La bataille de Remagen

Crédits: Erwin Schütze

Les Alliés, après avoir gagné la bataille des Ardennes, ont pour objectif de traverser le Rhin. Malheureusement, la plupart des ponts traversant le Rhin sont détruits, mais le pont ferroviaire Ludendorff tout proche de Remagen est toujours debout.

Le pont Ludendorff avant les combats.
Source: Blogosphere Mara Jade

Le retrait des Allemands

Les officiers allemands ont reçu pour ordre direct d’Hitler qu’après l’évacuation des civils et des milliaires tous les ponts traversant le Rhin soient dynamités pour ralentir la progression alliée. Le capitaine de réserve Bratge commande une section de 36 soldats avec pour but de dynamiter le pont. Bratge veut détruire le pont le plus vite possible, mais un certain major du nom de Hans Scheller prend la relève du commandement dans la nuit. Lui veut garder le pont intact le plus longtemps possible pour évacuer le plus de soldats possible.

L’avancée alliée

Les armées des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni lancent une offensive le 8 février 1945. Les Alliés progressent vite ; ils prennent Euskirchen – capitale de l’arrondissement du même nom – le 4 mars et le lendemain atteignent Cologne à 50 km, où ils vont devoir livrer d’âpres combats. Les troupes arrivent à Remagen dans la matinée du 7 mars.

La découverte du pont

Le plan de base était que la 9e Division blindée prenne la ville de Remagen et rejoigne la 3e armée de Patton. En effet, les Américains croyaient que le pont allait être détruit sous peu. Mais lorsque le lieutenant Karl H. Timmermann, commandant la compagnie A du 14e Bataillon de chars, arrive sur les hauteurs de Remagen, ce dernier fait remonter l’information selon laquelle le pont est intact et les plans changent. La priorité est maintenant donnée à la capture du pont. Cependant, des renseignements indiquent que le pont va être détruit vers 16h ; il s’agit de faire vite.

L’attaque de la ville

Vers les 9h, une task force est créée pour prendre le pont. Elle est composée d’un peloton du 89e Escadron de reconnaissance, quelques véhicules de la compagnie A du 27e Bataillon d’infanterie blindée, d’un peloton de la compagnie B du 9e Bataillon du génie blindé, et enfin des trois compagnies du 14eBataillon de chars.

Aux environs de 13h, l’assaut est donné sur la ville quasiment déserte, car tous les habitants sont partis se réfugier sous le tunnel de l’autre côté du fleuve, qui abrite la voie ferrée qui traverse le pont. La résistance est faible et en moins de 2 heures les hommes et les véhicules ont traversé et sécurisé la ville. Les pershing prennent place au pied du pont et font taire les quelques rares DCA ayant le courage de leur tirer dessus.

La prise du pont.
Source: Blogosphere Mara Jade

La prise du pont

À 15h20, les Allemands déclenchent le dispositif de mise à feu. Mais pour une raison inconnue il ne marche pas, donc un volontaire part déclencher manuellement le dispositif de mise à feu. Cela permet de ne déclencher qu’une des deux charges principales, le câble de l’autre étant sûrement endommagé. Une fois la fumée et la poussière dispersée, ils découvrent un pont fragilisé, mais tenant toujours debout à cause d’une pénurie d’explosifs – de mauvaise qualité, de surcroît.

À 15h30, Timmermann ordonne l’assaut du pont long de plus de 300 mètres. Les hommes progressent à pied, car l’accès au pont a été endommagé, empêchant d’y déployer les véhicules. Arrivés au milieu du pont, les Alliés sont pris pour cible par des MG42 situées dans les tours en face, en plus des snipers cachés sur la rive dans une embarcation échouée. Les blindés restés sur la rive opposée leur viennent en aide en ouvrant le feu sur les deux positions allemandes. Les tirs s’arrêtent et la progression reprend. Des hommes du génie suivent Timmermann pour désamorcer les charges et les jeter dans le fleuve.

Arrivé au pied des tours, le sergent Joseph de Lisio s’attaque seul à celle de droite et capture cinq Allemands, pendant qu’un autre groupe capture celle de gauche et fait un prisonnier. Le pont est sous contrôle, mais il reste encore deux endroits importants à sécuriser. Ce même sergent, aidé d’un de ses hommes, se lance dans le tunnel rapidement ; les civils et les militaires en sortent en hissant le drapeau blanc.

Pendant ce temps, des hommes de la compagnie B partent à l’assaut des positions allemandes sur la colline. Durant l’ascension, les premiers hommes se font tuer, car par miracle la prise du pont n’a encore fait aucun mort chez les Alliés. Arrivés en haut, ils constatent que les Allemands ont déserté leurs positions. Mais la bataille pour le pont commence à peine. Le lendemain, les Américains s’emparent d’Unkel – un village situé à environ 4 km au nord.

Le pont endommagé après sa capture.
Source: Blogosphere Mara Jade

Le pont endommagé après sa capture.
Source: U.S. National Archives and Records Administration

Un soldat examinant le pont depuis la colline du côté allemand.
Source: Blogosphere Mara Jade

La contre-attaque allemande

Le général Eisenhower ordonne de créer une tête de pont d’au moins 5 divisions. Vers minuit, les premiers véhicules traversent le pont et en 24 heures plus de 8 000 hommes suivent. Mais les Allemands font tout pour s’y opposer ; des centaines de pièces d’artillerie sont amenées pour pilonner le pont. Même un mortier Karl de 540 mm, construit pour détruire des fortifications, tire 11 obus avant de tomber en panne ! Entre le 8 et le 9 mars, environ 3 000 obus sont tirés sans que le pont ne subisse de gros dégâts.

L’aviation est aussi appelée en renfort. Du 8 au 10 mars, des centaines d’avions tentent leur chance : du Stuka à l’Ar-234, premier bombardier à réaction de l’histoire. Néanmoins, l’aviation n’as pas plus de succès que l’artillerie, à cause des canons anti-aériens amenés en masse. Les Allemands envoient même le premier missile balistique de l’histoire, le V-2. Du 11 au 17 mars, 11 V-2 sont tirés sur le pont, en vain ; ils sont trop peu précis pour toucher leur cible.

L’effondrement du pont

Le 17 mars, soit 10 jours après sa capture, le pont se met à trembler et s’écroule soudainement. Le bilan est de 32 morts pour 63 blessés. Entre temps, plus de 25 000 hommes ont traversé le fleuve, ce qui a permis de créer une tête de pont solide.

Le pont le 17 mars.
Source: The National Archives and Records Administration (NARA)

À l’issue du conflit, le lieutenant Timmermann et le sergent Joseph de Lisio sont décorés pour leurs actions. Timmermann participe ensuite à la guerre de Corée, dont il réchappe, avant de mourir peu de temps après à cause d’un cancer. Aujourd’hui, seules les tours du pont ont survécu et certaines ont été transformées en musée.

Les tours aujourd’hui.
Source: Blogosphere Mara Jade

Yoshida Itsuru

Sources:

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_de_Remagen
  2. https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=en&u=https://army.togetherweserved.com/army/servlet/tws.webapp.WebApp%3Fcmd%3DShadowBoxProfile%26type%3DPerson%26ID%3D279554&prev=search
  3. https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=en&u=https://en.wikipedia.org/wiki/Karl_H._Timmermann&prev=search
  4. https://www.secondeguerre.net/articles/evenements/ou/45/ev_remagen.html
  5. http://jacqueline-devereaux.blogspot.fr/2009/03/7-mars-1945-allemagne-capture-du-pont.html
  6. https://www.dailymotion.com/video/x2mbh54
  7. http://ostfront.forumpro.fr/t590-le-pont-de-remagen
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Les animaux de guerre

Crédits: Erwin Schütze

Introduction 

Depuis de nombreux siècles les animaux sont utilisés comme armes de guerre : depuis les éléphants de l’époque d’Alexandre le Grand à nos jours. Beaucoup d’animaux servirent dans les rangs des différentes nations du monde et parfois de manière inattendue. Aujourd’hui, nous allons revenir sur certains animaux du XXe siècle, qui purent marquer leurs époques de manière héroïque ou par leurs audaces.

 

Pigeon

Les pigeons furent beaucoup utilisés pendant la première guerre mondiale, notamment en tant que messagers. On pouvait même retrouver des caisses de transport de pigeons sur des motos, dans des bus londoniens reconvertis en pigeonniers roulants, dans des navires et même des chars. L’avantage de ces pigeonniers roulants était qu’ils suivaient le champ de bataille. Dans le cas des unités à terre ou des chars, il pouvait s’agir du dernier moyen de communication. Comme dans le cas du commandant Raynal, qui défendait le fort de Vaux :

« Nous tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. Faites-nous donner de suite toute communication optique par Souville, qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon. Signé : Raynal »

Gravement intoxiqué au gaz le pigeon mourut en arrivant au colombier de Verdun ; il fut cité à l’ordre de la nation.

Pareillement, une unité de chasseurs à pieds s’était retrouvée isolée, les moyens de communication coupés par l’artillerie ennemie et les fumées empêchant tout contact visuel. Un pigeon fut alors envoyé pour porter ce message :

« Sommes sous le Souchez. Subissons lourdes pertes, mais le moral est très élevé. Vive la France ! »

L’artillerie allongea alors ses tirs et l’unité put être secourue.

Un bus londonien transformé en pigeonnier roulant durant la 1ère guerre mondiale.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Colombophilie_militaire

Cependant, les pigeons n’avaient pas que des missions de messagers, mais aussi d’espions. Équipés d’appareils photos ou de petites caméras, les pigeons passaient au-dessus des lignes adverses pour prendre des images des positions ennemies. Toutefois, cette technique restait plus qu’aléatoire, surtout pour les appareils photos qui pouvaient être équipés d’un minuteur.

Les pigeons restèrent très utilisés comme messagers durant de nombreuses années, notamment aussi durant la deuxième guerre mondiale, malgré le développement de la radio. La dernière unité européenne à employer des pigeons était le 8e régiment de transmission de l’armée française, dissous en août 2014.

Pigeon espion durant la Grande Guerre.
Source: wikipedia.org

Membre d’équipage d’un bombardier Lancaster emportant 2 boîtes à pigeon durant la seconde guerre mondiale.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Colombophilie_militaire

Même si les pigeons étaient souvent utilisés pour leurs remarquables capacités de repérage dans l’espace afin de transmettre les messages, l’armée américaine, durant la seconde guerre mondiale, leur trouva une autre utilité, connue sous le nom de projet Pigeon.

Les pigeons n’ont pas qu’un bon sens de l’orientation, ils sont aussi loin d’être idiots et disposent d’une très bonne vue. Le psychologue Burrhus Frederic Skinner entraîna des pigeons à garder une image au centre d’un écran. Si le pigeon y arrivait, alors il recevait de la nourriture en récompense. La première tête chercheuse était née, il suffisait d’entraîner le pigeon à garder l’image d’un navire au centre de la cible et le tour était joué.

Le système fonctionnait par contact électrique : l’image était placée sur une surface conçue avec de nombreuses petites plaques électriques, et une petite plaquette de fer était placée sur le nez du pigeon. Quand le pigeon tapait sur un carré, cela fermait le contact, ce qui donnait des informations au missile pour rectifier sa trajectoire si le pigeon ne tapait pas le centre de l’image.

Plusieurs types de missile était prévus, allant de 1 à 3 pigeons par missile. Le plus retenu était celui à 3 pigeons, où le missile retenait la décision de la majorité pour le guidage. Néanmoins, les pigeons n’étaient pas infaillible, par exemple les nuages, la nuit, le nombre de navires ou encore leur ombre pouvait gêner les pigeons dans leurs guidages et faire tomber la bombe à côté de la cible.

Bien que sceptique, l’armée américaine alloua un budget de 25 000 $, mais le projet Pigeon fut annulé en octobre 1944 alors que 64 pigeons était déjà formés et ne manquaient jamais leurs cibles, même avec des sons stressants comme celui des détonations. D’autres technologies comme le radar ou la bombe atomique étaient dorénavant jugées plus importantes. L’idée fut ensuite reprise dans les années 40 pour le guidage des missiles intercontinentaux, sous le nom de projet Orcon pour ORganic Control. Cependant, là encore, le projet fut abandonné au profit d’un guidage radar.

Cône d’une bombe avec un pigeon.
Source: http://cyberneticzoo.com/bionics/1940-project-pigeon-1948-project-orcon-b-f-skinner-american/

Bombe Pelican qui devait accueillir le cône de guidage.
Source: Ibid.

 

Chien

Les chiens étaient utilisés depuis l’Antiquité pour des fonctions militaires, notamment la garde de lieux. Ils furent de nouveau beaucoup utilisés durant la 1ère guerre mondiale comme garde ou encore escorte pour les éclaireurs. Ces chiens pouvaient être envoyés dans des recoins où les ennemis se cachaient. Ils pouvaient aussi être utilisés pour porter ou tracter des charges dans des lieux difficiles d’accès comme les montagnes où ils supportaient mieux le froid que les mules. Et tout comme les pigeons, ils servaient aussi de messagers pouvant même transporter des colis.

Ne dit-on pas que le chien est le meilleur ami de l’homme ? Eh bien, certains chiens étaient entraînés à chercher  les blessés sur le champ de bataille, pour ensuite s’emparer d’un de leurs vêtements et le rapporter aux secours qui allaient ensuite suivre le chien jusqu’au blessé.

En outre, les chiens étaient des soldats, donc comme tout soldat ils possédaient un livret civil et militaire avec une plaque d’identité et un équipement. Les chiens pouvaient même recevoir un grade comme Studdy, être promus au grade de soldat pour leurs faits d’armes. Ces chiens étaient soit réquisitionnés, soit donnés par la SPA, soit prêtés par leurs propriétaires ou encore même trouvés dans la rue. On estime qu’environ 100 000 chiens participèrent à la première guerre mondiale.

Les chiens continuèrent d’être utilisés dans les conflits ultérieurs : pendant la seconde guerre mondiale ou encore pendant la guerre du Vietnam. Durant cette dernière, les chiens servaient notamment de sentinelle pour les camps américains ; ils empêchaient les attaque surprises sur les bases. Grâce à eux on estime qu’environ 10 000 vies américaines furent sauvées. Aujourd’hui, les chiens sont toujours utilisés comme chiens d’attaque ou comme sentinelles, certains étant même entraînés pour déminer le terrain – avec une efficacité toute relative.

Chiens tractant de l’armement léger durant la grande guerre.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_de_guerre

Chien médecin durant la première guerre mondiale.
Source: Ibid.

Régiment d’éclaireurs avec chiens durant la seconde guerre mondiale.
Source: Ibid.

Chien d’attaque portant un gilet pare-balle durant un exercice.
Source: Ibid.

Je vais revenir sur l’armée soviétique qui avait un grand intérêt pour les chiens tout le long de son existence, et pas seulement pour les chiens soldats « traditionnels ». Dans les années 1930, l’URSS développa des chiens anti-char aussi appelés bombe-chien ou chien-mine. Le principe consistait à entraîner les chiens à se nourrir sous les chars avec une charge sur le dos. Ensuite, les soviétiques privaient leurs chiens de nourriture durant plusieurs jours et remplaçaient la charge par une quinzaine de kilogrammes d’explosif, avant de lâcher chaque chien près d’un char ennemi.

