Le rôle de la marine belge pendant la Grande Guerre (1ère partie)

Crédits: Erwin Schütze

Souvent parent pauvre du champ de recherche et d’imagerie de la première guerre mondiale, la marine et son rôle restent méconnus du grand public. Et pourtant, c’est entre 1914 et 1918 qu’elle jette les bases de ce qui fera sa renommée 25 ans plus tard. Ce rôle aussi méconnu que crucial, nous vous proposons, à l’occasion des commémorations du centenaire de l’armistice de ce qu’on appellera la « Der des Der », de le mettre en lumière.

  • Première partie : Le contexte militaire et la flotte de l’État
  • Deuxième partie : La flotte de commerce et les services maritimes belges
  • Troisième partie : La fin des hostilités et le Traité de Versailles

Contexte militaire

En se positionnant en tant que nation neutre sur l’échiquier géopolitique et ce dès son processus d’indépendance en 1830-1831 [1], la nouvelle Belgique n’a ni armée, ni marine pour défendre ses intérêts. Et si elle a bien une Marine Royale [2], ayant pour objectif principal de contourner le blocus fait par les Pays-Bas à l’embouchure de l’Escaut vers la mer, celle-ci est remplacée en 1862 par une marine d’État – exclusivement portée vers le commerce.

Ce n’est que le 14 décembre 1909 que le gouvernement adopte le « service militaire personnel » [3], faisant fi du système jusqu’alors en vigueur et hérité de la période napoléonienne : le tirage au sort du service militaire !

Il faut cependant attendre une série de lois dans l’année 1913 [4] pour que soit institué un service militaire « général et obligatoire », passant le contingent de 70 000 hommes (1912) à 117 000 hommes (1913).  Au jour de la mobilisation générale du 31 juillet 1914, ce décompte augmente de 281 000 hommes.

 

« J’ai foi dans nos destinées ; un Pays qui se défend s’impose au respect de tous : ce Pays ne périt pas. » (Albert Ier, Roi des Belges) [5]

 

Après le rejet de l’ultimatum allemand du 2 août 1914 par le gouvernement et le roi, le plan Schlieffen [6] est exécuté dès l’aube du 4 août 1914. Celui-ci comprend un mouvement circulaire vers la France à travers la Belgique en s’emparant notamment des « Position Fortifiée de Liège » et « Position Fortifiée de Namur », mais laissant sur son flanc droit la « Position Fortifiée d’Anvers », où se réfugie l’armée et le gouvernement. Ce n’est qu’après le coup d’arrêt du mouvement des armées du Kaiser à la bataille de la Marne [7] qu’Allemands et Alliés entament une « course à la mer », prenant la « Position Fortifiée d’Anvers » et les ports du littoral belge. Le gouvernement d’Union Nationale qui s’est retranché à Ostende le 3 octobre va se fixer finalement le 13 octobre 1914 sur la commune de Sainte-Adresse près du Havre en France [8]. Le front se stabilise pour près de quatre ans après l’intense bataille de l’Yser d’octobre 1914.

Affiche de la mobilisation générale à Bruxelles, le 4 août 1914.
Source : www.14-18.bruxelles.be

Plan d’invasion allemand 1914.
Source : www.nzhistory.govt.nz

Gouvernement belge (de Broqueville II ?) à Sainte-Adresse (Le Havre – France).
De gauche à droite : Messieurs Prosper Poullet (ministre des Sciences et Arts & Affaires économiques), Hubert (Industrie et travail), Segers (Chemins de Fer, Marine, Postes et Télégraphes), Helleputte (Agriculture et Travaux Publics), Berryer (Intérieur), van de Vyvere (Finances), Vandevelde (Guerre), Hymans (Affaires étrangères), Brunet (membre du Conseil des Ministres), Goblet d’Alviella (membre du Conseil des Ministres), Carton de Wiart (Justice), de Broqueville (Premier Ministre), Renkin (Colonies) et Lieutenant-Général de Ceuninck (Guerre).
Sources : www.1914-18.be et www.ars-moriendi.be

 

La flotte d’État lors de l’invasion d’août 1914… et après [9]

Mais que trouve l’envahisseur dans les ports d’Anvers (fret), Zeebrugge (fret), Nieuport (pêche), Blankenberge (pêche) et d’Ostende (fret, pêche et transport de passagers) ? Pas grand-chose à vrai dire.

Les malles

Activité phare du port d’Ostende, les liaisons régulières avec Douvres (UK) voient circuler les 10 malles de la marine de l’État réparties comme suit : 5 navires à aubes, 5 paquebots à turbines ainsi que 3 unités désarmées : La Flandre (coulée par les Allemands dans le port durant leur retraite) ; Léopold I (utilisée comme caserne pour la marine impériale) et Princesse Joséphine (coulée dans le port de Bruges lors de la retraite allemande).

Tableau (de l’auteur) des malles de l’État.

À l’approche des Allemands, les malles sont mises à contribution pour le transport du corps diplomatique, des ministres et des ministères vers Le Havre (Pieter de Coninck, Stad Antwerpen et Princesse Clémentine), mais aussi et surtout pour le transport vers Cherbourg des nombreux blessés – plus de 22 000 entre octobre 1914 et mars 1915 – de la bataille de l’Yser.

Ensuite, elles ont toutes [10] des carrières bien remplies en tant que navire hôpital (Stad Antwerpen, Jan Breydel), dépôt pharmaceutique à Calais (Ville de Liège) ou transport de blessés (p.e. Princesse  Clémentine, Princesse Henriette, Princesse Elisabeth, Pieter de Coninck) pour l’amirauté britannique avec de nombreuses rotations [11]. Après guerre, elles participent enfin au rapatriement des troupes vers la Grande-Bretagne (p.e. Léopold II, Marie Henriette, Rapide), ainsi qu’au rapatriement des premiers réfugiés belges (Ville de Liège).

Navire à aubes « Princesse Clémentine » sous sa livrée de navire hôpital / transport de blessés.
Source : Navidoc-Marine

Navire à aubes « Princesse Henriette » sous sa livrée civile (gauche) et avec son camouflage « dazzle » à Southampton (droite).
Sources : Navidoc-Marine (gauche) et Imperial War Museum (droite) (Ref. IWM (Q 18881))

Navire à turbines « Princesse Elisabeth » dans sa livrée civile (gauche) et avec son camouflage « dazzle » (droite).
Sources : Navidoc-Marine (gauche) et Imperial War Museum (droite) (Ref: IWM (Q 18818))

Unité désarmée « Princesse Joséphine », échouée face aux U-bunkers d’Ostende (ou Zeebrugge).
Source : Navidoc-Marine

 

Les pêcheurs

La flotte de pêche en septembre 1914 s’élève à 29 chalutiers à vapeur, 19 motorships, 387 crevettiers à voile et quelques dizaines de canots non pontés (F.Philips, 2013). Là aussi, l’approche des Allemands ne leur laisse que peu d’options. Si une partie des pêcheurs se réfugient en Zélande (Pays-Bas), la plupart cherchent refuge en France (Dunkerque, Calais) ou en Grande-Bretagne (Milford Haven, Swansea, Lowestoft), d’où ils peuvent poursuivre leurs activités de pêche [12]. Ceux restés en Belgique sont la plupart du temps incorporés lors de la mobilisation dans des unités terrestres ; ensuite, lors de la création du « Dépôt des équipages » en 1917, ils sont retirés du front pour instruction et formation (voir plus bas) sur les navires de l’État.

Les autres ne peuvent qu’avec de grandes difficultés poursuivre leurs activités de pêche en territoire occupé, dû au manque de charbon ainsi qu’à la surveillance et aux restrictions imposées par les Allemands, sans même parler des mines mouillées au sortir des ports (mines qui causeront jusque bien après la fin de la guerre encore de nombreux naufrages). Ils n’ont d’autre choix que de désarmer ou de laisser réquisitionner leurs navires par l’occupant qui les utilise en patrouille côtière sous le terme générique de Vorpostenboote.

Dans le port de Calais, un bateau de pêche belge sert d’asile à ses membres d’équipage et à leurs familles.
Source : www.calais-pendant-la-guerre-14-18.e-monsite.com

Article paru dans le journal « La Nation Belge » du 9 juillet 1919.

 

Navires écoles

Si les Allemands trouvent le voilier école « Comte de Smet de Naeyer » (deuxième du nom) amarré dans le dock America d’Anvers, ce n’est qu’en février 1916 qu’ils le réquisitionnent. Cependant, suite à une longue procédure de contestation de cette saisie, ce n’est qu’en novembre de la même année qu’il est attribué comme prise de guerre. Il ne quitte pour autant pas Anvers et a priori les Allemands n’en font que peu ou prou usage.

« L’Avenir », lui, est au Havre au moment du début des hostilités, pour un passage en cale sèche après un long voyage (Brésil). Aussi, à partir d’octobre 1914 et jusqu’en avril 1915, il est utilisé comme hébergement pour les réfugiés. Ensuite, son armateur l’Association Maritime belge (ASMAR) l’utilise pour le commerce entre les États-Unis et l’Australie, se gardant bien de s’approcher des eaux dangereuses, car après tout une société commerciale se doit de protéger son capital !

Le voilier-école « l’Avenir ».
Source : www.marinebelge.be

À suivre…

Erwan Lafleur

Notes :

[1] C’est en fait une exigence principalement de la France, de la Russie et de l’Angleterre, garantes elles-mêmes de cette « perpétuelle neutralité », lors de la Conférence de Londres du 20 janvier 1831 et des traités qui suivent.

[2] Deux brigantins « Congrès » et « Les Quatre Journées » ainsi que quatre canonnières. Une goélette nommée « Louise-Marie » est acquise en 1840 ainsi qu’un brick (« Duc de Brabant ») en 1845.

[3] Loi du 14 décembre 1909 apportant des modifications à la loi sur la milice.

L’exposé des motifs précise : « Le Gouvernement, conscient de la nécessité d’une bonne et solide organisation de l’armée, guidé par les sentiments de justice et d’égalité qui caractérisent notre époque […] »

J. Servais (1909), Pasinomie, quatrième série Tome XLIV, année 1909, Chambre des Représentants de Belgique, p. 412-491.

[4] Notamment :

Loi – du 21 avril 1913 – fixant le contingent de la levée de milice de 1913. Publiée par le Moniteur du 24 avril 1913, n°114 in Recueil des Lois et Arrêté Royaux, année 1913, Tome XCX, Imprimerie du Moniteur, Bruxelles, p. 262-265.

Loi – du 30 août 1913 – sur la milice. Publiée par le Moniteur du 31 août 1913, n°243, in Recueil des Lois et Arrêté Royaux, année 1913, Tome XCX, Imprimerie du Moniteur, Bruxelles, p. 816-849.

Art.1 : « […] Les hommes appelés doivent personnellement le service militaire […] »

Loi – du 30 décembre 1913 – fixant le contingent de l’armée. Publié au Moniteur du 1er janvier 1914, in Pasinomie, année 1913, Chambre des Représentants de Belgique, p.928.

[5] Le roi Albert Ier (1909-1934) dans son discours devant les chambres réunies lors de la session extraordinaire du Parlement du 4 août 1914 (Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique).

[6] Aussi appelé Plan Schlieffen-Moltke, des noms de ses concepteurs : le général Alfred von Schlieffen qui met le plan au point entre 1891 et 1905, et celui qui l’applique (en l’ayant modifié), le général von Moltke.

[7] La bataille de la Marne se déroule du 5 au 12 septembre 1914 et permet aux troupes franco-britanniques de stabiliser l’avance allemande sur un arc de cercle allant du camp retranché de Paris à la place fortifiée de Verdun. Le but principal du plan Schlieffen étant l’invasion rapide de la France, il est donc rendu caduque.

[8] Le Gouvernement d’inspiration catholique de Broqueville I – du nom de son premier ministre Charles de Broqueville (1860-1940) – exerce du 17 juin 1911 au 18 janvier 1918. Après quoi le Gouvernement de Broqueville II s’ouvre au Parti Libéral et au POB (Parti Ouvrier Belge) jusqu’au 31 mai 1918. http://www.commissionroyalehistoire.be/belelite/fr/general/home

Puisque le gouvernement et la Chambre des représentants (dont les effectifs n’atteignent alors plus la moitié de ses membres) doivent être établis en territoire belge, l’État français cède pour un bail renouvelable des terrains à la Belgique (Vanderborght, 2015).

[9] À ce sujet et pour plus de détails, nous recommandons l’ouvrage de référence de Freddy Philips (2013).

[10] Exception faite du navire à aubes «Marie-Henriette» qui s’échoue le 24 octobre 1914 au large de Barfleur en transportant des blessés de guerre. Si les passagers sont sauvés, la malle, elle, ne peut être renflouée.

[11] L’usage intensif des malles amène le Ministère des Chemins de Fer, Marine, Postes et Télégraphe dans son prévisionnel des dépenses pour 1917 à inscrire à l’article 27 le « Radoub du Paquebot Princesse Elisabeth » (qui effectue près de 575 rotations durant la guerre) pour un montant de 280 000 francs belges de l’époque. Heureusement, un accord est trouvé avec l’amirauté britannique qui s’engage à maintenir et entretenir les malles avant leur restitution à la Belgique.

