibles –> voir case « Unité ? »
– Permettre une plus grande souplesse et sécurité au niveau de la gestion des sittings et accès réguliers aux comptes tiers ;
– Renforcement de la sécurité au niveau de la connexion selon les standards de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés);
– Faciliter le contrôle anti-triche ;

Par ailleurs, les options de conceptions prises par l’équipe ouvrent également des avantages au niveau technique. Sans entrer dans les détails, disons simplement que grâce aux langages Objet POO (programmation orientée objet) et structure MVC (Modèle-vue-contrôleur), nous tendons à ce que le code soit documenté, maintenable, simplifié et évolutif. Ceci apportant des avantages supplémentaires tels que :

– Code documenté dès l’écriture –> facilitée de maintenance et d’évolution ;
– Documentation faite par nos processus d’analyses. Cela a débouché sur la rédaction de Cahier des Charges qu’on veut exhaustifs ;
– Structuration du code avec des méthodes « up to date » ;
– Méthodes de codage « Responsive Design », ce qui veut dire adaptée à toute taille d‘écran ;
– Codage qui peut être « porté » facilement –> nous pensons également à l’avenir ici et à ceux qui nous succéderons un jour ;

Le revers de la médaille, il faut bien l’avouer, est que cela prend du temps. Les trois raisons principales à cela sont :
1. Un processus lent et long parce qu’il faut défaire la pelote de codes et de rustines improbables de ce qui existait en V1. Une V.1 très peu documentée et de fait, c’est par le code (dont parfois il existe 4-5 versions non datées pour une même action) uniquement que nous pouvons démêler tout cela ;
2. L’équipe doit appréhender les nouvelles méthodes utilisées, et ce alors qu’un certains nombre d’entre nous ne sont pas issus de cet univers technique. Ceci implique un certain délai de formation et d’appropriation pour comprendre l’ensemble ;
3. L’ensemble de l’équipe est bénévole (il est toujours bon de le rappeler) avec chacun des obligations professionnelles, familiales et sociales à coté. Nous consacrons beaucoup de temps à Das Boot, mais nous ne pouvons consacrer que le temps libre qu’il nous reste.

Jeux pro utilisant les identifiants « adresse courriel » + « mot de passe »

 

Conclusion :

Comme vous le voyez, le module « User & Persos » est le cœur du jeu, sa « brique fondamentale », qui s’il ne modifiera que peu vos habitudes de connexion, entraîne une restructuration radicale de l’architecture technique – les coulisses – du jeu.
Cette nouvelle approche permettra non seulement une base saine pour les modules suivants mais également plus de souplesse technique pour les ajouts ultérieurs ainsi que pour la maintenance. Ceci vaut autant pour l’ensemble du jeu que pour le module « User & Persos » en lui-même, étant entendu qu’elle apportera des avantages certains en terme de flexibilité, d’évolutions, d’ergonomie et de sécurité.

Tout va et vient à partir des modules « User & Persos », véritable pierre angulaire du système.

Enfin, elle permettra, de part les options prises en terme de conception, de pérenniser Das Boot. Tout cela vaut bien les efforts qui sont ou seront consentis de la part des administrateurs mais aussi des joueurs. A ce propos, il est bon de rappeler cet adage cher à Umberto : « le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui ». A méditer.

En vous souhaitant,

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[Anecdote] Évasion le 16 Juin 44

Crédits: Erwin Schütze

Comment des prisonniers de guerre belges s’évadèrent d’Allemagne… en bateau. Évasion le 16 juin 1944 depuis la côte de la mer Baltique, direction la Suède [1]

Note de l’auteur: Le récit qui suit est la retranscription de l’article paru dans le journal « La Libre Belgique » daté du lundi 21 août 1961 par le Commandant Georges Hautecler, officier adjoint de la Section historique de la Direction Générale du Renseignement et de l’Historique de l’Etat-major Général – Force Terrestre [2]. Seules quelques notes (marquées [x]) ont étés ajoutées par l’auteur afin de préciser certains aspects ainsi que quelques illustrations pour en  rendre la lecture plus ludique et compréhensible.