Le dispositif était mis à feu par un simple bâton de bois qui se couchait lorsque le chien passait sous le char. L’effet était souvent dévastateur, car le dessous des chars était l’un des endroits le moins bien protégé par le blindage, mais le chien n’avait aucune chance de survie.

Bien sûr, il y avait quand même quelques autres inconvénients, comme le fait que les chiens pouvaient être effrayés par le bruit des combats et donc retourner vers les troupes soviétiques. Cela fut le cas en 1942, où une division fut obligée de battre en retraite à cause des chiens apeurés. Par ailleurs, il y avait aussi le fait que les chiens se repéraient au bruit et à l’odeur du moteur. Or, les chars allemand roulaient à l’essence, alors que les chars soviétique roulaient au diesel. Durant leur entraînement, les chiens était entraînés à se nourrir sous des chars russes, et donc avaient tendance à se glisser sous ces derniers plutôt que sous ceux allemands.

Malgré ces multiples inconvénients, des chiens furent entraînés jusqu’en 1996. Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands durent donc prendre des mesures, car les chiens étaient des cibles rapides et difficiles à atteindre pour les mitrailleuses placées sur les chars. L’emploi du lance-flamme, quoique très efficace pour protéger les chars, n’arrêtait pas certains chiens comme les Dobermanns, qui n’avaient pas peur du feu. On estime aujourd’hui que, durant la guerre, les chiens détruisirent environ 300 chars ennemis, dont une douzaine pour approximativement 60 chiens utilisés durant la bataille de Koursk.

École des chiens de guerre en 1931.
Source: Ibid.

Entraînement d’un chien anti-char.
Source: http://www.passionmilitaria.com/t48929-les-chiens-antichars

Mécanisme de destruction anti-char.
Source: http://capchiens.forumpro.fr/t237-14-18-des-animaux

Chien portant le mécanisme anti-char.
Source: http://ostfront.forumpro.fr/t377p15-les-chiens-explosifs-de-l-arme-rouge

 

Chauve-souris

Les chauves-souris tadarides du Brésil sont de petites chauves-souris musclées vivant par millions dans des grottes du nouveau Mexique. Ces petites chauves-souris peuvent porter plusieurs dizaines de grammes et elle rentrent dans un état d’hibernation quand la température baisse.

Connaissant cela, le dentiste Lytle S. Adams eut une idée. Les Japonais étaient très bien préparés contre les incendies, car la majorité de leurs bâtiments étaient faits de bois et de paille. Il eut donc comme idée d’utiliser les chauves-souris pour provoquer des centaines d’incendies à la fois. Son idée fut proposée au président américain par l’intermédiaire de la femme de celui-ci : Eleanor Roosevelt.

Louis Fiester conçut des bombes au napalm pesant de 17 à 28 grammes, spécialement conçues pour être transportées par les chauves-souris, avec explosion à retardement. Le déroulement devait être le suivant. Des bombardiers B-24 transportaient plusieurs bombes contenant les chauves-souris. Du fait des températures basses, les chauves-souris rentreraient dans un état d’hibernation. Peu avant l’aube, les bombes étaient larguées, lorsqu’elles arrivaient à 300m, un parachute s’ouvrait et la bombe laissait plusieurs plateaux se déplier. Les 1040 chauves-souris par bombe reprenaient tranquillement leurs esprits. Profitant de l’obscurité et de leur vol silencieux, les chauves-souris s’envolaient trouver un abri dans les bâtiments japonais, pour que peu de temps après les bombes explosent et provoquent de nombreux incendies dans un rayon de 70km.

Grâce à des tests réalisés sur une ville réduite, on put déterminer que les bombes à chauves-souris provoqueraient entre 3 600 et 4 750 feux, alors que les bombes ordinaires provoqueraient entre 160 et 400 feux. Malgré cela, plusieurs problèmes subsistaient, comme le poids des bombes, ou encore que pendant les premiers tests les chauves-souris ne se réveillaient pas à temps et mouraient lorsque le conteneur touchait le sol.

Cependant, un incident plus grave arriva en mars 1943. Plusieurs chauves-souris s’échappèrent avec leurs bombes armées, pour aller chercher refuge dans des endroits à l’ombre. Malheureusement pour les Américains, un des rares endroits où il y a de l’ombre dans une base du Texas, c’est sous les réservoirs de carburant. Je pense que je n’ai pas besoin de vous dire la suite, vous l’imaginerez très bien tout seul. Le résultat fut de plus de 6 bâtiments complètement détruits et plusieurs autres endommagés.

Suite à cet incident, le projet fut passé à la marine américaine et renommé « projet X-ray ». Bizarrement, ce ne fut pas cet incident qui causa la fin du programme, mais sa lenteur de développement. Le projet n’aurait été prêt que pour la mi-1945, c’est pourquoi les autorités américaines préférèrent allouer le budget du projet X-ray au développement de la bombe atomique. En 1944, le projet fut définitivement annulé, malgré la remarquable efficacité qu’eurent les chauves-souris sur la base américaine. Le docteur Adams maintint que sa solution aurait été tout aussi efficace, sans avoir les effets dévastateurs de la bombe atomique et déclara à ce propos :

« Imaginez des milliers d’incendies survenant simultanément dans un disque de 70 km de diamètre autour de chaque bombe larguée. Le Japon aurait pu être dévasté, mais avec cependant un faible nombre de vies perdues. »

En définitive, malgré son insistance, son génie et son brin de folie, le Docteur Adams ne vit jamais son arme employée.

Bombe conteneur pour le largage de chauve-souris.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombe_%C3%A0_chauves-souris

La reproduction de la ville pour les tests.
Source: Ibid.

Incendie de la base du Texas.
Source: Ibid.

 

Ours

Les ours furent utilisés pendant l’époque romaine pour se battre dans les cirques, mais je vais vous raconter l’histoire d’un ours un peu plus moderne en particulier : l’ours Wojtek.

Pendant la seconde guerre mondiale, l’armée polonaise se battait sous commandement britannique. Lors d’un séjour en Irak, la 22e compagnie d’artillerie du deuxième corps polonais recueillit auprès d’un petit garçon irakien un ourson devenu orphelin lorsque sa mère fut abattue par des chasseurs. L’ourson fut nourri de miel, de lait, de pain, de fruits, de confiture et même de conserves de viande. L’ours grandit vite et dépassa les 1m80 pour plus de 100kg.

l’ourson Motjek.
Source: https://sites.google.com/site/armeepolonaisesuite/wojtek-l-ours-soldat

Malgré cette carrure impressionnante, les soldats aimaient leur nouveau compagnon. Ils lui donnaient des bières ou des cigarettes, dont l’ours raffolait même s’il finissait toujours par les avaler. Cependant, l’ours était aussi un grand sportif, et les soldats les plus téméraires l’affrontaient à la lutte. Même avec ses muscles puissants l’ours ne blessait sérieusement personne, peut-être quelques uniformes déchirés et des griffures mais rien de grave. L’ours faisait aussi preuve d’une grande intelligence et pouvait même saluer sur commande.

Wojtek luttant avec un soldat.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Wojtek_(ours)

L’ours par sa taille disposait de son propre dortoir : une caisse en bois aménagée spécialement pour lui. Néanmoins, l’ours préférait parfois dormir sous la tente avec ses soigneurs. Et lorsque les chaleurs se faisaient trop fortes, l’ours n’hésitait pas à aller sous les douches pour se désaltérer et se rafraîchir, si bien qu’à cause de son comportement le régiment pouvait souffrir de pénurie d’eau. Et les soldats les plus farceurs apprenaient à l’ours à faire peur aux nouvelles recrues. Wojtek se payait même le luxe de voyager en camion à côté du conducteur.

Wojtek avec ses soigneurs.
Source: http://forum-auto.caradisiac.com/automobiles-mythiques-exception/voitures-anciennes/sujet387070-3150.htm

Cependant, l’entraînement touchait à sa fin et le régiment polonais fut envoyé en Italie. Pour pouvoir suivre les soldats polonais sur les navires anglais, l’ours fut enrôlé dans l’armée polonaise, obtenant un grade et un statut militaire. Le soldat de première classe Wojtek ne recevait pas de solde, mais une double ration de nourriture.

Wojtek montant sur un navire.
Source: https://bridoz.com/wojtek-lours-soldat-qui-a-combattu-les-nazis-pendant-la-guerre/

L’avance des Alliés était bloqué en Italie par la ligne Gustave, un peu l’équivalent de la ligne Maginot qui coupait l’Italie en deux d’est en ouest. La route de Rome était bloquée par cette ligne et la position du mont Cassin fortement défendue. Des attaques britanniques, américaines et françaises avaient échoué à reprendre la position stratégique. Les polonais comptaient bien marquer cette guerre, mais à leur façon, et Wojtek y participa bien sûr.

Pas en première mais en seconde ligne, alors que ses soigneurs étaient parti se battre. L’ours restait enchaîner près des canons, et Wojtek imita les hommes qui portaient les munitions. Les lourdes caisses devaient être portées par 3 ou 4 hommes, mais Wojtek pouvait très bien en transporter une à lui tout seul. Ainsi, l’offensive polonaise fut un succès, peut-être les soldats se sentaient-ils protégés par leur compagnon qui fournissait une couverture d’artillerie.

Insigne de la 22eme compagnie d’artillerie du deuxième corps polonais.
Source: Ibid.

Après cette bataille, Wojtek fut promu caporal et l’insigne du régiment fut changée pour un ours transportant un obus. Lorsque la guerre prit fin, de peur que le symbole de l’ours soit récupéré par les soviétiques, Wojtek fut envoyé en Écosse avant d’être démobilisé en 1947 et accueilli par le zoo d’Édimbourg, où ses anciens compagnons allaient le voir et lui donnaient cigarette ou bière. Il mourut en 1963 d’un cancer de l’œsophage, surement dû à sa grande consommation de bières et de cigarettes. Deux statues de lui furent érigées : une à Cracovie et une à Édimbourg.

Statue de Wojtek à Cracovie.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Wojtek_(ours)

Statue à Édimbourg de l’ours Wojtek.
Source: https://www.amusingplanet.com/2018/02/wojtek-bear-that-drank-beer-and-went-to.html

 

Chat

Les chats sont des animaux de compagnie depuis déjà un bon moment et, tout comme les chiens, les chats pouvaient servir dans l’armée, mais aussi dans les services secrets.

La CIA durant la guerre froide cherchait un moyen d’espionner les soviétiques. C’est alors que la CIA pensa à transformer un chat en espion. Au début des années 60, le projet chaton acoustique fut mis en marche. En plusieurs opérations, un chat fut doté d’un micro dans l’oreille, d’une pile et enfin d’un émetteur qui courait le long de sa colonne vertébrale pour se finir dans la queue pour être en mesure d’écouter la conversation en temps réel. Toutes ces opérations coûtaient cher – on estime à environ 20 millions de dollars le montant total. Ensuite, le chat était entraîné à rejoindre des hommes et les suivre pour que l’opération soit un succès.

Une fois son entraînement effectué, le chat enfin paré à une mission réel avait pour objectif d’espionner 2 hommes dans un parc près de l’ambassade de l’URSS à Washington D.C. Le début de l’opération fut parfait, le chat descendit du camion pour se diriger vers le parc. Malheureusement, lorsque le chat traversa la route un taxi le percuta, réduisant à néant les efforts de la CIA. Malgré tout d’autres essais furent menés après l’incident, mais les tests étant peu concluant le projet fut définitivement abandonné en 1967. Dans les documents déclassifiés récemment, on peut lire des notes qui disent que le projet n’est pas réaliste mais que la CIA salue l’énergie et l’ingéniosité de ses membres.

Schéma du chat espion.
Source: https://www.liberation.fr/planete/2015/06/25/acoustic-kitty-quand-la-cia-formait-des-chats-pour-espionner-l-urss_1337100

Les chats ne servaient pas qu’à espionner les soviétiques, mais aussi à chasser les rongeurs. C’était pour cela que les chats étaient embarqués à bord des navires depuis des siècles : pour éviter que les rats ne contaminent la nourriture ou mangent l’étoupe qui rend la coque du navire étanche. Cette tradition perdure encore de nos jours, même si les chats ne chassent plus forcément les nuisibles ; ils sont utilisés comme mascottes.

On va suivre l’histoire d’un des chats de navire les plus célèbres. Le Bismarck, comme beaucoup de navires de la seconde guerre mondiale, avait son propre chat de navire nommé Sam. C’était un chat noir et blanc qui partit avec le Bismarck le 18 mai 1941. Comme une majorité doit le savoir, le navire ne rentra jamais en Allemagne. Le 27 mai 1941, le chat sauta par-dessus bord lorsque le Bismarck coula. Sur les 2 200 membres d’équipages seuls 114 survécurent au naufrage et Sam fut retrouvé sur une planche de bois par le destroyer britannique HMS Cossack.

Le Bismarck, premier navire de Sam.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Sam_l%27insubmersible

Représentation du sauvetage de Sam par un des marins du destroyer HMS Cossack.
Source: https://www.zmescience.com/other/feature-post/unsinkable-sam-cat-wwii/

Les Anglais renommèrent le chat Oscar comme la lettre O dans l’alphabet radio, pour man Overboard. Oscar devint le nouveau chat de navire du destroyer, mais le chat ne put vivre en paix que peu de temps. Le 24 octobre 1941, alors que le navire escortait des convois entre Gibraltar et le Royaume-Uni, le destroyer fut touché par une torpille de l’U-563 et le tiers avant du navire disparut dans les flots tuant 159 marins. Oscar et le reste de l’équipage furent transférés sur le destroyer HMS Legion qui essaya de remorquer le navire endommagé jusqu’à Gibraltar. Malheureusement, les conditions météo se dégradèrent et le HMS Cossack fut laissé là et coula peu de temps après.

Le HMS Cossack qui secourut Sam après le naufrage du Bismarck.
Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Sam_l%27insubmersible

Oscar fut de nouveau transféré sur un navire, le HMS Ark Royal qui avait aussi poursuivi le Bismarck. L’équipage surnomma  le chat Unsunkable Sam. Le chat se crut peut être en sécurité sur le porte-avion, mais à tort. Le 14 novembre 1941, le HMS Ark Royal fut touché par une torpille de l’U-81 et le navire fut de nouveau pris par d’autres navires pour être remorqué jusqu’à Gibraltar. Les voix d’eau trop importantes condamnèrent le navire, à 30 miles de Gibraltar. Avec une gite trop importante le navire se mit à couler, mais lentement ce qui permit à tout l’équipage sauf une personne d’être évacué. Sam fut retrouvé un peu après accroché à une aile d’avion. Après ce 3e naufrage, le chat fut de nouveau réaffecté, mais à Gibraltar cette fois, histoire que les allemands s’amusent un peu plus à essayer de couler le bout de rocher. À la fin de la guerre, il fut envoyé dans la maison des marins à Belfast où il mourut en 1955.