[12] Ceci se répétera lors de la seconde guerre mondiale puisqu’une flottille de pêcheurs belges opère depuis Brixham pour le compte de Britanniques.

En Grande-Bretagne ils sont incorporés à partir de 1917 dans la « Royal Naval Reserve Trawler Section », une section spécialisée notamment dans la patrouille côtière ainsi que la pose et le dragage de mines (J. Lees & D. Henrard, 2018).

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Le raid sur Tarente. Échec et mat pour la Regia Marina.

Crédits: Erwin Schütze

Nuit du 11 au 12 novembre 1940. La ville de Tarente, au sud de l’Italie, dort paisiblement. La guerre avec la France est finie depuis quelques mois ; les Britanniques soignent leurs plaies suite au « Blitz ». Alors que le Vittorio Veneto et le Littorio, les deux nouveaux cuirassés italiens, sont assoupis dans le port, un léger bruit de moteur se fait entendre au loin. Aussitôt, la Flak italienne se déchaîne, et une énorme explosion retentit sur le Conte di Cavour. L’opération « Judgement » vient de débuter… et porte les germes de Pearl Harbor.

Après la neutralisation de la flotte française à Mers el Kébir début juillet 1940, la Royal Navy n’a plus que la Regia Marina comme rivale en Méditerranée. Cette dernière s’est considérablement renforcée pour faire face à la Marine française, mais les combats attendus n’ont pas eu lieu. Il en reste qu’avec l’attaque italienne sur la Grèce à partir de fin octobre, Mussolini peut espérer contrôler la mer Égée, et donc faire pression sur la Turquie, neutre mais courtisée par les deux camps. De l’autre côté de la Méditerranée, l’Égypte est une base importante pour Londres : c’est d’Alexandrie que partent les convois pour les Grecs. Le renforcement de la Regia Marina est donc surveillé de très près par les Britanniques, craignant que la Royal Navy soit obligée de trop diviser ses forces, entre la mer du Nord et l’Égypte. De plus, les deux nouveaux cuirassés italiens sont d’énormes machines de guerre : 41 300 T, 9 canons de 381 mm, 30 nœuds… Cette puissance de feu considérable rend suicidaire presque toute confrontation avec ces navires.

Le cuirassé italien Vittorio Veneto.
Source: RM

Un plan déjà au point

À vrai dire, la Mediterranean Fleet de l’amiral Cunningham s’attend depuis longtemps à une confrontation avec sa rivale italienne. Dès 1935, l’amiral Lyster échafaude un plan d’attaque nocturne suite à l’attaque de l’Éthiopie par Mussolini afin de neutraliser sa flotte. C’est de ce plan que Cunningham s’inspire en le modernisant : l’attaque ne peut se faire que de nuit, et sur un port majeur réunissant la majorité des navires italiens. Période d’expérimentations stratégiques, cette attaque doit bénéficier de l’effet de surprise… et donc quoi de mieux que le porte-avions ?

L’opération débute le 6 novembre 1940. Des navires britanniques quittent en nombre Alexandrie pour se diriger vers Malte :

  • Quatre cuirassés : HMS Malaya, HMS Valiant, HMS Warspite (classe Queen Elizabeth) et le HMS Ramillies (classe Revenge).
  • Un porte-avions : HMS Illustrious (classe du même nom).
  • Deux croiseurs : HMS Gloucester, HMS York (classe Town).
  • Treize destroyers divers.

Bien évidemment, un tel départ intrigue les espions italiens placés dans la capitale égyptienne, qui alertent Rome. Deux jours plus tard, la flotte italienne est mise en alerte et regroupée dans Tarente. C’est alors que le premier acte de cette opération s’engage…

Arrivés devant Malte, les navires britanniques rejoignent le HMS Eagle, un assez vieux porte-avions. Le 10 novembre, seul le HMS Illustrious se dirige vers Tarente ; le HMS Eagle doit rester à La Valette pour souci moteur. Les premières reconnaissances britanniques au-dessus de Tarente sont formelles : la quasi-totalité de la Regia Marina s’y trouve.

L’attaque surprise

L’amiral Cunningham est ravi. « Tous les oiseaux sont au nid », confie-t-il à son aide de camp. Il n’a pas tort : six cuirassés (dont les deux nouveaux), sept croiseurs lourds, deux croiseurs légers et beaucoup de torpilleurs sont en effet amarrés ou non loin du port italien. Comble de malchance pour les Italiens, les ballons de défense contre les avions ont été dispersés par le mauvais temps et certains ne sont pas en mesure d’être mis en fonctionnement à cause de la pénurie d’hydrogène ; de plus, seuls 4 200 mètres de filets pare-torpilles (sur les 12 000 requis) sont installés, et de manière à permettre aux navires de partir vite… installés en laissant un espace libre entre le fond marin et eux. Les batteries de DCA (101 tubes) sont trop espacées et certaines déjà âgées ; de plus, le système d’écoute et de repérage se base sur des aérophones datant de la Grande Guerre… Cependant, le Lieutenant Charles Lamb, pilote de Swordfish, est très impressionné par l’organisation du port :

« Les défenses du port de Tarente avaient été conçues pour protéger l’une des plus grandes flottes existantes, sinon la plus grande. Les Italiens possédaient tous les atouts pour en faire la forteresse inexpugnable qu’elle aurait dû être. Les canons, installés à des emplacements stratégiques sur chaque môle, aux quatre coins du port, étaient censés protéger toutes les infrastructures qui contribuaient à faire de Tarente le port le plus important d’Italie. Il devait être impénétrable pour permettre à une gigantesque flotte de mouiller en toute tranquillité et d’effectuer les réparations en complète sécurité. »

La première vague de douze appareils Swordfish s’envole du pont du HMS Illustrious le 11 novembre à 21h. Une deuxième de neuf appareils décolle à 22h30. Les biplans sont armés de torpilles, mais aussi de bombes et certains de fusées éclairantes. Il faut dire que l’armement est spécifique, notamment les torpilles Mk. XII modifiées avec un détonateur magnétique. Charles Lamb en explique le fonctionnement :

« On réservait une très mauvaise surprise aux Italiens, parce que nos torpilles étaient munies de détonateurs « Duplex », un mécanisme qui faisait exploser la charge de la torpille quand celle‑ci passait sous le navire. Ce système avait été mis au point par le Captain Denis Boyd quand il commandait l’école des torpilleurs. On l’appelait « Duplex », parce qu’il avait une double fonction : la torpille explosait soit quand elle passait sous la coque du navire, soit au contact quand elle percutait le flanc. Les 11 torpilles qu’on allait utiliser cette nuit‑là avaient été réglées pour passer sous les coques afin d’éviter les filets. »

Volant dans les nuages, la première vague arrive sur Tarente à 22h58 ; de suite, 16 fusées éclairantes sont lâchées pour baliser la zone et détecter les navires. Les petits Swordfish attaquent ensuite des dépôts de carburant, qui s’enflamment : le port de Tarente est réveillé par les explosions… et est éclairé comme en plein jour. Charles Lamb fait partie de la première vague :

« […] alors que je volais tranquillement à 1 500 m, attendant que Kiggell commence à lancer ses fusées éclairantes, je me rendis compte que je me trouvais aux premières loges d’un événement qui ne s’était jamais produit dans l’histoire de l’humanité et qui ne se reproduirait sans doute jamais. C’était un boulot unique. […] Avant que les premiers Swordfish soient passés à l’attaque, le grondement guttural des canons des six cuirassés et les détonations des croiseurs et des destroyers rabaissèrent la DCA du port au niveau d’un stand de foire. […] Et dans cet enfer, à une heure d’intervalle, deux vagues de six puis de cinq Swordfish, camouflés en gris bleu sombre, tissaient une arabesque de mort et de destruction avec leur torpille en pénétrant dans le port à quelques centimètres au‑dessus de la mer – si bas qu’un ou deux d’entre eux touchèrent même la surface avec leurs roues en se précipitant dans le port. Neuf autres biplans tombèrent comme des araignées dans le grondement grandissant de leur piqué à la verticale, se détachant dans la lueur jaune des fusées éclairantes qui se balançaient au ralenti dans le ciel d’encre. De ce fait, les canons tiraient sur trois niveaux d’assaillants : les torpilleurs au ras des flots, les bombardiers en piqué et les éclaireurs. Les Swordfish abandonnèrent derrière eux une flotte italienne consommée, ceinturée d’une nappe de mazout vomie par des navires dont les carènes, les flancs et les ponts avaient été déchirés. Les Italiens avaient eu à faire face à un terrible dilemme : devaient-ils continuer à faire feu sur ces insaisissables appareils jusqu’au ras des flots, tirant ainsi sur leurs propres navires et leurs propres batteries, leur port et leur ville, ou devaient-ils relever un peu leur angle de tir ? En fin de compte, ils choisirent la seconde solution, parce que les cinq autres Swordfish réussirent à se frayer un chemin sous ce parapluie défensif jusqu’à leur objectif.»

Gauche. Biplans Swordfish en vol. Source: IWM
En haut à droite. Le HMS Illustrious, duquel ont décollé les Swordfish. Source: AOC
En bas à droite. Un Swordfish en train d’être réapprovisionné en torpille sur un porte-avions.
Source: IWM

Le cuirassé Conte di Cavour est le premier à être touché par une torpille qui ouvre une brèche de 8,2 mètres sous sa zone de flottaison ; l’Andrea Doria parvient à éviter les dégâts. La DCA italienne fait feu avec tous ses tubes, tout comme les marins sur les navires. Un Swordfish est abattu, son pilote disparaissant dans l’eau.

Au même instant, le Littorio est touché de deux torpilles, tandis que le Vittorio Venetto n’est pas endommagé. C’est alors qu’entrent en scène les Swordfish armés de bombes de 110 kg : deux croiseurs et quatre destroyers sont touchés, plus ou moins gravement. Alors que la première vague attaque depuis le sud-ouest, la seconde vague britannique arrive depuis le nord peu avant minuit. Les huit appareils suivent les fusées éclairantes, puis le Littorio reçoit encore une torpille, tout comme le Caio Duilio. Les Britanniques rentrent ensuite au porte-avions : sur les 21 Swordfish engagés, seuls deux ont été détruits, deux membres d’équipage étant capturés et deux tués.

Gauche et en haut à droite. Le Littorio, faisant très moderne pour l’époque ! Source: RM
En bas à droite. Le Conte di Cavour, après l’attaque. Source: IWM

Haut. Le Caio Duilio. Source: US NAVY NHHC
Bas. L’Andrea Doria, cuirassé italien. Source: IWM

Du côté des Italiens, c’est une catastrophe : le Littorio a trois voies d’eau de 7 m x 1,5 m, de 15 m x 10 m et de 12 m x 9 m. Il a perdu 32 marins et a dû s’échouer, même si au petit matin sa proue est sous l’eau. Le Conte di Cavour, avec un trou de 12 m x 8 m, touche le fond de la rade ; seuls ses superstructures et les armements sont au sec. Le Caio Duilio est le moins endommagé : il n’a qu’une voie d’eau de 11 m x 7 m. Malgré les 13 489 obus tirés par la DCA italienne, le raid est un énorme succès britannique : 59 Italiens sont tués, 600 blessés, un cuirassé est perdu, deux gravement endommagés, tout comme un croiseur et des destroyers.

Haut. HMS Ramillies. Source: IWM
Bas. Le port de Tarente le lendemain : remarquez les tâches d’essence sur le haut de la photographie.
Source: AWM

Un cas d’école ?

La Regia Marina déplace illico ses navires vers Naples ; les trois cuirassés sont mis en réparation, et seul le Conte di Cavour ne le sera jamais entièrement. C’est la protection des convois allant vers la Libye qui va pâtir de ces pertes ; de plus, il a été démontré qu’une aviation embarquée pouvait occasionner de gros dommages à une flotte. Mais cette opération va profiter à d’autres protagonistes plus lointain : en mai 1941, l’attaché militaire japonais à Berlin Takeshi Naito visite la base de Tarente accompagné de Mitsuo Fuchida… qui sera le commandant de la première vague d’assaut japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Les Britanniques ont démontré la puissance de l’aéronavale, sans se douter qu’elle serait retournée contre eux par l’empire du Soleil Levant quelques mois plus tard…

Ludwig Becker

Bibliographie:

– Pierre Royer, « Tarente (1940). Le chef d’œuvre inconnu », Conflits, n°8, janvier-mars 2016
– Y. Kadari et X. Tracol, « Raid sur Tarente, la nuit du Jugement », Los!, n°23, novembre-décembre 2015.
– C. Lamb, « To War in a String Bag », Cassell and Collier Macmillan, 1977.

