[Militaria] Le Molch, une arme sous-marine atypique

A. Genèse du projet & Conception [1] :

Le Molch est un sous-marin de poche aux lignes relativement simples, conçu dans la précipitation vers la fin de l’année 1944. Imaginé par l’ingénieur Konteradmiral Helmut Heye et mis au point par le « Torpedoversuchsanstadt » (Laboratoire de recherche pour les torpilles) situé à Eckernförde (Allemagne du Nord). Les exemplaires qui en sortent sont versés dans le « Kleinkampfmittel Verband » (K-Verband), le département des « petites armes de combats » dont Heye est le directeur.

Vu le peu de place disponible l’agencement est très simple. A l’avant l’on trouve les batteries, ensuite le pilote et derrière lui les machines. Basique donc.
La torpille G7a, d’une longueur de 7m pour 53 cm de diamètre, standard de la Kriegsmarine, contenait 280 kg d’explosif (Hexanite) et était mue par un engin électrique le propulsant aux alentours de 56 km/h. L’autonomie de cette torpille variait selon le type de 3 à 7,5 km [2]

Les premiers Molch sortent des chantiers AG Weser de Brême (Nord-Ouest de Allemagne) le 12 juin 1944. Douze sont directement versés dans la flottille « K-Verband 411 » stationné en Méditerranée (Italie – Anzio)[3]. Ils sont destinés à endiguer l’Opération « Dragoon » (débarquement de Provence) des Alliées depuis mi-août 1944.

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B. Caractéristiques du Molch [1] :

Longueur : 10,78 m
Diamètre : 1,15 m
Largeur : 2,15 m
Déplacement : 8,40 T

Armement : 2 torpilles type G7-E de 533mm
Propulsion : moteur électrique de torpille G7 de type SSW-E, puissance de 13 chevaux
Vitesse en immersion : 5 nœuds
Autonomie: 40 miles (74km)

Instrument de navigation : compas gyroscopique et péricope fixe de 140 cm

Profondeur : 50m (théorique) à 70m (test maximum)
Temps de plongée maximum : 50 heures

Nombre d’exemplaire sortis des chantiers : environ 399 unités

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C. Le Molch en opération :

Comme écris ci-dessus, les premiers exemplaires ont étés affectés en Italie pour contrer le débarquement de Provence Alliées. Dans la nuit du 25 au 26 septembre 1944, la première flottille comptant douze Molch s’en prennent à des navires Alliées avec pour but d’infliger des dégâts aux cuirassés présents. Dix d’entre eux seront portés disparus tandis que les deux derniers exemplaires seront coulé lors d’un bombardement Alliés sur le port de San Remo peu de temps après [4].

A partir du mois de janvier 1945, une autre flottille, basée en Hollande, composé de 77 Molch et Biber (un autre type de sous marin « miniature ») effectuera quelques 102 sorties en mer. Malheureusement à la fin du mois d’avril, seul 7 exemplaires seront toujours actifs. Leur maigre butin s’élève à 7 petits navires Allie coulés pour la somme de 491 Tonnes et deux navires endommagés [4].

Le prix élevé en hommes et en matériel fera abandonnée ce projet [4] ainsi que la formation d’autres flottilles de ce type prévue en Hollande et en Norvège. Cependant, le Molch sera encore utilisé pour la formation et l’entrainement des élèves sous-mariniers, notamment en vue de l’utilisation des autres sous marins « miniatures » du Reich [5].

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D. Les exemplaires du Molch ayant survécu :

Quelques exemplaires ont survécus après la guerre et certains sont encore visibles:

1. National War and Resistance museum à Overloon, Hollande
2. Militärhistorischen Museum Dresden (Allemagne)
3. Uboot- Lehrgruppe in Neustadt Holstein (Allemagne)
4. Canadian War Museum, Ontario, Canada

E. Bibliographie:

[1] Bauthier Eric, « Le Molch au 1/35 de Micro-Mir » in MRB n° 631 & n°632
[2] https://www.landmarkscout.com/u-boat-molch-a-kriegsmarine-mini-submarine
[3] http://www.uboataces.com/midget-molch.shtml
[4] http://uboat.net/types/molch.htm
[5] http://www.german-navy.de/kriegsmarine/ships/uboats/minisubs/molch/index.html

F. Pour poursuivre la visite:
Vidéo
www.youtube.com/watch?v=hjf32AS_xtA (Images d’archives)
www.youtube.com/watch?v=xueP9wWsaU0 (Canadian War Museum)

Site internet
http://www.one35th.com/submarine/molch_museum.htm (Photos d’époque)

Livres
Jamie Prenatt & Matt Stille, 2014, « Axis Midget Submarines, 1939-45 », Osprey Publishing, 48p.
Paul Kemp, 1999, « Midget Submarines of the Second World War », Chatham Publishing, 125p.

 

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NDLR: Le Service de Presse des Armées remercie l’auteur de l’article (qui à souhaité resté anonyme) pour sa contribution.
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[Portrait] Le boucher de Varsovie

J’ai couvert plusieurs événements lors de cette guerre. De l’installation de l’escadrille Normandie-Niémen en Sainte mère de Russie à l’opération Overlord, puis à la bataille de Normandie. En passant par l’opération Catapult et Ironclad tout en faisant même un petit détour par la guerre du Pacifique en me rendant à Midway. Mon arme n’était pas un fusil, pas une mitraillette, non… Mon arme était pacifique, mais montrait les violences de la guerre. Équipé de ma fidèle Afga B2 Speedex, j’ai parcouru le monde. Mais ce que je vis en ce moment, et ce que je vais vivre dans les mois à venir, s’annonce comme les heures les plus dures à supporter. La guerre est finie, mais une autre commence : la guerre politique. Elle est, croyez-le bien, plus profonde qu’une guerre militaire.

Je me trouve aujourd’hui dans la ville de Nuremberg occupée par les États-Unis d’Amérique. Sous l’autorité des forces victorieuses de l’Allemagne Nazie (États-Unis, Royaume-Uni, URSS et la France), se termine le procès de Nuremberg jugeant 24 hommes politiques du IIIe Reich. Les chefs d’inculpation sont les suivants : complots, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Dans les rangs des 24 personnes se trouve le Bourreau de Pologne, de son vrai nom, Hans Franck. Au moment où j’écris ces lignes, soit le 16 octobre 1946, cela fait 2 heures que le Bourreau a perdu la vie pendu au bout sa corde. Rappelons qui était cet homme infâme…

Franck est né en 1900 et a perdu son frère lors de la Première Guerre mondiale. Son premier fait d’armes arrive en 1919 alors qu’il est encore étudiant. Il entre dans un groupe antisémite d’extrême droite et il participe au renversement de la République des Conseils de Bavière apparentée à l’extrême gauche.

C’est en 1923 qu’il entre au sein du NSPAD. Un peu plus tard, en 1933, il participe au putsch raté d’Hitler. Avocat et docteur en droit, il défend alors ses camarades nazis et en particulier Adolf Hitler lui-même.  Ce qui va créer un lien étroit entre eux. Il ira même à faire des recherches pour l’arbre généalogique d’Hitler soi-disant aryen –important pour la fin de cet article -. C’est vraiment cette année-là que débute véritablement sa carrière. Peu après, fin 1933, Hitler devient légalement chancelier du Reich et Hans Franck est nommé ministre de la Justice de la Bavière. Il se fait connaître alors comme un homme lunatique pouvant changer drastiquement de comportement sans qu’on ne puisse trop comprendre pourquoi.

Les choses sérieuses commencent en 1939. Hitler –dont il dépendra directement- le nomme gouverneur de la Pologne occupée. Il fera d’ailleurs main basse sur les œuvres d’art de la Pologne et se les appropriera pour ses demeures luxueuses où il vit avec sa nombreuse suite. Il suivra aussi trois missions qui joueront un rôle important entre 1939 et 1945 : la programmation de l’extermination des juifs, l’utilisation des ressources naturelles et économiques pour servir l’effort du Reich et enfin l’élimination des « élites polonaises ». Il fermera les universités de Pologne, commandera des milliers d’attentats contre les « élites », déportera des centaines de milliers de juifs, interdira toute culture, et chassera les résistants polonais.

Hans Franck poussera l’idée de gazage devant le nombre important de Juifs dans le Reich. Emmener les juifs en URSS étant impossible, les laisser mourir de faim dans les ghettos (initié par les lois anti juif de Hans Franck lui-même) n’était pas assez rapide. Il fallait un moyen plus radical et rapide servant à plus grande échelle. Partisan de la solution finale, il fera sortir les camps d’extermination de Majdanek, Treblinka, Sobibor et Belzec.

Petit à petit, Himmler prend le dessus sur ce personnage, pourtant second du Parti nazi d’Hitler. En 1942, il est délaissé et mis sur la touche. Il est démis de toutes ses fonctions au sein du parti. Hiltler refuse néanmoins sa démission en tant que gouverneur de la Pologne occupée. Franck tombe alors dans la religion, dernier rempart de sa chute. Il dira même que c’était grâce à Dieu que l’attentat sur Hitler avait échoué.

En 1945, il quitte ses différents châteaux occupés au nez et à la barbe des Polonais et se replie petit à petit vers l’Allemagne. Les alliés américains le feront tout de même prisonnier en mai. Il tentera d’ailleurs de se suicider. Ce vil homme ira même jusqu’à écrire ses mémoires en prison où on apprendra notamment qu’Hitler avait des origines juives.

Aujourd’hui, après s’être repenti en public – le seul des 24 hommes jugés -, le sol sous ses pieds est tombé, et sa nuque s’est brisée. C’est pour moi autant un moment de bonheur que de supplices. Encore un mort de cette guerre ! Mais que faire d’un homme, que dis-je, d’un monstre comme lui? Finalement, c’eut été peut-être une mort trop rapide pour un homme qui avait fait tuer des centaines de milliers de Juifs. Il mérite donc pleinement son sinistre sobriquet : Le bourreau de Pologne. Je crois que je vais m’arrêter ici. Je suis resté neutre jusqu’à maintenant, mais je sens la rage monter et y succomber serait contre-productif. Les générations futures ne devront jamais oublier ce personnage. Non!  Que dis-je ? Je dois me rétracter… Autrement, cela équivaudrait alors à donner raison à ce monstre !

Gabriel Auphan, reporter de guerre, espérons-le bientôt au chômage.

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Libération de la Corse

1980, au fin fond de la Corse, au pied du Monte Cinto, un vieil hommes appuyé sur une canne rentre du chêne pour la cheminée. En regardant de plus prêt, la jambe gauche de son pantalon flotte à l’air ; elle ne contenait plus rien. Son petit fils, appuyé sur la rambarde le regarder, mi amusé mi intrigué. Le vieil homme lui demanda alors de venir s’asseoir sur sa jambe et d’écouter.

Tu sais mon figliulinu (petit fils), tu est maintenant en âge de comprendre. Papi n’a pas toujours eu qu’une jambe. Je vais te raconter comment je l’ai perdu, et tout à commencé le jour à la Corse à été Libérée par les allié.

Je me souviens c’était le 4 Décembre 1938, j’étais devant le monument au mort de Corse, et je répétais avec mes cher frères : <>. Nous étions regroupés pour envoyer un message fort à Mussolini, qui se voyait s’accaparer la Corse, la Savoie et la Tunisie.

Le 8 Novembre 42, l’opération Torch est déclenché pour reprendre l’Afrique, en même temps, Hitler envahit la France Libre avec l’opération Attila mais surtout, 80’000 soldats Italien viennent occuper la Corse bientôt rejoins par 14’000 Allemand issu de la SS ReichsFührer ce qui porte à 94’000 soldats pour 200’000 habitant. Nous avions un soldat pour deux habitants, Hitler venait se rendre compte de l’atout stratégique de notre île.

Un homme mandaté par le Général lui-même tente de réunir toutes les branches des résistances corses. Il s’appelait Fred Scamaroni, et c’était un très bon ami. Un jour la police politique Italienne esr venue à la maison et chercher Fred. Ils m’ont mis un pistolet sur la tempe devant ton père, tes oncles et tante et m’ont obligé à avoué ou il était caché. J’ai dû leur donner l’emplacement de sa cache, mais je savais qu’il avait changé, la police m’a laissé et est partie. Fred fut tout de même arrêter de se suicida pour ne pas parler. Paix à son âme.

Devant la mort de Fred, le commandement allié envoya Paul Colonna d’Istria, qui avait pour mission de finir de fédérer la résistances, de trouver des terrains adéquat aux parachutage et les cibles clé.
Notre salut, pitchoun, on le doit aussi à notre sous marin des Force française Navale Libre, Casablanca, rescapée du Sabordage de Toulon qui nous livra agents, armes, munitions.

Tu sait Hugo, quand tu regarde en haut vers la montagne, pense que tes grands parents, et tes parents s’y sont caché pour ne pas être tué ou emprisonné par les Italiens. Nous frappions forts, dès que nous le pouvions. Un Corse sur 20 était résistant mais pour chaque soldats tué nous devions encore mieux nous caché car les polices politiques Allemande et Italienne nous rendait la monnaie de notre pièces dès qu’il le pouvait.

Puis le 3 Septembre 43, devant l’avancé des alliés, l’Italie signe un armistice discrètement, ce qui poussa le 9 Septembre, les troupes Allemande et Italienne aidé par les résistants à se tirer dessus. Ce jour du 9 Septembre 43 verra aussi le débarquement allié à Salernes. C’est lors de ses combats qu’un obus de char allemand Panzer II me priva de ma jambe. Mais celui-ci ne me priva pas de ma vie, il me restait trop de chose à voir à faire, et si j’était mort ce jour là, je ne t’aurais jamais connu mon figliulinu.

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Opération Ten-Go

Bienvenue ! Bienvenue mes ami(e)s, dans les Anecdotes.