L’Ark royal sur le point de couler après avoir été torpillé par un U-boot.
Source: Ibid.

 

Conclusion

Les animaux furent utilisés depuis de nombreuses années par les hommes pour se battre et parfois même considérés comme des camarades par les soldats. J’ai essayé de vous compter des histoires peu connues et amusantes sur des animaux utilisés de façon inhabituelle, ou même des animaux au destin incroyable durant la guerre. On se donne rendez-vous le mois prochain pour un autre billet de presse du SPA !

Yoshida Itsuru

Sources:

Pigeon :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Char_de_combat
http://www.colombophiliefr.com/pages/historique.htm
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pigeons_voyageurs_de_l%27arm%C3%A9e_fran%C3%A7aise_pendant_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale
https://www.histoire-genealogie.com/Les-Poilus-et-le-pigeon-voyageur-dans-la-Grande-Guerre-A-Fromereville-III-14e-episode
https://fr.wikipedia.org/wiki/Colombophilie_militaire
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pigeon_photographe
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pigeon_voyageur
https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Pigeon

Chien :
https://www.france.tv/france-2/journal-20h00/779005-journal-20h00.html
http://www.lesmuseauxblancs.com/pages/chiens-de-guerre/du-19e-siecle-a-nos-jours/premiere-guerre-mondiale-1914-1918.html#page3
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_de_guerre
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_antichar
http://www.passionmilitaria.com/t48929-les-chiens-antichars
http://ostfront.forumpro.fr/t377p15-les-chiens-explosifs-de-l-arme-rouge

Chauve-souris :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombe_%C3%A0_chauves-souris
https://wikimonde.com/article/Bombe_%C3%A0_chauves-souris
http://cm2dolomieu.fr/les-chauves-souris-incendiaires/index.html

Ours :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Monte_Cassino
https://fr.wikipedia.org/wiki/Wojtek_(ours)
https://sites.google.com/site/armeepolonaisesuite/wojtek-l-ours-soldat
https://www.lemonde.fr/culture/article/2012/07/17/wojtek-l-ours-soldat_1732257_3246.html

Chat :
https://en.wikipedia.org/wiki/Acoustic_Kitty
https://www.liberation.fr/planete/2015/06/25/acoustic-kitty-quand-la-cia-formait-des-chats-pour-espionner-l-urss_1337100
https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Chaton_acoustique
https://en.wikipedia.org/wiki/Unsinkable_Sam
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sam_l%27insubmersible

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[IRL] Das Boot Tour: AG Paris 2018

Chères Das Bootiennes,
Chers Das Bootiens,

Comme toutes les associations, nous avons tenu notre Assemblée Générale annuelle. Cette année encore, par tradition et parce qu’elle est enregistrée à cet endroit, c’est la ville de Paris qui accueille notre réunion.
A l’occasion des dix ans de l’ouverture de la version publique du jeu en juin 2008, l’équipe avait prévu une rencontre – visite avec les joueurs de Das Boot, sur un site emblématique de la seconde guerre mondiale à Paris : le Mont-Valérien.

Faisant partie d’une série de forteresses construites tout autour de Paris pour protéger la ville, le fort du Mont-Valérien fut construit entre 1841 et 1843. Il héberge de nos jours encore le 8ème régiment de transmission, ainsi qu’un musée de la colombophilie militaire.
Ce lieu chargé d’histoires et d’émotions est d’autant plus connu qu’il a été le principal lieu d’exécution de résistants et d’otages en France par l’armée allemande entre 1940 et 1945. Y ont notamment perdus la vie, parmi le 1008 fusillés identifiés à ce jour, des membres du groupe Manouchian ainsi que Honoré d’Estienne d’Orves.

Le rendez-vous donné sur l’esplanade, face à la Croix de Lorraine du mémorial de la France Combattante, nous nous dirigeons vers l’accueil pour une visite accompagnée d’une guide conférencière d’une durée d’une heure et demie.
La visite nous conduit sur les pas des condamnés via la petite chapelle où les prisonniers étaient conduits pour attendre qu’un peloton (composé entre 12 et 40 soldats de la Wehrmacht) viennent les chercher pour l’exécution. C’est sur ces murs que les derniers mots des fusillés étaient gravés dans le plâtre et c’est à cet endroit qu’ont été déposé les poteaux d’exécution d’origine, encore criblé de balles. Puis nous suivons le sentier des condamnés qui mène vers la petite clairière de leurs derniers instants.
Ensuite nous entrons par une porte située sous la Croix de Lorraine et entrons dans la pénombre du mémorial de la France Combattante où trône, sous la formule « Patriam Servando Victoriam Tulit » (« En servant la patrie, il a remporté la victoire » , devise de l’Ordre de la Libération), le livre d’or du mémorial signé par le Général de Gaulle. C’est là aussi qu’en arc-de-cercle l’on retrouve les 16 cénotaphes (et un emplacement laissé libre pour le dernier Compagnon de la Libération – il en reste 5 actuellement en vie) représentants tous les corps ayant participer à la libération de la France.

Une visite forte en émotions et recueillement, mais surtout une visite à ne pas manquer si vous avez l’occasion de passer par cet endroit.*

Sur l’esplanade du mémorial de la France Combattante.
Crédits: Kojak

Dans la chapelle des condamnés, les poteaux d’exécution d’origine, encore criblé de balles.
Crédits: Kojak

Aux résistants et aux otages fusillés au Mont-Valérien. Les noms des victimes connues par année.
Crédits: Kojak

La soirée se passe de manière plus légère en compagnie des joueurs Kurt Von Arnaud de la Perière et Iro Imashi (un 3ème joueur dont le pseudo m’échappe était venu au rendez-vous du Mont-Valérien, curieux, voir si les administrateurs étaient bien des gens comme les autres, mais il a dû nous quitter rapidement) dans un pub du 13ème arrondissement où ils nous assaillent de questions sur l’avancement de la V.2.0.
Nous leurs montrons, en exclusivité, l’avancement des travaux sur la carte de la « Boite à savon », une carte qui doit permettre d’ouvrir une première version réduite de la V.2.0. et d’y construire module après module l’équilibre de la V.2.0.

Nous y parlons également d’un surplus de travail hors V.2.0. qui nous est « tombé dessus » récemment, à savoir l’obsolescence des versions PHP (un langage informatique dans lequel la plupart des sites web – y compris Das Boot – est écrit). L’équipe s’attend et se prépare à un gros travail de remise à niveau sur l’ensemble des scripts du jeu (y compris l’encyclopédie, la Back Office d’administration, le Blog,…). Des travaux préparatoires nous ont déjà permis de jauger de l’ampleur de la tâche, de « phaser » les différentes interventions et d’établir un plan de travail. A cette occasion, mais nous vous en reparlerons sur le forum, il est établi que la durée de la trêve hivernale sera allongée et que l’aide de la communauté sera probablement demandée pour nous faire remonter les soucis bloquants.

Enfin nous discutons d’un problème qui a soulevé récemment un certain nombre de réflexions sur le forum : les naufrages des nouveaux joueurs (Premières sorties en mer et Baptême du feu) par le fait de joueurs plus aguerris.
A ces fins, et suite au CA du mois d’août 2018 à Lyon**, nous avions demandé au joueur Ludwig Von Drussig de lister dans son très intéressant travail sur les statistiques le nombre de ces naufrages à des fins de retours chiffrés pour pouvoir intervenir de manière pointue.
Une proposition de solution nous a été présentée par Iro Imashi qui, si elle doit encore être affinée, nous semble extrêmement intéressante. Dans l’idée il s’agirait – sous certaines conditions – de ne pas pénaliser les nouveaux joueurs par les règles actuelles de perte de points de prestige lors d’un naufrage, et au contraire de faire payer en points de prestige un écot aux joueurs d’expérience qui prendraient l’initiative d’une telle action.
Nous continuerons à travailler avec lui et la communauté sur cette proposition dans les prochaines semaines ; et avec nos codeurs afin de voir si elle ne peut déjà être mise en pratique (en mode test) dans la version actuelle du jeu dans le courant de l’année 2019.

 

Le lendemain, l’équipe se retrouve à la réunion de l’Assemblée Générale de l’association pour la partie académique. C’est l’occasion de faire le point sur les événements de l’année écoulée mais aussi de définir les prochaines étapes et échéances pour l’année prochaine en termes de réalisations pour Das Boot.

 

Rapport d’activité pour l’année 2017-2018

Les ressources de l’année écoulée ont été bien sûr principalement affectées à la V.2.0. avec un total de 23 réunions bimensuelles pendant lesquelles l’équipe discute ponctuellement de l’avancement des dossiers et planifie les travaux à venir. Ce sont des moments privilégiés pour faire avancer les choses et discuter en cas de doutes ou d’orientations à prendre.

Nous sommes aussi très heureux du travail qu’ont fourni les membres du Service de Presse des Armées.
Avec un nombre incroyable d’articles de qualité publiés sur notre Blog et souvent avec des sujets sortant des sentiers battus, cette année encore ils ont su enrichir l’univers Das Boot.
L’équipe profite dès lors de cette occasion pour les en remercier et invite tous les joueurs qui souhaitent apporter leurs contributions à prendre contact avec nous par messagerie privé sur le forum.

Extrait du rapport d’activités 2017-2018.

 

Plan d’action pour l’année 2018-2019

L’on pourrait classer les prochains objectifs principaux en deux grandes classes :
1. Les travaux de maintenance et améliorations, principalement axés sur la version actuelle du jeu mais avec des implications importantes pour la V.2.0. ;
2. Les travaux concernant directement la V.2.0. et la « Boite à savon » ;

Le premier chapitre concerne, comme nous vous l’écrivions plus haut, la migration technique et la mise à jour des versions PHP du serveur et des scripts. Sans vouloir tomber dans l’écueil technique, simplifions le propos en disant qu’actuellement nous utilisons la version PHP 5.4. et que le standard est la version 7.0. (la version 7.2. quant à elle en est à ses débuts). Il va donc falloir nous mettre à jour avant que les versions antérieures de PHP ne soient plus prises en charge.

Cependant nous ne pouvons passer de PHP 5.4 à PHP 7 sans passer préalablement par les versions intermédiaires.
Nous devons donc migrer du 5.4. au 5.5 puis 5.6. et ainsi de suite jusqu’à la version PHP 7.0 ; avec à chaque fois, et c’est là où cela se corse, des vérifications et corrections à faire quant au fonctionnement de chaque éléments des différents scripts. Je vous laisse imaginer la somme importante de travail que cela représente.
C’est un travail dont nous ne pouvons pas faire l’économie car nous aurions dès lors une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes avec le risque que le support 5.4. ne soit plus accepté voire même purement et simplement interrompu et donc que le jeu ne fonctionne plus du tout !!!

Toujours au chapitre des travaux d’améliorations, nous avons aussi évoqué la carte du Pacifique.
S’il nous est actuellement techniquement impossible de changer l’échelle même de la carte nous avons pris l’option d’en restreindre la taille en concentrant l’aire de jeu des joueurs. Nous vous en parlions dans l’article consacré au CA de Lyon 2018, les propositions ont étés affinées lors des réunions bimensuelles et c’est ainsi que nous avons opté pour une zone entre Singapour et les Philippines d’une part et entre le Nord de l’Australie et l’Indochine Française d’autre part.
Lors de la réunion de travail qui a suivi l’AG, nous avons poussé la réflexion plus loin et définit la distribution sur la carte des différentes nations (US – Japonais – UK) ainsi que des ports Majeurs et Importants.
Si le Gameplay a été un élément important lors des choix, nous avons également tenté de composer avec l’aspect historique en définissant une ligne de conduite pour l’année 1941 (grosso modo) et en utilisant les possibilités qu’offrent la présence sur cette zone des Indes orientales néerlandaises.
La réflexion doit être poursuivie pour les ports moyens et mineurs, mais les travaux sont en bonnes voies. Il est dans l’intention de l’équipe d’avancer ces travaux à un stade qui permettrait, dans le courant de l’année 2019, d’implémenter cette formule de transition afin d’engranger les retours de la communauté sur ce point.

Carte IG du front Pacifique, nouvelle version.

Le second chapitre concerne directement la V.2.0. et plus particulièrement la « Boite à savon ».
La réflexion pour une nouvelle carte, ici la carte « Boite à savon », s’articule en plusieurs phases. Les deux premières phases, celle de réflexion et celle de choix de la zone, ont été présentées et validées par l’équipe lors du CA de Lyon 2018.
Depuis, nous avons établi une liste de navires disponibles en ouverture de la « Boite à savon ». Elena est maintenant chargée des recherches de caractéristiques et leurs implémentations dans une BDD pour permettre une simulation de tirs et combats.
Nous avons également transformé, et c’est là une troisième phase, les esquisses de type « google maps » présenté au CA en fichier informatique, sous format « graphique de base ». La phase suivante consistera à transformer chaque case du fichier en données informatiques pour chaque type de case (terre, eau profonde, eau peu profonde, ports, fjords / Abers, rivières,…) afin de permettre, ensuite, leur conversion automatisée en BDD que le jeu pourra appréhender.

Carte IG de la « Boite à Savon » sous format « graphique de base ».

Ce même chapitre de la V.2.0. englobe également des travaux de réflexions autour des Cahiers des Charges des Ports, des Unités (navires, entre autres), Progression joueurs,…
Ces thèmes ont été « dégrossi » lors de précédentes réunions mais doivent à présent faire l’objet d’une formalisation sous forme de documents écrits qui vont plus loin dans le détail. Dans un deuxième temps, des documents dit d’implémentation, précisant eux le volet technique du cahier des charges, doivent venir compléter l’ensemble et permettre aux codeurs d’avoir toutes les informations utiles à portée de mains pour le codage en tant que tel.

Tous ces travaux doivent permettre, une fois réalisés, d’ouvrir une première version « Boite à savon » où les actions de base suivantes seront réunies : création d’un compte User, création d’un compte Perso, connexion au compte Perso, Prise d’une Unité navire, Navigation, Contrôle des données, Back Office administration.
C’est en tout cas notre objectif pour l’année 2019 et l’équipe mettra tout en œuvre – dans les limites de nos disponibilités de bénévoles (il est toujours bon de rappeler cet état de fait) bien évidemment – pour y arriver.

En vous souhaitant bon jeu,

 

« Notes »

* http://www.mont-valerien.fr/
** http://blog.das-boot.fr/?p=1771

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La bataille du Jutland, le crépuscule des géants

Crédits: Erwin Schütze

31 mai 1916. La nuit n’est pas encore tombée sur la mer du Nord mais plus de 250 navires sont en train de se toiser mutuellement avant ce qui va être le plus gros engagement naval de la Première Guerre mondiale. Cette future bataille représente le syncrétisme de l’Ancien Temps et du nouveau :  les deux amiraux cherchent la bataille décisive sur les mers comme à Trafalgar… mais avec des nouveaux matériels bien différents de la marine à voile comme les cuirassés ou les destroyers.