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[IRL] Das Boot Tour: CA Lyon 2018

Chères Das Bootiennes,
Chers Das Bootiens,

C’est Elena qui nous accueille en ce premier weekend d’août, sous un soleil de canicule dans la campagne lyonnaise. Heureusement, l’arrivée du vendredi soir permet de s’hydrater (un conseil vu tout au long de l’autoroute qui nous a conduits jusque là), mais surtout de discuter les derniers événements Das Boot. En s’échangeant des parts de pizzas, nous parcourons le programme chargé du weekend et, premier sujet, la rétrospective du premier semestre est mise sur la table. Le Cahier des Charges User & Perso est fin prêt depuis quelques semaines et nous avons retranscrit celui-ci en un « document d’implémentation » qui doit permettre de transformer ces mots en code. Si celui-ci a bien avancé, il reste quelques zones d’ombre, quelques hésitations à chasser afin de commencer le codage pratique. Commencer ? Pas tout à fait, car Maître Vador a préparé une page d’accueil « martyr » (comprendre, de base et sans graphismes) et… c’est la que sa connexion à son espace de travail saute et nous laisse sur notre faim (mais on verra la dite page le samedi soir, l’honneur est sauf).
Le travail avance donc bien, principalement lors des réunions bimensuelles que nous tenons (16 depuis la précédente AG en décembre 2017), même si la période estivale n’est pas toujours propice à cela.

Samedi matin, même si la nuit fut courte, nous voilà dans le salon face au mur pour notre activité favorite : le collage de post-it. Nous nous attaquons à un gros morceau car le bloc fonctionnel « Unités » englobe beaucoup de choses ayant trait aux fonctionnements de vos unités Mer (navires), Air (aviation) et Terre (ports) et il faut être très attentifs à la réflexion autour de ce module crucial, lui aussi, du jeu. Le but de la réflexion est d’isoler un certain nombre de caractéristiques communes à ces différentes « unités » qui serviront de « modèle de base » formant l’ossature, tout en tenant compte des spécificités de fonctionnement de chacune d’entre elles, développées dans leur «arborescence» propre (la structure du résultat des post-it faisant référence à une sorte « d’arbre généalogique » qui se déploie en fonction du degré de spécifications).

 

L’arborescence du module « Unités »

Cela peut paraître simple dit comme cela, mais ce n’est pas le cas et l’avantage de ces réunions IRL est de pouvoir échanger très facilement sur un nombre important de fonctionnements, détails et parfois même de valeurs partagés. On se rend compte que parfois deux personnes, opposant deux visions, disaient en réalité la même chose mais en des termes différents.

En même temps, nous initions le Cahier des Charges « Unités », fort des travaux de la journée ainsi que du travail colossal qu’a entrepris Elena sur la BDD navires (nous vous en avions déjà parlé précédemment). En effet, vous n’aurez plus le choix entre différentes classes de navires comme actuellement mais entre différents modèles d’une même classe. Par exemple vous n’armerez plus un Cuirassé classe Ise (Japonais) comme actuellement, mais un modèle « Ise de 1937 » ou un modèle « Ise de 1943 », un modèle « Hyuga – 1944 » ou encore un modèle « Ise -1944 ».  Je vous laisse imaginer le travail de recherche que cela représente.
Un gros travail a également été effectué au niveau des munitions, de l’armement, du blindage, tout cela dans l’optique de nous laisser des portes ouvertes pour le futur. En effet, nous nous réservons, par exemple, la possibilité de créer des cartes avec des échelles différentes où une case sera plus grande ou petite que sur la carte d’à coté… et donc où le tir à distance pourrait concerner la case adjacente mais aussi plus loin.
Enfin, Elena s’est creusé la tête pour nous fournir un simulateur de tir qui calcule des probabilités de touche, des dégâts, des coûts en UT’s… un outil fort utile qui permettra un meilleur étalonnage pour tendre vers plus de cohérence en jeu.

Simulateur de tir (Elena)

 

Nous voilà déjà en fin d’après midi et le deuxième thème de la journée tourne autour des cartes. Souvenez-vous, en décembre dernier dans le compte rendu de l’Assemblée Générale de l’association nous avions écris que la soirée du samedi en compagnie de joueurs avait permis de discuter autour de la carte du Pacifique. Dans ce même compte rendu nous écrivions également à propos de la V.2.0 : « Si les travaux avancent bien nous pourrions même envisager une première version type « caisse à savon », c’est-à-dire non jouable, mais néanmoins avec quelques prémices ».

Concentrons nous premièrement sur la carte en temps que module générique. Comme nous avons prévu les choses, il nous sera possible de créer autant de cartes – plateaux de jeu – que l’on souhaite (à charge de l’équipe de déterminer la pertinence du nombre) et chaque carte donnera droit à un perso (sous conditions) pour les joueurs. Chaque carte aura aussi un certain nombre de paramètres propres comme par exemple le cycle jour-nuit, la fréquence du gain d’UT, la taille de la carte et de ses cases ainsi que des données scénaristiques (année, classes et modèles de navires disponibles, nations disponibles).

Ceci posé, parlons un peu de la carte du front Pacifique. Elle ne répond plus aux besoins en termes de nombre de joueurs mais aussi elle est « chiante » pour reprendre un terme lu sur le forum, trop linéaire. Nous avons donc cherché à la rendre plus intéressante, « nerveuse et regroupée ». Nous avons retenus pour le moment deux propositions :

1. Décembre 1941 – Mars 1942, qui permet de casser la linéarité du champ de bataille et de rapprocher les joueurs tout en nous laissant même la possibilité d’intégrer de nouveaux protagonistes (Hollandais, Vichy, FNFL…)
2. Une carte avec une datation approchante mais fortement réduite, dans l’espace central (Philippines – Indonésie) de votre Pacifique actuel.

Ces propositions doivent encore être affinées notamment par un visuel graphique de ces propositions et par une réflexion en rapport avec la distribution des ports et de leur importance.

À présent, concentrons-nous sur la question de la « Boîte à savon ». L’objectif principal de la recherche d’un lieu adéquat à cette carte est triple.
1. Il doit avant tout permettre la mise en pratique des différents modules constituant la V.2.0 et ce sur le long terme (c’est-à-dire permettre d’y tester des modules qui ne font pas nécessairement partie du « package prioritaire » et d’affiner les choix en termes d’options et de jouabilité).
2. Sur un plan géographique, il doit allier l’avantage d’un front rapproché (pour favoriser le PvP et donc la constitution de données statistiques) tout en laissant la place à d’autres formes de Gameplay (p.e. PNJ de différents types ou encore des éléments de la réforme stratégique). Il doit en outre permettre d’engager les différents types de cases de la carte (et leur caractéristiques propres) et permettre une variété de ports de diverse s tailles (d’où découlent les stocks de consommables, stocks de navires, prise de spécialistes…).
3. Enfin, si c’est aussi historiquement une zone de combats intenses qui concentre toutes les armes (Mer, Ter, Air,…), qu’elle a pu accueillir un certains nombres de belligérants (le module nations mineurs devrait pouvoir y trouver sa place) ainsi qu’une intense activité de construction terrestre (le module des artefacts de cases doit pouvoir y être testé), c’est un indéniable plus.

La note d’intention présentée lors du CA a détaillé de manière structurée le choix des îles Anglo-Normandes sur le plan historique, géographique, ainsi que pratique. Rappelons pour la petite histoire que ce furent les seuls territoires britanniques occupés par les allemands (et une incroyable force de propagande du IIIe Reich) et ce jusqu’après l’armistice : 9 mai 1945 pour Guernesey & Jersey, 16 mai 1945 pour Alderney.

Les cartes ayant servi de base à la présentation de la note d’intention

Dans la lignée de ces discussions à propos des cartes, deux questions de bases ont également été traitées, à savoir à partir de quel degré de finition ouvrons-nous la carte « Boite à savon » aux joueurs ainsi que la question du contenu ou du package minimum offert aux joueurs pour la V.2.0. Un consensus s’est dessiné autour d’une rapide mise à disposition de la carte « Boite à savon » et le maintien de celle-ci dans le temps afin de développer de manière structurée, module après module, l’offre aux joueurs et de profiter de leurs retours d’expériences. Enfin, cette carte ne sera pas perdue puisqu’une fois la V.2.0. ouverte, elle pourra toujours être réutilisée sous forme de carte scénario… la boucle est bouclée.

Dimanche matin, nous avons encore plusieurs sujets intéressants au programme. Le premier en rapport avec les statistiques de jeu, sous différentes formes. La plupart d’entre vous ont, comme nous, été impressionnés et ont apprécié le travail du joueur Ludwig von Drüssig, édité à chaque fin de campagne trimestrielle sur base des statistiques de joueurs coulés. Il était donc normal d’entamer la réflexion sur une possible implémentation dans la V.2.0 dans le cadre de la réforme stratégique. D’autres indicateurs ont également été évoqués dans ce cadre, par exemple la perte de prestige de l’adversaire. Une idée à creuser ! Dans la foulée nous évoquons également les quotas joueurs qui se stabilisent, grâce notamment à un apport de joueurs faisant suite à un article sur Das Boot dans le n°39 du magasine LOS!.

Nous écrivions plus haut à propos des unités de type « Terre » et ce n’est pas par hasard. En effet, dans le cadre de la capture de zone stratégique sur la carte (certains d’entre vous se souviennent peut-être de l’animation « Balises » qui en fut les prémices en 2016), les ports joueront un rôle important. Qu’il soit votre « havre de paix » lorsque de votre camp ou « verrou stratégique » lorsqu’il est du camp adverse, la capture de certaines zones pourrait être réalisée ou tenue dans le temps par le biais d’attaques sur les ports. Un certain nombre de mécanismes (défenses et batteries côtières, stocks de munitions, voies de communications…) pourraient être mises en place pour pimenter de part et d’autre (les joueurs mais aussi les États-Majors auront des choix à réaliser) cet aspect du jeu.
Lié à cela, le dernier sujet de la journée porte sur les « spécialistes de port ». Lucette, dans la continuité de son travail sur la progression joueurs et les spécialistes, nous a concocté un schéma avec un certain nombre de spécialistes permettant, via l’intermédiaire des États-Majors et la dépense de « Points de Stratégie », d’augmenter certaines capacités dudit port. Il pourrait par exemple s’agir d’augmenter le camouflage du port (malus de touche lors d’une attaque de port), de réduire le temps de vol au départ du port, d’influer sur le temps de production d’une classe ou d’un modèle de navire… Là aussi, l’idée mérite d’être creusée.

Propositions spécialistes de port (Lucette)

 

Comme vous le voyez, l’équipe travaille d’arrache-pied toute l’année sur la V.2.0 en mêlant développement, discussions techniques, réflexion sur le futur de Das Boot ou même pratique du codage. Et même lorsque le programme (pourtant chargé) du weekend est terminé, autour de la table, cela parle encore et toujours de Das Boot. Et même dans la voiture qui nous reconduit vers nos ports d’attache, Das Boot reste le sujet de conversation principal. Ces réunions IRL, comme celles que nous tenons de manière hebdomadaire par Skype, nous permettent d’avancer sur la V.2.0, parce qu’échanger en direct est toujours plus riche et permet d’aller plus au fond des choses. Et nous repartons de ce weekend avec toujours plein de travail dans nos musettes mais surtout avec des rêves plein la tête.

En vous souhaitant,

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Article LOS!

Crédits: Erwin Schütze

Bonjour à tous!

En cette mi-septembre, nous vous proposons de découvrir un article paru de la revue LOS! n°39. Ce dernier est loin d’être anodin car il fait la part belle à notre jeu Das Boot. En effet, deux pages entières lui sont consacré.

Ayant reçu l’accord des éditions Caraktère nous vous le partageons ici même, sur le Blog Das Boot.

cliquez ici pour lire l’article

 

Loïc Becker

En vous souhaitant bonne lecture,

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[Musée] Musée Mémorial de la bataille de l’Atlantique de Kerbonn – Camaret-sur-Mer

Crédits: Erwin Schütze

Esplanade devant le musée – Photo monsieur Hubert. http://www.hubert35.net

Esplanade devant le musée – Photo monsieur Hubert. http://www.hubert35.net

En quittant Camaret-sur-Mer nous suivons la route vers la pointe de Penhir (ou Pen Hir), ou surplombant la mer, fut érigé une Croix de Lorraine et granit, monument dédié aux bretons de la France Libre. C’est un peu avant que nous nous arrêtons, au musée mémorial de la bataille de l’Atlantique, installé dans le blockhaus de Kerbonn. Cette série de batteries et casemates (construits autant par les Français que par les Allemands), éléments du célèbre « Mur de l’Atlantique », sont installés sur les ruines d’un fort datant de la IIIème République, lui-même construit sur des fortifications édifiées par Vauban. « La géographie commande l’implantation des forteresses ! »[1]

Vue sur les casemates et batteries. Photo MERCo.

Vue sur les casemates et batteries. Photo MERCo.