« Bakayarô ! » (« Bande d’imbéciles ! »)

C’est par ce cri du cœur que le capitaine Atsushi Ōi commenta le plan de l’opération Ten-Go quand il lui fut présenté. Cela ne présageait que du bon ! Cela commença quelques mois plus tôt, en mars 1945. Lors d’une réunion au sommet, l’Empereur se voyait exposé les contre-mesures prévues par le Mikado pour empêcher l’invasion imminente d’Okinawa. Hirohito aurait alors demandé où se trouvait la Marine dans tout ce plan. « N’avons-nous plus un seul navire disponible ? » aurait-il demandé. Par cette simple remarque, le sort du cuirassé géant Yamato était scellé. Réduite à peau de chagrin, la Marine ne pouvait plus compter que sur quelques vaisseaux opérationnels, rassemblés à Kure, et quelques centaines d’avions, pilotés par des novices, la plupart destinés à suivre la voix du Vent Divin, si vous voyez ce que je veux dire. Une opération fut alors montée en vitesse, de type « kamikaze manquante », impliquant… dix navires. Le but était simple mais démentiel : pendant que la « Flotte » composée du Yamato, d’un croiseur de classe Agano et huit destroyers attirerait l’attention des navires protégeant la force d’invasion, 115 avions-suicide en profiteraient pour attaquer la flotte assiégeant l’île. Facile ! Une fois un chemin taillé dans le dispositif ennemi, le Yamato et ses comparses doivent aller s’échouer dans le lagon d’Okinawa et servir de batteries côtières jusqu’à annihilation. Une fois sans navire, les équipages iront rejoindre la terre ferme pour renforcer la garnison. Le Japon en 1945 messieurs-dames !

Comme l’a si poétiquement illustré le capitaine Ōi, le plan, conçu par le commandant-en-chef de la Flotte Combinée (Rengo Kantai), l’amiral Toyoda Soemu, reçut dès les premières heures les plus vives critiques. L’homme chargé d’exécuter ce plan, le vice-amiral Seichii Ito, fut parmi les plus critiques, arguant qu’en de telles circonstances, ce ne serait qu’un gâchis de ressources et de carburant, pour un résultat condamné à être quasi-nul. De plus, l’absence totale de couverture aérienne, à une époque où les avions US règnent en maîtres dans le ciel, leur assurait d’être découverts et surveillés en permanence. Et surtout, on envoyait 10 navires contre 60 ! Dont un sacré paquet de porte-avions, est-il besoin de le préciser. Enfin, Ito défendait l’option d’une attaque de nuit, manœuvre à laquelle les japonais étaient doués, mais rien à faire. De nombreux commandants de la Marine se rangèrent à son avis. Ce fut en s’entendant dire que cet assaut naval visait à préserver « les traditions et la fierté de la Marine Impériale » que le capitaine Ōi poussa sa beuglante.

Pourtant, après un briefing au plus haut niveau, après avoir été informés que l’attaque permettrait à la centaine de kamikazes de frapper un coup décisif sur la flotte d’invasion, et après s’être entendu dire que l’Empereur attendait d’eux qu’ils fassent le maximum pour sauver Okinawa, les commandants de la Flotte Combinée fléchirent, et l’opération Ten-Go fut lancée.

Il convient maintenant de dire un mot de l’opération Kikusui. Lancée elle aussi le 6 avril, il s’agit d’un plan d’envergure sensé affaiblir considérablement la force d’invasion américaine, et à la réalisation assez simple : entre le 6 avril et le 22 juin, par dix vagues successives, ce sont pas moins de 1400 avions-suicide qui se jetèrent sur les forces américaines ! Considérant l’état général du Mikado au début de la défense d’Okinawa, imaginez après sa chute. La défense du sol impérial était si vitale pour l’idéologie militaire que tout, littéralement tout, lui fut sacrifié. Cela dit, pour en revenir à notre sujet, ne nous méprenons pas : Ten-Go (ou Ten’ishi-go) n’est pas une composante de Kikusui. Au mieux, Ten-Go rend service à Kikusui, mais sans plus. Car si tel était le cas, la Seconde Flotte n’aurait eu qu’à se retirer une fois les éléments américains éloignés d’Okinawa. Non, Ten-Go est un suicide naval massif avant tout, dans le pur esprit de l’époque.

Si cet assaut désespéré porte décidément la marque du Japon impérialiste, quelques détails en font une mission peu ordinaire. Premièrement, la veille du départ, on débarque 80 membres d’équipage de la flotte, les vieux, les malades et les novices. Ensuite, dans ses mémoires le marin Kazuhiro Fukumoto cite un étrange état d’esprit à bord : il remarque un comportement inhabituel chez les officiers, qui fraternisent curieusement avec l’équipage, aident à faire les corvées, discutent librement. Ces événements à bord du Yamato se passent le 5 avril au soir, à l’ancrage de Mitajiri, à l’occasion d’un ultime banquet avant l’assaut, après avoir quitté le port de Kure trois jours plus tôt. Enfin, on a donné à qui le souhaiterait la possibilité de quitter le bord. Nul ne le fit certes, mais c’est à noter. Sachant que les pilotes kamikazes eux n’avaient pour ainsi dire pas le choix (certaines sources affirment qu’on soudait le cockpit pour empêcher les « volontaires » de s’éjecter), c’est un élément remarquable, sans doute à associer aux réticences des officiers de la flotte. Le 6 avril au matin, la Seconde Flotte lève l’ancre, et après une escale de dix heures au dépôt de carburant de Tokuyama, à 15h20 c’est le grand départ.
Il convient ici de dresser un état des lieux des forces en présence.

Coté japonais : le Yamato, qu’on ne présente plus. Son escorte se compose du croiseur léger Yahagi (classe Agano) et huit destroyers. Huit ? Ah non excusez, sept, puisque le 7 avril au matin le Asashimo connut des avaries moteurs et fut contraint de rebrousser chemin.

Coté américain : 11 porte-avions, six cuirassés, 11 croiseurs et plus d’une trentaine de destroyers.

Cherchez l’erreur. L’erreur, c’est Yamamoto qui la révéla le premier : on ne réveille PAS le géant industriel américain ! On lui ouvre la gorge dans son sommeil, mais une fois réveillé et furieux, c’est le fameux « rouleau-compresseur » qui se met en marche.

La suite est connue des livres d’histoire (et des pages Wikipedia) : moins de trois heures après le départ, la vigie de l’Isokaze (classe Kagero) signala un sous-marin américain en surface, l’USS Threadfin (SS-410). Ce dernier ne manqua pas, vers 21h45, d’envoyer un rapport détaillé sur la flotte japonaise, imité quelques temps plus tard par l’USS Hackleback (SS-295), mais les deux sous-marins n’ont pas l’opportunité d’attaquer.
Le lendemain à 6h30, six chasseurs A6M « Zeke » rejoignent le groupe pour fournir une couverture aérienne. Pour les trois heures et demi suivantes, un total de 14 chasseurs viendront remplir ce rôle par petits groupes. Quatorze… De toute façon ils n’eurent aucun rôle. A 8h30 un Hellcat de l’USS Essex (CV-9) repère le groupe. Dix minutes plus tard, le groupe repère à son tour brièvement sept Hellcat, contrairement aux Zekes d’escorte qui eux ne voient rien. A 10h14 ce sont deux PBM Mariner qui sont aperçus. A 11h07, le radar aérien du Yamato signale un important groupe d’appareils à 63 miles au Sud, se dirigeant droit vers eux. Dès lors la flotte japonaise accélère jusqu’à 25 nœuds et ne cessera de manœuvrer pour tenter d’échapper à cette menace implacable venue du ciel. Ce qu’ils ignorent, c’est que depuis 10h, c’est près de 400 avions qui sont en train de décoller depuis huit porte-avions de la Task Force 58 !

A 12h32, les vigies du Yamato repèrent la première vague, 25 degrés à babord : 132 chasseurs, 50 bombardiers et 98 bombardiers-torpilleurs ! Au même moment, le Asashimo isolé est coulé par les appareils du porte-avion San Jacinto. Pour la Seconde Flotte, le carnage commence.

Comme on le voit, la Seconde Flotte n'est pas allé bien loin. (source : battleshipyamato.info)

Comme on le voit, la Seconde Flotte n’est pas allé bien loin. (source : battleshipyamato.info)

 

Le plus drôle, c’est que cela n’aurait même pas dû se passer comme ça. Tôt dans la journée, l’amiral Raymond Spruance, commandant la 5eme flotte US, avait ordonné à la Task Force 54 de l’amiral Morton Deyo d’intercepter le groupe japonais. Or, Deyo commande une flotte de cuirassés ! C’est le vice-amiral Mitscher, à la tête de la TF 58, qui sans attendre d’ordre ordonna le lancement d’un assaut aérien massif depuis ses porte-avions, n’en informant Spruance qu’une fois tous ses appareils en l’air. Si le plan originel de Spruance avait été appliqué, nous aurions alors vu le Yamato s’engager dans le combat pour lequel il avait été conçu : pouvoir affronter simultanément plusieurs cuirassés américains. La force de Deyo se compose des cuirassés Massaschussets, Indiana, Missouri, New Jersey, South Dakota et Wisconsin, (donc trois classe Iowa et trois classe South Dakota) ainsi que de sept croiseurs dont les croiseurs de bataille Alaska et Guam, accompagnés par 21 destroyers. Dans les faits, le Yamato et son escorte étaient perdus d’avance, la présence US dans le secteur était bien trop écrasante, d’autant que la Navy n’avait rien d’autre à se mettre sous la dent. Et seul contre six cuirassés, Dieu seul sait combien de temps le super-cuirassé aurait tenu. Mais quel combat cela aurait été !
Hélas, la suite on la connaît. Informé de l’initiative de Mitscher, Spruance accepte le plan, et place Deyo pour intercepter quiconque survivrait à l’attaque aérienne.

Face aux 280 appareils en approche, le Yamato et son escorte ouvrent le feu avec tout ce qu’ils ont. Même les énormes 460mm sont de la partie. Ils ont chargé des Sanshikidan, un type d’obus particulier, contenant 900 tubes incendiaires et 600 plaquettes d’acier. Un mélange de munition incendiaire et de shrapnels en somme. Équipés d’un détonateur réglable, l’obus explosait à l’altitude voulue en dispersant son contenu sur un angle de 20 degrés vers l’avant, effet garanti. Ou pas, car leur comportement en vol était assez mauvais, de plus le souffle du départ perturbait le tir des canons anti-aériens plus petits. Encore une fois, avoir les plus gros canons embarqués du monde s’accompagne de petits tracas.

Un Sanshikidan de 460mm

Un Sanshikidan de 460mm

son explosion particulière

et son explosion particulière

 

Imaginez maintenant les 9 canons de 460mm, les 24 de 127mm, et les plus de 150 canons de 25mm tirant tous à la fois vers le ciel. Dans ses mémoires, l’ancien officier Naoyoshi Ishida raconte : « Les mitrailleuses tiraient partout. C’était comme un filet de balles, ce n’était pas si facile pour les avions de nous bombarder. J’avais envie de leur lancer des pierres, ils étaient tellement proches. […] J’esquivais les balles qui rebondissaient sur le métal. Des gens tombaient sur le pont, frappés par les shrapnels. »

Dans ce combat, l’absence totale de soutien aérien permettra aux pilotes US de préparer tranquillement leurs attaques à haute altitude, loin des canons de DCA japonais. Huit minutes après le début de l’engagement, le Yamato est frappé par deux bombes à l’arrière du mat principal, l’une dans les quartiers de l’équipage, l’autre entre le magasin à obus de 155mm et le magasin à poudre de la tourelle principale numéro 3 : le système de contrôle de tir arrière et son radar aérien sont hors service. A partir de cet instant et jusqu’à la toute fin, un incendie fera rage dans ce secteur. La flotte vire à l’Est-Sud-Est, full speed.
A 12h43, cinq Avengers torpilleurs attaquent à bâbord, et une torpille frappe au niveau de la soute aux chaînes où se trouvent le guindeau. 2350 tonnes d’eau de mer s’y engouffrent, compensées au mieux par 604 autres tonnes d’eau à tribord. Pendant ce temps, des Corsairs arrosent le pont à la mitrailleuse et à la roquette.

Un Helldiver au-dessus du Yamato, en pleine bataille. On aperçoit un destroyer à droite.

Un Helldiver au-dessus du Yamato, en pleine bataille. On aperçoit un destroyer à droite.

 

L’escorte n’est pas en reste en terme de malheurs, le Hamakaze voit son arbre d’hélice tribord détruit par une explosion d’obus le long de son flanc, et deux minutes plus tard une torpille frappe en plein milieu de sa coque, lui brisant l’échine, et il sombrera quelques temps après. Le Suzutsuki reçoit une bombe à tribord et s’enflamme. Peu après, une torpille l’atteint tout à l’avant et pulvérise la proue. Le Fuyutsuki encaisse deux roquettes dans sa superstructure. Le croiseur Yahagi a lui reçut une torpille droit dans la salle des machines, tuant tout le personnel, le laissant à la dérive à la merci des coups suivants. Le Isokaze, tentant de venir à son secours, fut durement touché. Mais soudain le calme retombe, la première vague US se retire. Abandonnant le Yahagi, les survivants prennent un cap plein Sud, à 22 nœuds. Avec seulement deux bombes et une torpille reçues, le Yamato a esquivé le plus dur. Dix minutes plus tard, la seconde vagues est repérée par le dernier radar opérationnel.

Le Yamato full speed sous le feu ennemi. On distingue l'incendie à l'arrière de la superstructure.

Le Yamato full speed sous le feu ennemi. On distingue l’incendie à l’arrière de la superstructure.

 

Cinquante appareils des porte-avions Essex et Baatan attaquent, rejoints dix minutes plus tard par une troisième vague de 110 appareils des Yorktown, Intrepid et Langley. Tous les assauts se concentrent cette fois sur le Yamato. Vingt Avengers attaquent à bâbord, trois torpilles frappent au milieu de la coque, et le gouvernail auxiliaire se bloque en position bâbord toute. La situation s’aggrave, c’est à présent 3000 tonnes d’eau qui font dangereusement gîter le géant. La salle de contrôle des dégâts ayant été détruite par une nouvelle bombe, les équipes de sécurité sont incapables d’inonder les ballasts spéciaux à la proue et à la poupe pour compenser. En désespoir de cause, c’est toute la salle des machines et la chaufferie tribord qui sont inondées, et ce sans que le personnel ne soit prévenu, entraînant la noyade de plus d’une centaine de machinistes. Avec ce poids et la moitié de ses machines hors service, le Yamato ralentit jusqu’à 10 ou 12 nœuds. Pour couronner le tout, la centrale de contrôle de tir a elle aussi été frappée par une bombe, obligeant chaque canon à être guidé et manœuvré à la main, ce qui diminue grandement l’efficacité du tir. Durant la seconde et troisième vague, ce sont au moins 15 bombes et huit torpilles qui frappèrent le Yamato. A 14h02, la gîte est de 15 degrés à bâbord. L’officier Nomura Jiro informe le capitaine Aruga que la totalité de l’équipe de sécurité est décédée et que le naufrage est inévitable. Les ordres d’annulation de la mission, d’abandon du navire et de sauvetage des naufragés sont donnés et transmis à la flotte par pavillons, la radio étant elle aussi détruite. Cependant le capitaine Aruga et le vice-amiral Ito refusent de quitter le navire. Le portrait de l’Empereur est décroché de sa cloison.