«  Il y eut relativement peu d’évasions de prisonniers de guerre vers la Suède : 19 au total. C’est que l’obstacle à franchir était d’importance. De plus, les prisonniers ignoraient l’accueil qui leur serait réservé de l’autre côté de la Baltique. La Suède avait mauvaise réputation parmi eux. Ils ne la connaissaient d’ailleurs que par les films de Kristina Söderbaum [3], vedette suédoise du cinéma allemand de l’époque, les articles pangermaniste de l’explorateur suédois Sven Hedin [4] et les cargos bourrés de minerai de fer scandinave qu’ils déchargeaient à regret dans les ports allemands de la Baltique.
C’est pourtant en direction de la Suède qu’eut lieu l’une des plus sensationnelles évasions collectives de prisonniers de guerre. Les héros en sont des prisonniers de guerre français et belges :

Aimable Blairon (récidiviste de l’évasion), caporal au 63e régiment de ligne [5] ;
Maurice Debois, brigadier au 1er régiment de lanciers [6] ;
Guy De Ridder, sergent d’active au 1er régiment d’artillerie [7] ;
Gervais Gousseau, caporal au 27e régiment de ligne [8] ;
Firmin Maghe, soldat au 1er régiment de ligne [9]

Les quatre français sont Jacques, Fribourg, Hilairet et Gaven. Tous ces prisonniers de guerre travaillent au Kommando VI/1203 de Griefswald [10], à la firme Buchholz Richard, chantier de construction de vedettes. Travailler toute la journée sur des bateaux donne évidemment envie de prendre le large. Aussi nos gaillards étaient-ils bien décider à s’enfuir dès que l’occasion s’en présenterait.


Carte du district Militaire n° II – Le stalag IIc se trouve près de Griefswald, le long de la côte. Source : www.espacedememoire.fr

Des travailleurs zélés

Nul d’entre eux n’était marin, ils s’efforcent de se documenter sur les choses de la mer et parviennent à se procurer des cartes côtières allemandes. Pour donner le change et endormir la méfiance des Allemands, ils décident de témoigner du plus grand zèle et de la plus grande soumission. Jamais le IIIe Reich n’a connu meilleurs travailleurs étrangers et le chef de l’entreprise ne tarit pas d’éloges à leur égard. Le chantier construit des vedettes rapides (75km/heure) pour la marine de guerre et des vedettes légères destinées au remorquage des hydravions jusqu’à leur hangar. Comme les prisonniers ne savent jamais si le bateau qu’ils construisent ne sera pas celui qui les aidera à s’enfuir, ils travaillent de tout leur cœur. Chez eux, il n’est pas question de sabotage. Le groupe espérait s’emparer d’une vedette rapide, mais voilà que s’offre une bonne occasion. Le chantier venait de terminer une vedette de remorquage de 8m25 de long et 2m25 de large, munie d’un moteur semi-Diesel de 3 cylindres de 50 chevaux, permettant d’atteindre la vitesse de 8 à 9 miles à l’heure. Par deux fois, De Ridder et Jacques, en qualité de mécaniciens accompagnent M. Buchholz leur « patron », jusqu’à l’île de Rügen en vue de roder le moteur.

Ils mettent soigneusement le moteur au point et profitent de l’occasion pour se familiariser avec la conduite du bateau, observer et noter les emplacements des bouées. Bientôt, ils surprennent une conversation entre Buchholz et le capitaine d’un garde-côte en réparation au chantier. Les deux hommes projettent une randonnée jusqu’à Peenemünde, située à environ 70 kilomètres, où le bateau doit être livré. En prévision de ce voyage, Buchholz demande aux mécaniciens la consommation moyenne du moteur. Ceux-ci mettant à profit son ignorance, lui annoncent une consommation triple de la réalité. Buchholz fait donc placer à proximité de la vedette deux fûts de 150 litres de mazout et un bidon de 50 litres d’huile et fait procéder au plein des deux réservoirs de 70 litres chacun. Les prisonniers estiment que tout ce carburant représente environ le double de ce qui leur est nécessaire pour gagner la Suède, soit un voyage de 170 kilomètres. Dans la soirée, grande discussion au Kommando. Jamais ne se représentera une occasion aussi favorable : on décide de tenter, la nuit même, la grande aventure. À minuit, les prisonniers forcent les barreaux aux fenêtres de leur baraquement et, dans la nuit noire, se dirigent vers le chantier.