Ce petit (par la taille, uniquement) musée est « à l’ancienne », c’est-à-dire rassemblant pèle mêle une multitude de documents, photographies, maquettes, armes d’époques (notamment la collection de mines marines devant l’entrée du musée), uniformes,… dans un joyeux enchevêtrement de petites salles qu’impose le bâtiment hôte. Comme son nom l’indique ce musée est dédié à la bataille de l’atlantique et a évité l’écueil chauviniste d’un point de vue unilatérale « du vainqueur » pour traiter largement de tous les protagonistes, marine marchande et convois, RAF, escorte de la France Libre, sous mariniers allemands,… Ce travail de passionnés (réalisé et porté par des bénévoles uniquement), s’il transpire dans sa scénographie, nous permet de prendre connaissance de documents retraçant, par exemple, étapes par étape, année par année le déroulement de la plus grande bataille de la seconde guerre mondiale, dans sa durée et dans la superficie du champ de bataille. La petite salle concernant la chasse ASM vaut à ce titre le détour.

Carte des pertes en Atlantique en août 1942 et mai 1943. Photo MERCo.

Carte des pertes en Atlantique en août 1942 et mai 1943. Photo MERCo.

Tableau de l’évolution de la guerre sous-marine entre 1939 et 1945. Photo de MERCo.

Tableau de l’évolution de la guerre sous-marine entre 1939 et 1945. Photo MERCo.

Salle principale. Photo Boulanger Benoit. Wikipedia.org

Salle principale. Photo Boulanger Benoit. Wikipedia.org

Mais la visite ce poursuit également à l’extérieur. Fossés, casemates, postes et plateformes de tirs, blockhaus, casernements tout ou presque est visitable [2]. Et si malheureusement le temps est passé par la (ainsi que quelques graffeurs) et la nature à par endroits repris ces droits on se prend à revivre cette scène mythique du film « Le Jour le plus long » lorsque que le major Pluskat découvre la flotte du débarquement…

Vue depuis le bunker le plus éloigné sur le musée. Photo MERCo.

Vue depuis le bunker le plus éloigné sur le musée, avec tout au fond la croix de Pen Hir. Photo MERCo.

 

Infos pratiques :
Adresse :
Musée Mémorial de la bataille de l’Atlantique de Camaret
Fort de Kerbornn B.P. 44 29570 Camaret
Tel : 02 98 27 92 58

Horaires :
Ouvert tous les jours pendant les vacances scolaires, de 14 h à 18 h.
Le reste de l’année, visites de groupe possible.
Il est recommandé de téléphoné avant de s’y rendre.

Tarifs :
4 € par adulte
2 € pour les enfants

MERCo

Notes et Bibliographie :
[1] Extrait du site « Chemins de mémoire » :
http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/musee-memorial-de-la-bataille-de-latlantique

[2] Inventaire du patrimoine culturel en Bretagne, en Ligne http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/f0db9d6f-040b-4b57-accf-f5854193dfd7?000198816

Article paru le 11/09/2014 dans Ouest France. En ligne : http://www.ouest-france.fr/bretagne/camaret-sur-mer-29570/le-musee-de-kerbonn-rappelle-la-seconde-guerre-mondiale-2819732

Tourisme en presqu’île de Crozon : http://www.crozon-bretagne.com/tourisme/decouverte/camaret/musee-memorial-pen-hir.php

Superbes photos :
http://www.hubert35.net/article-la-pointe-de-penhir-memorial-de-la-bataille-de-l-atlantique-76799765.html

NB : Je remercie l’ami David de m’avoir fait découvrir ce sympathique musée et sa région.
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Opération Seelöwe

Crédits: Erwin Schütze

Intro
L’opération Seelöwe est un plan ambitieux de débarquement allemand sur le sol britannique en 1940 et qui aurait pu mener à la capitulation ou au moins à la sortie de la guerre du Royaume Uni.

II Contexte

Au début de la guerre,avant même la bataille de France, Hitler a affirmé qu’il voulait le contrôle des ports dans la manche pour attaquer le Royaume-Uni. Il avait établi quatre grands points a respecter pour que le débarquement puisse être un succès :

– Les forces navales ennemies doivent être anéanties ou, à défaut de cela, incapable d’intervenir;
– La menace de la Royal Air Force doit être supprimée;
– Les défense côtière et les unités de la Royale Navy à proximité doivent être détruites;
– De prévenir et d’empêcher l’action des sous-marins sur les troupes d’invasion.

En mai 1940, la France est défaite par l’Allemagne et Hitler demande un plan en vue d’une invasion terrestre du Royaume-Uni. Tout cela en tentant tout de même de trouver une paix de façon diplomatique durant le mois de juillet. Raeder a étudié la possibilité d’un débarquement, mais au vue de la supériorité de la Royal Navy et des pertes pendant l’invasion de la Norvège, il préconisait un contre blocus avec des sous-marins, l’aviation et des raiders.

Début juillet, la planification de l’attaque commença. La Luftwaffe, optimiste, disait qu’il lui faudrait entre 14 et 28 jours pour obtenir la supériorité aérienne. En sachant cela, Hitler ordonna que la marine se soit regroupée et soit prête à intervenir à la mi-août au plus tard. Mais Raeder négocia avec Hitler un blocus sur le Royaume-Uni plutôt qu’une invasion. Conséquemment, Hitler ordonna une intensification des attaques aériennes et sous-marines en plus de débuter les préparatifs.

III Plan

Là où Hitler voulait le front le plus large possible pour s’enfoncer rapidement dans les terres anglaises, la Kriesgmarine, elle, voulait plutôt un front le plus réduit possible pour protéger efficacement les troupes de débarquement. Un compromis fut alors trouvé: l’attaque s’étalerait de Portsmouth à Ramsgate. Avec comme effectif huit divisions d’infanterie ou de montage avec deux divisions aéroportés, la deuxième vague comporte huit divisions de panzer ou d’infanterie motorisé et la troisième de six divisions d’infanterie de renfort. Le premier objectif était de s’emparer des ports pour pouvoir assurer une logistique suffisante pour les milliers de soldats qui en auraient grandement besoin. Puis, ils devaient avancer jusqu’au 52e parallèle en encerclant Londres pour l’assiéger et élargir le front au niveau de la mer vers Plymouth pour que l’approvisionnement soit plus abondant. Le but n’était pas de conquérir tout le Royaume-Uni, car les Allemands pensaient qu’une fois Londres assiégé, les Anglais se rendraient quasi immédiatement.

Heureusement pour les Anglais, Hitler ne tarda pas a tourner son attention vers la Russie voyant les difficultés de l’aviation et de la marine à prendre le contrôle sur leurs rivaux anglais. L’opération fut donc suspendue avant d’être abandonnée en 1943.

 

Plan de l’attaque

 

Carte de la Manche de la Kriesgmarine

IV Matériel

L’opération Seelöwe présentait certaines difficultés technologiques pour les Allemands qui firent de leur mieux pour les contourner.

Suivant la tactique du blitzkrieg, des chars devait accompagner les fantassins durant le débarquement. Par contre, cela posé de nombreux problème, dont le plus sérieux de tous était que les Allemands ne disposaient pas de chars capables d’accomplir ce genre de mission. Ils conçurent alors deux types d’engins capables de suivre la première vague d’assaut.

Le Schwimmpanzer

Le Schwimmpanzer II était une version modifiée du Panzer II auquel on avait fixé de longues boîtes rectangulaires de chaque côté de la coque pour lui permettre de flotter. Il se déplaçait grâce à ses propres chenilles qui étaient reliées à un arbre d’hélice traversant chaque flotteur. Ce qui lui permettait d’atteindre 5,7 km/h sur l’eau. Un tuyau en caoutchouc gonflable autour de l’anneau de la tourelle créait un joint étanche entre la coque et la tourelle et le canon de deux centimètres du char et la mitrailleuse coaxiale étaient opérationnels et pouvaient tirer quand le char était dans l’eau. Les Allemands ont converti 52 de ces chars à l’usage amphibie avant l’annulation de Sea Lion.

Le Tauchpanzer

Le Tauchpanzer, appelé également U-Panzer pour Unterwasser Panzer, était un char moyen standard Panzer III  ou Panzer IV dont la coque était complètement étanche en scellant tous les orifices de visée, les trappes et les prises d’air avec du ruban adhésif ou du calfeutrage. Une fois que le char avait atteint la rive, tous les couvercles et tous les joints pourraient être soufflés par des câbles explosifs, ce qui permettrait un fonctionnement normal au combat. L’air pour l’équipage et le moteur était aspiré par un tuyau en caoutchouc de 18 m de long auquel un flotteur était attaché pour maintenir son extrémité au-dessus du niveau de la surface de l’eau. Ce qui leur permettait de fonctionner jusqu’à 15 mètres de profondeur. Une antenne radio était également fixée au flotteur pour permettre la communication entre l’équipage du char et la barge de transport. Le char était aussi équipé d’une pompe pour évacuer l’eau en cas d’infiltration ou encore d’un gyrocompas directionnel pour la navigation, mais les chars pouvaient aussi suivre les instructions transmises par radio depuis la barge de transport. À la fin du mois d’août, les Allemands avaient converti 254 chars, soit à peu près l’équivalent d’une division blindée.

 

Un projet de char amphibie

Test d’un char submersible

En plus du reste, la Kriesgmarine  n’avait pas d’expérience dans une attaque amphibie, donc ils ont dû créer des barges de débarquement. Cependant, dû au retard occasionné par leur conception, ils ont préféré convertir des barges fluviales. On en distingue 2 types : la péniche, longue de 38,5 mètres et transportant 360 tonnes, et la Kampine , longue de 50 mètres et transportant 620 tonnes. Sur les 2 400 barges collectées pour l’invasion, 1 336 ont été classées comme des péniches et 982 comme Kampinen. Les désignations d’une péniche standard était le type A1 et quelque chose de plus grand comme le type A2.

Le type A

La transformation des péniches consistait à découper une ouverture à l’avant pour décharger les troupes et les véhicules, à souder les longerons longitudinaux et transversaux à la coque pour améliorer la navigabilité, ajouter une rampe intérieure en bois et couler un plancher de béton dans la cale pour permettre le transport de char. Tel que modifié, le chaland de type A1 pourrait accueillir trois chars moyens tandis que le chaland de type A2 pourrait en transporter quatre.

Le type B 

Cette barge était un type A modifié pour transporter et décharger rapidement des chars submersibles (Tauchpanzer) développés pour Sea Lion. Le type B nécessitait une rampe extérieure plus longue (11 mètres) avec un flotteur attaché à l’avant de celui-ci. Une fois le chaland ancré, l’équipe allongeait la rampe d’arrimage interne à l’aide de blocs et d’agrès jusqu’à ce qu’elle repose à la surface de l’eau. À mesure que le premier char roulait sur la rampe, son poids inclinait l’extrémité avant de la rampe dans l’eau et le poussait vers le fond marin. Une fois que le char est partie, la rampe remonte jusqu’à une position horizontale, prête pour la sortie suivante. En tout, ce sont 75 type B qui ont été commandés fin septembre 1940.

Le type C 

La barge de type C a été spécifiquement convertie pour transporter le char amphibie Panzer II ( Schwimmpanzer ). En raison de la largeur supplémentaire des flotteurs attachés à ce char, couper une large rampe de sortie à l’avant du chaland n’a pas été jugé souhaitable, car cela aurait rendu la navigation quasiment impossible. Au lieu de cela, une grande trappe a été coupée dans la poupe permettant ainsi aux chars de partir directement dans l’eau avant de faire demi-tour avec leur propre force motrice et de se diriger vers la rive. La barge de type C pouvait accueillir jusqu’à quatre Schwimmpanzern dans sa cale. Environ 14 de ces embarcations étaient disponibles à la fin de septembre.

Le type AS 

C’est une barge renforcée contre les tirs d’armes légères et de petit calibre en protégeant les côtés d’une barge de type A avec du béton. La péniche pouvait accueillir dix bateaux d’assaut (Sturmboote) le long de sa coque, chacun capable de transporter six fantassins. Le tout motorisé par un moteur hors-bord de 30 CV. Le poids supplémentaire de cette armure et équipement supplémentaire a réduit la capacité de charge de la barge à 40 tonnes. À la fin septembre, 23 barges de ce type ont été commandés.

Le type AF 

La Luftwaffe s’est aussi penchée sur les barges de débarquement. Le major Siebel a proposé d’équiper les barges non motorisées de type A de leur propre force motrice en installant une paire de moteurs d’avion BMW de 600 ch. La Kriegsmarine était très sceptique de cette entreprise, mais le haut commandement de l’armée était enthousiaste avec le concept et Siebel a procédé aux conversions. Les moteurs de l’avion étaient montés sur une plate-forme soutenue par un échafaudage en fer à l’arrière du navire. Une fois achevé, le Type AF avait une vitesse de six nœuds et une portée de 60 milles marins. Les inconvénients de cette installation comprenaient l’incapacité de faire reculer le navire vers l’arrière, une manœuvrabilité limitée sans compter que le bruit assourdissant des moteurs rendait les communications vocales problématiques. Au final, se sont plus de 200 barges qui ont été converties à la fin du mois d’octobre.

Même la Luftwaffe avait créé une nouvelle arme pour l’occasion. Une sorte de bombe qui était constituée de longs câbles fait pour sectionner les câbles à haute tension. Les Bf 110, qui ont transporté ces armes, ferait leur largage à basse altitude et de nuit.