Le Yamato toujours en feu et gîtant dangereusement sur bâbord.

Le Yamato toujours en feu et gîtant dangereusement sur bâbord.

 

A 14h05, le géant immobile commence à chavirer et se retourne complètement quinze minutes plus tard, non sans avoir reçu de nouvelles torpilles à tribord. A 14h23, une immense explosion déchire le cuirassé, une explosion si intense qu’elle fut observée à Kagoshima, à 200 km de là, et son champignon s’éleva à plus de 6 km de hauteur ! D’après le survivant Yoshida Mitsuru, le souffle aurait abattu plusieurs avions US qui assistaient aux derniers instants du Yamato. Concernant la cause de l’explosion, elle est due selon les sources à l’explosion du magasin principal des suites de l’incendie, ou tout simplement à la chute des obus de leurs râteliers ce qui les fit détoner. Quoi qu’il en soit, à cet instant la flotte japonaise impériale cessait d’exister.

 

Quelques instants après l'explosion. On y voit les trois derniers destroyers encore opérationnels.

Quelques instants après l’explosion. On y voit les trois derniers destroyers encore opérationnels.

Je sais que j’étais supposé ne pas beaucoup parler du Yamato, mais c’était trop tentant. Parlons de l’escorte plutôt. Car là aussi, les anecdotes ne manquent pas.

Alors que le Yamato vivait ses derniers instants à l’endroit, le Yahagi sombrait, frappé en tout par sept torpilles et douze bombes. Étonnante résistance pour un croiseur qui dérivait depuis les premières heures du combat. Le Isokaze, qui avait tout tenté pour sauver le leader de l’escorte, sera sabordé quelques heures après la bataille par son équipage, de même que le Kasumi.
De fait, il n’y eu que quatre survivants au sein de la Seconde Flotte. Le Fuyutsuki s’en sortit bien, de même que les Isokaze et Hatsushimo. A eux trois, ces navires sauveront des eaux et du mazout 276 marins du Yamato (sur un équipage entre 2750 et 3300 hommes selon les sources), 550 du Yahagi sur un équipage d’environ mille personnes, et 800 autres des Isokaze, Kasumi et Hamakaze. Sur le Asashimo, coulé à l’écart de la flotte, il n’y aura aucun survivant parmi les 326 membres d’équipage. Anecdote mortuaire : le capitaine Aruga reçut une rarissime double promotion posthume jusqu’au grade de vice-amiral par l’amiral Toyoda. Le commandant de l’expédition, le vice-amiral Ito, fut lui aussi promut.

 

Le Yahagi en train de passer un très mauvais moment. On note l'absence de sillage montrant que le croiseur était à l'arrêt, « dead in the water » comme disent les ricains.

Le Yahagi en train de passer un très mauvais moment. On note l’absence de sillage montrant que le croiseur était à l’arrêt, « dead in the water » comme disent les ricains.

La note du boucher donne entre 3700 et 4250 tués pour la Rengo Kantai, et pour l’US Navy… douze aviateurs et dix avions.

Le pire, c’est que tout cela ne servit pour ainsi dire à rien. Pendant ce temps, n’oublions pas que l’opération Kikusui numéro 1 suivait son cours, et que 115 avions, principalement des kamikazes, attaquaient la flotte d’invasion. Aucun navire US ne coula ce jour-là, le porte-avion Hancock et le cuirassé Maryland furent faiblement touchés, et le destroyer Bennet plus durement, tous par des kamikazes, pour un total de 85 tués et 122 blessés. De leur coté les japonais perdirent une centaine d’appareils et leurs équipages. En tout, l’opération Kikusui causa la perte d’une trentaine de navires US de diverses tailles et environ 5000 morts.
Oh, et pour l’anecdote, Kikusui signifie « Chrysanthème flottant », et fait référence à l’emblème d’un guerrier légendaire, Kusunoki Masahige, qui à la bataille de Minatogawa en 1336 mena une résistance désespérée, et inutile, avant de se donner la mort pour éviter le déshonneur de la capture. Tout un programme.
On pourrait également dire que l’opération Ten-Go a eu par la suite un grand impact dans l’imaginaire collectif japonais. Par la grandeur suicidaire de sa fin, le dévouement jusqu’à l’absurde qui caractérisa cette époque, la fin du Yamato (autre nom pour le Pays du Soleil Levant, rappelons-le) symbolise la fin de l’Empire japonais.

Et après me direz-vous ? Après, c’est l’invasion d’Okinawa, terminée le 21 juin, c’est le feu nucléaire, mais ça c’est une autre histoire.
Le Hatsushimo donna sur une mine larguée par avion près de Maizuru, et fut le 129eme et dernier destroyer perdu par la Marine pendant la guerre, le 30 juillet. Réparé, le Fuyuzuki sauta sur une mine le 20 août, et termina à la ferraille. Seul le Yukikaze survécut à la guerre pratiquement intact.

Et le quatrième survivant me direz-vous ? Qu’en est-il du Suzutsuki ? Aaah, mon anecdote préférée. Ce classe Akizuki, dont le nom signifie « Lune claire d’automne », a en effet connu un très sale moment. Incendié comme une torche, la proue arrachée, 57 morts et 34 blessés, il réussit malgré tout à rallier Sasebo, où il ne fut jamais réparé. Mais en raison de l’immense voie d’eau à l’avant, il parcourut les 200km qui le séparaient du salut… en marche arrière.

 

Le Suzutsuki, ou ce qu'il en reste, peu après la fin de la guerre. On voit le trou béant laissé par la bombe et l'incendie qui suivit. (source : lex-for-lexington.tumblr.com)

Le Suzutsuki, ou ce qu’il en reste, peu après la fin de la guerre. On voit le trou béant laissé par la bombe et l’incendie qui suivit. (source : lex-for-lexington.tumblr.com)

Voila camarades, c’était la première Anecdote, sur l’opération Ten-Go et beaucoup de diverses choses qui tournent autour. J’espère que vous aurez apprit des choses et prit du plaisir à la lecture de ce billet peu orthodoxe. Le SPA et moi-même vous souhaitons une excellente fin d’été, et bon jeu !

Sources :

 

Les images non créditées proviennent toutes de Wikimedia Commons.

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[IRL] Das Boot Tour: CA Colmar 2017

Si l’année dernière l’équipe Das Boot Création, pour son Conseil d’Administration (CA), était partie à l’Ouest (Brest – Bretagne) cette année c’est à l’Est dans la région de Colmar (Alsace) que nous avons posé nos sacs en ce début juin. Arrivés tard dans la nuit pour certains, nous prenons néanmoins le temps d’un petit verre de l’amitié autour de quelques discussions Das Boot et du programme, chargé, du week-end le tout sous l’œil étonné et la truffe curieuse de Miki le lévrier anglais des maîtres des lieux.

Samedi matin, pas de répit pour les braves car nous avons prévu un gros morceau : le Cahier des Charges User & Persos.
Cela fait pas mal de temps que nous travaillons sur ce document extrêmement important. Que ce soit en binômes (Kojak et Maurice étant plus particulièrement centré sur ce travail) ou lors de nos réunions bimensuelles (une quinzaine depuis l’AG de novembre), c’est l’occasion de parcourir ce document et d’affiner certains points de manière collégiale.
Si l’équipe sait déjà dans quelle direction naviguera le navire Das Boot, le diable se cache dans les détails comme l’on dit et cette « brique fondamentale » de notre métaphore du Lego (vous connaissez ce concept si vous nous suivez régulièrement) capte toute notre attention. Car parfois si dans le document un aspect est sous-entendu, comme le dirait Maurice : « sous-entendu c’est bien, mais quand c’est entendu c’est mieux ».

Dans la foulée, Kojak nous présente un premier exercice de codage de la V.2.0. : la page de création du compte User.
Ce compte permettra aux joueurs de se connecter à leur interface User où leurs différents comptes Personnage seront renseignés avec un certain nombre d’actions possibles sur ceux-ci.

Réalisation de Szczepan Grzeszczyk

Réalisation de Szczepan Grzeszczyk

Le module User & Persos est un peu comme ces colombages qui font le charme des maisons de Colmar. Ils définissent à eux seuls non seulement le style et l’architecture de la maison mais sont également un élément structurant de la construction qui s’étend tout le long des étages de la façade.
Le module User & Persos est lui aussi cette sorte de pierre angulaire (ou brique fondamentale, cfr plus haut) du jeu Das Boot car il en définit la future structure et architecture du jeu tout en ayant des implications et ramifications à travers l’ensemble des modules suivants à venir quelque soit son positionnement dans la construction (la couche des blocs fonctionnels jaunes sur notre modèle Lego).
Vous comprendrez donc aisément que ce module doit être traité de manière extrêmement complète avec une vision particulièrement développée sur le futur. Un exercice aussi difficile que passionnant qui nécessite d’y apporter tout notre soin et qui par conséquent nous a prit, et prend, pas mal de temps.

Maison à Colombage du Vieux Colmar - Le style et l’architecture de la maison mais également un élément structurant de la construction qui s’étend tout le long des étages de la façade.

Maison à Colombages du Vieux Colmar – Le style et l’architecture de la maison mais également un élément structurant de la construction qui s’étend tout le long des étages de la façade.

Dans notre lancée de la matinée, l’après midi nous prenons nos quartiers dans le salon face au mur.
En effet comme nous en avons pris l’habitude lors des CA et AG nous maculons de post-it un mur de nos hôtes. Pas pour la performance artistique (quoi que) mais pour y développer de manière structurée l’arborescence détaillée des modules de base définit à l’AG : User, Persos, Unités, Carte, Case, Réforme stratégique, Communication, Port, Log & traitement, Back Office.

Cette fois ce sont les modules « Log & Traitement » ainsi que « Carte », « Case » et « Port » qui s’étaleront sur près de 2m².
Le travail sur le premier module devrait nous permettre de générer un certains nombre de statistiques du jeu qui nous permettrons un travail d’analyse de ces différents aspects et entre autre de nouvelles implémentations. Il permettra également un meilleur travail au niveau du débogage et du déroulement des événements.
Nous n’en dirons pas plus pour des raisons évidentes de sécurité.
Pour les trois autres, nous avons détaillé ces caractéristiques (post-it jaunes), ces sous arborescences (post-it orange) ainsi que les liens à prévoir en Back-Office ou interface EM (post-it rose). Le traitement des ports, que ce soit en tant que « Havre de Paix » ou comme « Verrou Stratégique » apportera un éclairage particulièrement intéressant que nous lierons au module « User & Persos » (comme quoi vous le voyez, tout est lié et interconnecté).

l'Arborescence des modules « Carte », « Case » et « Port »

l’Arborescence des modules « Carte », « Case » et « Port »

Mais développer c’est aussi prévoir et c’est ainsi que le soir, rejoins via Skype par GRIM, notre spécialiste graphique (c’est à lui que nous devons les magnifiques bannières accompagnant les articles du Service de Presse des Armées), nous nous projetons déjà sur l’aspect des fonctionnalités nécessaires pour répondre aux actions des utilisateurs : le « Zoning » et le « Story-board ».

1. Zoning :
Le zoning est la pratique qui consiste à « découper » et représenter les différentes zones et les types de contenus (zones de navigation, les contenus, le logo, le pied de page, le moteur de recherche, ou le fil d’Ariane…) qui leurs sont affectés pour un type de page du site de façon schématique.

2. Story-board :
Point de vue fonctionnel et ergonomique des pages / différents types de pages. Décrire d’une manière précise ce que contient la page, où se trouvent les éléments, quel est leur comportement, quel est leur taille.

Bien qu’il s’agisse là d’un premier débroussaillage sur le sujet, il apparaît important de commencer dès à présent à réfléchir à ces aspects afin d’obtenir une approche intégrée des différent types de pages que nous proposerons mais également des niveaux d’informations ou encore du fonctionnement du jeu sur d’autres supports que le classique PC familial (« Responsive Design »).

Le dimanche matin, après une courte nuit, nous nous autorisons une excursion dans les rues du vieux Colmar. Guidés par Thémis, nous flânons le long des nombreux édifices de la ville, toujours en quête des curiosités nichées au fond d’une cour intérieure ou d’une ruelle que le soleil, de plomb tout au long du week-end, épargne.
C’est vraiment une très belle ville, pleine de charmes discrets et de détails architecturaux intéressant des anciens. Après une dégustation de Bretzel nous retournons au camp de base car nous avons encore un sujet à traiter : le module « Progression joueurs ».

En effet, Lucette, depuis de nombreux mois, travaille et développe cette réflexion sur la progression. C’est-à-dire : tout ce qui permet au joueur d’améliorer ses capacités par rapport aux possibilités qui lui étaient offertes à l’inscription. Cette réforme suit plusieurs objectifs :

1. Synthétiser et refondre le système de progression des joueurs, actuellement redondant et dont les différentes branches ont été accolées les unes aux autres sans autre traitement ;

2. Faire des joueurs des acteurs de leur progression, par opposition aux systèmes de gains actuels qui sont majoritairement passifs ;

3. Donner une plus grande place à la spécialisation des capitaines, notamment à travers des spécialités plus développées et une gamme de bonus possible plus large.

Cette importante évolution sera probablement l’un des prochains Cahier des Charges en cours de développement.

Progression de l'officier de pont.

Progression de l’officier de pont.

Comme de tradition, après un bon repas chacun reprend la route avec dans sa besace des idées et du travail pour la prochaine réunion mais surtout avec des rêves pleins les yeux.