Ils viennent à peine d’y arriver quand retentissent les sirènes. Il s’agit de réintégrer dare-dare le logement. En effet, à chaque alerte aérienne, les Allemands procèdent à un contre-appel. Revenus dans leurs couchettes les prisonniers font mine de dormir paisiblement à l’arrivée du gradé allemand. Ce dernier repart, complètement rassuré, et en pestant contre cette corvée qu’il juge inutile. Les avions alliés s’éloignent, l’alerte n’a duré que vingt minutes. Rien n’est perdu !



En haut : vedette de servitude portuaire
En bas : vedette destinée au remorquage d’hydravions (« wasserflugzeug wird mit schnellboot geborgen ») Source: ebay

 

En mer !

Nos hommes se hâtent vers le chantier, embarquent la réserve de combustible, arborent au mât de poupe un pavillon de la marine de guerre allemande dérobé à un bâtiment en réparation. Vers une heure du matin, départ vers la liberté ! Les prisonniers avaient projeté de naviguer à la rame dans le petit canal long de 1.500m menant à la pleine mer. C’est qu’il ne s’agissait pas d’attirer l’attention. Hélas, c’est marée haute ! Le courant est trop fort et le bateau n’avance pas. Il leur faut donc mettre le moteur en marche malgré les risques que cela comporte. À la vitesse de 18 km/h le petit bateau se dirige vers la haute mer, puis, nouveau contretemps ; le moteur s’arrête au beau milieu du Griefswalder Boden [11]. Fiévreusement, à la lueur d’une lampe de poche, De Ridder et Jacques se mettent au travail et découvrent que la pompe du système de refroidissement du moteur s’est calée. La réparation est rapidement effectuée et la pompe amorcée au moyen de la réserve d’eau douce. On repart. Comme il ignore si l’entrée du Griefswalder Boden est gardée militairement, ce n’est pas sans appréhension que l’équipage s’y engage. Ou bien il n’y a pas de défense, ou bien la garnison est endormie. Tout se passe, en effet, normalement. En pleine mer, de Ridder met pleins gaz. Avec Maghe, il reste à la barre. Une boussole obtenue d’un gamin de la « Hitlerjugend » amateur de chocolat est la bienvenue et le cap N.N.O. 28° est maintenu durant une heure. Il faut, en effet, rester dans la passe séparant Rügen de la côte allemande. Quant au beau travail de repérage des bouées, il s’avère inutile. La nuit étant d’encre, ils n’en aperçoivent aucune. Par contre, le phare de Peenemünde signalant la sortie de la passe est bientôt en vue.

Survolé par un hydravion allemand

A 4 heures du matin, le bateau franchit la passe. Serrement de cœur chez les évadés. Ne va-t-on pas les apercevoir? Les Allemands se gardent décidément très mal. Le bateau gagne la haute mer. De Ridder modifie la course et met cap au nord, en longeant l’île de Rügen, inquiétante masse sombre se étant perceptible à environ 2 miles. Vers 6 heures, le vent d’ouest se lève. Une heure plus tard, souffle une véritable tempête. Le petit bateau est durement secoué et l’équipage bientôt mis en déroute : les quatre Français et deux Belges tombent malades. Seuls restent vigilants de Ridder, Maghe et Gousseau. De Ridder et Maghe se relaient à la barre et à la boussole, tandis que Gousseau s’occupe des réservoirs et s’efforce d’écoper l’eau de mer passant par-dessus bord et qui alourdit le bateau. Le moteur tourne bien, mais le vent debout est si fort que l’embarcation reste quasiment sur place. Malgré les embardées terribles, les marins improvisés parviennent à maintenir le cap. Quelques rivets sautent à la prou, ce qui augmente l’inquiétude. Vers 9 heures, Rügen est dépassée et disparaît progressivement à l’horizon. De Ridder passe la barre à Maghe et s’allonge un peu. Il est si fatigué qu’il s’endort immédiatement. Soudain apparaît un convoi de trois cargos allemands suivant la même route que nos héros. Il s’approche dépasse le petit bateau et s’éloigne à l’horizon.

Il est environ 13 heures et le vent est tombé. Le petit bateau progresse favorablement quand surgissent alors cinq hydravions allemands. Alerte à bord ! Tous se dissimulent sous une bâche. Gousseau seul reste à la barre. Vêtu d’une salopette bleue et coiffé d’une casquette de marin allemand, il figure très valablement un matelot de la Kriegsmarine. Un des hydravions pique vers l’embarcation, passe très près, mais fort heureusement, son pilote, visiblement rassuré, rejoint les autres appareils, qui s’éloignent rapidement. À bord, on pousse un fameux soupir de soulagement.