 

Barges prévue pour la conversion

Conversion en cours

 

 

Exemple de motorisation avec des moteurs d’avion

 

Faisabilité
Un wargame a été fait en 1974 avec comme scénario que la Luftwaffe n’avait pas encore la supériorité aérienne. Les Allemands auraient bien réussi a débarquer, mais les obstacles dressés par la Home Garde aurait permis de gagner suffisamment de temps pour que les divisions régulières se placent et que la Royal Navy atteigne la Manche depuis Scapa Flow. Ce qui aurait pour conséquence de bloquer tout ravitaillement et donc les troupes allemandes seraient obligées de se rendre. Mais certaines personnes disent que le wargame n’avait pas pris en compte le fait que beaucoup d’équipement lourd aurait pu être laissé à Dunkerque ni que l’armée allemande n’avait pas de moyen sérieux pour traverser la manche. 
Ce qui est sûr, c’est que le Royaume-Uni aurait engagé jusqu’au dernier homme et dernier navire afin de bloquer le débarquement. En ce qui concerne la supériorité aérienne, plusieurs s’entendent pour dire que l’Allemagne ne pouvait pas l’avoir avant la fin de la fenêtre météo, voire même pas du tout. En effet, la Royal Air Force aurait pu facilement se regrouper au nord des îles et ne descendre intervenir en masse qu’en cas d’attaque des Allemands. Mais imaginons que les Allemands avait  finalement acquis la supériorité aérienne…ùils n’auraient sans doute même pas eu besoin de débarquer, car avec un tel scénario Churchill aurait alors été remplacé par son ministre des Affaires étrangères Edward Wood, lequel préférait faire la paix avec l’Allemagne plutôt que d’avoir à faire face à un massacre de civils sur le sol britannique.

exercice de débarquement

Yoshida Itsuru

Sources :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Seel%C3%B6we
http://quelqueshistoires.centerblog.net/1676509-Operation-Seelowe-Operation-Otarie-
https://www.dday-overlord.com/forum/photos-de-la-preparation-de-l-operation-seelowe-t7192.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Sea_Lion
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Bataille du château d’Itter

Crédits: Erwin Schütze

Introduction : 
La bataille du château d’Itter est l’une des dernières batailles de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi une des plus étranges. En effet,c’est la seule bataille où des Américains et des Allemands se sont battus côte à côte pour secourir des personnalités françaises des griffes d’une troupe de SS.


Le château d’Itter

Contexte :
Le château d’Itter est une fortification datant du XIIIe siècle qui surplombe le village éponyme. Ce bâtiment a été réquisitionné par les Allemands au début de la guerre pour plusieurs fonctions. En 1943, le château fut utilisé comme prison annexe du camp de concentration de Dachau. Les prisonniers étaient gardés par Sebastian Wimmer et des soldats de la SS. Ces prisonniers étaient spéciaux, se sont de grandes figures françaises comme d’anciens présidents du conseil, Édouard Daladier et Paul Reynaud, le syndicaliste Léon Jouhaux, le grand tennisman et ancien ministre des sport sous Vichy Jean Borotra, des généraux comme Maurice Gamblin et Maxime Weygand, le colonel François de la Rocque, la sœur de Charles de Gaulle, Marie-Agnès de Gaulle, le président Albert Lebrun et aussi Michel Clémenceau, politicien et fils du célèbre George Clémenceau. En plus, qui dit prisonniers de luxe dit conditions de vie de luxe. Les prisonniers avaient le droit à du vin, le libre accès à la cour et leurs chambres luxueuses n’étaient fermées à clé que la nuit. Il faut cependant savoir que les allégeances politiques étant variées au sein du groupe, certaines tensions existaient entre les différents prisonniers.

                                De gauche à droite: Paul Reynaud, Maurice Gamelin,  Edouard Daladier et Maxime Weygan.
Toujours de gauche à droite: Michel Clémenceau, François de la Rocque, Leon Jouhaux et Jean Borotra

La Bataille :
Le 30 avril 1945, Heinrich Himmler émet l’ordre de tuer tout homme agitant un drapeau blanc. Le chef des SS somme les Allemands de ne pas baisser pavillon et de continuer à résister. En même temps, le commandant de camps de Dachau, Édouard Weiter, arrive au château alors qu’il vient de faire exécuter 2 000 prisonniers.

Le 3 mai, un prisonnier yougoslave, qui servait d’électricien au château du nom de Zvonomir Cuckovic (que les prisonniers surnommaient André), réussit à s’enfuir en emportant avec lui un message en anglais qu’il délivrerait au premier soldat américain qu’il croiserait sur sa route. Il rencontre alors un petit groupe de soldats allemands dirigés par le major Josef Gangl. Ils restaient dans un village du nom de Wörg pour aider les habitants que les soldats SS menaçaient d’abattre si un drapeau blanc ou autrichien était hissé. Ces habitants avaient été mis à la tête d’un réseau de résistants autrichiens. Le major identifie la position de la 103e division d’infanterie américaine au yougoslave qui réussit à entrer en contact avec eux plus tard dans la soirée.


Josef Gangl

 

Édouard Weiter se donna la mort le 4 mai provoquant la fuite de la garnison SS. Les prisonniers sont restés sur place  et s’empare rapidement des rares armes encore présentes sur place. Pour sa part, le cuisinier tchèque de la prison, part vers la mi-journée en direction du village de Wörgl où il réussit à trouver la résistance autrichienne. Le major John Kramers, de la 103e division d’infanterie américaine, établit le contact avec l’officier de liaison français, Eric Lutten. Malheureusement, les renforts composés de M10, de jeeps,  d’un peloton de fantassins et de quelques partisans autrichiens qui les ont rejoint en route, se font arrêter sur la route par l’artillerie ennemie. Le major allemand Gangl a tôt fait de rejoindre un lieutenant du nom de Jack Lee à Kufstein. Il se présente à lui avec un drapeau blanc et lui explique la situation. Lee demande alors la permission de partir aider les prisonniers. Ce que son QG lui a accorde immédiatement. C’est ainsi que deux chars Sherman avec 8 membres d’équipage, environ une dizaine de fantassins ainsi que le major allemand et ses hommes partent aux secours des prisonniers français. Un char, avec trois fantassins à son bord, est  laissé en retrait sous le commandement du major Harry Basse pour défendre un pont donnant accès au château. Les prisonniers sont plutôt déçus de cette force de secours relativement petite. Malheureusement, les places dans les véhicules et l’âge avancé de certains prisonniers rend impossible une évacuation. Le château reprend donc sa fonction défensive. Les soldats allemands et américains se placent autour du château pour le défendre avec le char devant la porte principale. Malgré le fait que le lieutenant avait ordonné de rester à l’intérieur du château pour leur protection, Reynaud, Clémenceau, La Rocque et Borotra décident de mettre leurs différents de côté et prennent les armes pour aider les soldats. Pendant ce temps, une force SS restée dans les environs encercle le château. Les échanges de tirs commencent vers 23h et continuent pendant toute la nuit, bien que ce ne soit que pour tester les défenses.

Jack Lee

Le 5 au matin, le major allemand téléphone à Alois Mayr, le chef de la résistance autrichienne à Wörgl, pour demander des renforts. Ce n’est cependant que deux soldats allemands qui se présentent, accompagnés par un adolescent membre de la résistance, Hans Walt.  Peu de temps après,  pendant que le lieutenant américain essaie de contacter son unité, les SS lancent l’assaut. C’est entre 100 et 150 hommes qui se précipitent pour capturer le château et ses prisonniers. Tandis que les défenseurs se replient à l’intérieur du château, un canon de 88mm tire un premier coup qui fait voler en éclat la chambre vide de Gamelin. Le second tir touche le char. Fort heureusement, ses occupants ont le temps d’évacuer sans blessure avant que ne se fasse entendre une forte détonation due à l’explosion du carburant. Même si les hommes sont sauvés, il n’y a alors  maintenant quasiment plus aucuns moyens de contacter l’extérieur. Les défenseurs, tirent depuis le haut des murs pendant que le major Kramer, accompagné du lieutenant Luten, du photographe français Eric Schwab et du correspondant de guerre américain Meyer Levin, arrive avec des renforts. Cependant, se trouvant maintenant trop loin du champ d’opération de sa division, car en effet ce secteur relevait de la 36e Division, Kramer, furieux, doit y laisser tous ces hommes et ses chars. Même si depuis sa position, il peut voir la bataille faire rage. Le groupe décide tout de même, malgré tout,  de continuer en jeep. Ces derniers sont alors rejoints par les hommes du second bataillon du 142e régiment d’infanterie. Kramer tente de contacter Lee par radio, mais échoue dans sa tentative puisque le char est détruit. Il rejoint alors la mairie de la ville grâce à l’aide d’un partisan autrichien où il peut téléphoner au château. Lee l’informe aussitôt que la pression des SS augmente tandis que le niveau des munitions des défenseurs, lui,  baisse dangereusement. Kramer lui réplique que de l’aide était en route. Les quatre hommes quittent et rejoignent les effectifs du 142e qui montent momentanément au château. Lee et Gangl cherchent à repérer les positions ennemie et celle du 88mm quand Gangl se prend un tir de sniper qui le touche mortellement. Vers midi, le tennisman demande la permission pour sortir du château pour guider les forces de secours.Ce qu’on lui accorde. Après avoir échappé aux SS dans les bois, il court dans la direction des secours. Le niveau de pression des SS augmentant et celui des munitions baissant, la situation devenait de plus en plus critique. C’est alors que Lee ordonne le replie des défenseurs et des anciens prisonniers dans le donjon pour gagner du temps. Vers 15h, les SS se préparent à faire sauter la porte principale à l’aide de lance-roquettes quand se font tout à coup entendre des tirs d’armes à feu à l’autre bout du village. On peut entendre peu après le cri strident d’un soldat SS :  « Amerikanische panzer ! » Immédiatement, les soldats SS prennent la fuite. Au final, le groupe est secouru à temps par les renforts et une centaine de soldats SS sont faits prisonniers.

Dégâts causés au château par le 88mm

 

Conclusion :
Les personnalités françaises sont ramenées en toute sécurité à Paris le 10 mai. Lee et ses hommes reçoivent une permission et, en plus, Jack Lee et Harry Basse sont récompensés pour leurs actions. Le premier reçoit en effet la Distinguished Service Cross et le grade de capitaine, et le deuxième la Silver Star. De leur côté, les soldats allemands ont été accompagnés à un camp de prisonniers et le major Josef Gangl fut reçut un peu plus tard comme un héros national. Même une rue de Wörgl porte aujourd’hui son nom. Une chose est sûre, c’est que cette bataille restera dans les mémoires pour être la seule ou des Américains et Allemands se sont battus ensemble. C’est sans oublier que les hommes politiques impliqués dans l’affaire ont réussi à faire abstraction de leurs allégeances pour faire front commun dans l’adversité. La vie politique d’après-guerre aurait était bien différente sans eux…

Paul Reynaud, Marie-Renée-Joséphine Weygand, Maurice Gamelin, Edouard Daladier et Maxime Weygand autour du général McAuliffe, de la 103e Division d’infanterie

Yoshida Itsuru

Source :
http://www.ulyces.co/servan-le-janne/la-bataille-du-chateau-ditter-le-jour-ou-la-realite-a-depasse-tarantino/
https://www.strategietotale.com/forums/topic/la-bataille-du-chateau ditterhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_ch%C3%A2teau_d%27Itter
https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_for_Castle_Itter
http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t14588-itter-ou-la-bataille-la-plus-etrange
http://www.historynet.com/the-battle-for-castle-itter.html
http://boowiki.info/art/batailles-de-la-seconde-guerre-mondiale-impliquant-les-etats-unis-d-amerique/bataille-pour-le-chateau-itter.html

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Opération Fortitude

Crédits: Erwin Schütze

L’opération Fortitude fait partie d’une opération beaucoup plus large du nom de Bodyguard qui avait pour but de tromper les Allemands sur le lieu des débarquements de la façade Atlantique et en Méditerranée en plus de faire croire que ces dits débarquements n’avaient pour but que de faire diversion pour un débarquement de plus grande envergure.

Carte représentant les différents objectifs factices des opérations de désinformation

Carte représentant les différents objectifs factices des opérations de désinformation

Comme on peut le voir sur la carte, l’opération Fortitude est en fait composée de deux parties. Une au nord avec l’opération Skye et l’autre au sud avec l’opération Quicksilver.

L’opération Bodyguard

L’idée de cette opération de désinformation et d’intoxication est venue lors de la rencontre des « Trois Grands » à la conférence de Téhéran fin 1943. Lors de cette conférence, l’idée du débarquement était d’actualité et il y avait souci de mettre en place aussi une opération pour tromper l’ennemi. Pour faire cela, Churchill fit appel au lieutenant-colonel John Henry Bevan, un ancien banquier et un génie de la guerre qui s’était fait remarquer pendant la Première Guerre mondiale pour ces prévisions incroyablement justes. Il est alors le chef de la London Controlling Section, organisme secret avec pour mission de monter et d’exécuter toutes sortes de missions de désinformation grâce aux MI5 et MI6.