En vous souhaitant bon jeu,

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[IRL] Das Boot Tour: AG Paris 2016

Il est 18 heures au cœur du 13ème arrondissement de Paris, au fond d’un pub nous trouvons une table avec Kojak.
Un peu plus loin, un homme dévisage chaque nouvel arrivant qui entre… nous venons de passer sans le savoir à côté d’Ottavio Renatore/Isamu Kobayashi. Heureusement chacun à sa table se rend compte que nous sommes là pour la soirée Das Boot qui a lieu en prélude de l’Assemblée Générale de l’Association Das Boot Création du lendemain dimanche.
Au fil des minutes, la table s’étoffe de joueurs italiens (les autres ont dû croire à un traquenard en voyant le lieu du rendez-vous), d’administrateurs et de verres. C’est l’occasion de quelques échanges et anecdotes, de questions aussi (notamment sur la V.2.0.), de partage des plaisirs du jeu qui nous (ré)unis. C’est aussi pour nous l’occasion de prendre le pouls sur la pertinence de notre communication vers la communauté DB quant à nos travaux actuels.
Nous poursuivons la soirée non loin de là dans un restaurant italien (comme pour rassurer les courageux qui ont fait le déplacement) jusqu’à une heure raisonnable pour tout le monde, c’est que la journée du lendemain sera longue.
Nous tenons encore une fois à remercier Iro Imashi/Enrico Di Tufo pour son geste tout à fait sympathique en fin de soirée.

Le dimanche matin est donc réservé à l’AG de l’Association, réunion administrative s’il en est, qui permet autant une rétrospective de l’année écoulée qu’un plan d’action pour celle à venir.
Comme vous vous en doutez, c’est avant tout la V.2.0. qui a occupé et occupera encore notre attention. Mais pas uniquement puisque, malgré notre annonce concernant la non-maintenance active de la version actuelle du jeu, nous avons également été occupé par la gestion au jour le jour des petits tracas du quotidien des joueurs (transferts, questions des nouveaux arrivants, changements en tous genres, Bureau de Répression des Fraudes,…).

Réalisation de Szczepan Grzeszczyk

Réalisation de Szczepan Grzeszczyk

Pour ce qui concerne la V.2.0, nous avons cette année travaillé par tâtonnement progressif, en apprenant et renouvelant nous aussi sans cesse nos expériences pour trouver un modus operandi commun qui nous permette de croiser nos travaux entre les réunions hebdomadaires que l’équipe met en place et les séances de travaux en binômes spécifiques à un sujet donné.

Ce fractionnement des tâches, avec retour collégial lors des réunions, permet de travailler spécifiquement sur un module tout en ne perdant pas de vue son implication à une échelle plus large de la réécriture technique complète du jeu entamée.
C’est ainsi que les « Cahiers des Charges » ainsi obtenus ont pour but de décrire non seulement le fonctionnement actuel mais surtout le fonctionnement souhaité de chaque module pour ensuite y décrire les spécifications techniques inhérentes ainsi que les améliorations que nous souhaitons y apporter en terme d’ergonomie mais plus encore en matière d’avancées futures possibles ou de remodelage du module / concept.
Si ces mots vous paraissent un peu abstraits, imaginez-vous que nous avons défini une base commune de travaux : la plaque de base verte de notre concept ci-dessus (métaphore du Lego) sur laquelle se développeront les différentes strates (elles-mêmes formées de plusieurs modules mis côte à côte et représentés par les blocs jaunes) qui formeront couche après couche le jeu dans sa nouvelle version.

Nous vous rappelons que la finalité de cet important travail est d’offrir aux joueurs une copie du jeu actuel mais (et c’est là toute la différence par rapport à la situation « critique » dans laquelle nous nous trouvons) techniquement propre et souple.
Concrètement nous souhaitons engager le processus de codage en temps que tel du premier module, dénommé « USER », dans le courant du mois de janvier-février. Ce premier module permettra tout simplement de se connecter au jeu (en collaboration avec le module « Page d’accueil ») ou plus exactement permettra aux joueurs de se connecter à leur interface User où leurs différents comptes personnages y seront renseignés avec un certain nombre d’actions possibles sur ceux-ci (nous détaillerons ces possibilités dans un article spécifiquement consacré à l’avancement de la V.2.0.).

Mais développer c’est aussi prévoir et c’est pour cela que l’après midi nous avons également remis à contribution le mur du salon de chez Kojak pour y développer l’arborescence de la V.2.0. (rappelez-vous que l’année dernière nous avions décortiqué ainsi le jeu dans sa version actuelle).

Version de travail sur Mur

Version de travail sur Mur

La même chose, mais mis au propre

La même chose, mais mis au propre

Ce faisant, chacun a pu prendre la mesure des implications et des inter-connectivités des différents modules existants et futurs. Ainsi, non seulement devons-nous prévoir les interfaces mais surtout les différentes fonctions utiles et nécessaires, les liens entres elles et les autres modules et les interactions possibles pour les joueurs via ces interfaces qui auront immanquablement des répercutions sur les modules associés ainsi que sur les spécifications techniques de chacun d’entres eux.
Comme vous le voyez, il ne suffit pas de penser local mais il faut toujours avoir à l’esprit les schémas des niveaux d’interactions supérieurs ce qui implique un gros travail de préparation, effectué lors des réunions de binômes, et nourri par les réunions bimensuelles collectives. Un travail certes invisible pour les joueurs mais néanmoins indispensable et très énergivore.

Relations Tables-Objets

Relations Tables-Objets (brouillon)

En conclusion, nous vous assurons que l’équipe avance sérieusement sur ce gros travail de description et de préparation indispensable à la formalisation et l’amélioration du confort de jeu, autant pour les joueurs (ergonomie, possibilités accrues et futures) que pour les administrateurs (maintenance et lisibilité technique, traçabilité et souplesse du code).
Nous continuerons donc à échanger entre membres de l’équipe (totalement bénévole et par définition donc avec des disponibilités variables suivants nos IRL – il est toujours important de ne pas perdre cet aspect des choses de vue) mais également avec les joueurs que ce soit à l’occasion de rencontres IRL (dont nous encourageons la communauté à produire des propositions de dates – le forum sert aussi à cela), de discussions forum ou via des articles que nous espérons pouvoir produire de façon ludique et pas trop rébarbative (pour ne pas vous noyer dans les aspects techniques).
Ce long chemin de croix, semé d’embûches et de défis dignent parfois des travaux d’Hercule (ou des douze travaux d’Astérix, c’est selon), n’a pour but que de pouvoir proposer une V.2.0 à même de permettre de nouvelles fonctionnalités et de renouveler votre plaisir de jeu.

En vous souhaitant bon jeu,

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La carrière des porte-avions

Introduction

Le premier article de cette série a été consacré aux submersibles. Cependant, Bien d’autres navires ont utilisé et utilise toujours la propulsion nucléaire. La classe la plus emblématique est bien sûr celle des porte-avions. Le premier essai de décollages d’un navire date de 1910. Pendant la guerre 40, les Etats-Unis et le Japon vont montrer tout leur savoir-faire dans la construction de navires toujours plus puissant et toujours plus grand. Citons notamment le Kaga ou l’Essex. Tous ces monstres sont pourtant de conception « standard ». Embarquant entre 80 et 90 avions, utilisant le fuel, capable d’atteindre des vitesses d’une trentaine de nœuds et de 270 mètres de long (pour l’Essex).

Le Kaga nippon. Ah, ce midi c'est barbecue ! Source: ibiblio.org

Le Kaga nippon. Ah, ce midi c’est barbecue ! Source: ibiblio.org

La guerre, moteur de l’innovation : la Guerre Froide réchauffe le cerveau des inventeurs

Le Japon vaincu, la majorité des autres pays exsangue après l’effort de guerre, seul deux nations avaient encore les moyens de rechercher de nouveaux porte-avions. Bien qu’il y ait eu quelques projets, l’URSS abandonna très vite l’idée du porte-avion nucléaire. En effet, elle n’avait aucune expérience sur modèle traditionnel. Alors en plus se lancer dans un navire nucléaire aurait été des plus hasardeux. De plus, l’URSS avait beau être une grande puissance, le financement d’un tel projet auraient couté entre 1 et 2 milliards de dollars (de l’époque). Dépense que ne pouvait absolument pas se permettre l’Armée Rouge. A la place, elle dû se contenter de la classe Moskva. Des croiseurs porte-hélicoptères. Leur dernière tentative fut le projet Orel devant aboutir à la construction de l’Oulianovsk et de son jumeau. Le projet était tout de même ambitieux. Le navire aurait pu embarquer une cinquantaine d’avion et une vingtaine d’hélicoptère notamment des hélicoptères de lutte anti sous-marines. Son système de défense était également bien plus important que celui de ses homologues américains. Composé de missiles Granit de l’excellent système de défenses aérienne Kashtan et de 8 canons AK630 (le Phalanx russe) Cependant, l’effondrement du bloc soviétique mi définitivement un terme au projet de porte-avion nucléaire soviétique.

Les USA, par contre, fort de leur expérience, savaient pertinemment que la suprématie sur mer ne pourrait s’obtenir que par l’utilisation de groupes aéronaval. Le projet de super porte-avion commença très tôt : en 1949, les premiers projets furent mis en route. Ces nouveaux navires devaient devenir la quintessence en la matière. Les débuts furent cependant bien malheureux. Entre les dissentions internes, le coût des travaux toujours plus important et l’implémentations de technologie toujours plus moderne, il fallut attendre dix ans pour que le premier de ces nouveaux navires voit le jour avec une propulsion nucléaire. Ce fût le USS Enterprise. D’une conception tout à fait traditionnelle hormis sa propulsion par ses 8 réacteurs, il faisant 341m pour un déplacement de 85.000to et transportait 85 appareils. Devant les évolutions de l’armement, il faut aussi noter la présence de missiles de type Sparrow, de deux Phalanx et de lanceurs RAM comme défenses aérienne en plus des canons de 20mm.

Cependant, la marine américaine ne comptait pas en rester là. L’Enterprise était un bon navire mais la marine attendait plus. Il fallait un porte-avion toujours plus grand, toujours plus puissant et bien sûr, toujours plus sophistiqué. La célèbre classe Nimitz était née. D’une longueur de 333m pour 88.000 tonnes, c’est le plus grands et le plus puissant porte-avion moderne. Sa motorisation changea également. Il y avait 8 réacteur sur l’Enterprise pour seulement 2 sur le Nimitz. Bien mieux comprise à notre époque, la propulsion avait en effet gagné en puissance et, chose non négligeable, en fiabilité. Aucun navire américain ne fut d’ailleurs perdu à cause d’une défaillance directe de la propulsion nucléaire. On ne peut pas en dire autant des navires produits à l’est…

L'USS Nimitz en plein buuuuuuurn ! Et sans effets spéciaux, quelque chose à ajouter Fast and Furious ? Source: freewebs.com

L’USS Nimitz en plein buuuuuuurn ! Et sans effets spéciaux, quelque chose à ajouter Fast and Furious ? Source: freewebs.com

Construit à dix exemplaires et présent dans toute les flottes américaines (ou presque), ce navire peut transporter jusqu’à 90 appareils mais actuellement ils ne dépassent que très rarement 70. Composé de Grumman E-2 Hawkeye pour le contrôle aérien, de F18 Hornet et F18 Super Hornet, ils embarquent aussi quelques avions de luttes électroniques, et des hélicoptères Sea Hawk de recherche en mer et de lutte anti sous-marine. A noter que sa dotation de départ était composée d’avions célèbres mais maintenant dépassés tel que des F14 Tomcat, A6 Intruder de chez Gruman ou le Vought A-7 Corsair II largement utilisés au Vietnam. C’est également généralement cet avion et le Tomcat qui figurent dans tous les films de guerre de cet époque. Les F18 devant en théorie être à terme remplacé par des F35 si tant est que leur constructeur arrive enfin à pallier aux problèmes incessants de fiabilité de l’avion nécessitant que ce dernier passe plus de temps en maintenance qu’en vol. Ce genre de problème ne pouvant être toléré dans l’aéronavale, le remplacement est mis en pause pour le moment. Le F35 est également handicapé par le coût exorbitant du programme : plus de 1000 milliard de dollars !

Son armement défensif a également été revu à la hausse : en plus des Phalanx et des missiles Sea Sparrow présents en plus grand nombre on lui a ajouté le système RIM-116 Rolling Airframe Missile plus connu sous sa dénomination générique de RAM. Bien que portant le même nom, c’est une version moderne qui diffère assez bien de son homologue du USS Enterprise même si le principe reste le même. Il dispose aussi d’un système anti-torpille CAT. Ce système est en fait une mini torpille qui doit soit intercepter la torpille assaillante, soit la dévier en emportant un leurre avec elle.  L’un dans l’autre, c’est sans conteste un des navires les mieux protégé et surement le plus dangereux ennemi qu’on puisse trouver sur mer. Difficile à couler et pouvant embarquer un total de 90 appareils, cet aéroport flottant est le roi des océans. Bien sûr, et ceci est commun à tous les porte-avions, ancien ou moderne, il ne voyage jamais seul. Ravitailleur(s), escorteurs de tout type et sous-marin(s) d’attaque (nucléaire aussi) ne font que renforcer sa puissance. Il reste cependant un point qui peut paraitre anachronique le concernant : malgré son armement des plus moderne, il dispose en plus de quelques mitrailleuses de calibres 50. La fameuse Browning M2. Ayant passé les deux guerres mondiales, elle est toujours bien là et continue à équiper nombres de navires et véhicules moderne. Pour la petite histoire, cette mitrailleuse, bien qu’inventée par un américain, est maintenant un produit belge. En effet, la firme Browning a été racheté par la FN Herstal plus connue sous le nom de fabrique nationale belge qui a également inventée une autre mitrailleuse célèbre : la minimi vendue sous licence aux USA sous la dénomination M249. Mais on s’éloigne un peu de nos navires nucléaires.

COCORICO BORDEL !

Même si l’URSS a dû abandonner ses projets dans le domaine, une autre nation tenta l’aventure mais avec beaucoup moins de succès. Cette nation n’est autre que la France. Vous l’aurez compris, nous ne pouvions oublier de parler du Charles de Gaulle (CDG). Commençons si vous le voulez bien par le tour du propriétaire. Notre vedette nationale qui est le seul porte-avion nucléaire non américain au monde, fait 261m de long pour 42.500 tonnes à pleine charge. Soit moitié moins que les Nimitz. Il croise à une vitesse maximum de 27 nœuds contre une trentaine toujours pour la classe Nimitz (32 pour le PA non nucléaire Clémenceau). Il peut transporter jusqu’à 40 appareils dont 4 hélicoptères de recherches et de lutte anti sous-marine, 30 Rafales (un des meilleurs avions moderne) et quelques Super Etendards qui devrait avoir totalement disparus au profit de Rafales supplémentaire en 2018. (Soit 30 à 36 avions embarqués en tout). Et enfin, son armement qui reste tout à fait dans les standards des navires modernes est composé de missiles Aster (équivalent national des Sparrow), de missiles Mistrals qui seraient inutile de vous présenter et de 8 canons de 20mm.