Le 2nd Battle Squadron britannique en avance vers le Jutland.
Source: IWM

Si la Royal Navy n’a rien à craindre de la Marine française depuis quelques années en 1914 suite au pacte d’alliance, c’est la marine allemande qui l’impressionne. Depuis la fin du XIXème siècle, les Britanniques cherchent à ce que leur marine reste la meilleure et soit la plus nombreuse du monde, car c’est sur elle que repose toute la stratégie d’un Royaume-Uni n’ayant pas suffisamment d’hommes pour repousser une invasion sur son sol. Cependant, la marine du Reich, malgré une politique de développement poussée, conserve un grand désavantage sur sa rivale, notamment de l’ordre numérique.

La recherche du conflit

Dès le début de la guerre, les Britanniques lancent un blocus des ports de l’Allemagne afin de freiner son approvisionnement en ressources stratégiques. Mais l’apparition des sous-marins et des torpilleurs rend cette tactique très dangereuse et la relègue définitivement dans l’Histoire. Il est décidé que le blocus doit devenir plus flottant, c’est-à-dire que la Grand Fleet se tient prête à appareiller dans ses ports au Royaume-Uni à toute tentative de sortie de sa rivale, la Hochseeflotte (flotte de haute mer). C’est l’amiral Jellicoe qui est responsable des navires britanniques et qui s’oppose au Vizeadmiral Scheer ; ce dernier est à la tête de la marine allemande depuis peu et l’enlisement du front terrestre ainsi que la suspension temporaire de la guerre sous-marine le pousse à vouloir faire sortir la flotte de ses ports.
Confronté à la supériorité numérique britannique, Scheer souhaite frapper à mort la Royal Navy et lui infliger de nombreuses pertes pour rétablir l’équité. Et pour cause : quand les Britanniques alignent en tout 33 navires de ligne, les Allemands ne leur en opposent péniblement que 16… Scheer se lance alors dans l’élaboration de pièges afin de détruire les navires britanniques. Le 26 mars, après une manoeuvre parfaite, il réussit presque à intercepter l’escadre de croiseurs de bataille du vice-amiral Beatty mais le mauvais temps l’empêche de l’engager. Bis repetita le le 21 avril où un raid contre Yarmouth échoue après que le SMS Seydlitz soit endommagé par une mine. C’est l’escadre commandée par le vice-amiral Beatty qui est alors explicitement la cible des pièges allemands : le 28 mai, tous les navires allemands reçoivent un ordre codé les obligeant à prendre la mer pour le 30.

L’amiral Scheer, en charge de la Hochseeflotte.
Source: Domaine public

L’amiral Jellicoe, en charge de la flotte britannique au Jutland.
Source: LoC

 

Le premier coup de la Royal Navy

Cependant, les Allemands ignorent que les Britanniques savent déchiffrer leurs codes depuis août 1914. L’augmentation du trafic de messages et les multiples références à l’Admiral Hipper, commandant alors les dreadnoughts allemands, fait présager le pire aux Britanniques. Le piège n’est pas éventé, mais la Grand Fleet est mise en alerte et quitte Scapa Flow sous le commandement de Jellicoe le 30 mai. Elle compte 24 dreadnoughts et 3 croiseurs de bataille ; Beatty, de son côté, part le même jour de l’Écosse avec 4 dreadnoughts et 6 croiseurs de bataille. Les deux formations doivent se rejoindre à environ 150 km des côtes écossaises afin d’y attendre les Allemands, tout en prenant leur formation de combat : les navires doivent progresser en petites colonnes parallèles (afin d’améliorer la transmission des ordres par pavillons et par projecteurs)… puis se regrouper en une seule. C’est là que les techniques de combat se rejoignent : les deux flottes vont chercher à « barrer le T » à leur adversaire. Ainsi, la flotte formant la barre du T pourra tirer avec tous ses canons, ce que celle en face sera dans l’impossibilité de faire. Avec 16 navires de ligne contre 28 et 5 croiseurs de bataille contre 9, les Allemands sont dès le début de la rencontre clairement désavantagés ; même leur système de tir plus précis ne permet pas de faire pencher la balance.
Le plan des Allemands, qui prévoyait l’interception de la flotte britannique par des submersibles, échoue ; c’est là une manœuvre audacieuse de Jellicoe qui en est la cause. L’amiral britannique fait en effet sortir ses bâtiments par petits groupes et non en bloc. Les rapports arrivent de partout à Scheer, mentionnant à chaque fois de petites quantités de navires… ne lui permettant pas de définir les positions exactes de ses adversaires. Mais le tableau n’est pas tout rose du côté des Britanniques non plus : l’avancée des Allemands est sous-estimée, et Jellicoe suppose qu’ils sont bien plus loin qu’ils ne le sont réellement.

L’amiral Beatty, dont la responsabilité dans l’évasion de la Hochseeflotte est encore peu claire.
Source: Domaine public

L’amiral Hipper, un des architectes de la nouvelle flotte allemande en 1914.
Source: Staatsbibliothek zu Berlin – Preußischer Kulturbesitz

 

Une rencontre fortuite ?

Le 31 mai, peu après 14h, des navires de reconnaissance du groupe de Beatty (l’heure de la jonction approche) se dirigent un cargo danois repéré non loin afin d’examiner ses cales… sauf que leurs homologues de la flotte de Scheer arrivent au même moment, avec le même but ! Les premiers tirs sont échangés ; le HMS Galatea (croiseur léger de la classe Arethusa) est touché par des obus du SMS Elbing, mais les deux formations rompent le combat.
À ce moment, chaque camp est conscient de la position approximative des flottes. Ce sont les Allemands qui tentent de prendre l’initiative : à 15h30, Hipper et ses dreadnoughts tente d’attirer Beatty et son escadre dans un piège. Ce dernier mord d’abord à l’hameçon et demande à d’autres croiseurs de le suivre mais une mauvaise communication empêche cette jonction. Quinze minutes plus tard, alors que les deux escadres sont éloignées de 14 km, Beatty décide d’ouvrir le feu ; les Allemands répondent de suite. Les Britanniques cherchent à engager leurs adversaires en ligne tandis que le HMS Lion, le navire de Beatty, devait engager le SMS Lützow, celui de Hipper. Mais là aussi, les premières hésitations du côté des Britanniques permettent au SMS Derfflinger de s’échapper alors que le SMS Moltke concentre les tirs de deux navires.

Le HMS Lion en mauvaise posture ; c’est sur ce navire que se trouve Beatty.
Source: IWM

Les Britanniques encaissent les premiers tirs : trois croiseurs de bataille sont touchés dans les 10 premières minutes du combat. Le navire de Beatty, le HMS Lion, reçoit une salve du SMS Lützow qui met hors de service la tourelle Q, située au centre du navire. Ce n’est que grâce à l’action du commandant de tourelle (qui fait inonder la tourelle et fermer la porte) que les munitions n’explosent pas et que le navire est sauvé. De son côté, le SMS von der Tann enchaîne les coups au but sur son homologue britannique, le HMS Indefatigable, qui succombe à trois tirs de 280 mm… et à un dernier obus qui fait détonner ses obus de 305 mm, entraînant les 1019 hommes d’équipage dans la mort. Bien que Hipper possède alors l’avantage, le Fifth Battle Squadron commandé par le contre-amiral Evan-Thomas pointe le bout de ses cheminées… menaçant de faire pencher la balance. Car ce ne sont pas de petits navires qui arrivent, mais quatre cuirassés de la classe Queen Elizabeth : les HMS Barham, Warspite, Valiant et Malaya. Hipper sait qu’il n’a pas les moyens de riposter, mais il décide de jouer son rôle d’appât jusqu’au bout en continuant le combat. À 16h25, les SMS Seydlitz et SMS Derfflinger concentrent leurs tirs sur le HMS Queen Elizabeth, qui explose, touché à sa soute à munitions. C’est là que Beatty prononce une phrase qui va rester célèbre : « On dirait que quelque chose ne va pas aujourd’hui avec nos maudits vaisseaux, Chatfield ».

La fin du HMS Indefatigable.
Source: IWM

 

La confusion au cœur de la bataille

Si ce premier engagement reste somme toute classique au niveau tactique, il ne concerne qu’une petite partie des navires des deux camps. Alors que les croiseurs de bataille échangent des tirs, les destroyers les couvrant commencent aussi à s’engager mutuellement : le SMS Seydlitz est torpillé, Britanniques et Allemands perdent chacun deux destroyers (V-27, V-29, HMS Nomad et HMS Nestor). Scheer arrive avec ses dreadnoughts sur le champ de bataille à 16h45 et cherche à atteindre Jellicoe qui se situe plus au nord. Mais Beatty manque à nouveau de discipline dans ses communications : le Fifth Battle Squadron continue sa manœuvre mais sans être escorté par les croiseurs. Les cuirassés sont alors exposés au feu allemand lors de leur virage… et Jellicoe n’a toujours pas rejoint Beatty.
Au même moment, des croiseurs envoyés par Jellicoe se portent à l’avant de l’escadre de Beatty et engagent leurs homologues allemands. À 17h30, les croiseurs britanniques sont attaqués par des torpilleurs allemands, qui les confondent avec le gros de la Grand Fleet. C’est seulement à ce moment que les dreadnoughts des deux camps commencent à être à portée respective de canons. Hipper rejoint Scheer à 18h et Jellicoe fait de même avec Beatty ; ce dernier est néanmoins brouillon dans ses communications et met du temps à donner à l’amiral les positions allemandes. Jellicoe ne sait ainsi pas dans quel sens envoyer sa flotte… après quelques dizaines de minutes, il décide d’obliquer à l’est. La Hochseeflotte se jette alors vers les Britanniques, mais aucun des deux amiraux allemands ne sait que Jellicoe a pris la mer.

Se dirigeant vers les combats, le HMS Warspite et le HMS Malaya.
Source: IWM

Du côté Britannique, les dreadnoughts et les croiseurs de bataille sont parés à l’attaque. Parmi eux se trouve un bâtiment déjà âgé : le HMS Defence, navire amiral du contre-amiral Sir Robert Arbuthnot commandant le First Cruiser Squadron est en effet de la classe Minotaur, un type de navire qui n’a plus sa place dans les combats de l’année 1916. Voulant achever le SMS Wiesbaden, touché à mort, le HMS Defence est atteint par un obus sur sa soute à munitions et explose à la vue de toute la Grand Fleet. Le HMS Invincible du contre-amiral Hood est coupé en deux les SMS Lützow et SMS Derfflinger, tuant tout son équipage. Il est alors 18h30 et Jellicoe a tous ses navires en place pour barrer le T aux Allemands : ces derniers sont tombés dans le piège tendu. Les navires britanniques ouvrent le feu et infligent de lourdes pertes aux navires allemands. À 18h33, Scheer ordonne la retraite et parvient à s’extirper grâce au brouillard. Jellicoe ne les poursuit pas mais reste à distance convenable afin de ne pas risquer une attaque sur ses navires.

 

Une supériorité britannique ?

Les derniers instants du HMS Queen Mary, au centre de la fumée.
Source: IWM

Vingt minutes plus tard, à 18h55, Scheer se rend compte que Jellicoe le suit toujours sur son Est. Il tente alors le tout pour le tout et ordonne à ses navires de mettre le cap sur l’escadre britannique, se plaçant de facto dans sa cible. Jellicoe leur barre alors le T et les artilleurs de la Royal Navy déchaînent les enfers sur les navires allemands : la III. Geschwader du contre-amiral Paul Behncke (notamment composée de cuirassés de la classe Kaiser et König) subit de si gros dégâts qu’il demande à Scheer de se replier. Ce dernier, devant la précision du tir britannique, décide d’obliquer vers l’Ouest à 19h17 et lance ses torpilleurs à l’assaut ainsi que quatre croiseurs de bataille pour ralentir Jellicoe. Mais les Britanniques, rageurs, décident de continuer à tirer : le SMS Lützow, navire de Scheer, est touché à mort et doit être abandonné. Le SMS Derfflinger accuse quatorze coups au but en peu de temps, sur les trente sept infligés par les Britanniques. Certains navires tentent bien de répliquer, mais l’avantage est définitivement du côté britannique : seuls deux coups allemands feront mouche. Il est maintenant 20h24, et la nuit tombante permet à Scheer de distancer la Grand Fleet.

 

La fuite de Scheer

Photographié pendant les combats, le HMS Birmingham en difficulté.
Source: IWM

Jellicoe décide de tenter de couper la route de Scheer vers Ems, mais ce dernier fait à nouveau preuve d’audace et traverse dans le sillage des Britanniques. La nuit tombée, aucun destroyer anglais ne parvient à repérer les navires allemands. Mais à 22h, le HMS Southampton (du contre-amiral Goodenough) engage le SMS Frauenlob et parvient à le couler, malgré de lourds dégâts, à 22h23. Trois heures plus tard, à 2h du matin, c’est au tour du HMS Black Prince de périr sous les tirs du SMS Thüringen alors qu’en même temps des destroyers britanniques se ruent sur les croiseurs allemands. Le SMS Pommern sombre, cinq assaillants britanniques sont coulés, et le SMS Elbing doit être abandonné après avoir été éperonné par erreur par le SMS Posen. Le SMS Lützow est alors sabordé depuis 20 minutes et sombre. Mais la Hochseeflotte parvient à se retirer à la fin de la nuit.

 

Une victoire en trompe l’œil ?

Vue des dégâts subis par le HMS Chester après les combats.
Source: IWM

Aucune marine n’a réussi à infliger un coup décisif à son opposante. Jellicoe aurait pu décapiter la Hochseeflotte et l’anéantir lors de la fuite de Scheer : l’amirauté connaissait sa position mais le message n’est pas parvenu à l’amiral britannique à temps. De plus, l’amiral Beatty en tête de colonne gérait de manière désastreuse ses communications, rendant souvent toute communication faussée. À 4h15 le lendemain, Jellicoe sait que Scheer a pris la tangente et est hors de portée. De retour au port, les deux flottes revendiquent la victoire sur l’autre pour rassurer l’opinion publique, mais du côté des marins, la désillusion est grande. Tous attendaient une confrontation de ce genre depuis deux ans et même si la Hochseeflotte a été très malmenée par la Royal Navy, elle a réussi à s’enfuir. Cependant, la victoire stratégique revient aux Britanniques : les Allemands sont passablement échaudés par ce combat et ne feront plus sortir leur flotte de surface jusqu’en 1918… et ne contesteront donc pas la supériorité britannique sur les mers.

Vue des dégâts du HMS Spitfire après la bataille.
Source: IWM

Cette bataille a pourtant été coûteuse pour les deux parties : les Britanniques perdent 14 navires (trois croiseurs cuirassés, trois croiseurs de bataille et huit destroyers) pour un total de 6094 marins tués. De leur côté, les Allemands reconnaissent la perte de 11 navires (un pré-dreadnought, un croiseur de bataille, quatre croiseurs légers et cinq torpilleurs) et de 2551 marins. Enfin, les très mauvaises relations entre Jellicoe – vu comme plus calme – et Beatty – au contraire plus téméraire – vont pendant une vingtaine d’années amener des affrontements littéraires et journalistiques entre les partisans des uns et des autres : pour certains, c’est Beatty qui porte la responsabilité de l’échec du Jutland, pour d’autres, c’est le tempérament de Jellicoe… Dans tous les cas, le Jutland reste l’exemple de l’occasion manquée mais surtout de la fin d’une conception encore antique du combat naval, où les grandes flottes se rencontrent à un endroit donné pour se barrer le T (pour mémo, c’est ainsi que Nelson a remporté sa victoire de Trafalgar, plus de deux cent ans plus tôt !) et s’anéantir. La bataille va cependant amener de grosses pistes de modifications chez les Britanniques et les Allemands, qui vont les utiliser vingt ans plus tard…

Le SMS Seydlitz après la bataille. Notez le nombre de coups au but reçus.
Source: Domaine public.