Seule photo connue de la London controlling section avec John Henry Bevan au centre

L’opération Fortitude North et Skye

Cette opération est la moins connue des deux. Elle devait faire croire aux Allemands un possible débarquement en Norvège. La mise en scène prévoyait d’évoquer l’hypothèse réelle de la présence d’une British Fourth Army stationnée dans le nord de l’Angleterre  et dont le quartier général était le château d’Édimbourg. Bien sûr, cette armée était fictive, mais elle était quand même subdivisée en quatre parties: Skye, l’état-major, Skye II et Skye IV, corps expéditionnaires anglais fantômes respectivement les IIe et VIIe. Par contre, Skye III avait une petite particularité…C’était le véritable XVe corps de génie américain, mais accompagné cette fois d’autres unités qui, elles, étaient fictives. Les Anglais ont jugé peu probable qu’un avion allemand arrive a survoler la zone sans être intercepté, donc il n’y eut aucun leurre construit, mais un trafic radio fut mis en place. En parallèle de tout cela, le Royaume-Unis établit  aussi des contacts politiques avec la Suède pour renforcer la pression sur les Allemands. Des agents doubles du nom de code de Mutt et Jeff sont aussi mis à contribution pour donner de fausses informations. Malheureusement, des doutes sur la fiabilité de l’un des agents mirent fin au subterfuge, et Jeff fut même emprisonné. Le summum de l’activité de l’opération fut atteint lorsque des commandos britanniques attaquèrent des infrastructures maritimes et des avant-postes allemands en Norvège pendant le printemps 1944. A la suite de ces attaques, la Kriegsmarine augmenta son activité en mer du Nord et la pression politique sur la Suède augmenta aussi. Des rapports et études d’après-guerre montrent que grâce à Skye 13 division, les Allemands ont été obligés de laisser au moins une division  en Norvège lors du débarquement. Par contre, aucune preuve n’indique que les Allemand ont surveillé le trafic radio.

L’opération Fortitude South et Quicksilver

C’est surtout cette partie de l’opération que l’on retient pour l’opération Fortitude. Elle avait pour but de faire croire à un débarquement dans la région de Calais par la FUSAG (pour First United States Army Group). Des efforts notables on été déployés afin de rendre crédible l’opération. Que ce soit pour laisser des traces de l’armée,  d’avions fictifs, de fausses péniches de débarquement positionnées à des endroits stratégiques ou encore de faire croire à l’utilisation active d’aérodromes qui, en fait, n’étaient d’aucune utilité. tout a été mis en oeuvre pour être persuasif. Il a aussi été question de construire des chars en bois, mais le temps de construction étant trop long, on jeta alors son dévolu plutôt sur des chars gonflables en caoutchouc fabriqués par des sociétés américaines telles que Goodyear/ Goodrich et ensuite livrés par bateau. Ne restait alors qu’à les gonfler sur place. Pour pousser le réalisme au maximum, on a employé, la nuit, de vrais chars pour marquer le sol. Même un faux terminal pétrolier fut construit par les studios de Shepperton…

Les fausses péniches de débarquement

Un avion fictif

Un char gonflable

Mais la tromperie ne s’arrêta pas là. Le Général Patton, qui était tenu en haute estime par les Allemands, fut mis «officiellement» au commandement de cette armée. Des centaines de messages radio ont été envoyés pour faire croire à des activités de l’armée. Certaines tentes avaient des poêles allumés pour simuler les cantines en train de préparer à manger pour ces soldats fantômes. Même des insignes ont été créés. C’est sans compter les faux articles parus dans la presse anglaise annoncant le résultat des matchs de foot et des mariages de soldats. Mêmes les zones furent interdites d’accès, avec des panneaux et de vrai gardes. Ces gardes venaient en partie de la Home Guard et effectuaient le tout en plus de garder les zones de manœuvre, de déplacer les véhicules de jour comme de nuit. Tout cela pour rendre le camp plus vrai que nature.

 

Symbole du FUSAG

 

Insignes d’unités fictives du FUSAG

 

Comme évoqué précédemment, la tromperie a aussi eu une bonne place dans l’opération. Le système Double-Cross ou XX est un système de contre-espionnage créée par le MI5 dans le but de repérer, de retourner ou de neutraliser tous les agents allemands. Pour l’opération Fortitude, les Britanniques ont utilisé trois agents double, mais on retiendra surtout le nom de Juan Pujol Garcia, alias « Arabal » pour les Allemands,  alias « Garbo » pour les alliés. Cet Espagnol, suite à la guerre civile dans son pays,  détestait toute forme de fascisme et lorsque la guerre éclata, il proposa au Royaume-Uni de se mettre à leur service. Cependant, les Anglais se montraient méfiants et ont alors rejeté la proposition. Mais Juan était plutôt un type persévérant. Il alla même jusqu’à concocter un plan pour rejoindre les services secrets britanniques. Il commence par se faire engager comme agent secret allemand. Il réussit en effet à se faire recruter et envoie pendant plusieurs mois des rapports aux Allemands. En quelques mois seulement, il réussit à monter un réseau d’espions dans plusieurs endroits stratégiques des îles britanniques. Lorsqu’ils découvrent l’existence du réseau, et surtout de son chef et de son lieu de résidence, les Britanniques envoient un agent pour le rencontrer à Lisbonne. Le présumé agent allemand, du nom d’Arabal, finit par avouer qu’il avait tout inventé: ses hommes, les informations qu’il avait trouvées dans la presse et même du fait qu’il n’avait jamais mis les pieds en Angleterre. Mais une chose était certaine: les Allemands avait foi en lui. À tel point qu’un jour, leur donnant l’information qu’un convoi était partie d’Angleterre pour rejoindre Malte, ces derniers se sont empressés, quelques heures plus tard, d’envoyer des bâtiments intercepter ledit convoi. Réalisant la crédibilité du subterfuge, les Anglais se laissent tenter et le font entrer à leur service. Un peu plus tard, il confirme aux Allemands la présence d’armées alliées dans le sud-est de l’Angleterre et conforte ainsi les Allemands de l’idée d’un débarquement près de Calais.

Comme mentionné auparavant, le but de l’opération Fortitude était aussi de faire croire que ce débarquement n’était qu’une diversion et pour ne pas compromettre sa position, Garbo eut une idée de génie. Il envoya un message aux Allemands quelques heures avant le débarquement à l’effet que des troupes alliées allaient justement débarquer en Normandie. Le temps que le message soit transmis à Berlin, les alliées allaient avoir eu le temps de débarquer et le double objectif serait atteint: un débarquement réussi et des Allemands n’ayant pas de doutes sur la fiabilité d’Arabal, l’information n’étant tout simplement pas arrivée à temps. Cela permit à l’agent double de continuer d’envoyer de fausses informations sur le fait que la FUSAG se préparait à embarquer pour Calais. Les Allemands se demandaient justement pourquoi le débarquement sur Calais n’arrivait pas et questionnèrent Juan qui leur répondit alors qu’étant donné la réussite du débarquement de Normandie, le débarquement dans la Pas-de-Calais avait été annulé. Il servit encore quelques mois après l’arrêt de l’opération Fortitude et fut décoré de la croix de Fer allemande, mais aussi de la médaille de l’ordre britannique!

Juan Pujol Garcia, alias « Arabal » pour les Allemands,  alias « Garbo » pour les alliés

Comme dans toute opération, il y eut des pertes et des sacrifices. Des réseaux de résistants que les Anglais savaient infiltrés par les Allemands furent sacrifiés, mais dans le but de garder le secret et pour faire paraître l’opération encore plus crédible. On a qu’à penser à un de ces réseaux de résistants qui savait que si la mention « Message pour la petite Berthe » suivie de « Salomon a chaussé ses grands sabots », voulait dire qu’un débarquement aurait lieu dans le Pas-de-Calais 48 heures plus tard.  Malheureusement, cette poche de résistance fut arrêtée et l’information fut dévoilée… Le 8 juin à 19h15 les deux phrases furent prononcé par la BBC et cela convainquit les Allemands que le débarquement n’aurait jamais lieu. D’ailleurs, et c’est bien malheureux, les morts causés par cette opération ne furent pas que du côté des résistants. En effet, des centaines de civils périrent dans les bombardements qui devaient faire croire à un débarquement dans le Pas-de-Calais…

Conclusion

Même si l’opération Fortitude Nord n’a pas eu un effet et une renommée aussi grande que Fortitude Sud, elle a quand même contribué à piéger des divisions allemandes hors de la France. Et ces opérations ont surtout reposé sur des agents double, car en 1944 le contrôle du ciel au-dessus de l’Angleterre était acquis pour les alliées et donc rares étaient les avions qui ont pu prendre de possibles photos des lieux. De plus, la Luftwaffe rechignait à prêter ses avions pour de simples opérations de reconnaissance. Les Anglais ont tout fait pour conforter les Allemands dans l’idée d’un débarquement à Calais grâce aux agents double et aux systèmes de contre-espionnage Double-Cross. Et les centaines de personnes sacrifiés pour le bien de l’opération ont réussi a rendre l’opération encore plus crédible. Il en résulta que 17 divisions allemandes sont restées en Norvège et au Danemark, et que les renforts pour contrer le débarquement de Normandie ne furent envoyés que le 15 juillet. Ce qui permit aux alliée de fortifier cette fragile tête de ponts qui traversera ensuite la France jusqu’au Rhin beaucoup plus facilement. John Henry Bevan retourna au monde des finances et mourut d’un cancer du poumon causé par les quatre paquets de cigarettes par jour fumés pendant la guerre. De son côté, Juan Pujol se fit passer pour mort et partit vivre au Vénézuela où il mourut paisiblement. Bien qu’il eut une place importante dans l’opération, on entendit très peu parler de ses exploits. Ce n’est qu’une quarantaine d’années après le débarquement qu’il fut reconnu comme étant la dernière personne en vie avec des décorations à la fois de l’Axe et des Alliées.

Yoshida Itsuru

Source :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Fortitude
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Quicksilver
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Skye
http://www.lepoint.fr/histoire/evenements/debarquement-operation-fortitude-ou-comment-les-allies-ont-berne-les-nazis-06-06-2014-1832918_1616.php
https://www.lexpress.fr/informations/les-secrets-de-l-operation-fortitude_607409.html
https ://dailygeekshow.com/operation-fortitude-allies/
https ://www.dailymotion.com/video/x5q31yo
https://liberationroute.fr/great-britain/stories/o/operation-fortitude-south
https: //www.francetvinfo.fr/histoire-l-operation-fortitude-episode-inedit-de-la-seconde-guerre-mondiale_475720.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_groupe_d%27arm%C3%A9es_des_%C3%89tats-Unis
https://en.wikipedia.org/%3Ftitle%3DOperation_Skye%26redirect%3Dno&prev=search
https://fr.wikipedia.org/wiki/Joan_Pujol_Garcia

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La « E-Boat Alley »

Crédits: Erwin Schütze


Carte de la zone de « E-Boat Alley » (segment hachuré) avec la route des principaux convois (hors convois d’invasion et de ravitaillement pour Overlord) en pointillé et leurs codes (en bleu) ainsi que les principales bases de Schnellboot utilisées (avec entre parenthèses les flottilles ayant opéré depuis ces bases) au cours de l’année 1944. Carte de l‘auteur.

 

« EBoat Alley » [1], sans doute l’une des zones les plus dangereuses tout au long de la Seconde Guerre Mondiale, une zone aux portes de la Grande Bretagne qui s’étend entre la baie de The Wash (au nord) et l’estuaire de la Tamise (au sud).
Une zone qui a tout pour plaire, pensez-donc : de nombreux bancs de sables, des champs de mines à perte de vue où se mêlent toutes sortes de mines aussi bien anglaises qu’allemandes, une proximité avec les principales bases des «Schnellbootsflotille» [2] du continent et enfin, un passage obligé pour tout le trafic maritime côtier entrant ou sortant de la Manche et de la Mer du Nord [3].

Au déclenchement de la guerre et jusqu’au début de 1941, la Royal Navy n’était pas vraiment préparé à affronter les vedettes rapides armées de torpilles de la Schnellbootwaffe, mais au fur et à mesure, elle s’équipa de nombreux navires versés à la Coastal Forces: MTB (Motor Torpedo Boat), MGB (Motor Gun Boat), ML (Motor launch), armed trawlers (chalutiers armés), dragueurs et mouilleurs de mines, … si bien qu’à la fin 1943/début 1944 le rapport de force s’inversa. Cependant, l’abondance de convois (près de trois par semaine) et la proximité avec les bases opérationnelles allemande fit que la zone resta pour toute la durée de la guerre le théâtre d’affrontements violents et toujours un endroit particulièrement dangereux pour les équipages.