Le Charles de Gaulle. Source: forummarine.net

Le Charles de Gaulle. Source: forummarine.net

Conçu entièrement par la France, on peut presque parler « d’un navire tout confort ». Il dispose également de tous les avantages des navires à propulsion nucléaire : vitesse, autonomie, … Cependant, il souffre de nombres de défauts. Sa capacité d’emport en fait plus un porte-avion d’escorte qu’un porte-avion d’escadre. Pourtant, c’est bien le rôle pour lequel il a été construit. De plus, même si sa vitesse est suffisante face à une escadre non nucléaire, il se retrouverait vite à la traîne en comparaison de ses « grand frère américains ». S’il bénéficie des avantages du nucléaire, il en hérite également les inconvénients et notamment son coût. Que ce soit à la construction ou à l’entretien, ce navire est extrêmement coûteux. Trop par rapport à sa capacité d’emport. Car après tout, le premier but de ce type de navire reste de transporter des avions (qui l’eut cru). De l’aveu même de l’amirauté française, le CDG est une demi victoire ou un demi échec, c’est selon.  Tant et si bien que le prochain porte-avion français ne devrait pas être nucléaire. Le coût de maintenance pouvant se justifier dans le cas de navires comme le Nimitz mais étant très difficilement justifiable pour un navire n’ayant que la moitié de sa capacité d’emport. L’ancien ministre de la défense Jean-Yves Le Drian ayant annoncé que son entretien de 2013 avait coûté la bagatelle de 1.3 milliards d’euro. On dit souvent que quand on aime, on ne compte pas mais vu les sommes, il y a de quoi y réfléchir à deux fois…

Oui mais

Merci Lothar pour ce descriptif. Surtout compte tenu de l’état du budget de la Défense française, il est en effet très très improbable qu’un second porte-avions français soit mis en service tant que le R91 est en service. Qui plus est nucléaire. J’ajouterai un point a son crédit à notre PA national, je pense qu’il est plus un PA léger que d’escorte, compte tenu de sa vitesse comme tu le soulignes. En effet, on peut le comparer à l’Independance américain de la WW2, peu d’avions mais rapide.

Le CVL-22 USS Independence américain. Source: maritimequest.com

Le CVL-22 USS Independence américain. Source: maritimequest.com

 Je serai plus critique quant à la domination navale de ce bâtiment. Si comme pour les sous marins, l’Est et l’Ouest ont au cours de la Guerre Froide eut des concepts de développement assez différents : à l’Ouest, rien de nouveau à savoir une base aérienne qui flotte là où l’Est à tenté audacieusement de créer un navire polyvalent avec la classe Kiev qui emportait entre huit et douze missiles balistiques ou aérodynamiques P-500 capables d’atteindre des objectifs terrestres comme navals, on a vu là une résurgence du concept des années vingt où un porte avions devait se défendre tout seul : armes anti navires de première catégorie, anti sous marines et anti aériennes. Bon, le concept a fait long feu car le bâtiment voyait sa capacité d’emport en aéronefs et en équipements fortement limités… les missiles étant stockés en silos verticaux sous le pont d’envol ! Une refonte a gommé ces attributs à la fois originaux et dépassés.

Il était le Maître incontesté et incontestable des mers au XXe siècle. Je pense que le XXIe siècle a changé cela. Tout d’abord son cout. L’USS Gerald Ford, dernier né du genre Made in USA. A propulsion nucléaire, naturellement, a coûté la modique somme de 12.5 milliard de dollars. Rajouté à cela son groupe aérien, ses bâtiments d’escorte… on peut au moins doubler cette somme. Et je ne vous parle pas de l’entretien. Risquer ce qui va coûter facilement jusqu’à 30 milliards de dollars près des côtes ennemies est un risque qu’un état major ne peut pas courir. Sans compter l’impact psychologique d’une telle perte.

Parce qu’un porte-avions, et sa Task Force, sont loin d’être invincibles. Deux ennemis très dangereux : les sous marins et l’aviation.

Le premier peut s’infiltrer dans la défense ennemie pour l’envoyer par le fond, à coup de torpilles et de missiles, nucléaires ou non. Les soviétiques et les américains dans une moindre mesure puis les chinois et indiens s’y sont entraînés durant plus d’un demi siècles. La technique et les moyens sont connus, la technologie aussi. Et elle évolue.

L’avion, même constat et noyer l’adversaire sous une pluie de missile aura forcément de bons résultats, pour des coûts infiniment moindres que votre gros cul de plusieurs dizaines de milliers de tonnes. Quitte à perdre des appareils. A votre avis, pourquoi le Chine a la première aviation du monde ?

Enfin, les forces asymétriques, mines, missiles tirés depuis la côte et autres engins du type canot bourré d’explosif. Ce sont les tactiques des iraniens, en eaux resserrées. Où avec quelques moyens, peu coûteux, ils peuvent interdire l’accès à une super flotte US.

Money Money Money !! Je croyais que ça ne se chantait qu’en Suède

C’est pour cela que je pense que le porte avions est lui aussi destiné à disparaître. C’est un instrument de puissance, de puissance de riche. Des moyens plus efficaces, moins sensibles et surtout, bien moins chers unitairement parlant ont cours en 2017 : le sous-marins, l’avion, le drone, la cyber guerre.

Diable ! Quel est cet étrange oiseau ?! Non, c'est un drône. Source : dailygeekshow.com

Diable ! Quel est cet étrange oiseau ?! Non, c’est un drone. Source : dailygeekshow.com

Imaginez, et c’est assez facile de le faire. Votre beau porte avion bourré d’électronique qui vous a coûte 12.5 milliards… immobilisé voire détruit par UN avion ou UNE bombe placée là, parce que tout son système électronique a été piraté et mis hors circuit par l’adversaire. Oui ils sont protégés. Mais existe-t-il des systèmes informatiques inviolables ? il suffit de quelques minutes… quelques secondes. Regardez la bataille de Midway, les appareils seraient arrivés quelques minutes plus tard et peut être que le cours de la guerre du Pacifique aurait été différent.

La propulsion nucléaire a permis de rendre les porte avions notablement plus résistant également, les conduits de cheminés étant absents sur ces navires, cette zone non compartimentée est alors gommée. Avantage non négligeable quand on sait que c’est une des causes de la perte de l’Ark Royal par exemple. Bien que cela complique la logistique de ce type de navire, en cas d’avarie, il ne peut pas y avoir de fuite de mazout, d’explosion de collecteur de vapeur blessant ou tuant les équipes machines, la vitesse reste constante à moins de toucher un endroit très précis (ce que les armes modernes permettent) et l’espace ainsi que le poids de l’ensemble propulsif est réduit par rapport à une propulsion conventionnelle.

Les croiseurs Kirov soviétiques et le Long Beach à la classe Virginia US par exemple suivirent ce schéma. Augmentation de l’autonomie évidement, mais aussi de la protection et du tonnage déplacé par l’adoption de la propulsion atomique. Mais encore une fois, cela coute beaucoup plus cher à construire, faire fonctionner et entretenir. Et notre monde ne regarde que par là, aujourd’hui. Après tout, ce n’est pas pour rien que l’Allemagne compte sur les autres pour sa défense. Le pays qui eut une des plus belle armée du XIXe jusqu’à la moitié du XXe siècle… aujourd’hui, vous vous rendez compte ! une armée ça coûte des sous ! MON DIEU ! DES SOUS ! Laissons les autres dépenser les leurs pour nous protéger. L’OTAN est là pour ca non ?

Conclusion

En 2017, un porte avions ce n’est plus une « simple » base aérienne qui flotte. C’est un vecteur beaucoup plus complet, qui explique en grande partie les coûts démentiels engagés dans l’étude, la production, la mise en œuvre et l’entretien de ces géants des mers. Et, à mon humble avis, ce qui dans le contexte de réduction des budgets des armées quoi qu’on en dise sauf quelques armées : Chine, Inde par exemple, va entraîner leur disparition. Le PA moderne est tout à la fois base aérienne mobile (quand même !) et force de frappe ou de riposte nucléaire, engin de diplomatie massive (nous le voyons en Corée, en Syrie, en Iran, en Mer de Chine en ce moment) là où assez curieusement la Diplomatie de la canonnière du XIXe siècle qui est un des facteurs de la Première Guerre Mondiale (Crise d’Agadir) trouve racine, c’est aussi un appareil de prestige que seules certaines puissances peuvent s’offrir, hormis son coût direct et indirect, la formation de l’équipage et des spécialistes pour un engin si particulier requiert de l’expérience qui est longue et difficile a acquérir.

C’est pour cela que la Chine et l’Inde, aussi puissantes qu’elles puissent être, ne pourront se targuer d’avoir des navires opérationnelles avant plusieurs années car elles doivent inventer ou copier les doctrines d’emploi des navires et de l’escadre aéronavale que peu de pays possèdent. Le porte avions c’est aussi un engin de guerre électronique, domaine en plein boom l’actualité le démontre. Mais aussi un centre de commandement mobile, ou encore un hopital. Les français ont créé les BPC, sur ce concept mais les premiers BPC (hors la capacité de transport d’engins amphibie) étaient d’anciens PA de la seconde guerre mondiale lors de la Guerre du Vietnam.

Enfin, le porte avions sert aussi de démonstrateur de technologie puisqu’il est sensé être le navire amiral d’une ou de flottes. Mais aussi VRP d’un pays : rappelons nous que les russes ont vendus deux « porte avions casinos » aux chinois, un inachevé aux indiens et un aux chinois. Ces deux pays les ont terminés et ont là deux bâtiments opérationnels. De transition certes… mais sans le Kuztnetsov, les russes auraient ils vendu et équipés ces engins ? Et les BPC ex-russes égyptiens ? Sans le Charles de Gaulle, la France aurait elle vendu le Foch au Brésil ? Probablement non. Et d’autres exemples existent…

Un porte avions en string ? l'ex Foch, Sao Polo

Un porte avions en string ? l’ex Foch, Sao Polo

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To infinity… and beyond

Préface

Le sujet de cette série d’article de l’été, avec pour point de lancement la pose de la quille du premier sous marin à propulsion nucléaire au monde: l’USS Nautilus le 14 juin 1952, le Service de Presse des Armée souhaite faire le liens entre histoire et actualité internationale (OTAN, Corée du Nord, Chine…) tout en vous faisant découvrir une partie peut être méconnue de l’Histoire maritime et militaire pour certains d’entre vous.
Aussi, nous avons besoin de cadrer le vaste sujet de l’Atome.
Le premier article, celui-ci, sera consacré à la propulsion atomique des batiments sous marins depuis l’USS Nautilus jusqu’aux batiments de la fin de la Guerre Froide.
Le second sera consacré aux batiments de surface avec un comparatif entre les nouveaux capital ships depuis la Seconde guerre mondiale: les porte avions, nucléaire ? ou pas ? avantages et inconvénients…
Enfin, les dernier article sera consacré aux armes nucléaires. Pourquoi ? Comment ? Qui ? Tactiques ? Emploi ? Systèmes de guidages et vecteurs ?

Bref, de la lecture et pour nous, et bien de l’écriture. Logique non ?
Aller ! Au boulot moussaillon ! Marin d’eau douce ! Moule a gaufres !

Introduction

L’autonomie d’un sous marin, alors plutôt considéré comme submersible, à toujours été conditionnée par celle de son emport en mazout lors des manœuvres en surface plus que celle de ses vivres. Et par celle de ses batteries lors de la plongée.
C’est pour palier à ces manques que plusieurs nations tentèrent d’innover dans le but d’augmenter l’autonomie des submersibles, le but étant de porter le fer lors des conflits dans les eaux où l’adversaire ne vous attendait pas. La chasse au commerce ennemi étant là la principale mission des submersibles, sauf pour certaines doctrines d’emploi comme celle du Japon mais nous ne nous étendrons pas là dessus ici.

Je ne vous présente plus le Typ VII, efficace jusqu'en 42 mais toujours à l'autonomie limitée.

Je ne vous présente plus le Typ VII, efficace jusqu’en 42 mais toujours à l’autonomie limitée.

L’Allemagne lors du second conflit entreprit de tester les théorie de l’ingénieur Walter. Les V80 puis les U-Boot typ XVII puis XVIII (non termimé) furent novateurs dans la propulsion en circuit fermé. Ces bâtiments furent parmi les précurseurs, car l’une des pistes pour obtenir cette allonge de l’autonomie des U-Boot était de recycler l’air des diesels par un filtrage de l’oxygène à l’aide de peroxyde d’hydrogène. Ce faisant, l’on employait une turbine dite, Turbine Walter. L’expérience tourna court devant la dangerosité du procédé: le peroxyde d’hydrogène étant par trop corrosif au contact de l’eau de mer, et son gaz mortel pour l’équipage ainsi que très difficile et couteux à produire pour un Troisième Reich exsangue.
On lui préféra une autre piste : les ElektroBoot, du Typ XXI où l’autonomie était améliorée, notamment, par de meilleures et plus nombreuses batteries. Ce choix fut très judicieux et ce modèle est sans contestes le meilleurs sous marin de la guerre, a tel point que ses lignes furent adaptées par les occidentaux et tout simplement copiées par les soviétiques pour leurs modèles de batiments « classiques » d’après guerre.

L’Union Soviétique fut elle aussi précurseur dans le domaine de la propulsion en circuit fermé. Le but était également d’améliorer l’autonomie mais pas seulement car l’URSS avait dans sa doctrine de développement militaire un penchant certain pour l’innovation : fusées, radio-goniométrie, blindages inclinés… malgré un retard technologique certain par rapport aux puissances de l’Ouest de l’Oural. Puissance que le Petit Père des Peuples avait à coeur de compenser par un développement technique et industriel.
A la même époque qu’est conçut le V80, le bureau de recherche du NKVD ordonne la mise sur cale du M-401. Lui aussi est le résultat de projets expérimentaux mais si le principes est globalement le même que celui de la Turbine Walter, ce n’est pas du peroxyde d’hydrogène qui est utilisé mais de la bonne vieille chaux afin d’emprisonner l’air vicier des échappements du diésel. Inapte aux opérations de guerre, il ne fut réceptionné qu’en 1946, soit bien après ses « concurrents » allemands du Typ XVIIA et B (1942).