Ludwig Becker

Source principale :

François-Emmanuel Brezet, Le Jutland (1916), la plus formidable bataille navale de tous les temps, Economica, 1992.

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Le rôle de la marine belge pendant la Grande Guerre (3ème partie)

Crédits: Erwin Schütze

La fin des hostilités et le Traité de Versailles

Au jour de l’armistice du 11 novembre 1918, le constat est amer. Des hameaux ont été rayés de la carte et des villes, comme Dixmude, sont en ruines. Les territoires occupés ont eux aussi payé un lourd tribut à l’occupant. Aussi la reprise économique est l’enjeu majeur de l’immédiate après guerre. Bien sûr, l’extraction du charbon doit jouer un rôle prépondérant, mais surtout le port d’Anvers au vu de sa position géographique (l’Escaut) et de son important hinterland (canaux, industrie, chemin de fer) doit permettre cette reprise au plus vite.

« La prospérité du port est une condition sine qua non de la réussite d’une marine marchande digne de l’activité de notre petit pays » (M.Vandeperre, 1918) [26]

L’on envisage aussi de rétablir les 90 lignes régulières belges en coopération avec les alliées pour « une organisation combinée de lignes » [27] ou de demander aux Alliés de pourvoir à nos besoins de réserve alimentaire pour « assurer à la Belgique deux fois autant de vivres qu’elle n’en a reçu pendant l’occupation allemande » [28].

Finalement, les armateurs obtiennent des possibilités (parfois via le gouvernement actif au sein de la Lloyd Royal Belge) d’achat auprès des britanniques de près de 50 « Standard-ship », construits d’après un nombre restreint de gabarits selon les besoins en tonnage du navire projeté (l’ancêtre des « Liberty Ships » de WWII). Ces « Standard-ship » sont aussi appelés « War-Ship », car leurs noms commencent tous par le préfixe « War » [29]. Ils viennent compléter les (théoriquement) 50 navires marchands allemands versés au titre de dommages de guerre au terme du traité de Versailles du 28 juin 1919.

Gauche : Lancement du SS War Shamrock (IWM (Q 18345)).
Droite : Belgier (ex War Shamrock) dans sa livrée civile d’après guerre (Navidoc-Marine).

Ce même Traité prévoit, sur le plan de la marine militaire cette fois, outre la restitution par les Pays-Bas des quatre chaloupes canonnières, la livraison de 17 torpilleurs construits en 1915 et 1916, de deux vedettes rapides de rivière, d’une vingtaine de vedettes de mer (pour le dragage de mines) construits en 1917 et 1918 ainsi que deux sous-marins (U-90 et UC-92). Certains [30] de ces navires reviennent simplement aux endroits même d’où ils ont opéré à partir de 1915 (Bruges-Zeebrugge-Ostende), au sein des « Flottille Flandern » et « Unterseeboot Flottille Flandern ».

Tableau (de l’auteur) des torpilleurs versés au titre de dommages de guerre. Source : Navypedia

Torpilleurs de 150 t.
Source : www.marinebelge.be

Notons toutefois qu’en ce qui concerne les deux sous-marins, internés à Portsmouth (UK), un imbroglio politico-médiatique retarde leur prise en charge et lorsque, enfin, du personnel compétent (rare pour l’arme sous-marine en Belgique) est disponible, les frais de remise en état de 450 000 francs sont jugés par le gouvernement comme une dépense trop importante et l’État renonce à ces navires !

Tableau (de l’auteur) des submersibles proposés au titre de dommages de guerre.
Source : Navypedia

Sous-marin allemand en cale sèche (après bombardement ?) à Ostende. Probablement en 1915.
Source : www.beeldbankkusterfgoed.be

 

Conclusion

Pour un petit pays qui entre de plain-pied dans la guerre sans marine militaire et presque sans armée, les résultats maritimes après quatre années sont plutôt très honorables au vu des actions et des hommes qui ont émergé de la masse et se sont révélés de par ces circonstances exceptionnelles. Il est indéniable que la marine d’État a soutenu de manière importante l’effort de guerre sur un plan logistique, mais aussi sur le plan humanitaire en transportant des milliers de tonnes de vivres à destination des populations occupées. Ces expériences forment des atouts importants à l’aube de la seconde guerre mondiale, malgré la reproduction des mêmes erreurs pendant l’entre-deux guerres [31], et sont à la base des domaines d’intervention spécialisés (logistique et humanitaire) qui sont aujourd’hui encore le fer de lance de la marine belge.

 

Erwan Lafleur

Notes et bibliographie :

[26] M. Vandeperre, membre de la Chambre des Représentants de Belgique dans une « Note sur la question des transports maritimes » du juillet 1918.

Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920).

[27] E. Pecher et F. Empain (1918), « Note sur les transports maritimes », juillet 1918.

[28] Question au gouvernement de F. Empain et P. Focquet concernant « Le problème du ravitaillement après la guerre », datée du 24 juin 1918.

[29] Pour une liste des « War-ship » belges voir :  F. Philips (2013) pages 188 à 190.

[30] Sur les 17 torpilleurs, 4 sont jugés inutilisables. De même que 12 des vedettes de mer selon F. Philips (2013).

[31] Le « Dépôt des équipages » est renommé « Détachement des Torpilleurs et marins », puis, en octobre 1923, à nouveau renommé en « Corps des Torpilleurs et marins », avant d’être dissous par Arrêté Royal le 9 juillet 1926. Il faut ensuite attendre septembre 1939 pour qu’un Corps de Marine soit à nouveau créé et alimenté – par des marins versés initialement dans des unités terrestres.

M. Amara (2012), « Les grands défis de la propagande belge durant la Première guerre mondiale », p. 21-35, in B. Rochet & A. Tixhon (éd.) Colloque « La petite Belgique dans la Grande Guerre, une icône, des images », Presses Universitaires de Namur, 2010.

Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique. Annales Parlementaires de Belgique. Chambres réunies. Session extraordinaire de 1914. Séance Royale du mardi 4 août 1914, en ligne www.lachambre.be, consulté le 25-07-2018.

P. Dejemeppe et N. Tousignant (dir.) (2016), « La guerre 14-18 en Afrique. Des mémoires repliées », Université Saint-Louis-Bruxelles, 106 p.

D. Devriese et al. (2015), « Paul Hymans. Une vie de combats pour la liberté, l’éducation et le progrès social », hors-série des cahiers du centre Jean Gol, Bruxelles, 44 p.

F. Empain et P. Focquet (1918), « Question au gouvernement du 24 juin 1918 sur le problème du ravitaillement après la guerre », s.l., in Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920).

J. Lees & D. Henrard (2018), « 1914-1918, Nos Héros Oubliés sur mer et dans les airs », fascicule d’exposition du War Heritage Institute, 25 mai 2018 au 13 janvier 2019, Bruxelles, 21 p.

E. Pecher et F. Empain (1918), « Note sur les transports maritimes »,  s.l., in Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920), 62 p.

F. Philips (2013), « 14-18 en mer, navires et marins belges pendant la Grande Guerre », éd. Racine, Bruxelles, 206 p.

F. Philips (2017), « Logistique de guerre – Les transports par Eaux Intérieurs – T.E.I. – 1915-1918 », in Militaria Belgica 2017 – Annales d’uniformologie et d’histoire militaire, Bruxelles, p. 75-86.

E. Przybylski (2014), « Que s’est-il passé le 4 août 1914 ?», in La Libre du 4 août 2014, en ligne http://www.lalibre.be/actu/belgique/que-s-est-il-passe-le-4-aout-1914-53df20fc3570667a63909746 , consulté le 25-07-2018.

E. Standaert (1918), « Question au gouvernement du 21 juin 1918 sur les transports terrestres et maritimes », s.l., in Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920).

J. Vanderborght (2015), « Inventaire des archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920) », Bruxelles, 92 p.

 

Remerciements

Nous remercions les bénévoles de la section Navidoc-Marine du Musée Royal de l’Armée et d’Histoire Militaire de Bruxelles pour leur accueil, aide et disponibilité.

Nous remercions également monsieur le Greffier de la Chambre des Représentants de Belgique pour l’autorisation d’accès aux archives de la Chambre ainsi que ses services « Archives et documentation » et « Bibliothèque » pour leurs aides précieuses pendant ces recherches.

 

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Le rôle de la marine belge pendant la Grande Guerre (2ème partie)

Crédits: Erwin Schütze

La flotte de commerce lors de l’invasion d’août 1914… et après

Les armateurs

Avec ses 114 navires marchands à moteurs répartis sur pas moins de 24 armements différents [13], la Belgique n’est pas en reste au niveau du transport maritime. Cependant, cette fragmentation rend les pertes, par échouage ou fait de guerre, bien plus problématiques pour ses sociétés. Et malgré ce nombre, les besoins en ravitaillement pendant et après guerre [14] sont tels qu’ils excèdent le tonnage disponible.

Autre problème – pratique cette fois –, la question des polices d’assurance devenues prohibitives en temps de guerre et, en Belgique et du fait du principe de neutralité, ne couvrant que peu les navires pour ces risques. Aussi les armateurs doivent-ils se tourner vers le « Board of Trade » de Londres pour faire assurer leurs outils de travail. La contrepartie afin de pouvoir bénéficier des mêmes protections que les navires anglais est de se mettre sous pavillon britannique [15].

Par ailleurs, deux arrêtés royaux doivent consolider et agrandir la flotte disponible, à savoir : premièrement, l’arrêté royal du 23 février 1915 [16] prévoyant l’obtention d’une autorisation pour la vente de tout navire belge vers un armateur étranger [17] ; deuxièmement, l’arrêté royal du 20 mai 1915 [18] qui doit encourager l’achat de navires en octroyant aux armateurs une garantie d’État d’une partie du prix d’achat.

Enfin, deux initiatives privées d’importance contribuent à l’effort de guerre en matière de ravitaillement : la « Commission for Relief in Belgium » (CRB) et la création de la « Lloyd Royal Belge ».

1. Commission for Relief in Belgium

Cette initiative revient à Herbert Hoover (1874-1964), futur 31e président des États-Unis, qui dès octobre 1914, alerté par les Américains rapatriés d’Europe sur les risques de famine en Belgique, organise l’aide alimentaire à destination du Nord de la France et de la Belgique. Autant la propagande alliée qu’un bureau « d’information » spécifique du CRB (axé sur le développement de campagnes de presse et d’affichages) use de l’émotion voire de la sensiblerie en dépeignant la « Poor Little Belgium » comme un monceau de ruines habitées de Belges n’ayant plus ni vêtements, ni nourriture, ni ressources sauf ce que leur envoie la charité américaine (M. Amara, 2012).

Ainsi, ce comité lève des fonds en argent [19] ou en nature (vêtements, farine), puis organise le transport vers les populations occupées et ce avec l’accord des Allemands (bien contents de n’avoir plus à nourrir eux-mêmes ces populations), ce qui n’empêche pas ces derniers de couler un certain nombre de navires pourtant marqués visiblement « Belgian Relief ». Il s’agit ici principalement de produits de première nécessité, tels farine [20], riz, haricots, sel, sucre, pommes de terre (achetés en Hollande), et de médicaments qui sont fournis principalement par les États-Unis (42 %) et la Grande-Bretagne (24 %), y compris ses colonies (25 %).

Affiches Commission for relief in Belgium.
Sources : www.be.usembassy.gov (gauche) et U.S. National Archives and Records Administration (NARA) (droite)

Navire affrété par la Commission for relief in Belgium à Rotterdam.
Source : www.firstworldwarhiddenhistory.files.wordpress.com

2. Lloyd Royal Belge

Afin de faire face à la carence de tonnage disponible pour le transport maritime, les armateurs privés Arthur Brys et Henry Gylsen qui possèdent 5 armements soit 35 navires proposent le regroupement de ces sociétés sous le nom de Lloyd Royal Belge. Cette nouvelle société a certes les capacités de répondre aux besoins de la Commission for Relief in Belgium mais n’a financièrement pas les reins pour supporter cet investissement à elle seule. Aussi, la fondation se fait le 26 juin 1916 avec un capital-actions de 50 millions de francs, mais également avec un capital-obligations de 100 millions de francs fournis par… l’État ! [21] Malgré la sympathique économie pécuniaire réalisée (plus besoin de négocier au cas par cas les affrètements), ainsi que la perspective de disposer d’une flotte axée sur les besoins d’expansion nationale, on imagine sans peine le tollé auprès des autres armateurs mais aussi dans le monde politique. Ce traitement favorisé d’une entreprise face aux autres (quid du principe d’égalité devant la loi ?) ainsi que l’interventionnisme d’État (certains parleront même d’Étatisme maritime !) font enfler la polémique qui restera vive de nombreuses années encore. Si bien que le monde politique doit s’emparer du problème pour proposer des mesures envers les autres entreprises du secteur [22].

 

Services maritimes belges pendant le conflit

Nous l’avons vu, le plat pays entre de plain-pied dans la guerre sans vraiment y être préparé et c’est en toute hâte que sont créées des structures maritimes répondant plus ou moins aux besoins présents, au fur et à mesure qu’ils se présentent.

Dès début août 1914, on crée donc le « Service de défense côtière et fluviale » comprenant quatre chaloupes canonnières (Argus, Minerve, Police de la Rade II et Police de la Rade III) et principalement orienté sur la défense du port d’Anvers. Or, lorsque la « course à la mer » commence, les Pays-Bas, maîtres de l’Escaut, mettent ces navires occupés à évacuer sous séquestre et les internent. Aussi, sans plus aucune raison d’être, le service est dissous à la fin août 1914.

Chaloupes canonnières (de gauche à droite) : Minerva, Argus et Police de la Rade II.
Source : www.marinebelge.be

Sitôt le front plus ou moins stabilisé derrière l’Yser, se pose la question du ravitaillement et du transport de celui-ci ainsi que des troupes et des blessés. Or, s’il y a bien quelque chose qui ne manque pas dans le Nord de la France et en Belgique dans ce bassin, ce sont les canaux, rivières et autres voies hydrographiques. Aussi, dès avril 1915 est créé un service de « transports par eaux intérieures ou T.E.I. » [23], composé d’une vingtaine de remorqueurs et de 200 à 300 barges. Outre le transport de provisions pour les troupes, il assure également le transport de matériaux utiles pour les tranchées (charbon, bois, paille, rail, avoine), mais aussi celui des blessés quitte à transformer certaines unités en péniches-hôpitaux et péniches-ambulances (agissant comme postes de premier secours).