Ci-après, nous avons traduit (du néerlandais) et reproduit le récit d’un officier de marine, J.Kuwert, titré « E-Boot Dreef » ou « Allée des E-Boat » et paru dans le mensuel « Marine » d’avril 1944 [4], un magazine édité par le Ministère des Communication du Gouvernement Belge en exil à Londres et destiné aux marins belges engagés dans le conflit [5]. Nous l’avons agrémenté de quelques illustrations pour en rendre la lecture plus ludique et compréhensible :

 


Vue d’artiste du HMS Westminster (Destroyer classe V&W) attaquant deux E-Boat le 15 avril 1943 au large de Lowestoft.       
Source : http://vandwdestroyerassociation.org.uk

« La côte Est de l’Angleterre est parsemée dans sa partie sud d’un nombre incalculable de banc de sables et d’eaux peu profondes entre lesquels se trouvent des chenaux de navigation très étroits. Devant ces bancs de sables se trouvent des larges étendues de champ de mines qui défendent l’accès à la côte. Pourtant, toutes ces redoutables défenses n’ont pas empêché les E-boat allemands d’en faire leur terrain de chasse favoris et d’y perpétrer de nombreuses attaques sur les convois qui y passent. Ces E-boat ont d’ailleurs donné leur nom à ces étendues d’eau, théâtre de tant de combats navals.
De nombreuses épaves sont les malheureux témoins et souvenirs des combats livrés là.

L’accès à ces eaux porte d’ailleurs le nom de « Pearly Gates » ou « Porte du Paradis » car tant de marins y ont perdu la vie. Les flammes pendent encore au haut des mâts de ces épaves, intimes tombeaux de ces navires et équipages dans l’eau vert-bleu.

Notre convoi vient du Nord et nous passons justement la « Porte du Paradis » pour entrer dans « E-Boat Alley ». Le soleil descend et à l’Est se dispense déjà la pénombre. Notre navire se trouve au milieu d’un énorme convoi. Il est déjà difficile dans la nuit naissante d’apercevoir l’avant et l’arrière de la longue ligne de caboteurs et autres navires. C’est le moment le plus dangereux de la journée, car c’est la le moment le plus favorable à l’ennemi pour frapper. Les hommes sont à leur poste de combat: leurs yeux cherchent sur l’horizon. L’ennemi peut apparaitre depuis n’importe quelle direction.

Très certainement des Junkers et des Dorniers se cachent dans les nuages avec le soleil couchant dans le dos. Les E-boat peuvent s’approcher presque imperceptiblement depuis l’Est dans la noirceur de la nuit qui nous étreint. Comme si cela ne suffisait pas, nous devons également faire très attention aux mines flottantes et aux épaves à moitié immergées.


Gauche: Junkers Ju 88A, chasseur-bombardier bimoteur allemand, France, 1942. (Référence Bundesarchiv: Bild 101I-363-2258-11)  Droite: Dornier Do 17 Z-5 du 1/KGr 606 au dessus des côtes de la Manche, fin 1940. Bombardier bimoteur allemand surnommé « Flying Pencil » (Pinceau Volant)[6] 
Source : www.falkeeins.blogspot.be

Nous sommes attentifs aux signaux du « Commodore ».

Soudain, un bruit de moteurs ! Qu’est-ce ? E-Boat ? Avion ? Amis ou ennemis ? Où ?

Bang, bang. . . . Le deuxième navire devant nous est ciblé. Il a presque entièrement disparu derrière de hautes colonnes d’eau et de la fumée s’élève depuis son pont. Furtivement, nous apercevons des avions en retraite, suivis par les balles traçantes de nos mitrailleuses. Non loin de nous, la mer bouillonne autour d’un Dornier qui a été abattu. Aucun navire n’a cependant dévié le moins du monde de sa route. Même la victime de l’attaque semble n’avoir été que peu atteinte, car elle maintient sa vitesse comme si de rien n’était.

Notre voisin à bâbord ne doit pas nous porter dans son cœur. L’un de nos obus a explosé non loin de sa passerelle de commandement. Et dans la fureur des combats, plusieurs de nos balles de mitrailleuses ont rasé de près ses mats et cheminées ! Tout s’est terminé en quelques secondes, mais des secondes qui comptent ! La nuit est maintenant totalement tombée. Nous ne percevons plus que les bouées lumineuses et de vagues formes de nos voisins directs.

Le navigateur doit être sur ces gardes, car le chenal de navigation est fort étroit. Épave à bâbord ! Épave à tribord ! Le navire devant nous ne semble pas avoir perdu de vitesse ou alors, est-ce nous qui allons trop vite ? Non, pas du tout, c’est une illusion induite par l’obscurité. Nous devons quand même faire attention. Celui qui nous suit se rapproche d’un peu trop près !

Alarme ! Des balles traçantes en direction de la côté s’élève dans le ciel depuis la mer. Les navires de guerre qui nous accompagnent tirent eux-aussi des munitions traçantes.

Tribord toute ! Ouf, nous l’avons échappée belle. Dans la lueur des obus, un officier de quart a aperçu une mine flottante juste devant notre navire !

Voilà qu’arrive le Radiotélégraphiste – Marconiste. Le message codé est rapidement déchiffré : «  E-boat ennemis se trouvent entre notre convoi et la côte ! » Immédiatement tout le monde est rappelé sur le pont. Chaque membre d’équipage est affecté à un poste de combat, aux munitions ou aux postes d’urgences.

Barre à tribord toute ! L’un de nos navires de guerre est au contact avec l’ennemi. Les munitions traçantes transpercent la nuit. Soudain une explosion illumine la mer. Un E-boat a pris feu sous les tirs d’un de nos chalutiers armés.


Le Chalutier armé HMS Turquoise est un vétéran du « E-Boat Alley ». 14 janvier 1944, Harwich. Le chalutier ASM HMS Turquoise termine 4 années de service sur la côté Est.  (Référence IWM: A 21378)

L’on entend à présent également les ronronnements de moteurs ! Direction Vert 45 ! Distance 800…. Notre petit « 6 pounder » crachent ces obus en direction d’une fumée blanchâtre qui approche par notre tribord. Un E-boat s’approche à pleine vitesse, mais nous ne voyons rien d’autres que cette fumée blanche. Secondes d’attente insoutenables…. Nous ne voyons toujours rien. Pas de torpille, un soulagement s’échappe des lèvres de chaque membre d’équipage.


Le « 6-pounder » ou canon de 57mm Mark VII avec système de rechargement automatisé type Mollins, 15 août 1944, HMS Mantis [7], Lowestoft.   (Référence IWM: A 25155)

Le convoi poursuit sa sinueuse route entre les bancs de sables, les épaves, les bouées et les mines….

Quatre heures du matin ! Nous sommes enfin hors de la zone dangereuse. Les hommes de quart sont relevés et peuvent enfin, après 9 heures ininterrompues d’attention, allez prendre un peu de repos bien mérité.

Un appel du « Commodore » par la radio : « Les E-boat ont étés chassés. Deux ont étés détruits. Le convoi est intact. »

Le soleil pointe ses rayons… Voici le navire qui nous amène le pilote du port. C’est un vétéran de la Grande Guerre et il nous conduit en toute sécurité dans l’embouchure de la Tamise. Des Spitfires tournent très haut au dessus de nos têtes et les dragueurs de mines nous ouvrent un chemin sûr. En effet, tous les dangers ne sont pas encore écartés : les mines magnétiques et acoustiques peuvent encore nous réserver de mauvaises surprises !

Enfin nous remontons le courant.

Encore une fois, un convoi est passé au nez et à la barbe des Allemands. Mais la radio de Berlin communiquera quand même qu’une attaque a été menée avec fermeté par leurs E-Boat contre les convois ennemis et que de nombreux navires Alliées auront étés coulés, nombreuses victimes qui n’existent que dans leurs fiévreuses imaginations ! »

Erwan Lafleur

Notes et Bibliographie :

[1] E-Boot est la dénomination, anglo-saxonne pour le S-Boot (Schnellboot) et signifie « Enemy-Boot ».
[2] En rouge sur la carte les numéros des « Schnellbootflotille » ayant été basé à un moment ou un autre courant 1944 dans les ports.
Source : http://s-boot.net
[3] En pointillé sur la carte, les principales routes de convois – hors convois d’approvisionnement du débarquement et post débarquement vers la France.
Sources: Arnold Hague’s Databe & http://www.naval-history.net
[4] J.Kuwert (1944) in « Marine », avril 1944, Vol. IV, n°4, Ministère des Communications (BE), Londres, p10-11
[5] Les marins belges bien qu’ayant la possibilité de s’engager à la Royal Navy Section Belge, ont parfois aussi choisi de s’engager sur des navires de la Royale Navy, de la France Libre (Surcouf) ou dans d’autres branches comme le S.O.E (Van Riel),… (H.Anrys, 1975)
[6] En 2013, le RAF Museum de Londres à sorti de la Manche l’épave d’un Dornier pour le présenter au publique. Source : http://nationalpost.com/news/raf-museum-pulls-nazi-flying-pencil-from-english-channel-more-than-70-years-after-it-was-shot-down
[7] HMS Mantis est le nom de code donnée à la base du Coastal Command situé à Lowestoft, sur la côte Est de l’Angleterre. Source : http://www.lowestoftmuseum.org/HMSMantis.html

Henri Anrys (1975), «Congé pour mourir – les belges dans la guerre navale 1939-1945», édition Pierre de Méyère, 4ème édition, Bruxelles, 479p.

Karl Scheuch (2010-2018), « S-Boats in the Kriegsmarine 1935-1945, war Zones of the S-boats, English Chanel 1944 ». En ligne http://s-boot.net/ . Consulté le 15/02/2018

Gordon Smith (1998-2016), «World War 2 at Sea – Convoy escort movements of Royal Navy vessels : Allied convoy codes». En ligne http://www.naval-history.net . Consulté le 15/02/2018

V & W Destroyer association (1993), «The journal of Midshipman Derek Tolfree». En ligne http://vandwdestroyerassociation.org.uk . Consulté le 15/02/2018

Gordon Williamson (2011), « E-Boat vs MTB : The English Channel 1941-45 », Osprey Publishing, 48p.

NB: l’auteur remercie les bénévoles des archives de la section Marine du Musée royal de l’armée et d’Histoire militaire de Bruxelles pour leur accueil et disponibilité.

 

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Opération Mincemeat, un noyé au service de sa Majesté

Crédits: Erwin Schütze

À l’aube de ce 6 avril 1943, une petite barque de pêche part vers le large de la côte espagnole de Huelva, golfe de Cadix, pour accomplir son labeur quotidien. A défaut de poisson, le pêcheur va rentrer avec une prise peu banale. En effet, quand il aborde la plage, c’est un cadavre qui est débarqué. Un cadavre portant un uniforme de la Royal Navy, ceint d’un gilet de sauvetage, le corps enserré d’une chaîne gainée de cuir aboutissant à une serviette. Le cadavre est immédiatement confié à une patrouille de l’armée espagnole qui passait par là. Sans le savoir, le pêcheur espagnol entre dans la légende de l’une des opérations de désinformation les plus abouties de la Deuxième Guerre mondiale…

Corps du « Major Martin » lors de sa récupération par les Espagnols le 30 avril 1943

Là où tout a commencé

Nous sommes à Casablanca, en ce 31 janvier 1943, où vient d’avoir lieu la conférence interalliée entre le Président américain Franklin D. Roosevelt et le Premier Ministre britannique Winston Churchill. Entre autres, une des décisions prises est l’invasion de la Sicile, et du reste de l’Italie, dès la fin des combats en Tunisie. Plus tard, l’invasion de la Sicile prendra le nom d’Opération Husky. Dès à présent, il est question de camoufler les intentions des Alliés ; faire oublier l’Italie et diriger les forces ennemies ailleurs !
L’objectif sera donc la Sicile. Toutefois, la progression vers le nord de l’Italie ne se fera pas sans difficultés. L’Italie est membre de l’Axe et encore sous la coupe de Mussolini. En outre, l’Italie est une longue bande de terre coincée entre deux mers, le relief y est par endroits important. C’est pourtant là que l’effort des Alliés devra se produire…
Comme on peut aisément le comprendre, car les Allemands sont aussi conscients de la lente et pénible avancée qu’induirait la péninsule italienne, l’idée essentielle des Alliés est de laisser Hitler croire que la prochaine offensive va se porter ailleurs que sur la Sicile. Il va donc falloir le conforter dans ses certitudes en lui proposant deux alternatives solides : la prise de la Sardaigne et de la Corse comme têtes de ponts d’une offensive dans le sud de la France, et/ou, un débarquement en Grèce, prélude d’une offensive dans les Balkans.

Le choix de l’opération de désinformation va se faire à partir d’une hypothèse du MI-6 : Hitler reste persuadé que Churchill n’a pas renoncé à son offensive dans les Balkans, qu’il veut prouver, en 1943, la validité de sa stratégie de 1915. Hitler, en quelque sorte, valide cette stratégie car il craint pour cette partie de l’Europe. Une offensive dans les Balkans pourrait avoir la fâcheuse conséquence de couper les approvisionnements du pétrole roumain vers l’Allemagne.