Ces batiments sont les premiers de ce qu’on appelle pas encore une propulsion Air Independent Propulsion (AIP) posant là les pierres de la propulsion nucléaire pour sous marins puique dans les années 50, ces expériences sont considérées en Occident comme une impasse ou au mieux, un amusante expérimentation face à ce qu’à révélé le Projet Manhattan : l’Atome.

L’USS Nautilus : premier d’une féconde famille

Source : dissident-media.org

Source : dissident-media.org

Les images valent mieux qu’un long discours parait-il. Ce schéma nous sera fort utile pour la suite. Alors gravez le dans votre tête corne de bouc ! Hem pardon, je reprend.

Détenteur de nombreux records et de « premières », le SSN-751 USS Nautilus, baptisé ainsi selon l’œuvre de Jules Vernes que je vous conseil tant en littérature qu’en septième art, est lui aussi un précurseur dont les faits d’armes sur le plan Guinessiens des Records de l’époque est par trop long à lister.
Ce bâtiment est le fruit du Captain Rickover (puis Admiral) qui en instigua l’idée, les plans et la mise en service. Il en théorisa également l’utilisation. On peut quasiment écrire que ce navire est son fils. L’idée nous l’avons vu, est d’obtenir un bâtiment de guerre à l’autonomie quasiment illimitée. Désormais, seuls les vivres du bord sont le facteur limitant la portée du navire, le réacteur à eau pressurisée devant certes être purgé avec un nouveau liquide de refroidissement et/ou un combustible actif mais après un long périple en mer. Les données donnent pour l’équivalent soviétique du S2W qui équipe le Nautilus une autonomie de 22 000 nautiques à 80% de la puissance avant de devoir être rechargé en combustible.

A propos des soviétiques. Ils ne pouvaient pas rester de glace devant l’avancée, que dis-je, le bon technologique fait par les américains ! Ils mirent donc en chantier en 1955 le K-3 (projet 627), concurrent du SSN-751. Objectivement, il est moins novateur. Deux réacteurs plus petits à l’Est, un grand plus puissant à l’Ouest. Je vous laisse juge de la meilleure solution, sachez seulement que la technique et la puissance on convertit les soviétiques au réacteur unique une quinzaine d’année plus tard. Mais aussi, pour des raisons d’agencement du batiment.
L’Impérialiste a des systèmes de protection contre les rayons bien plus avancés. Des systèmes électroniques bien au dessus. Et des systèmes d’armes ultra modernes. Le Rouge à lui par contre une propulsion auxiliaire composé de diésels et batteries là où son adversaire est tout nucléaire : un dysfonctionnement, un arrêt du réacteur laisserait le navire sans énergie, avec quasiment aucune commande manuelle cela entrainerait la perte du bateau et c’est ce qui perdit vraisemblablement l’USS Sea Wolf… enfin, le Rouge a une dotation en armes bien plus conséquente. Ce qui, en matière d’autonomie, peut augmenter au détriment de l’américain celle-ci puise qu’avec le développement de l’aviation à long rayon d’action et des hélicoptères embarqué rend très dangereux tout ravitaillement à la mer.

Quels développements après ces deux prototypes Est Ouest ?

La propulsion atomique prit deux axes différents selon les technologies des deux grandes puissances. L’URSS nous l’avons vu axait ses sous marins sur une conception à deux réacteurs. L’un à l’avant, l’autre à l’arrière. Et toujours avec des moteurs auxiliaires de secours. Les USA optaient eux pour un unique réacteur sans mode de propulsion auxiliaire, ils revinrent à la raison rapidement, mais pas assez pour éviter des drames.
Aussi, différents modèles de réacteurs furent adoptés selon le pays.

Un projet 705. Ou class Alfa pour l'OTAN

Un projet 705. Ou class Alfa pour l’OTAN

Les américains se penchèrent sur un réacteur au sodium afin d’obtenir un réacteur à la fois puissant et compact. Le rayonnement n’était pas un problème, ils pratiquaient des études très poussées sur le cloisonnement thermique et rayonnant, mais curieusement les questions acoustiques étaient secondaires. En Union Soviétique, les questions acoustiques étaient primordiales… ils obtinrent par la suite les navires parmi les plus discrets. Cependant, le cloisonnement du bateau aux rayonnements se concentrait généralement aux seules tranches réacteurs. Ceux-ci tentèrent de maîtriser un réacteur « tout liquide », le liquide de refroidissement bien sûr, mais aussi le combustible à base de plomb-bismuth, le métal étant liquide. Très efficace (les sous marins de la classe Alfa (projet 705) purent naviguer à 40 nœuds, conjugué à leur coque en titane profilée permettant cet exploit) cette technologie eut néanmoins un revers, en fait deux car son coût était notablement plus important qu’un réacteur à combustible solide, c’est que maintenir le métal en fusion nécessitait un fonctionnement opérationnel constant du réacteur, ou des réacteurs. Or, quand ceux-ci étaient « au repos », une très importante logistique était nécessaire et seules quelques bases soviétiques étaient équipées de ce matériel. Matériel fort cher, qu’il fallut déployer à grand frais, et qu’il était impossible à déployer dans les bases amies. Ou reculées. Somme toute, cette technique si intéressante et performante soit elle, avant un coût bien trop important.
Le même constat fut fait avec les coques en titane des sous marines soviétiques : le K-3 coûtait sept fois moins cher qu’un Alfa ! hors coûts de fonctionnements…

La propulsion nucléaire servit aussi à la mise en service des lanceurs de missiles. En effet, les missiles qu’ils soient à charge conventionnelle, nucléaire, chimique ou biologique avaient besoin, et ont besoin, d’un vecteur. Ce vecteur devint le sous marin. Nucléaire quasi exclusivement pour l’Ouest. Pas seulement pour l’Est. Là aussi, je vous laisse seul juge, mais un batiment un propulsion nucléaire étant bien plus difficile et couteux a produire, tandis que de l’avis de votre auteur et de nombre d’experts, la technologie des diesels est très avantageuse dans les eaux resserrées que sont la Baltique par exemple. Un bâtiment à propulsion nucléaire ultra moderne serait facilement repérable là où un diésel/AIP même un peu vieux serait un vrai félin. Les USA ont eu bien tord d’oublier cette technologie. Mais je m’égare.

Les premiers sous marins lanceurs de missiles US furent nucléaires, afin que la Navy puisse avoir un atout que l’Air Force n’avait pas : la furtivité, avant l’heure et même un second atout, celui de placer ses fusées partout. Pas besoin de bases en Turquie. Les soviétiques eux utilisèrent d’abord des diesels comme lanceurs de missiles. Des navires déjà éprouvés, fiable. Une excellent idée, car leurs premières SSBN ne furent pas vraiment réussis. Ce n’est pas pour rien que le K-19 fut surnommé « Hiroshima », je vous conseille d’ailleurs le film.

Les réacteurs de ces bâtiments suivent un progrès constant en terme de puissance, de réduction de la taille et de l’automatisation ainsi qu’en terme de protection contre les rayonnement, il faut dire que les soviétiques ne pouvaient pas vraiment faire pire, mais également en terme de discrétion pour le sous marin. Et là, les américains eux ne pouvaient pas vraiment faire pire. Le Nautilus c’est un peu comme quand un scooter passe sous votre fenêtre. Version sous marin. Un scooter sous marin. Nucléaire. Avec des torpilles. Rien à voir avec mon histoire de jeune en scooter, bon reprenons, vous me faites encore m’égarer !

C'est beau non ? Sauf si ca nous pète sur le coin de la tronche... bien sûr

C’est beau non ? Sauf si ca nous pète sur le coin de la tronche… bien sûr

Croissance, excroissances et développements des sous marins Est Ouest : Lanceurs de missiles balistiques, aérodynamiques, tactiques et sous-marins spéciaux

Aaaaaaaa, rien que le titre ca fait saliver. De quoi modifier Das Boot pour en faire un monde de Sub. Des sub et rien que des sub. Je vois Wolfgang devenir fou. Je suis encore égaré.

L’invention et la mise en service la propulsion nucléaire permet de porter l’arme nucléaire dans les eaux adverses. Ces armes sont de différentes natures, avec différentes missions qui conditionneront là leur portée, leur charge et donc leur puissance, taille, etc… nous verrons cela dans le dernier numéro de cette série d’article.
Néanmoins, pour comprendre la suite, un petit avant goût doit être écrit. Nous ne ferons que mentionner que le premier sous marin nucléaire soviétique, le projet 627 que nous avons vu là haut, a été à la base conçu sur plan pour emporter une unique torpille nucléaire géante de vingt cinq mètre mètres de long pour plus d’un mètre cinquante de large destinée à détruire les ports adverses. Et tout ce qu’il y avait dedans, bien entendu. Les plans furent modifiés pour que le bateau sous, disons, moins innovant. Ou plus raisonnable. C’est selon.

Nous avons donc quatre grandes familles de sous marins, nucléaire évidement mais cela s’applique aussi aux diesels.
Les Sous marins Nucléaires d’Attaque (SNA, en anglais SSN) : emportant des torpilles, classiques, nucléaires, des mines le tout lancés par leurs tubes lances torpilles. Ces tubes servirent aussi (et servent encore) à lancer des leurres, des missiles de croisières et anti-aériens. Avant que des tubes verticaux ne fassent leur apparition a la fin de la Guerre Froide.
Les Sous marins Nucléaires Lanceurs d’Engin (SNLE, en anglais SSBN) : même chose que les SSN en ce qui concerne les armes vues ci-dessous à ceci prêt qu’elles servent pour la défense. Leur raison d’exister est leurs missiles balistiques, qui deviendront intercontinentaux.
Les Sous marins Nucléaires Lanceurs de Missiles Aérodynamiques (en anglais SSGN) : spécialité soviétique, puis russe et chinoise. Ils embarquent des missiles à charge nucléaire ou conventionnelle dont la mission, et celle du bâtiment tout entier, est la destruction des Task Force, ou Groupe aéronaval, ennemi. De préférence occidentaux.
Les Sous marins Nucléaires Spéciaux : de sauvetage, portes engins, d’essais etc… les soviétiques ont été très prolifiques dans cette catégorie. De là à dire que ces bâtiments ont été efficaces… ce furent de vieux navire reconvertis. Alors leurs possibilités, leur disponibilité et leur efficacité était somme toute assez réduite.

Cocorico ! Le premier SSBN français, Le Redoutable. Que je vous invite à visiter à Cherbourg.

Cocorico ! Le premier SSBN français, Le Redoutable. Que je vous invite à visiter à Cherbourg.

Tout cela pour vous dire quoi ? Et bien assez simplement que quand les deux Blocs ont vu d’un côté les missiles nucléaires, avec le rôle de dissuasion/destruction et le sous marin à propulsion atomique, capable de se déplacer vite (enfin c’est relatif), discrètement, au large des côtes ennemies et qui peut effectuer la « frappe de riposte » lorsque que l’adversaire à détruit vos moyens terrestres et aériens de frappe nucléaire tout en pouvant se positionner n’importe où grâce à son autonomie… l’idée de combiner les deux à très vote fait son chemin.
D’abord obligé de tirer en surface ses missiles, le SSBN et le SSGN ont rapidement évolués.
Jetons un coup d’œil et comparons deux navires.

Comparons deux bâtiments soviétiques. Uniquement quelques données, disons, percutantes pour illustrer ce qu’on a très justement appeler la course aux armements.
Le projet 658 du début des années 60 et le 667 du début des années 80.
658 : 4 200 tonnes, en surface. Le 667, 12 000.
658 : immersion max = 300m, 650 pour le 667.
Vitesse, 25nds pour le 658 , 24 pour le 667.
Réacteurs : 2×70 MégaWatt pour le 658 , 2×90 MégaWatt pour le 667.
Armes :
658 = 4xTLT 533mm + 2xTLT 400mm
16 torpilles 533 + 6 de 400mm
3 missiles R-21 à 1 400 km de portée. Charge nucléaire unique. Tir en surface.
667 = 4xTLT 533mm et 16 torpilles
8 missiles anti aériens
16 missiles R-29 à 6 500 km de portée. Charge nucléaire unique, trois ou sept têtes. Tir à 55 d’immersion. Nota : plus il y a de charges, moins la charge est puissante à cause du poids de celle ci.

Nous pouvons le voir, en vingt ans l’URSS sensée être sous développée industriellement et à la traîne technologiquement à mis au point un navire qui emporte cinq fois plus d’armes balistiques, meilleures à tous points de vue. Tant les armes que le bateau. Les USA connurent une progression similaire. Les britanniques, les français aussi, nous en avons pas parlé ici car il fallait un cadre. La Chine communiste également.

Conclusion

La propulsion nucléaire a permis au sous marin de gravir une nouvelle marche de son histoire. Décidément très important, le XXe siècle vit le sous marin être une machine dangereuse plus mortelle pour ses équipages que ses ennemis au début de ce siècle, cantonné aux côtes et peu armé comparé aux cuirassés voguant alors sur les flots. Il gagne en autonomie avec l‘abandon du charbon au bénéfice du moteur diésel au cours des années dix.
Les années quarante font de lui un bateau tout électrique, ou quasiment, permettant encore de gagner en autonomie et dix ans plus tard, l’on obtient un bon supplémentaire avec la propulsion nucléaire.

John Philip Holland. Sans E, donc rien avoir un homonyme malheureux. Pionnier des sous marins du début du XXe siècle. Oui, à cette époque un sous marinier peut avoir un chapeau melon.

John Philip Holland. Sans E, donc rien avoir un homonyme malheureux. Pionnier des sous marins du début du XXe siècle. Oui, à cette époque un sous marinier peut avoir un chapeau melon.

Elle permet au sous marin de transporter toujours plus de torpilles, de mines, de missiles balistiques, aérodynamiques, de croisières, mais aussi d’hommes grenouilles, de sous marins nains, de sauvetage, d’espions, de dispositifs d’espionnage et d’écoute passive comme active, de récupération partout, en tous temps. A des profondeurs jamais explorées comme sous la banquise. Sans le nucléaire pour sa propulsion qui toujours repousse les limites qui existent, cela ne saurait être possible.