Nous venons de parler d’avoine. En effet, une des principales forces motrices pendant la guerre est le cheval [24], en provenance principalement de Grande-Bretagne et des États-Unis. L’acheminement de ce fret pour le moins particulier (ainsi que son fourrage et l’avoine) est une des tâches principales du « Bureau général des transports maritimes », créé le 7 janvier 1916 pour la centralisation des demandes de fret. De plus, ce bureau rationalise et augmente la capacité d’acheminement des colis destinés aux soldats du front.

Embarquement de chevaux pour l’Europe.
Source : www.archives.queensu.ca

Tout ce ravitaillement et ce fret doivent bien être stockés et protégés quelque part avant de pouvoir être distribués aux armées du front. C’est pourquoi, on crée en octobre 1917 les « Services maritimes militaires », sous divisés en deux services aux tâches bien distinctes.

Le « Service des annexes flottantes » doit contribuer au désengorgement des ports du Nord de la France tout en assurant l’entreposage du ravitaillement. Pour cela, il est décidé que ce stockage se fait non plus à terre mais sur des navires, ceci facilitant le déplacement du stock en cas d’évolution dangereuse de la ligne de front. Cependant, comme Calais est aussi utilisé par les Anglais, il est décidé d’un commun accord que l’armée belge, tout en gardant une petite partie à Calais (pour le déchargement), groupe ses besoins dans la région de Gravelines.

Le « Dépôt des équipages » doit lui gérer les conscrits et volontaires marins. Pour se faire, il retire les « gens de mer » du front et de leurs unités terrestres, les passe en instruction et formation (notamment en tant qu’artilleurs), avant de les affecter sur des navires affrétés au gré des besoins de compléments d’équipages, comblant la pénurie dans ce domaine.

Fusiliers du dépôt des équipages à Nieuwpoort.
Source : www.marinebelge.be

Enfin nous citerons également comme unité la « Flottille du Congo ». Bien que sa description dépasse le cadre de ce propos, notons simplement que l’Allemagne a des vues sur l’Afrique et rêve de se créer un vaste empire nommé Deutsch-Mittelafrika [25] via une politique coloniale agressive.

À suivre…

Erwan Lafleur

Notes :

[13] Pour une liste détaillée des principaux armements et navires marchands belges au 1er janvier 1914 nous renvoyons vers l’ouvrage de F. Philips (2013) pages 103 à 105.

[14] Dès juillet 1918, M. Ed. Pecher (Député) et M. François Empain (Sénateur) dans une large note sur les transports maritimes, estiment « à l’issu des hostilités le tonnage nécessaire à notre restauration » à 1 million de tonnes en lourd. Ils y développent également les différents moyens possibles : acquisitions de navires (mais les prix sont devenus prohibitifs), constructions de navires et même de chantiers navals à l’étranger (sur l’exemple français ayant des chantiers aux États-Unis), transformations de transport de guerre ou encore par des négociations post-conflit avec les Alliés (comptant sur les sympathies US à l’égard de la Belgique).

Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920).

[15] Cette contrepartie peut s’appuyer sur le traité du 23 juillet 1862 entre la Grande-Bretagne et la Belgique qui instaure le principe d’égalité des pavillons. Il prévoit notamment l’égalité des droits, des formalités et disposition (placement) entre navires belges et anglais dans les ports des deux signataires (E. Pecher et F. Empain, 1918).

[16] Article unique : « Pendant toute la durée du temps de guerre, la vente, à des étrangers ou à des sociétés étrangères, de tout navire belge à voiles, à vapeur ou à moteur par explosion ou par combustion interne, est soumise à l’approbation du Gouvernement. Toute vente faite sans cette approbation est nulle […] »

Publié par le Moniteur des 26-28 février, 1-5 mars 1915, n°54-64.

Chambre des Représentants de Belgique, Arrêté Royal du 23 février 1915 relatif à la vente de navires de commerce à des étrangers, in Recueil des Lois et Arrêté Royaux, 1915, p.18.

[17] On peut raisonnablement penser que cette mesure doit, par ailleurs, contrer certaines pratiques douteuses initiées (sous la menace ?) par l’occupant.

Notons également qu’un arrêté royal du 26 janvier 1916 déclare nulle la vente à un étranger de tout bateau d’intérieur belge de quelque nature qu’il soit (Standaert, 1918).

[18] Art.1 : « l’État belge pourra garantir au Gouvernement britannique le paiement de la partie non immédiatement exigible du prix de vente des navires à vapeur capturés dont les armateurs belges se seront rendus adjudicataires.

Cette garantie ne pourra porter que sur 75 % au maximum du prix de vente et sur les intérêts jusqu’aux termes fixés pour le paiement. Elle sera accordée, dans chaque cas particulier, par notre Ministre des Chemins de fer, Marine, Postes et Télégraphes. »

Publié par le Moniteur des 28-31 mai, 1er juin 1915, n°148-152.

Chambre des Représentants de Belgique, Arrêté Royal du 20 mai 1915 relatif à la garantie de l’État pour l’achat, dans l’empire britannique par les armateurs belges, de navires à vapeur provenant de prises britanniques, in Recueil des Lois et Arrêté Royaux, 1915, p. 96-101.

[19] Ce mécénat est également subsidié par le gouvernement belge puisqu’au prévisionnel 1917 le ministère de l’Intérieur inscrit à l’article 72 « Ravitaillement de la Belgique :

a) subsides à la Commission for Relief in Belgium de 450 000 000 francs

b) achat de vivres destinées à la population civile de la partie non envahie du pays et de celle qui viendra à être libérée de 10 000 000 francs »

Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920).

[20] Entre 1914 et 1918, sont expédiées 320 000 tonnes de farine conditionnée dans des sacs de coton, ces derniers étant ensuite réutilisés et transformés en vêtements, sacs et autres objets du quotidien (Devriese, 2015).

[21] Afin de se faire une idée de l’importance de ces sommes, signalons que la valeur actuelle (2018) d’un franc belge en l’année 1914 (de 1915 jusqu’en 1919, il n’y a pas de valeurs du franc belge, principalement à cause du marché noir) est de 6,13 €. Cette information nous a très aimablement été communiquée par la Banque Nationale de Belgique en date du 10 septembre 2018.

[22] Dès juillet 1918, M. Ed. Pecher (Député) et M. François Empain (Sénateur) dans une large note sur les transports maritimes proposent :

1° d’aider l’ensemble des entreprises du secteur par l’aide de la garantie de son crédit ;

2° la création d’une commission mixte de commerce et d’armement pour rétablir le dialogue et l’équilibre ;

3° d’accorder une aide analogue a celle réservé au Lloyd belge ;

[23] Pour plus de détails sur la création et le fonctionnement du T.E.I. nous renvoyons vers l’article très complet de F. Philips (2017).

[24] Dans un rapport daté du 5 juin 1917 à l’attention du ministre des Finances, la commission budgétaire mixte (siégeant au Havre) cite un arrangement fait avec les Anglais pour la fourniture de 400 chevaux par mois. Les coûts d’achat des chevaux s’élèvent à 23 400 000 francs pour 1916 et 7 200 000 francs pour 1917.

Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique en exil 1914 – 1918 (1920).

[25] Un vaste territoire s’étendant sur l’Angola, le Congo Belge (actuelle République Démocratique du Congo), l’Afrique équatoriale française (actuellement Gabon, Tchad, République Centrafrique et République du Congo), le Dahomey (actuelle Bénin), le Nigeria et le Mali… rien que ça !

Au sujet plus spécifique de l’apport et du rôle de l’armée belge sur le front africain nous recommandons la lecture de l’ouvrage : « La guerre 14-18 en Afrique – Des mémoires repliées ».

Enfin, un article de Nathanael Gardner sur ce même Blog DasBoot Création traite dans ce cadre de la bataille du lac Tanganyika : http://blog.das-boot.fr/?p=74

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Le rôle de la marine belge pendant la Grande Guerre (1ère partie)

Crédits: Erwin Schütze

Souvent parent pauvre du champ de recherche et d’imagerie de la première guerre mondiale, la marine et son rôle restent méconnus du grand public. Et pourtant, c’est entre 1914 et 1918 qu’elle jette les bases de ce qui fera sa renommée 25 ans plus tard. Ce rôle aussi méconnu que crucial, nous vous proposons, à l’occasion des commémorations du centenaire de l’armistice de ce qu’on appellera la « Der des Der », de le mettre en lumière.

  • Première partie : Le contexte militaire et la flotte de l’État
  • Deuxième partie : La flotte de commerce et les services maritimes belges
  • Troisième partie : La fin des hostilités et le Traité de Versailles

Contexte militaire

En se positionnant en tant que nation neutre sur l’échiquier géopolitique et ce dès son processus d’indépendance en 1830-1831 [1], la nouvelle Belgique n’a ni armée, ni marine pour défendre ses intérêts. Et si elle a bien une Marine Royale [2], ayant pour objectif principal de contourner le blocus fait par les Pays-Bas à l’embouchure de l’Escaut vers la mer, celle-ci est remplacée en 1862 par une marine d’État – exclusivement portée vers le commerce.

Ce n’est que le 14 décembre 1909 que le gouvernement adopte le « service militaire personnel » [3], faisant fi du système jusqu’alors en vigueur et hérité de la période napoléonienne : le tirage au sort du service militaire !

Il faut cependant attendre une série de lois dans l’année 1913 [4] pour que soit institué un service militaire « général et obligatoire », passant le contingent de 70 000 hommes (1912) à 117 000 hommes (1913).  Au jour de la mobilisation générale du 31 juillet 1914, ce décompte augmente de 281 000 hommes.

 

« J’ai foi dans nos destinées ; un Pays qui se défend s’impose au respect de tous : ce Pays ne périt pas. » (Albert Ier, Roi des Belges) [5]

 

Après le rejet de l’ultimatum allemand du 2 août 1914 par le gouvernement et le roi, le plan Schlieffen [6] est exécuté dès l’aube du 4 août 1914. Celui-ci comprend un mouvement circulaire vers la France à travers la Belgique en s’emparant notamment des « Position Fortifiée de Liège » et « Position Fortifiée de Namur », mais laissant sur son flanc droit la « Position Fortifiée d’Anvers », où se réfugie l’armée et le gouvernement. Ce n’est qu’après le coup d’arrêt du mouvement des armées du Kaiser à la bataille de la Marne [7] qu’Allemands et Alliés entament une « course à la mer », prenant la « Position Fortifiée d’Anvers » et les ports du littoral belge. Le gouvernement d’Union Nationale qui s’est retranché à Ostende le 3 octobre va se fixer finalement le 13 octobre 1914 sur la commune de Sainte-Adresse près du Havre en France [8]. Le front se stabilise pour près de quatre ans après l’intense bataille de l’Yser d’octobre 1914.

Affiche de la mobilisation générale à Bruxelles, le 4 août 1914.
Source : www.14-18.bruxelles.be

Plan d’invasion allemand 1914.
Source : www.nzhistory.govt.nz

Gouvernement belge (de Broqueville II ?) à Sainte-Adresse (Le Havre – France).
De gauche à droite : Messieurs Prosper Poullet (ministre des Sciences et Arts & Affaires économiques), Hubert (Industrie et travail), Segers (Chemins de Fer, Marine, Postes et Télégraphes), Helleputte (Agriculture et Travaux Publics), Berryer (Intérieur), van de Vyvere (Finances), Vandevelde (Guerre), Hymans (Affaires étrangères), Brunet (membre du Conseil des Ministres), Goblet d’Alviella (membre du Conseil des Ministres), Carton de Wiart (Justice), de Broqueville (Premier Ministre), Renkin (Colonies) et Lieutenant-Général de Ceuninck (Guerre).
Sources : www.1914-18.be et www.ars-moriendi.be

 

La flotte d’État lors de l’invasion d’août 1914… et après [9]

Mais que trouve l’envahisseur dans les ports d’Anvers (fret), Zeebrugge (fret), Nieuport (pêche), Blankenberge (pêche) et d’Ostende (fret, pêche et transport de passagers) ? Pas grand-chose à vrai dire.

Les malles

Activité phare du port d’Ostende, les liaisons régulières avec Douvres (UK) voient circuler les 10 malles de la marine de l’État réparties comme suit : 5 navires à aubes, 5 paquebots à turbines ainsi que 3 unités désarmées : La Flandre (coulée par les Allemands dans le port durant leur retraite) ; Léopold I (utilisée comme caserne pour la marine impériale) et Princesse Joséphine (coulée dans le port de Bruges lors de la retraite allemande).

Tableau (de l’auteur) des malles de l’État.

À l’approche des Allemands, les malles sont mises à contribution pour le transport du corps diplomatique, des ministres et des ministères vers Le Havre (Pieter de Coninck, Stad Antwerpen et Princesse Clémentine), mais aussi et surtout pour le transport vers Cherbourg des nombreux blessés – plus de 22 000 entre octobre 1914 et mars 1915 – de la bataille de l’Yser.

Ensuite, elles ont toutes [10] des carrières bien remplies en tant que navire hôpital (Stad Antwerpen, Jan Breydel), dépôt pharmaceutique à Calais (Ville de Liège) ou transport de blessés (p.e. Princesse  Clémentine, Princesse Henriette, Princesse Elisabeth, Pieter de Coninck) pour l’amirauté britannique avec de nombreuses rotations [11]. Après guerre, elles participent enfin au rapatriement des troupes vers la Grande-Bretagne (p.e. Léopold II, Marie Henriette, Rapide), ainsi qu’au rapatriement des premiers réfugiés belges (Ville de Liège).

Navire à aubes « Princesse Clémentine » sous sa livrée de navire hôpital / transport de blessés.
Source : Navidoc-Marine

Navire à aubes « Princesse Henriette » sous sa livrée civile (gauche) et avec son camouflage « dazzle » à Southampton (droite).
Sources : Navidoc-Marine (gauche) et Imperial War Museum (droite) (Ref. IWM (Q 18881))

Navire à turbines « Princesse Elisabeth » dans sa livrée civile (gauche) et avec son camouflage « dazzle » (droite).
Sources : Navidoc-Marine (gauche) et Imperial War Museum (droite) (Ref: IWM (Q 18818))

Unité désarmée « Princesse Joséphine », échouée face aux U-bunkers d’Ostende (ou Zeebrugge).
Source : Navidoc-Marine

 

Les pêcheurs

La flotte de pêche en septembre 1914 s’élève à 29 chalutiers à vapeur, 19 motorships, 387 crevettiers à voile et quelques dizaines de canots non pontés (F.Philips, 2013). Là aussi, l’approche des Allemands ne leur laisse que peu d’options. Si une partie des pêcheurs se réfugient en Zélande (Pays-Bas), la plupart cherchent refuge en France (Dunkerque, Calais) ou en Grande-Bretagne (Milford Haven, Swansea, Lowestoft), d’où ils peuvent poursuivre leurs activités de pêche [12]. Ceux restés en Belgique sont la plupart du temps incorporés lors de la mobilisation dans des unités terrestres ; ensuite, lors de la création du « Dépôt des équipages » en 1917, ils sont retirés du front pour instruction et formation (voir plus bas) sur les navires de l’État.