La naissance du plan

Quelques mois auparavant, le Lieutenant Charles Cholmondeley a proposé une idée aussi ingénieuse qu’impossible : larguer un émetteur-récepteur en France, accroché à un corps suspendu à un parachute mal ouvert, manœuvrant ainsi les Allemands en leur envoyant de fausses informations. L’idée avait été considérée comme inapplicable. Cependant, à ce point crucial de la guerre, le Lieutenant-Commander Ewen Montagu, officier de renseignement de la Royal Navy, s’en rappela alors. Il lui demanda alors de rejoindre l’équipe qu’il constituait, et proposa l’envoi de faux documents par le biais d’un cadavre que l’on laisserait tomber aux mains des Allemands. Le plan est né.
La première difficulté de ce plan était la nécessité d’obtenir un cadavre sans éveiller les soupçons. La seconde est un fait ; si l’on immerge un cadavre, il y a très peu de chances que les poumons se remplissent d’eau. Dans ce cas, une rapide autopsie aurait conclue à une mort préalable à l’immersion. Le « coup monté » devenait alors évident. La chance finit par sourire à l’équipe avec la découverte d’un cadavre d’un homme, âgé d’une trentaine d’année, et décédé d’une pneumonie. Ceci coïncidait parfaitement avec le besoin, car ce genre de mort peut être comparable à une noyade.

L’opération Mincemeat

Nommer cette opération, impliquant un cadavre, Mincemeat (chair à pâtée) est un des plus féroces exemples du célèbre humour britannique en toutes circonstances.
Le dépôt du cadavre au large de Hueva s’explique par la présence d’un agent allemand très actif là-bas et proche des autorités espagnoles. Hueva est également éloigné de Gibraltar. Un point d’échouage du corps non loin de Gibraltar aurait certainement conduit les espagnols à remettre le corps de l’officier aux autorités là-bas. L’arrivée du corps d’un officier inconnu aurait très certainement crée une agitation très préjudiciable à une opération secrète. En outre, une étude des courants marins et des vents dominants fut faite pour anticiper la dérive du corps. Le moyen de transport idéal était sans nul doute possible le sous-marin.

La pierre angulaire

Vient donc le moment de fabriquer le document qui allait devoir mettre les forces de l’Axe sur le mauvais chemin et que devrait livrer le cadavre. Il ne faisait aucun doute que, pour avoir une chance de tromper les allemands, le document devait parvenir des plus hautes autorités. Le document serait donc une lettre du Lieutenant-général Sir Archibald Nye, Vice-chef de l’Etat-major Impérial, pour le Général Sir Harold Alexander du QG du 18e groupe d’armées. En outre, il devait être rédigé sur un ton amical, bien différent des termes habituels dans les documents officiels.

Le premier but de Mincemeat était que les Allemands continuent de penser que la prise de la Sardaigne puis de la Corse serait le prélude à l’assaut sur la France. Forger un document faisant état de l’attaque de la Sardaigne était une idée séduisante car, de fait, elle serait la meilleure des couvertures lors du rassemblement des troupes et leurs préparatifs en Tunisie. En évoquant également la Grèce et les Balkans, sur la lettre de Sir Nye à Sir Alexander, on pouvait contribuer à éparpiller les forces de l’Axe sur le front méditerranéen.

Le projet de lettre Nye – Alexander devrait faire mention de l’offensive en Grèce « Brimstone » ainsi que de la tentative de désinformation concernant la Sicile « Husky ». Sir Nye s’acquitta de son travail en ajoutant des informations en possession que l’équipe de Montagu ne connaissait pas. Il fit allusion à « Husky » comme condition préalable de « Brimstone ». Mais les Allemands ayant renforcé récemment leurs défenses en Grève, « Husky » pourrait être utilisée en préalable à une autre opération que Sir Nye ne nommait pas. Cet ajout permettrait de faire tourner toutes les têtes allemandes, comme une seule, vers la Méditerranée occidentale.

Un officier sorti du néant

La lettre Nye – Alexander ne pouvait n’être portée que par un officier. Compte tenu des personnes concernées, cette lettre ne pouvait être confiée à un officier subalterne. Cependant, cet officier ne devait pas être de rang trop élevé pour ne pas faciliter les recherches que ne manqueraient pas de faire les services allemands de contre-espionnage. Il fut ainsi décider que l’officier porteur de la lettre serait Capitaine avec la fonction de Major. Et pour sensiblement les mêmes raisons qu’il ne devait pas être de rang trop élevé, ce Major porterait le nom de Martin. Le Major William Martin surgissait du néant ! William Martin serait même marin.

Donner vie au Major Martin impliquait lui donner une existence légale, là aussi pour contrecarrer les recherches des Allemands. Pour cela, il lui fallait des papiers d’identité. À ce stade apparut la première difficulté sérieuse. Qui dit papiers d’identité dit photo ! Une première tentative fut de photographier directement le cadavre, avec le résultat très mitigé que l’on peut aisément imaginer. Puis, des recherches furent entreprises dans la foule londonienne pour dénicher un visage s’approchant de celui du cadavre. Finalement, un jeune officier qui lui ressemblait vaguement fut choisi. Afin de ne pas avoir à vieillir la carte artificiellement, l’équipe préféra faire croire à une perte. Ceci permettant de doter Martin d’une carte neuve avec mention : « En remplacement du n°09650 perdu ».

Carte d’identité du Major Martin

Enfin, l’uniforme du Major fut celui d’un officier de l’équipe. Il fut cousu les grades et attributs d’un Major des Royal Marines. Ils rassemblèrent de même l’imperméable et le reste de la tenue.

Le major Martin devient William

Il fallait en plus d’humaniser le Major humaniser l’homme. Pour se faire, l’équipe prit l’habitude d’évoquer Martin comme un vieil ami. Il semblait en effet que c’était le meilleur moyen pour le considérer comme vivant et de parvenir à le créer comme tel. Ces considérations ont fini par créer un faisceau d’éléments crédibles qui, mis bout à bout, ont raccroché Martin au monde des vivants avec une personnalité propre.

Tout officier consciencieux qu’il était, Martin n’en était pas moins homme. Ainsi, William avait rencontré Pam quelque temps avant son départ pour l’Afrique du Nord. Le coup de foudre en somme puisqu’ils décidèrent de se fiancer avant que William ne soit éloigné par la guerre. Cas de figure des plus fréquents. Cette histoire d’amour donnait de la crédibilité à William. Ainsi, il aurait sur lui deux lettres d’amour ouvertes et repliées maintes fois comme le ferait un amoureux transi. Il aurait également sur lui une facture de la bijouterie S.J. Philipps qui établissait l’achat d’une bague de fiançailles.

Pour donner une image à Pam, il fut organisé un concours entre les filles du service. Une photo de chacune devant être l’objet d’un vote. En parallèle, Montagu et Cholmondeley choisirent l’une d’entre-elles, non seulement pour son apparence mais aussi parce qu’elle était accréditée et avait accès aux documents ultra secrets. Cela constituait une sécurité de plus. Cependant, si elle fut dans la confidence d’un usage particulier de la photo, elle ne sut jamais rien de son usage final.

Pam, la fiancée du Major Martin

C’est au dernier moment que fut décidé de prendre des billets du théâtre Prince of Wales datés du 22 avril 1943. Le cadavre devait être embarqué le 19 avril au plus tard pour être aux environs de Hueva les 29 ou 30 avril. Le vol, lui, ne devait théoriquement durer que le temps d’une journée, à laquelle devait s’ajouter le temps de la dérive supposée du corps. Cela positionnait le vol de Martin vers le 24 avril et venait en support de la note du Club Naval et Militaire. Cholmondeley eut alors l’idée d’organiser une soirée d’adieu entre Pam et William en la soirée du 22 avril et se passant au théâtre.

Le premier et le dernier voyage de William Martin

Il était hors de question que Montagu et Cholmondeley laissent à quiconque le soin de transporter Martin. Ils chargèrent le caisson dans un camion du Ministère de la Guerre pour le conduire jusqu’au HMS Seraph.

Arrivés aux docks de Greenock, dans l’estuaire de la rivière Clyde en Ecosse, le caisson est chargé sur une vedette qui le conduit jusqu’au Forth, un ravitailleur de sous-marins. C’est sur ce dernier que Montagu et Cholmondeley confient à Jewell, le commandant du sous-marin, le caisson ainsi qu’un canot pneumatique de secours qui devait être mis à l’eau en même temps. Montagu enleva un des avirons pour donner l’impression d’une perte dans l’urgence et dans la panique. Pour l’anecdote, il conservera cet aviron en souvenir.
Par sécurité supplémentaire, il fut demandé à Jewell de n’immerger Martin qu’en présence des seuls officiers du sous-marin. Malgré cela, le caisson, chargé à la vue de tous, serait bien sur manquant à l’arrivée à Malte. Pour donner le change auprès de l’équipage, il fut indiqué à Jewell d’utiliser une histoire de bouée météorologique secrète devant être immergée près des côtes espagnoles. Donc que la plus grande discrétion serait demandée par Jewell à l’équipage afin que les Espagnols ne viennent pas retirer cette bouée.

Norman Jewel, commandant du HMS Seraph

Le 19 avril 1943, à 18 heures, le HMS Seraph appareillait.

HMS Seraph

Le Royal Marine Martin débarque en Espagne

Le 30 avril, Montagu reçoit un câble de Jewell disant que « l’opération Mincemeat » était terminée. Le 3 mai, un message de l’attaché naval à Madrid informait l’amirauté de la découverte, en date du 30 avril, du corps d’un Major Martin des Royal Marines. Le corps avait été inhumé le lendemain midi. Il n’était pas fait mention dans ce message des documents.

Le corps fut confié à un médecin légiste qui, après autopsie, conclu à une mort par noyade. Le Major fut ensuite inhumé avec les honneurs militaires, le dimanche 2 mai, en présence du vice-consul de Grande-Bretagne. Deux jours plus tard, le vice-consul reçut de l’ambassade de Grande-Bretagne à Madrid un message « Top Secret » l’informant que le Major William Martin était en possession de documents importants enfermés dans une mallette et qu’il fallait les récupérer le plus rapidement possible auprès des autorités espagnoles. Le vice-consul fit toutes les démarches nécessaires pour la récupérer mais ce n’est que 9 jours plus tard que l’attaché militaire à l’ambassade reçut la demande du chef d’état-major de la flotte de guerre espagnole de venir le voir afin de récupérer la mallette avec les objets personnels du défunt. Au cours de leur entrevue, le chef d’état-major dira : « Soyez assuré que la clef qui ouvre cette mallette n’a pas été employée ». Mais, durant tout ce temps, l’agent de l’Abwehr opérant à Huelva a certainement eu connaissance des documents secrets. En effet, après que les documents aient été restitués, ils furent examinés par les Britanniques qui conclurent qu’ils avaient été lus puis soigneusement remis en place. L’état-major britannique adressa un message quelque peu énigmatique à Churchill, alors à Washington : « Mincemeat Swallowed Whole (Chair à pâté toute avalée) »

Il semble que le plan des forces alliées ait réussi, car une division blindée allemande, qui aurait dû être envoyée en Sicile, fut envoyée en Péloponnèse où les Allemands consolidaient leurs positions en procédant à des travaux défensifs. Les Allemands envoyèrent également des troupes en Sardaigne et en Corse. De plus, une flottille de vedettes lance-torpilles se trouvant dans le détroit de Sicile et de Malte fut envoyée en Grèce. Après la chute du IIIème Reich, des photographies des documents contenus dans la mallette furent découvertes dans les archives de Dönitz avec une note garantissant leur authenticité. Dans les dossiers allemands, se trouvaient les copies photographiées des lettres, leurs traductions, et les différents rapports des agents secrets. Un dossier avait été spécialement préparé à l’intention de l’amiral Dönitz. L’état-major y notait qu’il avait conclu à l’authenticité des documents et que l’attaque principale des alliés porterait certainement sur la Sicile, mais qu’une attaque était prévue sur la Sardaigne, avec débarquement possible en Grèce.

Enfin Dönitz dit dans son journal : « Le Führer ne croit pas que le lieu d’invasion le plus vraisemblable soit la Sicile. Il pense que les documents découverts confirment que l’attaque principale sera dirigée contre la Sardaigne et le Péloponnèse ».
Aujourd’hui encore, le dénommé Major William Martin se trouve enterré dans le cimetière de Huelva.

Louis Aronde

Références et bibliographies

Opération Mincemeat : https://2eguerremondiale.fr/dossiers/guerre_secrete/operation_mincemeat
Mincemeat, une opération d’intoxication au cœur de la seconde guerre mondiale : https://www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-29-septembre-2012
Opération Mincemeat : http://www.bbc.co.uk/history/topics/operation_mincemeat
Opération Mincemeat – L’histoire du major sans corps : https://www.youtube.com/watch?v=mNWTO9Uo5UA
Operation Mincemeat – How a dead tramp fooled Hitler: http://www.bbc.com/news/magazine-11887115
Dead man floating – Wolrd War II Oddest Operation : https://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=127742365
Operation Mincemeat – The story behind « The man who never was » in Operation Husky : https://www.defensemedianetwork.com/stories/operation-mincemeat-the-story-behind-the-man-who-never-war-in-operation-husky/

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