Arrivée triomphale

Vers 14h30, la côte est en vue. Maghe réduit la vitesse et s’approche prudemment. Victoire ! Un drapeau suédois flotte à l’entrée d’un petit port. Pleins gaz et entrée triomphale vers 15 heures dans le port suédois. Même les malades, qui jusque-là croupissaient les uns sur les autres, baignant dans un mélange d’eau de mer, de mazout et de saletés sont subitement guéris. Les Suédois voient avec stupéfaction arriver une vedette de la marine de guerre allemande. Mis au courant de la nationalité et des qualités de son équipage, ils font à celui-ci un accueil triomphal. Les évadés sont arrivés à Rächenfud, petit port de pêche situé à la pointe extrême sud-est de la Scanie [12], à l’ouest d’Ystadt. Bientôt, ils sont à Stockholm et quatre mois plus tard en Angleterre où ils sont versés à la brigade Piron [13]. Peut-être a-t-on commis à ce moment une erreur psychologique : trois de nos gaillards au moins avaient certes mérité leur passage à la section belge de la Royal Navy. »

Commandant
Georges HAUTECLER

 


Carte publié dans le journal « La Libre Belgique » du lundi 21 août 1961 pour illustré l’article originel.

Erwan Lafleur

Notes:

[1]Georges Hautecler (1966), « Evasions réussies », édition Solédi, 252p. d’après https://www.freebelgians.be

[2] http://www.fraternellechasseursardennais.be/

[3] Kristina Söderbaum, (1912-2001) est une actrice allemande d’origine suédoise, épouse du réalisateur allemand Veit Harlan. Elle tourne au cinéma principalement entre 1936 et 1945, incarnant l’idéal féminin selon les doctrines du IIIe Reich. Après guerre elle et son mari eurent une période difficile jusqu’en 1950, car interdit d’écran et de mise en scène (théâtre) par la censure militaire Alliées.

[4] Sven Hedin (1865-1952) est un explorateur, écrivain, illustrateur, topographe et géographe suédois surtout connu pour son travail sur l’Asie Centrale et notamment le Tibet et l’Himalaya. S’il n’est pas considérer comme étant d’obédience national socialiste, il flirte avec celui-ci plus par conviction que l’Allemagne pourra protéger la Scandinavie d’une invasion par l’union soviétique. Le financement commun Suède-Allemagne qui avait rendu possible son expédition internationale et interdisciplinaire entre 1927 et 1935 en Mongolie n’était sans doute pas étranger non plus à sa conciliance avec l’Allemagne.

[5] Né à Leval-Trahegnies le 26 septembre 1912, Source : http://www.freebelgians.be

[6] Né à Liège le 2 janvier 1914, Source : http://www.freebelgians.be

[7] Né à Zwijnaarde le 8 juillet 1920, Source : http://www.freebelgians.be

[8] Né à Templeuve le 5 avril 1904, Source : http://www.freebelgians.be

[9] Né à Courcelles le 24 mai 1919, Source : http://www.freebelgians.be

[10] Griefswald fait partie du district militaire numéro deux, dans la zone géographie proche du Stalag IIc. En tant que prisonniers de guerre, ils peuvent être mis à contribution comme forces de travail dans les exploitations agricoles, dans les industries de fabrication ou, comme ici, sur un chantier naval de moindre importance stratégique (compte tenu du risque de sabotage).

[11] Baie de Griefswald, est une lagune situé entre l’île de Rügen, la mer Baltique et les côtes de Poméranie occidentale.

[12] Province (actuellement région administrative) situé tout au sud de la Suède

[13]  Groupement belge (unité belgo-luxembourgeoise) disposant en appui propre d’une batterie d’artillerie, d’un escadron d’autos blindées, d’une compagnie du génie et d’une compagnie de support logistique avec le charroi indispensable à une opération indépendante. Les Anglais engagèrent le groupement belge dans la poursuite des éléments ennemis le long de la côte normande, entre le canal de l’Orne et la Seine, ainsi que dans la libération de la Belgique à partir du 3 septembre 1944.
Source : http://www.brigade-piron.be

Publié dans article historique | Marqué avec | Commentaires fermés sur [Anecdote] Évasion le 16 Juin 44