Les autres ne peuvent qu’avec de grandes difficultés poursuivre leurs activités de pêche en territoire occupé, dû au manque de charbon ainsi qu’à la surveillance et aux restrictions imposées par les Allemands, sans même parler des mines mouillées au sortir des ports (mines qui causeront jusque bien après la fin de la guerre encore de nombreux naufrages). Ils n’ont d’autre choix que de désarmer ou de laisser réquisitionner leurs navires par l’occupant qui les utilise en patrouille côtière sous le terme générique de Vorpostenboote.

Dans le port de Calais, un bateau de pêche belge sert d’asile à ses membres d’équipage et à leurs familles.
Source : www.calais-pendant-la-guerre-14-18.e-monsite.com

Article paru dans le journal « La Nation Belge » du 9 juillet 1919.

 

Navires écoles

Si les Allemands trouvent le voilier école « Comte de Smet de Naeyer » (deuxième du nom) amarré dans le dock America d’Anvers, ce n’est qu’en février 1916 qu’ils le réquisitionnent. Cependant, suite à une longue procédure de contestation de cette saisie, ce n’est qu’en novembre de la même année qu’il est attribué comme prise de guerre. Il ne quitte pour autant pas Anvers et a priori les Allemands n’en font que peu ou prou usage.

« L’Avenir », lui, est au Havre au moment du début des hostilités, pour un passage en cale sèche après un long voyage (Brésil). Aussi, à partir d’octobre 1914 et jusqu’en avril 1915, il est utilisé comme hébergement pour les réfugiés. Ensuite, son armateur l’Association Maritime belge (ASMAR) l’utilise pour le commerce entre les États-Unis et l’Australie, se gardant bien de s’approcher des eaux dangereuses, car après tout une société commerciale se doit de protéger son capital !

Le voilier-école « l’Avenir ».
Source : www.marinebelge.be

À suivre…

Erwan Lafleur

Notes :

[1] C’est en fait une exigence principalement de la France, de la Russie et de l’Angleterre, garantes elles-mêmes de cette « perpétuelle neutralité », lors de la Conférence de Londres du 20 janvier 1831 et des traités qui suivent.

[2] Deux brigantins « Congrès » et « Les Quatre Journées » ainsi que quatre canonnières. Une goélette nommée « Louise-Marie » est acquise en 1840 ainsi qu’un brick (« Duc de Brabant ») en 1845.

[3] Loi du 14 décembre 1909 apportant des modifications à la loi sur la milice.

L’exposé des motifs précise : « Le Gouvernement, conscient de la nécessité d’une bonne et solide organisation de l’armée, guidé par les sentiments de justice et d’égalité qui caractérisent notre époque […] »

J. Servais (1909), Pasinomie, quatrième série Tome XLIV, année 1909, Chambre des Représentants de Belgique, p. 412-491.

[4] Notamment :

Loi – du 21 avril 1913 – fixant le contingent de la levée de milice de 1913. Publiée par le Moniteur du 24 avril 1913, n°114 in Recueil des Lois et Arrêté Royaux, année 1913, Tome XCX, Imprimerie du Moniteur, Bruxelles, p. 262-265.

Loi – du 30 août 1913 – sur la milice. Publiée par le Moniteur du 31 août 1913, n°243, in Recueil des Lois et Arrêté Royaux, année 1913, Tome XCX, Imprimerie du Moniteur, Bruxelles, p. 816-849.

Art.1 : « […] Les hommes appelés doivent personnellement le service militaire […] »

Loi – du 30 décembre 1913 – fixant le contingent de l’armée. Publié au Moniteur du 1er janvier 1914, in Pasinomie, année 1913, Chambre des Représentants de Belgique, p.928.

[5] Le roi Albert Ier (1909-1934) dans son discours devant les chambres réunies lors de la session extraordinaire du Parlement du 4 août 1914 (Archives de la Chambre des représentants du Royaume de Belgique).

[6] Aussi appelé Plan Schlieffen-Moltke, des noms de ses concepteurs : le général Alfred von Schlieffen qui met le plan au point entre 1891 et 1905, et celui qui l’applique (en l’ayant modifié), le général von Moltke.

[7] La bataille de la Marne se déroule du 5 au 12 septembre 1914 et permet aux troupes franco-britanniques de stabiliser l’avance allemande sur un arc de cercle allant du camp retranché de Paris à la place fortifiée de Verdun. Le but principal du plan Schlieffen étant l’invasion rapide de la France, il est donc rendu caduque.

[8] Le Gouvernement d’inspiration catholique de Broqueville I – du nom de son premier ministre Charles de Broqueville (1860-1940) – exerce du 17 juin 1911 au 18 janvier 1918. Après quoi le Gouvernement de Broqueville II s’ouvre au Parti Libéral et au POB (Parti Ouvrier Belge) jusqu’au 31 mai 1918. http://www.commissionroyalehistoire.be/belelite/fr/general/home

Puisque le gouvernement et la Chambre des représentants (dont les effectifs n’atteignent alors plus la moitié de ses membres) doivent être établis en territoire belge, l’État français cède pour un bail renouvelable des terrains à la Belgique (Vanderborght, 2015).

[9] À ce sujet et pour plus de détails, nous recommandons l’ouvrage de référence de Freddy Philips (2013).

[10] Exception faite du navire à aubes «Marie-Henriette» qui s’échoue le 24 octobre 1914 au large de Barfleur en transportant des blessés de guerre. Si les passagers sont sauvés, la malle, elle, ne peut être renflouée.

[11] L’usage intensif des malles amène le Ministère des Chemins de Fer, Marine, Postes et Télégraphe dans son prévisionnel des dépenses pour 1917 à inscrire à l’article 27 le « Radoub du Paquebot Princesse Elisabeth » (qui effectue près de 575 rotations durant la guerre) pour un montant de 280 000 francs belges de l’époque. Heureusement, un accord est trouvé avec l’amirauté britannique qui s’engage à maintenir et entretenir les malles avant leur restitution à la Belgique.

[12] Ceci se répétera lors de la seconde guerre mondiale puisqu’une flottille de pêcheurs belges opère depuis Brixham pour le compte de Britanniques.

En Grande-Bretagne ils sont incorporés à partir de 1917 dans la « Royal Naval Reserve Trawler Section », une section spécialisée notamment dans la patrouille côtière ainsi que la pose et le dragage de mines (J. Lees & D. Henrard, 2018).

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Le raid sur Tarente. Échec et mat pour la Regia Marina.

Crédits: Erwin Schütze

Nuit du 11 au 12 novembre 1940. La ville de Tarente, au sud de l’Italie, dort paisiblement. La guerre avec la France est finie depuis quelques mois ; les Britanniques soignent leurs plaies suite au « Blitz ». Alors que le Vittorio Veneto et le Littorio, les deux nouveaux cuirassés italiens, sont assoupis dans le port, un léger bruit de moteur se fait entendre au loin. Aussitôt, la Flak italienne se déchaîne, et une énorme explosion retentit sur le Conte di Cavour. L’opération « Judgement » vient de débuter… et porte les germes de Pearl Harbor.

Après la neutralisation de la flotte française à Mers el Kébir début juillet 1940, la Royal Navy n’a plus que la Regia Marina comme rivale en Méditerranée. Cette dernière s’est considérablement renforcée pour faire face à la Marine française, mais les combats attendus n’ont pas eu lieu. Il en reste qu’avec l’attaque italienne sur la Grèce à partir de fin octobre, Mussolini peut espérer contrôler la mer Égée, et donc faire pression sur la Turquie, neutre mais courtisée par les deux camps. De l’autre côté de la Méditerranée, l’Égypte est une base importante pour Londres : c’est d’Alexandrie que partent les convois pour les Grecs. Le renforcement de la Regia Marina est donc surveillé de très près par les Britanniques, craignant que la Royal Navy soit obligée de trop diviser ses forces, entre la mer du Nord et l’Égypte. De plus, les deux nouveaux cuirassés italiens sont d’énormes machines de guerre : 41 300 T, 9 canons de 381 mm, 30 nœuds… Cette puissance de feu considérable rend suicidaire presque toute confrontation avec ces navires.

Le cuirassé italien Vittorio Veneto.
Source: RM

Un plan déjà au point

À vrai dire, la Mediterranean Fleet de l’amiral Cunningham s’attend depuis longtemps à une confrontation avec sa rivale italienne. Dès 1935, l’amiral Lyster échafaude un plan d’attaque nocturne suite à l’attaque de l’Éthiopie par Mussolini afin de neutraliser sa flotte. C’est de ce plan que Cunningham s’inspire en le modernisant : l’attaque ne peut se faire que de nuit, et sur un port majeur réunissant la majorité des navires italiens. Période d’expérimentations stratégiques, cette attaque doit bénéficier de l’effet de surprise… et donc quoi de mieux que le porte-avions ?

L’opération débute le 6 novembre 1940. Des navires britanniques quittent en nombre Alexandrie pour se diriger vers Malte :

  • Quatre cuirassés : HMS Malaya, HMS Valiant, HMS Warspite (classe Queen Elizabeth) et le HMS Ramillies (classe Revenge).
  • Un porte-avions : HMS Illustrious (classe du même nom).
  • Deux croiseurs : HMS Gloucester, HMS York (classe Town).
  • Treize destroyers divers.

Bien évidemment, un tel départ intrigue les espions italiens placés dans la capitale égyptienne, qui alertent Rome. Deux jours plus tard, la flotte italienne est mise en alerte et regroupée dans Tarente. C’est alors que le premier acte de cette opération s’engage…

Arrivés devant Malte, les navires britanniques rejoignent le HMS Eagle, un assez vieux porte-avions. Le 10 novembre, seul le HMS Illustrious se dirige vers Tarente ; le HMS Eagle doit rester à La Valette pour souci moteur. Les premières reconnaissances britanniques au-dessus de Tarente sont formelles : la quasi-totalité de la Regia Marina s’y trouve.

L’attaque surprise

L’amiral Cunningham est ravi. « Tous les oiseaux sont au nid », confie-t-il à son aide de camp. Il n’a pas tort : six cuirassés (dont les deux nouveaux), sept croiseurs lourds, deux croiseurs légers et beaucoup de torpilleurs sont en effet amarrés ou non loin du port italien. Comble de malchance pour les Italiens, les ballons de défense contre les avions ont été dispersés par le mauvais temps et certains ne sont pas en mesure d’être mis en fonctionnement à cause de la pénurie d’hydrogène ; de plus, seuls 4 200 mètres de filets pare-torpilles (sur les 12 000 requis) sont installés, et de manière à permettre aux navires de partir vite… installés en laissant un espace libre entre le fond marin et eux. Les batteries de DCA (101 tubes) sont trop espacées et certaines déjà âgées ; de plus, le système d’écoute et de repérage se base sur des aérophones datant de la Grande Guerre… Cependant, le Lieutenant Charles Lamb, pilote de Swordfish, est très impressionné par l’organisation du port :

« Les défenses du port de Tarente avaient été conçues pour protéger l’une des plus grandes flottes existantes, sinon la plus grande. Les Italiens possédaient tous les atouts pour en faire la forteresse inexpugnable qu’elle aurait dû être. Les canons, installés à des emplacements stratégiques sur chaque môle, aux quatre coins du port, étaient censés protéger toutes les infrastructures qui contribuaient à faire de Tarente le port le plus important d’Italie. Il devait être impénétrable pour permettre à une gigantesque flotte de mouiller en toute tranquillité et d’effectuer les réparations en complète sécurité. »

La première vague de douze appareils Swordfish s’envole du pont du HMS Illustrious le 11 novembre à 21h. Une deuxième de neuf appareils décolle à 22h30. Les biplans sont armés de torpilles, mais aussi de bombes et certains de fusées éclairantes. Il faut dire que l’armement est spécifique, notamment les torpilles Mk. XII modifiées avec un détonateur magnétique. Charles Lamb en explique le fonctionnement :

« On réservait une très mauvaise surprise aux Italiens, parce que nos torpilles étaient munies de détonateurs « Duplex », un mécanisme qui faisait exploser la charge de la torpille quand celle‑ci passait sous le navire. Ce système avait été mis au point par le Captain Denis Boyd quand il commandait l’école des torpilleurs. On l’appelait « Duplex », parce qu’il avait une double fonction : la torpille explosait soit quand elle passait sous la coque du navire, soit au contact quand elle percutait le flanc. Les 11 torpilles qu’on allait utiliser cette nuit‑là avaient été réglées pour passer sous les coques afin d’éviter les filets. »

Volant dans les nuages, la première vague arrive sur Tarente à 22h58 ; de suite, 16 fusées éclairantes sont lâchées pour baliser la zone et détecter les navires. Les petits Swordfish attaquent ensuite des dépôts de carburant, qui s’enflamment : le port de Tarente est réveillé par les explosions… et est éclairé comme en plein jour. Charles Lamb fait partie de la première vague :

« […] alors que je volais tranquillement à 1 500 m, attendant que Kiggell commence à lancer ses fusées éclairantes, je me rendis compte que je me trouvais aux premières loges d’un événement qui ne s’était jamais produit dans l’histoire de l’humanité et qui ne se reproduirait sans doute jamais. C’était un boulot unique. […] Avant que les premiers Swordfish soient passés à l’attaque, le grondement guttural des canons des six cuirassés et les détonations des croiseurs et des destroyers rabaissèrent la DCA du port au niveau d’un stand de foire. […] Et dans cet enfer, à une heure d’intervalle, deux vagues de six puis de cinq Swordfish, camouflés en gris bleu sombre, tissaient une arabesque de mort et de destruction avec leur torpille en pénétrant dans le port à quelques centimètres au‑dessus de la mer – si bas qu’un ou deux d’entre eux touchèrent même la surface avec leurs roues en se précipitant dans le port. Neuf autres biplans tombèrent comme des araignées dans le grondement grandissant de leur piqué à la verticale, se détachant dans la lueur jaune des fusées éclairantes qui se balançaient au ralenti dans le ciel d’encre. De ce fait, les canons tiraient sur trois niveaux d’assaillants : les torpilleurs au ras des flots, les bombardiers en piqué et les éclaireurs. Les Swordfish abandonnèrent derrière eux une flotte italienne consommée, ceinturée d’une nappe de mazout vomie par des navires dont les carènes, les flancs et les ponts avaient été déchirés. Les Italiens avaient eu à faire face à un terrible dilemme : devaient-ils continuer à faire feu sur ces insaisissables appareils jusqu’au ras des flots, tirant ainsi sur leurs propres navires et leurs propres batteries, leur port et leur ville, ou devaient-ils relever un peu leur angle de tir ? En fin de compte, ils choisirent la seconde solution, parce que les cinq autres Swordfish réussirent à se frayer un chemin sous ce parapluie défensif jusqu’à leur objectif.»

Gauche. Biplans Swordfish en vol. Source: IWM
En haut à droite. Le HMS Illustrious, duquel ont décollé les Swordfish. Source: AOC
En bas à droite. Un Swordfish en train d’être réapprovisionné en torpille sur un porte-avions.
Source: IWM

Le cuirassé Conte di Cavour est le premier à être touché par une torpille qui ouvre une brèche de 8,2 mètres sous sa zone de flottaison ; l’Andrea Doria parvient à éviter les dégâts. La DCA italienne fait feu avec tous ses tubes, tout comme les marins sur les navires. Un Swordfish est abattu, son pilote disparaissant dans l’eau.