Après tout, c’est bien parce que les sous marins ont eu un réacteur repoussant les limites de l’autonomie vers l’infini que l’Homme eut l’idée de créer des navires de surface équipés de cette propulsion (c’est notre prochain numéro). Mais aussi des avions : Tupolev 95 LAL et Convair NB36H. Prototypes qui n’eurent pas de descendance opérationnelles. Il faut dire que l’équipage du Tupolev de survécut pas longtemps à son entrée dans la grande Histoire. Irradié par son propre avion.
Sans oublier la propulsion nucléaire spatiale développé par les USA, qui peut équiper une fusée dès les années 80 pour un vol avec un minimum de risques tant pour l’équipage pour pour le Monde. Une fusée à l’autonomie quasi infinie. Une fusée à destination de Mars ?

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Hampton Road

Page de couverture des bleu d la marine illustant la bataille d'Hampton Road

Page de couverture des bleu d la marine illustant la bataille d’Hampton Road

8 mars 1862, nous sommes sur le pont du Congress en compagnie du caporal Blutch, militaire plus que célèbre.

Au loin, nous apercevons le CSS Virginia accompagné de quelques navires armés en toute hâte qui entrent dans Hampton Road pour lever le blocus de l’Union. Face à lui, les plus puissants navires américains. Mais avant toute autre chose, revenons un peu en arrière pour mieux comprendre le contexte…

Nous sommes en 1861. Les États-Unis sont déchirés par la question de l’esclavage. Un nouveau président, Abraham Lincoln, fait son entrée à la Maison-Blanche. Sa politique, et il ne s’en cache pas, est d’en finir avec l’esclavage. Cependant, cette « ressource » est considérée comme vitale par les grands cultivateurs de coton du Sud. Pour eux, le « nègre » est avant tout une marchandise ou, dans le meilleur des cas, un sous-homme. À l’opposé, la réalité est tout autre pour les états du Nord dont les industries fonctionnent avec des hommes libres. L’esclavage n’est donc pas une nécessité à l’économie. Dans le reste du monde, cette dualité est également présente et est toujours l’objet de plusieurs confrontations idéologiques et sociales.  L’Angleterre a d’ailleurs mis fin à l’esclavage 20 ans plus tôt, mais la France, sous l’égide de Napoléon III, la pratiquera jusqu’en 1848.

Comme nouveau président, Lincoln ne fait pas l’unanimité. Il doit d’ailleurs son élection aux nombreux déchirements internes du parti démocrate. Ce qui n’aide pas au niveau de ses appuis. À peine élu, Lincoln voit rapidement sept états du Sud faire sécession et plusieurs autres états menacent de faire de même s’il ne fait pas le nécessaire pour faire rentrer au bercail les états délinquants. Par la force, s’il s’en faut…

Plusieurs incidents vont faire dégénérer le conflit politico-économique en véritable guerre. Les autres états vont rapidement se positionner. Quatre d’entre eux (Virginie, Caroline du nord, du sud et Tennessee) vont rejoindre les sécessionnistes tandis que les autres vont former ce que l’on appellera l’Union. Des deux côtés, la mobilisation bat son plein. Au Nord, une puissante industrie permet d’armer et d’entretenir facilement plusieurs milliers d’hommes. Au Sud, les confédérés n’ont que très peu de moyens. En effet, ces états prospèrent surtout par la culture du coton et l’industrialisation est faible. Cependant, ce qui devait être une victoire facile et rapide de l’Union à Bull Run devient très vite une débâcle, permettant ainsi d’asseoir la domination des insurrectionnels sur le Sud.

Une guerre d’usure se profile donc à l’horizon et le seul moyen trouvé par l’Union pour en finir est l’asphyxie du Sud. Comment ? C’est en fait très simple. Toute l’économie des confédérés dépend de l’exportation du coton. La solution consiste donc à mettre en place un blocus. (Cette tactique fit des miracles et je pense à titre personnel qu’elle permit la victoire de l’Union.)

Mais revenons-en aux faits : l’Union est à la limite de l’implosion sur terre. Il faut attendre la bataille de Gettysburg pour que l’espoir renaisse. Sur mer par contre, l’Union dispose de l’entièreté de la flotte américaine récemment construite. Les sudistes, quant à eux, sans le sou et sans marine, doivent faire avec les moyens du bord. Leur plus puissant navire, le CSS Virginia par exemple, est en fait le USS Merrimack. Une frégate à vapeur qui accumula les problèmes. Surtout ceux liés à la propulsion à vapeur. Quand les confédérés prennent Norfolk cette même année, ils retrouvent alors la frégate coulée dans le port. Le malheureux navire avait été incendié par l’Union qui se repliait. Par contre, ayant sombré précipitamment, le feu n’avait pas pu finir sa besogne. Remis à flot, réparé tant bien que mal, il fut alors converti en cuirassé. Malheureusement, les déboires du navire se poursuivent. Sa proue, trop légère et non blindée, doit être alourdie pour passer sous l’eau. Son éperon, quant à lui, se révèle mal fixé. Pire encore, par manque de moyens industriels, on lui laisse sa machine à vapeur d’origine, pourtant défectueuse. Pour l’aider dans sa tentative de contrer le blocus de l’Union, on lui adjoint un vapeur fluvial armé et deux petits vapeurs armés d’un à trois canons (la présence d’armement sur le 2e vapeur n’est pas avérée par toutes les sources).

USS-Merrimack sous pavillon de l'union

USS-Merrimack sous pavillon de l’union

CSS Virginia ex Merrimack après sa transformation

CSS Virginia ex Merrimack après sa transformation

En face de lui, six navires, dont les plus puissants de la marine loyaliste telle que la frégate à vapeur Congress et ses 50 canons. Tous ces navires, bien que puissants, sont des voiliers qui peuvent compter sur une chaudière à vapeur au besoin. Maintenant que nous avons mis les choses en contexte, nous voici de retour sur le pont du Congress en ce 8 mars 1862…

Notre navire décide de prendre à parti le monstre d’acier qui rend coup pour coup. Très vite mis à mal, notre 50 canons peut compter sur l’aide du Cumberland pour se sortir d’affaire. Son soutien va cependant lui être fatal. Le CSS Virginia fonce alors à toute vapeur et éperonne ce dernier sans peine et le regarde sombrer lentement.

-« Je ne sais pas pour vous, mais je crois que je vais raconter la suite depuis la terre. Ça commence à chauffer ici ».

C'est déjà la fin pour le fleuron de l'US NAVY. Le Cumberland vit ses derniers moments

C’est déjà la fin pour le fleuron de l’US Navy. Le Cumberland vit ses derniers moments

Le monstre flottant qu’est le CSS Virginia y perd tout de même son éperon. Cela ne l’empêche pas de se retourner ensuite vers le Congress. Le cuirassé, tirant « à boulets rouges » (comme dans l’ancien temps!), réussit à mettre le feu à notre frégate. En peu de temps et sans trop de mal, il met rapidement hors d’état de nuire deux navires. Sa prochaine victime, c’était du moins l’intention, était la frégate Minnesota. Par chance pour elle, la marée se retirant, le navire sudiste doit faire demi-tour pour éviter de s’échouer. Le Minnesota s’en tire donc de peu. En une seule sortie, le CSS Virginia réussit néanmoins à mettre hors de combat la moitié de l’escadre ennemie. La situation devenait désespérée pour les voiliers restants.

-« La question que vous vous posez sûrement est: que font les amiraux de l’Union ? Attendez un peu. Une surprise était en préparation« …

 

Ce que les sudistes ignorent, c’est qu’un autre cuirassé, le Ericsson Folly, (son vrai nom est le USS Monitor, mais le surnom en dit long sur ce que l’on pensait à l’époque des navires sans voiles), était en route pour renforcer l’escadre.

Coupe de l'USS monitor à sa sortie du chantier naval

Coupe de l’USS monitor à sa sortie du chantier naval

Drôle de navire en effet. Déjà le CSS Virginia tenait déjà plus du monstre marin que du bateau, mais ici on atteint des sommets. Au contraire de son homologue qui doit sa présence à un rafistolage par manque de moyens, l’USS Monitor a été construit intégralement de cette manière. Une quille totalement en fer, blindée de la proue à la poupe et disposant d’une drôle de cheminée. Totalement cylindrique, elle peut grâce à un système ingénieux d’anneaux de cuivre, faire un mouvement de rotation complet sur elle-même tout en restant étanche. De plus, elle dispose de deux embrasures desquelles sort la seule chose normale sur ce navire : des canons! La première tourelle navale était née. Bien plus petit que le CSS Virginia, il n’embarque que deux canons. L’avantage par contre, c’est qu’avec une telle tourelle, il peut pointer tous azimuts.

Le voilà donc parti pour rejoindre Hampton Road. Cependant, très vite il montre de piètres qualités de navigation. Malgré la faible houle du moment, il semble se placer rapidement dans une position précaire. Pourtant, malgré les constatations, les deux états en guerre ne cesseront d’en construire et formeront ce que l’on appellera la classe des cuirassés fluviaux.

a première bataille de cuirassés allait commencer

La première bataille de cuirassés allait commencer

Le lendemain, le 9 mars 1862, le CSS Virginia lève l’ancre de bonne heure avec l’intention de finir ce qu’il avait commencé la veille. Le premier navire en vue est la frégate Minnesota. Son capitaine ne semble pas trop savoir d’ailleurs s’il doit engager ou plutôt fuir. Son opposant, lui, ne se pose pas de questions et envoi rapidement une première salve. Peu de temps après cette première canonnade, la providence fait qu’un autre navire de l’Union vient au secours de la malheureuse frégate. Il s’agit du cuirassé nordiste USS Monitor qui engage aussitôt le combat. Peu après, les voiliers des deux camps gardent leur distance et laissent les deux géants de fer se donner en spectacle. Seuls le Ronaoke et les batteries côtières maintiennent un feu d’appui. Tirant plus que de raison et sans vraiment viser, il est fort probable d’ailleurs que les canons des deux camps touchent les deux cuirassés sans distinction aucune.

Pendant des heures, le combat se poursuit. Pendant des heures les obus ricochent. Rien de bien étonnant là-dessus, chacun, comme de coutume, a laissé les obus en forme d’ogive (obus « perforants ») à l’arsenal pour embarquer un maximum d’obus explosifs et de boulets pleins sous-calibrés (boulets chauffé pour tirer à « boulets » rouges) bien plus efficaces contre les navires en bois. Cependant, ils étaient d’une bien piètre efficacité contre le blindage d’un pouce du USS Monitor et de deux pouces inclinés du CSS Virginia. Faute de pouvoir perforer, ils tentent à plusieurs reprises de s’éperonner mutuellement, mais sans succès. Quelque peu ulcéré, il va sans dire, le commandant du USS Virginia (qui était en fait le second, le commandant ayant été blessé et débarqué le jour précédent) ordonne de viser sur la timonerie adverse. Un obus fait mouche et un éclat blesse son commandant. Aveuglé momentanément, ce dernier doit battre en retraite. L’officier en relève du CSS Virginia doit également s’y résoudre. En effet, après plusieurs heures de combat acharné, la marée devient de toute façon dangereusement basse. Les « lourdauds » comme le USS Virginia n’ont donc guère le choix  et doivent regagner leur mouillage sans attendre. Le USS Monitor par contre, plus petit, revient en scène peu de temps après. Son tirant d’eau plus faible lui permet en effet de continuer à naviguer même à marée descendante. On constate alors que l’ennemi fuit. Les deux camps croient donc avoir mis le cuirassé de l’autre en déroute. Chacun s’octroie donc la victoire…

En réalité, on constate que le manque réel de capacité offensive des deux navires, résultant du blindage de fer, a conduit à une égalité manifeste. Si on prend en compte les deux jours, les confédérés obtiennent une victoire tactique de premier ordre : la moitié de l’escadre ennemie a été coulée et le Ronaoke a été endommagé. On parle donc ici de quatre navires sur les six de départ coulés. De leur côté, on n’essuie aucune perte. N’en déplaise aux sécessionnistes, la victoire stratégique appartient tout de même à l’Union. Pourquoi ? Malgré de lourdes pertes, leur blocus pourra être maintenu tout au long de la guerre avec les conséquences que l’on connaît…

Cette bataille permet donc de voir apparaître un nouveau type de navire et surtout amènera les stratèges à revoir et développer de nouvelles tactiques navales. Les voiliers avaient fait leur temps et la place de roi des mers allait revenir au fer et à la vapeur. L’âge d’or des cuirassés venait de commencer. Seule entorse à la modernité, le maintien de l’éperon. Ultime vestige des premiers navires de guerre, il perdurera jusqu’à la Première Guerre mondiale et fera parler de lui une dernière fois à la bataille de Lissa.

Sources :
http://www.britannica.com/
http://www.dailypress.com/
http://civil-war-uniforms.over-blog.com/
https://fr.wikipedia.org
http://www.civilwar.org/

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23 mars 1944 : le jour où Peugeot a tenu tête aux SS

La situation des usines Peugeot à Sochaux deviendrait-elle incontrôlable ? Maîtres des lieux depuis près d’un an, le 27 mars 1943 où les Allemands scellent « la réunion Peugeot-Volkswagen », le général von Guillaume et les responsables de la VW-werke redoutent une insurrection ouvrière tant ils ne maîtrisent plus rien. Ils viennent surtout mesurer les conséquences catastrophiques de la répression qu’ils ont conduite.

Tout bascule le 13 mars 1944, lorsque les autorités allemandes exigent la venue immédiate de la Hilfspolizei (Hipo) au sein des ateliers. Pourquoi cette décision ? Pour endiguer des sabotages qui se multiplient. Près de quinze en trois mois. Les machines ne sont jamais touchées directement : ce sont des transformateurs, des circuits hydrauliques, des compresseurs qui sautent. Un peu comme si « on protégeait l’usine ». Si les Allemands rejettent la responsabilité sur la direction de Peugeot, celle-ci est d’abord accusée de ne pas être capable d’organiser convenablement son service de gardiennage. Selon les occupants, les coupables sont des agents étrangers. Dans cette logique, les bâtiments seront protégés par une police efficace : ce sera la Hipo, dont la réputation s’est forgée dans toute l’Europe occupée.