Au même instant, le Littorio est touché de deux torpilles, tandis que le Vittorio Venetto n’est pas endommagé. C’est alors qu’entrent en scène les Swordfish armés de bombes de 110 kg : deux croiseurs et quatre destroyers sont touchés, plus ou moins gravement. Alors que la première vague attaque depuis le sud-ouest, la seconde vague britannique arrive depuis le nord peu avant minuit. Les huit appareils suivent les fusées éclairantes, puis le Littorio reçoit encore une torpille, tout comme le Caio Duilio. Les Britanniques rentrent ensuite au porte-avions : sur les 21 Swordfish engagés, seuls deux ont été détruits, deux membres d’équipage étant capturés et deux tués.

Gauche et en haut à droite. Le Littorio, faisant très moderne pour l’époque ! Source: RM
En bas à droite. Le Conte di Cavour, après l’attaque. Source: IWM

Haut. Le Caio Duilio. Source: US NAVY NHHC
Bas. L’Andrea Doria, cuirassé italien. Source: IWM

Du côté des Italiens, c’est une catastrophe : le Littorio a trois voies d’eau de 7 m x 1,5 m, de 15 m x 10 m et de 12 m x 9 m. Il a perdu 32 marins et a dû s’échouer, même si au petit matin sa proue est sous l’eau. Le Conte di Cavour, avec un trou de 12 m x 8 m, touche le fond de la rade ; seuls ses superstructures et les armements sont au sec. Le Caio Duilio est le moins endommagé : il n’a qu’une voie d’eau de 11 m x 7 m. Malgré les 13 489 obus tirés par la DCA italienne, le raid est un énorme succès britannique : 59 Italiens sont tués, 600 blessés, un cuirassé est perdu, deux gravement endommagés, tout comme un croiseur et des destroyers.

Haut. HMS Ramillies. Source: IWM
Bas. Le port de Tarente le lendemain : remarquez les tâches d’essence sur le haut de la photographie.
Source: AWM

Un cas d’école ?

La Regia Marina déplace illico ses navires vers Naples ; les trois cuirassés sont mis en réparation, et seul le Conte di Cavour ne le sera jamais entièrement. C’est la protection des convois allant vers la Libye qui va pâtir de ces pertes ; de plus, il a été démontré qu’une aviation embarquée pouvait occasionner de gros dommages à une flotte. Mais cette opération va profiter à d’autres protagonistes plus lointain : en mai 1941, l’attaché militaire japonais à Berlin Takeshi Naito visite la base de Tarente accompagné de Mitsuo Fuchida… qui sera le commandant de la première vague d’assaut japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Les Britanniques ont démontré la puissance de l’aéronavale, sans se douter qu’elle serait retournée contre eux par l’empire du Soleil Levant quelques mois plus tard…

Ludwig Becker

Bibliographie:

– Pierre Royer, « Tarente (1940). Le chef d’œuvre inconnu », Conflits, n°8, janvier-mars 2016
– Y. Kadari et X. Tracol, « Raid sur Tarente, la nuit du Jugement », Los!, n°23, novembre-décembre 2015.
– C. Lamb, « To War in a String Bag », Cassell and Collier Macmillan, 1977.

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[IRL] Das Boot Tour: CA Lyon 2018

Chères Das Bootiennes,
Chers Das Bootiens,

C’est Elena qui nous accueille en ce premier weekend d’août, sous un soleil de canicule dans la campagne lyonnaise. Heureusement, l’arrivée du vendredi soir permet de s’hydrater (un conseil vu tout au long de l’autoroute qui nous a conduits jusque là), mais surtout de discuter les derniers événements Das Boot. En s’échangeant des parts de pizzas, nous parcourons le programme chargé du weekend et, premier sujet, la rétrospective du premier semestre est mise sur la table. Le Cahier des Charges User & Perso est fin prêt depuis quelques semaines et nous avons retranscrit celui-ci en un « document d’implémentation » qui doit permettre de transformer ces mots en code. Si celui-ci a bien avancé, il reste quelques zones d’ombre, quelques hésitations à chasser afin de commencer le codage pratique. Commencer ? Pas tout à fait, car Maître Vador a préparé une page d’accueil « martyr » (comprendre, de base et sans graphismes) et… c’est la que sa connexion à son espace de travail saute et nous laisse sur notre faim (mais on verra la dite page le samedi soir, l’honneur est sauf).
Le travail avance donc bien, principalement lors des réunions bimensuelles que nous tenons (16 depuis la précédente AG en décembre 2017), même si la période estivale n’est pas toujours propice à cela.

Samedi matin, même si la nuit fut courte, nous voilà dans le salon face au mur pour notre activité favorite : le collage de post-it. Nous nous attaquons à un gros morceau car le bloc fonctionnel « Unités » englobe beaucoup de choses ayant trait aux fonctionnements de vos unités Mer (navires), Air (aviation) et Terre (ports) et il faut être très attentifs à la réflexion autour de ce module crucial, lui aussi, du jeu. Le but de la réflexion est d’isoler un certain nombre de caractéristiques communes à ces différentes « unités » qui serviront de « modèle de base » formant l’ossature, tout en tenant compte des spécificités de fonctionnement de chacune d’entre elles, développées dans leur «arborescence» propre (la structure du résultat des post-it faisant référence à une sorte « d’arbre généalogique » qui se déploie en fonction du degré de spécifications).

 

L’arborescence du module « Unités »

Cela peut paraître simple dit comme cela, mais ce n’est pas le cas et l’avantage de ces réunions IRL est de pouvoir échanger très facilement sur un nombre important de fonctionnements, détails et parfois même de valeurs partagés. On se rend compte que parfois deux personnes, opposant deux visions, disaient en réalité la même chose mais en des termes différents.

En même temps, nous initions le Cahier des Charges « Unités », fort des travaux de la journée ainsi que du travail colossal qu’a entrepris Elena sur la BDD navires (nous vous en avions déjà parlé précédemment). En effet, vous n’aurez plus le choix entre différentes classes de navires comme actuellement mais entre différents modèles d’une même classe. Par exemple vous n’armerez plus un Cuirassé classe Ise (Japonais) comme actuellement, mais un modèle « Ise de 1937 » ou un modèle « Ise de 1943 », un modèle « Hyuga – 1944 » ou encore un modèle « Ise -1944 ».  Je vous laisse imaginer le travail de recherche que cela représente.
Un gros travail a également été effectué au niveau des munitions, de l’armement, du blindage, tout cela dans l’optique de nous laisser des portes ouvertes pour le futur. En effet, nous nous réservons, par exemple, la possibilité de créer des cartes avec des échelles différentes où une case sera plus grande ou petite que sur la carte d’à coté… et donc où le tir à distance pourrait concerner la case adjacente mais aussi plus loin.
Enfin, Elena s’est creusé la tête pour nous fournir un simulateur de tir qui calcule des probabilités de touche, des dégâts, des coûts en UT’s… un outil fort utile qui permettra un meilleur étalonnage pour tendre vers plus de cohérence en jeu.

Simulateur de tir (Elena)

 

Nous voilà déjà en fin d’après midi et le deuxième thème de la journée tourne autour des cartes. Souvenez-vous, en décembre dernier dans le compte rendu de l’Assemblée Générale de l’association nous avions écris que la soirée du samedi en compagnie de joueurs avait permis de discuter autour de la carte du Pacifique. Dans ce même compte rendu nous écrivions également à propos de la V.2.0 : « Si les travaux avancent bien nous pourrions même envisager une première version type « caisse à savon », c’est-à-dire non jouable, mais néanmoins avec quelques prémices ».

Concentrons nous premièrement sur la carte en temps que module générique. Comme nous avons prévu les choses, il nous sera possible de créer autant de cartes – plateaux de jeu – que l’on souhaite (à charge de l’équipe de déterminer la pertinence du nombre) et chaque carte donnera droit à un perso (sous conditions) pour les joueurs. Chaque carte aura aussi un certain nombre de paramètres propres comme par exemple le cycle jour-nuit, la fréquence du gain d’UT, la taille de la carte et de ses cases ainsi que des données scénaristiques (année, classes et modèles de navires disponibles, nations disponibles).

Ceci posé, parlons un peu de la carte du front Pacifique. Elle ne répond plus aux besoins en termes de nombre de joueurs mais aussi elle est « chiante » pour reprendre un terme lu sur le forum, trop linéaire. Nous avons donc cherché à la rendre plus intéressante, « nerveuse et regroupée ». Nous avons retenus pour le moment deux propositions :

1. Décembre 1941 – Mars 1942, qui permet de casser la linéarité du champ de bataille et de rapprocher les joueurs tout en nous laissant même la possibilité d’intégrer de nouveaux protagonistes (Hollandais, Vichy, FNFL…)
2. Une carte avec une datation approchante mais fortement réduite, dans l’espace central (Philippines – Indonésie) de votre Pacifique actuel.

Ces propositions doivent encore être affinées notamment par un visuel graphique de ces propositions et par une réflexion en rapport avec la distribution des ports et de leur importance.

À présent, concentrons-nous sur la question de la « Boîte à savon ». L’objectif principal de la recherche d’un lieu adéquat à cette carte est triple.
1. Il doit avant tout permettre la mise en pratique des différents modules constituant la V.2.0 et ce sur le long terme (c’est-à-dire permettre d’y tester des modules qui ne font pas nécessairement partie du « package prioritaire » et d’affiner les choix en termes d’options et de jouabilité).
2. Sur un plan géographique, il doit allier l’avantage d’un front rapproché (pour favoriser le PvP et donc la constitution de données statistiques) tout en laissant la place à d’autres formes de Gameplay (p.e. PNJ de différents types ou encore des éléments de la réforme stratégique). Il doit en outre permettre d’engager les différents types de cases de la carte (et leur caractéristiques propres) et permettre une variété de ports de diverse s tailles (d’où découlent les stocks de consommables, stocks de navires, prise de spécialistes…).
3. Enfin, si c’est aussi historiquement une zone de combats intenses qui concentre toutes les armes (Mer, Ter, Air,…), qu’elle a pu accueillir un certains nombres de belligérants (le module nations mineurs devrait pouvoir y trouver sa place) ainsi qu’une intense activité de construction terrestre (le module des artefacts de cases doit pouvoir y être testé), c’est un indéniable plus.

La note d’intention présentée lors du CA a détaillé de manière structurée le choix des îles Anglo-Normandes sur le plan historique, géographique, ainsi que pratique. Rappelons pour la petite histoire que ce furent les seuls territoires britanniques occupés par les allemands (et une incroyable force de propagande du IIIe Reich) et ce jusqu’après l’armistice : 9 mai 1945 pour Guernesey & Jersey, 16 mai 1945 pour Alderney.

Les cartes ayant servi de base à la présentation de la note d’intention

Dans la lignée de ces discussions à propos des cartes, deux questions de bases ont également été traitées, à savoir à partir de quel degré de finition ouvrons-nous la carte « Boite à savon » aux joueurs ainsi que la question du contenu ou du package minimum offert aux joueurs pour la V.2.0. Un consensus s’est dessiné autour d’une rapide mise à disposition de la carte « Boite à savon » et le maintien de celle-ci dans le temps afin de développer de manière structurée, module après module, l’offre aux joueurs et de profiter de leurs retours d’expériences. Enfin, cette carte ne sera pas perdue puisqu’une fois la V.2.0. ouverte, elle pourra toujours être réutilisée sous forme de carte scénario… la boucle est bouclée.

Dimanche matin, nous avons encore plusieurs sujets intéressants au programme. Le premier en rapport avec les statistiques de jeu, sous différentes formes. La plupart d’entre vous ont, comme nous, été impressionnés et ont apprécié le travail du joueur Ludwig von Drüssig, édité à chaque fin de campagne trimestrielle sur base des statistiques de joueurs coulés. Il était donc normal d’entamer la réflexion sur une possible implémentation dans la V.2.0 dans le cadre de la réforme stratégique. D’autres indicateurs ont également été évoqués dans ce cadre, par exemple la perte de prestige de l’adversaire. Une idée à creuser ! Dans la foulée nous évoquons également les quotas joueurs qui se stabilisent, grâce notamment à un apport de joueurs faisant suite à un article sur Das Boot dans le n°39 du magasine LOS!.

Nous écrivions plus haut à propos des unités de type « Terre » et ce n’est pas par hasard. En effet, dans le cadre de la capture de zone stratégique sur la carte (certains d’entre vous se souviennent peut-être de l’animation « Balises » qui en fut les prémices en 2016), les ports joueront un rôle important. Qu’il soit votre « havre de paix » lorsque de votre camp ou « verrou stratégique » lorsqu’il est du camp adverse, la capture de certaines zones pourrait être réalisée ou tenue dans le temps par le biais d’attaques sur les ports. Un certain nombre de mécanismes (défenses et batteries côtières, stocks de munitions, voies de communications…) pourraient être mises en place pour pimenter de part et d’autre (les joueurs mais aussi les États-Majors auront des choix à réaliser) cet aspect du jeu.
Lié à cela, le dernier sujet de la journée porte sur les « spécialistes de port ». Lucette, dans la continuité de son travail sur la progression joueurs et les spécialistes, nous a concocté un schéma avec un certain nombre de spécialistes permettant, via l’intermédiaire des États-Majors et la dépense de « Points de Stratégie », d’augmenter certaines capacités dudit port. Il pourrait par exemple s’agir d’augmenter le camouflage du port (malus de touche lors d’une attaque de port), de réduire le temps de vol au départ du port, d’influer sur le temps de production d’une classe ou d’un modèle de navire… Là aussi, l’idée mérite d’être creusée.

Propositions spécialistes de port (Lucette)

 

Comme vous le voyez, l’équipe travaille d’arrache-pied toute l’année sur la V.2.0 en mêlant développement, discussions techniques, réflexion sur le futur de Das Boot ou même pratique du codage. Et même lorsque le programme (pourtant chargé) du weekend est terminé, autour de la table, cela parle encore et toujours de Das Boot. Et même dans la voiture qui nous reconduit vers nos ports d’attache, Das Boot reste le sujet de conversation principal. Ces réunions IRL, comme celles que nous tenons de manière hebdomadaire par Skype, nous permettent d’avancer sur la V.2.0, parce qu’échanger en direct est toujours plus riche et permet d’aller plus au fond des choses. Et nous repartons de ce weekend avec toujours plein de travail dans nos musettes mais surtout avec des rêves plein la tête.

En vous souhaitant,

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Article LOS!

Crédits: Erwin Schütze

Bonjour à tous!

En cette mi-septembre, nous vous proposons de découvrir un article paru de la revue LOS! n°39. Ce dernier est loin d’être anodin car il fait la part belle à notre jeu Das Boot. En effet, deux pages entières lui sont consacré.

Ayant reçu l’accord des éditions Caraktère nous vous le partageons ici même, sur le Blog Das Boot.

cliquez ici pour lire l’article

 

Loïc Becker

En vous souhaitant bonne lecture,

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