Le 13 mars, une centaine d’hommes de la Hipo entrent dans les usines Peugeot. D’un seul coup, l’atmosphère devient insoutenable, les ouvriers se trouvant nez à nez avec des miliciens en armes, tous très nerveux. « On risque sa peau dans l’usine », constate le patron de Sochaux, Robert Godard, qui va tenter tout ce qui lui semble possible. Il demande immédiatement à rencontrer les hommes de von Guillaume pour apaiser les tensions. Il essaie aussi de prévenir par téléphone l’administration française à Paris, espérant pousser François Lehideux, directeur du Comité d’organisation de l’automobile, à engager un recours auprès des autorités allemandes. La présence  de soldats en armes est en effet une violation des accords de Wiesbaden qui scellent la collaboration économique entre l’Allemagne vainqueur et la France vaincue.

Jean-Pierre Peugeot reste cependant très sceptique sur la démarche, « je crains que nous devions nous débrouiller tout seul ». La Hipo emménage les 14 et 15 mars à Sochaux, réquisitionnant l’Hôtel n°1 qui servait avant-guerre à loger les ouvriers. Elle est ainsi tout près de la Fonderie jouxtant les cités ouvrières. Le 17 mars, elle est opérationnelle et s’attelle à des opérations déjà plus larges que prévues. Elle ne surveille pas seulement les mouvements de personnel ; elle traque ceux qui pourraient sembler peu productif. Sa méthode reste celle de sa réputation, la terreur, capable selon ses dirigeants, d’empêcher de nouveaux actes de sabotage. « Arbeit und Sicherheit » se félicite le Chef de la Waffen-SS affecté à l’usine, le capitaine Meurer, qui annonce « pouvoir honorer le programme Focke Wulf » commandé en urgence par la Luftwaffe. Pour réussir cette production, Peugeot a été autorisé à faire venir de La Garenne une presse Schuler de grande puissance. Des soldats ont escorté cet outil depuis la région parisienne jusqu’à Sochaux puis ont surveillé sa mise au point. Un périmètre de sécurité a même été instauré tout autour. Le 21 mars, aux premières lueurs du matin, une violente explosion retentit. On sait déjà que l’activité va être très comprise ce jour-là. Le rapport du directeur de l’usine est clair : « La presse qui vient d’être installée a été fortement endommagée à la suite d’un attentat effectué au moyen d’une bombe explosive. » A la barbe de la Hipo ! Pour les autorités allemandes, la colère est à son comble. Et le doute, longtemps caressé, grandit : « Nous pensons qu’il y a des complicités au plus haut niveau de l’entreprise. »

Atelier d’emboutissage et finition de la Peugeot 402

Atelier d’emboutissage et finition de la Peugeot 402

Au matin du 22 mars, des incidents se produisent à l’Emboutissage et à la Forge. Les troupes de la Hipo sont à cran, encadrées, vu les circonstances, par des « miliciens français et des sentinelles venues d’Afrique du Nord totalement incontrôlables ». Les cartes d’identités des ouvriers sont exigées entre les vestiaires et les ateliers, ce qui provoque des tensions puisque nombre d’employés laissent leurs papiers dans leur casier. Les méthodes font frémir. « J’étais au poste des Waffen-SS à la Forge, sous l’horloge. Il était sept heures. Il m’a crié « Ta carte ou je te brûle », le canon de son arme sur le ventre. » Les ouvriers qui râlent sont mis à l’écart. Le ton monte au point que l’on craint une bagarre. Auguste Bonal, le directeur de la Forge, intervient pour éviter un bain de sang. Les mêmes incidents surviennent à l’Emboutissage. Robert Godard sépare des hommes prêts à en découdre. Le travail est suspendu de 7h à 9h. Godard refuse de parler de grève : « L’usine est perturbée », déclare-t-il officiellement. Il convoque une réunion. Entouré de plusieurs de ses directeurs (Bonal, Margaine, Pasteur, Vincent), il fait venir Meurer qui arrive avec son chef de détachement. Durant la discussion particulièrement tendue, « un câble allemand annonce que l’usine de Mécanique est en grève ». Godard et Margaine s’y rendent. C’est une fausse alerte. Ils font venir Meurer et le mettent au courant : « Un Waffen-SS a constaté qu’une vingtaine d’ouvriers discutaient dans les vestiaires. Il a annoncé à tort qu’il s’agissait d’une grève. » Meurer évoque des « comploteurs » et exige de réunir la maîtrise : « Vous devez expliquer la situation. »

La réunion se tient à 11h30. Quelques minutes plus tard, on apprend que les Waffen-SS viennent d’arrêter une dizaine d’ouvriers à la Mécanique. La tension monte encore. « Des cris hostiles aux Allemands s’échappent de plusieurs lieux à la fois. Des coups de feu éclatent. » Godard, Bonal et Margaine se précipitent chez Meurer pour demander la libération de leurs ouvriers. « Vous mesurez les conséquences que peuvent avoir ces arrestations ? Vous voulez des incidents graves à la reprise à 13h ? »

Les hommes de la Waffen-SS imposent une nouvelle réunion à 14h, qui établira le plan de bataille. Les usines s’arrêtent, plus de la moitié des ouvriers refusant la reprise du travail. Meurer ne parle que de fermeté, soutenu par le chef des SS, Helwing. Il ordonne que le chef de la police, Hulf, aille s’entretenir avec les ouvriers. Meurer s’enferme avec les directeurs de Sochaux. De cette réunion à huis clos, il affirme que ses interlocuteurs « se sont opposés aux directives allemandes ». Il les accuse directement : « Vous n’avez pas apporté d’améliorations entre le personnel et les autorités allemandes, vous n’avez pas amélioré les conditions sociales, notamment les salaires, vous n’avez pas voulu arrêter les grèves. D’ailleurs, vous dirigez les grèves. »

Pendant qu’Hulf part s’adresser aux ouvriers, dans chacune des cinq usines (Forge, Fonderie, Mécanique, Carrosserie et Montage), et ce toujours accompagné d’un impressionnant service d’ordre, la Gestapo arrête Robert Godard, directeur des usines, Auguste Bonal, directeur de l’Emboutissage, et Louis Margaine, ingénieur de liaison et les usines de Sochaux et VW, et les envoie aussitôt à la prison de Dijon. Mais le coup de filet ne s’arrête pas là. Emile Fabrizio, sous-directeur et chef des services outillages des Forges et Fonderies, et Raoul Delattre, directeur des approvisionnements et des magasins, sont arrêtés à leur tour. A 17h, Madame Mattern appelle l’usine, son mari, l’ancien directeur, en retraite depuis le 1er janvier 1944, vient d’être transféré à Dijon. Au même moment, à Paris, la Gestapo arrête Jean Henry, l’ingénieur interprète.

 

Auguste Bonal

Auguste Bonal

Le 23 mars 1944, la direction de Peugeot est décimée. La Résistance aussi, puisque la plupart de ces hommes sont membres ou proches du réseau Stockbroker dirigé par l’agent anglais Harry Rée. Les usines sont stoppées. Une affiche signée d’un comité inconnu voit le jour, invitant à cesser  le travail. Sans ses directeurs résistants qui parvenaient à canaliser les soubresauts de la population, le personnel de Peugeot semble « livré à lui-même, peut-être prêt à en découdre ». Le capitaine Meurer contacte Besançon : « Nous ne contrôlons plus la situation… ».

Samedi 25 mars 1944 : réunion Peugeot-Porsche
Le 23 mars 1944, la Gestapo a arrêté plusieurs directeurs de l’usine de Sochaux. Les Allemands considèrent que Peugeot ne tient pas son usine, et couvre probablement des Résistants. Ne maîtrisant plus la situation depuis l’interpellation des dirigeants français, elle redoute par ailleurs une insurrection. Dans l’urgence, elle convoque les responsables de la Volkswagenwerke (VWW), l’entreprise qui patronne Peugeot depuis mars 1943.

Ferdinand+Porsche

Ferdinand Porshe

Le 24 mars au matin, le Professeur Ferdinand Porsche et son gendre, le Docteur Anton Piëch, sont à Sochaux, accompagnés de membres de la Gestapo. Ils ont été informés des incidents de la veille et de l’état actuel des choses. A 11h, une réunion les rassemble autour de ceux qui ont récupéré la direction de l’usine, Marty et Richoux. Le débat ressemble à un long monologue des Allemands. Piëch est soucieux, il commence par rappeler qu’Auguste Bonal, a déjà été détenu en 1943. La Gestapo rajoute alors que sa libération, due à l’intervention du Professeur Porsche, n’avait été accepté qu’à condition que la direction de Peugeot prenne toutes les mesures pour éviter le retour des sabotages. Or, le 22 mars, la presse Schuler a été sabotée.
Marty se risque, expliquant qu’il été impossible d’avoir un gardien derrière chaque machine. Le chef de la Gestapo réplique alors : « Les actes de sabotage montrent qu’ils émanent de la tête de l’entreprise. Ce sont toujours les machines nécessaires à l’exécution es nouveaux programmes qui sautent ! Ce n’est pas un hasard. Qui connaît les programmes demandés par la VWW, sinon la direction ? » « L’intérêt de la VWW, coupe Piëch, réside uniquement dans les questions d’exécution du programme de production. Or, il est impossible de travailler dans cette usine. » Porsche prend la parole : « J’étais ici il y a cinq semaines. J’ai constaté qu’il était impossible de faire garder l’usine. Les ouvriers doivent eux-mêmes se protéger. Je n’ai jamais vu d’usine où l’on est obligé de circuler avec un revolver. C’est un drame ! »
Piëch tente de déplacer la conversation. Il précise que la VWW a uniquement « pour rôle de diriger Peugeot pour tout ce qui concerne l’exécution des commandes. On ne doit pas compter sur nous pour contribuer à la surveillance chez Peugeot ». L’homme de la Gestapo ne partage pas cet avis : « La direction de Peugeot ne fait pas son travail. Mais le calme doit régner avec la VWW, donc avec son aide. Et si ce n’est pas le cas, la Gestapo interviendra. VWW et Peugeot perdront la direction de l’usine, ce qui signifiera pour VWW et Peugeot un grand discrédit. » « C’est moi, coupe Porsche, qui suis intervenu pour que la VWW devienne « parraine » de Peugeot. Il me serait personnellement très pénible, et ce serait une grande humiliation pour la VWW, si je devais, après neuf mois, déclarer au ministre Speer que nous ne pouvons rien entreprendre avec Peugeot. » « Mais que fait Monsieur Peugeot ? interroge l’homme de la Gestapo, nous avons l’impression qu’il suit la politique de l’autruche. Il faut établir une confiance mutuelle entre lui et la VWW. C’est pourquoi nous avons absolument besoin de voir Monsieur Peugeot. »

 

Anton_Piech

Anton_Piech

« Mais il est à Paris », explique Marty. Porsche renchérit : « La direction de Paris devrait être à Sochaux et essayer d’empêcher que de tels faits se produisent. » L’homme de la Gestapo insiste : « La VWW doit rencontrer Monsieur Peugeot au plus vite. » Marty appelle Paris et obtient un rendez-vous : « Demain à 9h, rue de Berry. » Ferdinand Porsche et Anton Piëch partent en trombe.
La rencontre du 25 mars est une étonnante leçon de supercherie. Porsche annonce habilement que « les sabotages qui frappent l’usine de Sochaux sont fomentés par l’étranger. Mais il y a des ouvriers complices, et il est impossible de mettre un gardien derrière chaque ouvrier. Le personnel a peur de faire des dénonciations : il craint d’être descendu. » « Avec des soldats en armes dans toutes les allées de l’usine, la peur d’être descendu existe en effet », répond le secrétaire général Maurice Jordan. Jean-Pierre Peugeot acquiesce : « Nous ne sommes pas des policiers. » « Monsieur Peugeot, coupe Piëch, la Gestapo explique la tension dans les usines par vos salaires maintenus intentionnellement bas. C’est une façon de créer et d’entretenir une atmosphère de mécontentement. Changez dans les quatorze jours votre système de rémunération de manière à ce que le calme revienne dans vos ateliers. La Gestapo est convaincue que Peugeot est une industrie mal dirigée. » « Nous payons les tarifs que nous devons, répond Jordan. Conformément à la loi. Et nous faisons tous les efforts sociaux : salaire journalier, ravitaillement, cantine, ressemelage de chaussures… » « Ne parlons pas de ça, coupe Piëch. Il faut instaurer le salaire aux pièces, ce qui le rendrait plus avantageux. » Porsche renchérit : « La Gestapo pense que nous pouvons ramener le calme en changeant la système des salaires. » Jean-Pierre Peugeot prend la parole et, sans se démonter, raconte : « A Sochaux, avant la guerre, tout le monde était payé à l’heure. Il n’y a jamais eu de paiement aux pièces ou au rendement ici. Un ouvrier devait seulement faire un certain nombre de pièces dans l’heure. » Piëch, énervé, réplique : « Quand je vous dis que la Gestapo parle d’une entreprise mal dirigée. En plus, elle pense qu’avec ce que gagnent vos ouvriers, ils ne peuvent même pas faire leurs achats au marché noir. » « Nous nous écartons du sujet, reprend Porsche qui en vient enfin à ses suspicions. Il faut calmer l’usine et nous nous demandons si la plus haute direction de Peugeot le souhaite vraiment de son côté. » « Docteur Porsche, interroge Jean-Pierre Peugeot, pensez-vous qu’un industriel puisse se réjouir de voir ses plus belles machines détruites ? » «Eh bien allez parler à votre personnel », lâche Piëch.

Jean-Pierre Peugeot tente de monnayer son élocution contre une libération de ses directeurs. Avec cynisme et mépris, il se fait rabrouer : « Vous les Français, vous imaginez que l’industrie allemande, les autorités allemandes et la police allemande sont une seule et même chose. Et quand quelque chose arrive, vous pensez que nous pouvons immédiatement obtenir une libération. Ce n’est pas le cas. »
Jean-Pierre Peugeot ira à Sochaux et lira un discours d’apaisement imposé par les Allemands, discours controversé après-guerre, mais qui ne change en rien les liens tissés avec la Résistance depuis 1943 : la maison Peugeot motorise les réseaux, ravitaille en vires et vêtements les maquisards, héberge au Cercle Hôtel des clandestins, avance 2,5 millions de francs pour régler les soldes des FFI. Dès qu’elle a découvert les plans des fusées V-1, elle les a transmis à Londres. Un vide de l’ombre qui se partage avec le personnel de l’usine.

Sources:

Musée de l’aventure Peugeot
http://www.vorkriegs-peugeot.de
L’Aventure Peugeot, éditions E/P/A
Les Peugeot, Deux siècles d’aventure, Alain Frerejean, Flammarion

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